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Accueil du site > Tribune Libre > Le certificat « médical »

Le certificat « médical »

Ou : Ce qui arrive quand on veut faire du droit une science, aussi !

Le certificat médical est d’usage historiquement récent. Ces dernières années, le champ de ses applications s’est étendu. Que ce soit pour justifier une interruption de travail, l’obtention d’un prêt bancaire ou la pratique d’un sport, le médecin est appelé à "certifier". En Justice aussi, les motifs de demande d’expertise médicale se sont multipliés.

Nécessité ou mode, il apparaît "normal" de s’entourer de "toutes les garanties" avant de prendre une décision quelconque....Garanties "scientifiques", bien sûr ! Quoi de plus légitime !
Le modèle de l’espace-temps sous forme de diabolo démontre l’impossibilité de contrôler les conséquences futures de nos décisions, toujours pétries d’inconsciences. Impossible de décider "en conséquence de causes". Le présent est rupture de continuité.
À force de supputer, ruminer, conjecturer, on a fini par préférer refiler la patate chaude du pronostic aux médecins, supposés maîtres de l’art, mais toujours aussi vaniteux que ceux de Molière, et donc assez naïfs pour endosser le rôle de bouc émissaire au cas où… ! Le mythe scientifique , et l’illusion de toute puissance qu’il procure, vient d’ailleurs de prendre un fameux coup dans l’aile lors de l’épidémie de grippe H1N1 !

Vue par l’expérience du quotidien, la certification ne cesse de montrer ses écueils et ses limites :

Au fil du temps le certificat de maladie est insensiblement devenu un document officiel d’inaptitude au travail. Il ne l’était pas au début. Au départ ce "certificat" était considéré comme une prescription parmi les autres, au même titre que celle d’avoir à faire régime et ne pas courir dans les courants d’air en même temps que de bien prendre "ses" antibiotiques. C’était de repos dont il s’agissait, d’hygiène de vie, pour guérir le malade et pas seulement la maladie !

Qui décide actuellement de l’inaptitude au travail ? Selon quels critères ? Pourquoi cette décision coûteuse pour la collectivité n’est-elle pas sous la responsabilité du médecin du travail, seul compétent en la matière ? Celui-ci n’est-il pas en effet le seul à connaître à la fois la médecine, l’intéressé et les exigences de son poste de travail ? L’évidence tellement évidente de tout cela est devenue tellement évidente qu’on semble avoir pu en oublier les fondements historiques, et c’est ainsi qu’ils se sont insidieusement effondrés.

En ces temps de risques de mise en chômage, les gens vont d’ailleurs de plus en plus souvent travailler sous antibiotiques et fébrifuges, sous calmants et antidépresseurs. On supplie son médecin de ne pas être mis en incapacité, de peur de... Cela signifie tout simplement qu’on a oublié que cette "prescription" comme toute prescription n’est en réalité qu’un "conseil" , qui ne doit en aucun cas être obéi au doigt et à l’œil ! Un médecin, ça se consulte, uniquement ! On a oublié que ce certificat ne constitue qu’une protection, légale bien sûr, mais qu’il est possible de faire sans, comme d’un parapluie.

Comment est-il possible qu’un médecin se permette de hurler et menacer de ne plus soigner ses patients s’ils continuent à grossir ou à fumer, ou même refuser de se faire vacciner ? Ici, comme ailleurs, les petits chefs se sont mis à foisonner, qu’ils soient professeurs d’université ou simples médecins de mutuelle : ils semblent savoir mieux que les intéressés ce qui est bon pour eux, même parfois après moins de quelques minutes d’examen.

Pour quel motif donnerait-on "congé payé" à quelqu’un qui a pris des risques ? Mais qui va décider du caractère insensé de ces risques, et donc du refus "légitime" de soigner ceux qui les ont pris ? Ceux qui pensent ainsi n’ont bien sûr pas cultivé la pensée en diabolo et croient qu’ils connaissent les causes des maladies, ou des accidents. Pour ceux-ci, il suffirait sans doute de supprimer les sports d’hiver par ailleurs si nocifs pour l’effet de serre pour voir disparaître d’un seul coup toutes ces vilaines fractures et ces mauvaises grippes et plein de ces mauvaises choses qui sont payées ensuite par l’employeur et le contribuable innocents, dans les deux sens du terme, les pôvres !

Ce que la pensée relative nous apprend, c’est qu’il n’a pas que la vitesse qui tue. La bêtise c’est pire ! En effet, lorsqu’on supprime n’importe quel élément d’un écosystème, il va se déséquilibrer aussi sûrement qu’une voûte dont on retire la clé. Il y a des médecins fumeurs et alcooliques. La seule chose qu’on ne sait pas, jamais, c’est par quoi va être naturellement remplacé le facteur supprimé, car la vie est équilibre et cherche toujours à se rééquilibrer ; il vaut mieux avoir pensé à l’avance au comportement qui, en remplaçant le supprimé, va apporter les mêmes avantages sans les mêmes inconvénients. 

Avoir oublié que le certificat d’incapacité a été conçu par le législateur comme une prescription en a fait un acte de marchand d’esclaves ; dans la réalité actuelle, cet acte n’est qualitativement en rien différent de celui des médecins de la Gestapo qui mettaient sur la pile de droite ou sur la pile de gauche la fiche du détenu qui courait tout nu devant lui.

Quant aux certificats de "bonne santé", l’expérience et le bon sens montrent qu’il n’y a rien de plus absurde : combien de patients ne se sont-ils pas écroulés, sur le trottoir de l’hôpital, terrassés par un infarctus, tellement sans doute ils étaient soulagés d’avoir entendu qu’ils n’avaient "rien" (de visible) au cœur ? Avant la guerre on déclarait syphilitiques ceux qui avaient la sclérose en plaques pas encore découverte ! Imaginez les conséquences ! Après la guerre on a déclaré l’allaitement maternel nocif pour la mère comme pour l’enfant ; on coupait les nerfs lacrimaux des "neurasthéniques". Actuellement, on envoie chez le psy pour mal au dos ceux chez qui la métastase vertébrale, déjà douloureuse, est encore invisible par les moyens techniques actuels... et on se demande très scientifiquement si la tristesse est une "maladie", après avoir déclarés "malades" les enfants agités et colériques !

C’est surtout dans les domaines des assurances et des entretiens d’embauche que les dérives de la certification médicale deviennent inquiétantes. Le processus d’exclusion est déjà à l’œuvre : un test du sida se trouve d’office dans le panel de la prise de sang qu’on vous impose à la demande d’un prêt hypothécaire. Toutes sortes de détecteurs de "mensonges " sont mis sur le marché pour vous tester "avant" d’être embauché. Il est bien clair que vous ne serez pas engagé si vous êtes porteur de tares médicales ou sociales ou simplement si vous "risquez" de devenir enceinte sous peu.

L’eugénisme fait son chemin dans la plus grande indifférence générale. Et pas seulement chez les médecins qui trouvent normal de faire des prises de sang dans les camionnettes de police lors des contrôles routiers ! Les juges, après s’être pris d’abord pour des assistantes sociales, se prennent de plus en plus pour des "médecins", certifient et prescrivent. En effet, si leurs "jugements" familiaux ne sont plus depuis longtemps qu’une signature au bas de l’expertise d’un(e) pédopsychiatre, trié(e) arbitrairement sur le volet, ils se sont mis à imposer des suivis médicaux, et cela parfois même en excluant le psychiatre déjà "choisi" par l’inculpé. Ils vont jusqu’à imposer au dit "maître de l’art de soigner" de signer des demandes d’examens de sang et d’urine sous menace de représailles à l’égard de l’inculpé, du "libéré sous conditions" ou du soi-disant jeune "protégé".

L’eugénisme fait son chemin quand, dans cette même foulée, des petits juges s’arrogent le droit de juger d’actes politiques en tant que personnes privées, mais qui ne se privent pas d’abuser de leur pouvoir, en imposant par exemple un avis personnel sur "la" saine gestion d’un aéroport, de décharges publiques ou encore du droit de grève. Ils se prennent pour des médecins de la société. Certification scientifiquement déguisée ! Le droit serait-il aussi devenu une "science" ?

Si les nouvelles sont mauvaises, elles ne sont que la partie visible d’un délabrement de la pensée collective qui s’éclate en "logiques" divergentes. Il est vrai que si les lois devaient être appliquées, ce ne sont plus des prisons, mais des camps qu’il faudrait construire. Mais prendre sur soi, au nom de la lutte contre l’incohérence, des "solutions" qui transgressent les références qu’on a à respecter fait pire. Il vaut mieux que les victimes des deux bords puissent et même doivent alors se solidariser pour faire évoluer politiquement le système.

