J’ai divorcé. Je dis bien « j’ai » et non « je suis » : le divorce est un fait, un évènement, et non un état, on n’est pas divorcé à vie. J’ai donc divorcé, et par conséquent, je suis célibataire.
Bien.
Un divorce, contrairement à ce que pensent les gens décrétant qu’il est facile d’en arriver là, est un moment très difficile. Mon mariage fut un échec, et mon divorce fut une réussite ; c’est loin d’être le cas le plus fréquent.
Il n’empêche que, malgré la facilité déroutante avec laquelle la séparation et les nouvelles habitudes de vie ont été mises en place (ce qui a pu conforter les bien-pensants dans leurs certitudes absurdes), la remise en question est, pour tout individu normalement constitué, absolument terrible.
Les mois passent, les sentiments de culpabilité, d’angoisse, se mêlent presque harmonieusement pour faire de vous, sans même parfois que vous vous en rendiez compte, une loque, un pantin, un bout de chiffon délavé qui ère dans une société à laquelle il croit ne plus appartenir, tellement parfois le mot « divorce » revêt une connotation putride aux yeux des gens « normaux », ceux qui vous inondent de leur bonheur, de leurs aventures familiales, de leurs sourires hypocrites quand ils viennent vers vous et vous demandent : « Ca va ? »
Non, ça ne va pas, tu le sais très bien, pourquoi poses-tu la question ? Parce que tu ne veux, paradoxalement, surtout pas entendre la réponse… Le divorcé est la personnification de l’échec, et côtoyer l’échec, pour celles et ceux qui vivent un équilibre familial fragile, est bien la dernière chose qu’ils ont envie de faire. On ne sait jamais, le virus peut être extrêmement contagieux.
Finalement, entre le divorce et l’image donnée par les familles heureuses, y-a-t-il un juste milieu ?
Où est le bonheur ? Est-ce donc simplement la société qui nous dicte les caractéristiques techniques de la plénitude, et vers lesquelles on doit impérativement tendre sous peine de rater sa vie ?
Je suis donc célibataire ; et comme bon nombre de célibataires, il m’arrive de penser à continuer ma vie (et non la refaire ; on ne refait pas sa vie, c’est idiot comme expression). Et de rêver à une douce et charmante compagne, sachant manier humour et réflexion, culture et intelligence, charme et volupté, tendresse et caractère affirmé, pizza et canard à l’orange…
Seulement voilà : je suis un article d’occasion, sur le marché de la rencontre, et non content d’être une seconde main, je ne possède pas les critères exigés pour ne serait-ce qu’intéresser, même de loin, la gent féminine.
Difforme ? Non, coté physique, même si Brad Pitt n’a pas de soucis à se faire, je n’en reste pas moins acceptable.
Alcoolique, drogué, pervers ? Pas que je sache. En tous cas, personne n’a porté plainte à ce jour, et les gens qui me côtoient n’ont pas l’air effrayé…
Non, non, c’est hélas, dramatiquement plus simple : j’ai bientôt 37 ans, et je n’entre pas dans les cases sociales habituelles pour un homme de cet âge : je suis financièrement plus que limité, je n’ai pas un métier stable, je n’ai pas de voiture, ni de plan d’épargne retraite, mon appartement doit subir un sacré lifting pour être acceptable…
Là, j’entends les lectrices crier à l’abomination, au machisme de base, à la rhétorique sexiste primaire.
Criez, mesdames. Mais tâchez de lire ce qui suit en même temps ; vous allez, voir, c’est faisable.
Je n’affirme pas que toutes les femmes sont matérialistes ; lire cela serait mettre à votre sauce des propos que je ne tiens nullement.
Je dis, simplement, que les femmes sont plus attirées par des hommes ayant un statut social stable. Pas parce qu’elles ne s’intéressent qu’à l’argent, mais bel et bien parce qu’elles recherchent, instinctivement, un foyer agréable pour leurs futures familles. Voilà. C’est tout.
Vous voyez, ce n’est pas bien méchant, c’est juste naturel.
Peut-on leur en vouloir ? Je ne crois pas, à moins d’être un gros frustré sans cervelle incapable de comprendre un tant soit peu les femmes. Je sais, ça existe…
Alors, non, je ne leur en veux pas ; mais, hélas pour moi, ma conception du couple et du bonheur qui est censé aller avec, est un peu différente.
Peut-être parce que j’ai déjà un appartement. Ca facilite sans doute ma vision des choses.
Peut-être aussi parce que je suis papa, et qu’il suffit de regarder ma fille une petite heure, de l’observer, de l’écouter, pour se rendre compte que, sans être meilleur père qu’un autre, mon compte en banque et mon contrat de travail n’ont en rien influencé l’éducation qu’elle a reçue et l’équilibre dont elle fait preuve.
Je suis vraiment navré, mais mon bonheur n’est pas dans le prêt bancaire sur vingt ans, dans un boulot socialement valorisant et accessoirement stressant et déprimant, dans une routine faîte de voyages en berline familiale pour se rendre année après année dans la résidence secondaire achetée, elle aussi, à crédit.

Je ne critique pas ce mode vie, je dis simplement que le bonheur n’est pas forcément là où l’on croit qu’il est, où l’on nous dit qu’il est ; parce que derrière la fiche de paie, derrière la porte d’entrée en chêne massif, derrière les films de vacances pris avec le dernier caméscope numérique à la mode, derrière les soirées entre amis où tout le monde rit de bon cœur, en noyant ses problèmes dans des litres d’alcool, se cachent une misère morale et des souffrances que tout le monde refuse de voir, et en premier lieu ceux qui les vivent et/ou subissent.
Le bonheur est bien trop personnel pour lui donner des critères généraux.
Je ne suis pas heureux ; pas comme je le voudrais. Mais le suis-je réellement moins que le cadre moyen qui gagne 4000 euros mensuels et qui bat sa femme le soir, histoire d’évacuer le stress de la journée ? Suis-je forcément un moins bon « père de famille » que celui qui met une télévision dans la chambre de son gamin dès qu’il à 12 ans (et encore…) histoire d’avoir une paix royale la journée ou le soir, et de plus être dérangé par ce gosse qui est toujours là, à poser des questions et à l’empêcher d’apprécier à sa juste valeur « La roue de la fortune » ?
Vous dîtes ? Je caricature ? Ah oui ? Vraiment ? Pas si sûr. Soyez honnêtes. Avec vous-mêmes d’abord, et avec moi, ensuite.
Mon bonheur, c’est d’entendre rire ma fille. Et celui-là, il est la portée de tout le monde ; il faut juste savoir ouvrir ses yeux, son cœur et son âme.
Mon bonheur, c’est de vibrer, à travers ce que j’aime.
Mon épanouissement passera obligatoirement par l’écriture, la musique.
S’épanouir en passant d’abord par la frustration, n’est-ce pas le moyen le plus masochiste et néanmoins efficace d’apprécier quelques poussières de bonheur ?
Oui, je me pose beaucoup de questions, je me demande vers où aller, par quels moyens ; et la vie s’écoule. Mais pas plus vite que pour d’autres, et avec tout autant de douceur parfois, de douleurs trop souvent.
Je ne suis pas un extraterrestre ; je ne suis pas un handicapé de l’amour. Je ne suis pas si différent des autres hommes de mon âge ; j’essaie juste d’aller au-delà de l’image d’Epinal qu’on nous sert à toutes les sauces, à longueur de journée, et que l’on veut impérativement nous imposer comme étant la norme. Des normes, il en faut, pour baliser nos vies, mais de là à être borné…
Oui, je suis célibataire. Et celle qui lira ce texte en se disant « Ca se défend » est priée de me contacter très rapidement…
Tiens, pour conclure…
Ce fut un petit et bref bonheur d’écrire ce petit texte et de le partager avec vous.
Vous voyez ? C’est si simple, parfois…

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