• samedi 26 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Le coût du travail n’explique pas l’écart avec l’Allemagne
15%
D'accord avec l'article ?
 
85%
(14 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Le coût du travail n’explique pas l’écart avec l’Allemagne

Depuis plus de 30 ans, l’emploi industriel en France est retard par rapport à l’Allemagne. Que faire ?

Donc la messe est dite, l’emploi industriel quitterait la France parce que le coût du travail y est trop élevé.

C’est une étude de Rexecode qui vient de le réaffirmer. Dans la présentation résumée de cette étude, il est dit que : « Le coût de l’heure de travail a augmenté plus rapidement en France qu’en Allemagne. Il s’établit aujourd’hui au moins au niveau du coût allemand et plus probablement au-dessus. Si l'on tient compte des écarts de productivité (coûts salariaux unitaires), l'écart est de 14% en défaveur de la France. Il explique largement la divergence de compétitivité entre les deux pays.  » (1) (la courbe ci-jointe est issue de cette étude)

Notons d’abord que les conclusions de cette étude ont fait l’objet de contestations immédiates. Les Échos attirait l’attention que l’écart annoncé sur le temps de travail ne se retrouvait pas dans les autres catégories de travailleurs(2). Le journal Le Monde indiquait, lui, que la méthode de calcul du temps de travail moyen avait changé en 2003, et que la baisse du temps de travail n’était, selon l’INSEE, que de 5,2%, et non pas 13,9%. (3)

Notons ensuite que, selon l’OCDE, la France était en 2005 en tête en matière de productivité horaire du travail(4), et, selon KPMG, en 2010, largement devant les États-Unis et l’Allemagne pour ses coûts d’exploitation(5).

Pas facile donc de démêler le vrai du faux… comme toujours quand on manie des grandeurs macroéconomiques, et forcément abstraites et sujettes à caution.

Essayons donc de les rapprocher de données suffisamment simples pour être incontestables, à savoir quelques macro-indicateurs donnés par la Banque mondiale, et pour éviter toute polémique sur le sens de leur variation, en les arrondissant à l’extrême (c’est-à-dire en ne tenant pas compte des variations de quelques %).

Regardons comment évolue la part de l’industrie dans le PIB de la France et de l’Allemagne : elle est respectivement de 19 et 27% en 2009, de 22 et 30% en 2001, 27 et 37% en 1991, et 31 et 40% en 1981. Ainsi si le poids de l’industrie est effectivement nettement plus faible en France qu’en Allemagne, l’écart existe depuis plus de 30 ans, et s’est plutôt réduit en valeur absolu (passant de 9/10% à 8%)(6).

Or dans la même période, le coût du travail entre les deux pays a fortement varié. Il suffit pour cela de jeter un coup d’œil à la courbe fournie par Rexecode.

Ceci montre bien que le problème – s’il y en a un –, se situe ailleurs.

Par ailleurs, je rappelle, comme je l’ai déjà indiqué à plusieurs reprises, que, en 2010, un Français moyen a un revenu d’environ quatre fois celui d’un Brésilien, neuf fois d’un Chinois et vingt-sept fois d’un Indien(7). Comment imaginer qu’un écart de 10% – à supposer qu’il soit vrai –, explique les meilleures performances allemandes ?

Non, les explications sont à chercher ailleurs.

La baisse tendancielle est due à la convergence des économies entre nos pays et les pays émergés (ex-émergents) (voir mon article La crise n’est pas née en 2008, elle est l’expression du processus de convergence des économies)

Le décalage de la France versus l’Allemagne est lié :

 

(1) Le coût du travail a augmenté plus rapidement en France qu’en Allemagne

(2) La durée de travail des salariés français à plein temps est l'une des plus basses d'Europe, Les Échos,

(3) Débat sur le temps de travail effectif des salariés français, Le Monde du 14 janvier 2012

(4) Revue économique de l’OCDE n°41, 2005/2

(5) KPMG – Edition 2010 : Choix concurrentiels – points saillants  

(6) Industry, value added (% of GDP) - source Banque mondiale

(7) GDP per capita – source Banque mondiale

par Robert Branche (son site) lundi 23 janvier 2012 - 30 réactions
15%
D'accord avec l'article ?
 