La refondation de l’acte médical comme étant de droit public (de l’intérêt de tous) est plus qu’urgent, même et surtout si cela limite le "pouvoir" médical. Tel qu’il est pratiqué actuellement, il plonge la société dans ce que la psychanalyse appelle la loi de la mère, à géométrie variable, c’est à dire à la tête du client, au gré des fluctuations des émotions. Pour cela il faudra d’abord se mettre d’accord sur une autre définition du concept de "maladie", en tenant compte de ce que le modèle en diabolo nous a appris sur la "liberté" réelle.

En paraphrasant les paroles du troisième président des EU, Thomas Jefferson, qui disait en 1802 :

 « Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet, un jour, que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquise. »

On peut aujourd’hui généraliser le propos à toutes les professions au pouvoir légalement institué :

L’utilisation d’un "pouvoir" institué à la résolution de cas particuliers est plus dangereuse pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat.

La force créatrice du "pardon" dépend essentiellement de ce que celui qui l’accorde en fasse lui-même les frais, librement. Pardonner, comme juge, comme médecin, ou encore comme éducateur, sur le compte des victimes est un acte universellement nocif !


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7 réactions à cet article    


  • pepin2pomme 3 mars 2010 13:51

    Au petit jeu du certificat, il semble que la France en fait plus que les autres pays d’Europe. Impossible de participer à une course populaire (pas même un tour de quartier) sans certificat, alors qu’à l’étranger (tout du moins je peux témoigner pour Luxembourg, Bâle, Berlin ou Vienne) n’importe qui peut s’inscrire au marathon sans formalité médicale.
    Même pour inscrire son enfant à un cours de danse, il faut un certificat !!
    Les parents qui achètent un vélo à leurs rejetons sans avis médical sont inconscients.

    La déresponsabilisation des individus dans notre société avance à pas de géant.


    • Krokodilo Krokodilo 3 mars 2010 15:43

      Effectivement, on pourrait faire plus simple ; on m’a raconté (je n’ai pas vérifié) qu’en Angleterre, ce sont les clubs sportifs qui s’assurent pour l’ensemble de leurs membres, et ils ne semblent pas avoir plus de pépins médicaux. En France, ce sont les assurances qui exigent que chaque membre d’un club fournisse un certificat médical.
      Tout fonctionne par groupe de pression : en ce moment, certains suggèrent même d’exiger un électrocardiogramme pour chaque certificat sportif, comme cela se fait en Italie depuis quelques années. C’est très inflationniste, pour des résultats contestables. de même pour le rugby (non professionnel) et la radio du rachis. Il n’y a guère de limite au bilan préalable qu’on pourrait exiger (genre épreuve d’effort pour tous les sports de fond et de combat, etc.) mais on peut aussi se baser sur le raisonnable et le rapport bénéfice/coût-complexité.


    • Krokodilo Krokodilo 3 mars 2010 15:38

      Vous mélangez tout, arrêt maladie (arrêt de travail pour cause de maladie), inaptitude au travail (qui relève du médecin du travail), certificat de bonne santé ou d’aptitude au travail - qui n’existent pas juridiquement tel quel et font l’objet de demandes abusives ; quant aux médecins qui hurlent sur leurs patients, le pourcentage doit être infime. Avant de vouloir faire un pamphlet, mieux vaudrait vous renseigner précisément sur les certificats médicaux.


      • Fantômette Fantômette 4 mars 2010 14:50

        Krokodilo je vous plusse...

        D’autant que l’article mélange beaucoup de choses !

        A ma connaissance non seulement les médecins n’ont pas réclamé cette inflation de certificats en tout genre mais ils s’en plaignent. : certificat pour s’inscrire à la pétanque ou à l’aéromodélisme (véridique et vécu !), pour inscrire son enfant au centre aéré, pour s’inscrire au club de marche (de marche ! alors que s’il ne reste qu’un sport autorisé quelle que soit la pathologie, y compris cardiaque, c’est la marche !)...
        De plus, je crois que ces certificats ne servent pas à grand chose...
        Chacun ouvre son parapluie, certes, mais essayez d’emprunter sans ce fameux « certificat » et tous les examens qui vont avec !

        Les assureurs ne sont pas des philantropes, et doivent équilibrer leurs comptes : un bon assuré est celui qui présente peu de risques ! Donc avant d’assurer on traque le risque potentiel... jusqu’où ?

        Quant aux médecins qui hurlent contre leurs patients : lorqu’un patient choisit un médecin c’est qu’il choisit de lui faire confiance (et c’est mutuel bien que tacite). Pourquoi choisir un médecin et ne pas suivre ses conseils ? Autant changer de médecin... mais rien n’excuse bien évidemment la violence, même verbale : un toubib qui engueule son patient est un toubib qui n’a pas su se faire écouter.



      • astus astus 3 mars 2010 16:04

        Merci pour votre article qui fait réfléchir sur toutes ces « évidences » que nous finissons par ne plus voir. Cela me donne envie, même si je tords un peu votre texte, mais je pense qu’il est fait pour cela, de retourner votre sous-titre « ce qui arrive quand on veut faire du droit une science » en  : « ce qui arrive quand on veut faire d’une science un droit ».
        Je pense particulièrement à la médecine et au fait que les politiques comme les citoyens invoquent fréquemment un « droit à la santé » en lieu et place d’un droit aux soins. Cela nous montre au passage , et face aux sciences en général, la propension humaine à rester dans la croyance infantile de supposés parents idéaux, ou de dieux et de maîtres, ce qui revient presque au même.
        En arrière plan il y a le Discours de la servitude volontaire écrit en 1549 par La Boétie à seulement 18 ans, qui n’a rien de démodé.

        Cordialement.


        • docdory docdory 3 mars 2010 17:19

          @Aspiral

          Votre article soulève de nombreux points intéressants.

          Croyez-moi, la rédaction de certificats médicaux est une corvée dont je me passerais bien volontiers . Il y a , pendant les études de médecine, des cours expliquant la bonne rédaction des certificats médicaux, cours qui n’étaient, à mon époque ancienne, malheureusement suivis que par peu d’étudiants , je dois le dire ...

          L’exemple-type de ce qu’il ne faut pas faire en matière de certificat médicaux sont les certificats de bonne santé que le Dr Gubler délivrait régulièrement à Mitterrand , alors qu’il avait un cancer de la prostate métastasé dès le début de son premier septennat. 

          Si j’avais été confronté à la même situation, j’aurais rédigé le certificat de la façon suivante : « Je soussigné certifie avoir examiné ce jour Mr FM , et n’avoir décelé aucune contre-indication à l’exercice de la profession de Président de la République » . Ce certificat n’aurait pas été mensonger , et aurait néanmoins respecté le désir que le patient avait de garder secrète sa maladie .

          Nous sommes , comme vous le signalez , confrontés de plus en plus à des patients qui refusent de s’arrêter , alors même qu’ils souffrent, par exemple , de tuberculose ou autres infections et risquent fort de contaminer leurs collègues. Le risque de licenciement illégal dès le premier arrêt de travail devient tel que les patients ne respectent souvent pas le repos nécessaire.

          Par contre , vu la raréfaction des médecins du travail, il est tout bonnement impossible de faire appel à ceux-ci pour faire les arrêts de travail , comme vous le suggérez.

          On ne délivre jamais de certificats de bonne santé . On délivre un certificat attestant que l’on n’a détecté aucune maladie le jour de l’examen ( sans préciser quels moyens ont , ou n’ont pas , été utilisés à cet effet ). Pareil, on ne délivre pas de certificat d’aptitude aux sports, on se borne à dire que l’on a pas décelé de contre-inidcations, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas !

          On ne délivre jamais de certificat pouvant être utilisé dans des procédures de divorce, on ne mentionne jamais , dans un certificat de coups et blessures, l’auteur allégué des coups, ni le fait que les blessures constatées soient bien dues à des coups et non à une chute accidentelle ;

          Les certificats d’assurance sont le problème le plus irritant. Lorsqu’un de mes patients demande un tel certificat, je l’avertis que ses antécédents vont faire grimper de 1 ou 2 % son taux de crédit, ou vont faire qu’il n’aura aucun crédit. Je lui conseille, s’il a absolument besoin du crédit, d’aller voire un confrère et de lui cacher ses antécédents médicaux, en l’avertissant que , en cas de pépins de santé, l’assurance risquera de découvrir le pot-aux -roses !



          • xray 3 mars 2010 21:18


            Le malade est l’industrie première. 

            Les certificats médicaux 

            Le médecin, c’est un mec, il est capable d’apporter une solution à tous les problèmes matériels, quel qu’ils soient !

            Pour le médical, il est moins bon. Mais, ce n’est pas son métier. 

            Le remplissage des hôpitaux 
            http://echofrance36.wordpress.com/2008/10/25/le-remplissage-des-hopitaux-la-morale-est-sauve/ 

            Le grand business (Un bien-portant est un malade qui s’ignore.) 
            http://levirusmachin.hautetfort.com/archive/2009/08/22/5ff988fb6871abf92d4e 7588564fc731.html 


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