85%
(14 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par spartacus1 (xxx.xxx.xxx.157) 23 janvier 10:16
    spartacus1

    C’est un fait que l’argument du coût du travail en France ne tient pas une seconde.

    Par rapport à l’Allemagne sans doute. Mais, il y a encore un exemple plus flagrant : la Suisse.

    Un ouvrier qualifié, un mécanicien par exemple, en Suisse gagne en moyenne 5000 € par mois, les charges sociales sont certainement moins élevées qu’en France, admettons un taux de 50 %. Cela nous conduit à un coût du travail moyen estimé de 7500 € par mois, soit bien plus élevé qu’en France.

    Et malgré cela, la Suisse à une balance du commerce extérieure positive, essentiellement grâce à l’industrie des machines et à l’horlogerie (les banques en sont que le 3em contributeur au PIB).

    Alors que les "élites" françaises ne viennent pas nous sortir l’excuse bidon du cout du travail pour tenter de justifier leur incompétence et leur incurie.

    Ce n’est pas la faute des travailleurs si tout fout le camp. Ce n’est pas la faute des travailleurs si les "élites" font des choix désastreux pour l’avenir, par exemple, il y a une vingtaine d’années, choisir de laisser tomber l’industrie en faveur d’une grande place financière à Paris, on voit maintenant ce qu’il en est.

    Faire le choix de ne pas investir dans la recherche industrielle (en dehors de quelques domaines bien restreints) et de produire (enfin, ce qu’il reste de production) des produits bas de gamme, facilement concurrencés par des pays à main d’œuvre à bas coût. À l’inverse, l’Allemagne, et la Suisse encore plus, misent sur une production industrielle de haute qualité.

    Et lorsque, dans quelques domaines, la France a une indiscutable avance, c’est pour des produits qui ne trouvent pas preneur.
    Par exemple le Rafale, sans doute, techniquement à la pointe, mais invendable parce que trop cher et inadapté aux conflits modernes. Maintenant on en est aux drones, mais là, la France n’en vend pas, pire, pour équiper ses forces armées, elle est obligée d’en acheter à l’étranger (ou d’en fabriquer sous licence étrangère). Bel exemple d’aveuglement des "élites".

    Encore un cas d’aveuglement, le nucléaire, la France est également à la pointe, mais dans un domaine totalement dépassé, plus personne ne veut de centrales et les plans sociaux commencent à Areva.

  • Par Robert Branche (xxx.xxx.xxx.24) 23 janvier 11:21
    Robert Branche

    @kiouty

    Si c’est les 35h et les fonctionnaires qui sont à l’origine, pourquoi la situation est-elle la même depuis 1981 ? La mise en place des 35h ne s’est absolument pas traduite par un décrochage de la France (cf ; la courbe jointe à mon article)
  • Par ROBERT GIL (xxx.xxx.xxx.190) 23 janvier 10:58

    Le problème réel en France, c’est que les charges sociales sont inégalement réparties entre les entreprises. Par exemple, Total paye des charges sociales sur une masse salariale qui représente 5 % de ses coûts quand celle d’un hôpital atteint 70 %. L’hôpital paye donc 14 fois plus de charges sociales que Total. Ce n’est pas normal. Et c’est cela qu’il faut rééquilibrer...
    http://2ccr.unblog.fr/2012/01/21/moins-tu-es-riche-plus-tu-payes/

  • Par Robert Branche (xxx.xxx.xxx.24) 23 janvier 11:03
    Robert Branche

    Je ne suis pas d’accord avec cette caricature.

    Le problème ne vient pas plus d’ouvriers incompétents que de cadres qui le seraient.
    Comme je l’indique à la fin de mon article, je crois que cela repose beaucoup sur un déficit de confiance qui s’est propagé en France, et dont votre réaction en est le témoin : les dirigeants doivent faire plus confiance à la qualité de ceux qui travaillent dans leurs usines, et réciproquement ; les relations entre syndiqués, syndicats et dirigeants ; les Français dans la qualité de ce que l’on fabrique en France ; les Français dans leur futur... etc.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox