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Le cri de désespoir d’un artiste de rue à Florence ?

Que restera-t-il dans cent ans de l’art appelé aujourd’hui contemporain ? Qu'adviendra-t-il de toutes ces croûtes et de ces bric-à-brac qui encombrent aujourd’hui les musées dits d’art moderne ? On se posait la question cet été de Vienne à Rome en passant par Venise et Florence.

De l’ironie à l’indignation

L’heure n’est plus à l’ironie quand on voit le Kunsthistorisches Museum de Vienne bousculer ces collections ou les masquer pour exhiber les barbouillages d’un Jan Fabre (1). Elle ne l’est pas davantage à Venise où l’Église d’Andrea Palladio, San Giorgio, offre sa nef aux tuyauteries d’un Anish Kapoor (2), et où le milliardaire Pinault expose devant le Palazzo Grassi sur le Canal Grande ses charognes en ferraille et, à la pointe de la Dogana, devant un des plus beaux panoramas urbains du monde, ce grand baigneur blanc circoncis brandissant un crapaud par la patte, sous l’œil d’un vigile affectés à sa sauvegarde.

Car c’est l’indignation que redoutent ces barbares de la part du public qu’ils ne parviennent pas à circonvenir par les leurres de l’argument d’autorité et de la pression du groupe . Il ne suffit plus de hausser les épaules et de se dire que l’artiste que retient la postérité, est rarement celui qui a joui en son temps des faveurs des pouvoirs, comme le montre le cas de Van Gogh  : qui voulait, en effet, de ses toiles quand il avait tant besoin de les vendre pour vivre ? Il n’en aurait vendu qu’une durant sa vie. Or, aujourd’hui, la moindre d’entre elles mise aux enchères vaut une fortune !

L’inculture des élites d’aujourd’hui ?

Il fut un temps pourtant où les artistes officiels, appelés à leurs côtés par les pouvoirs civils ou religieux pour magnifier leur majesté, rivalisaient d’excellence. Ils avaient beau être aux services de leurs mécènes, leur art ne paraissait pas souffrir de cette proximité corruptrice.

Qui contesterait Michel-Ange, le sculpteur de « Moïse », le peintre de « La Chapelle Sixtine » et l’architecte de la coupole de Saint Pierre de Rome ou de la place du Capitole ? Le Tintoret est-il moins performant quand il peint « Le Paradis » dans la Salle du Grand Conseil au Palais des Doges à Venise ? Et les toiles du Titien, de Véronèse et de tant d’autres, qui ont servi les grandes familles vénitiennes et les corps ecclésiastiques, ne sont-elles plus toujours aussi géniales quatre siècles après ? Et Gian Lorenzo Bernini, qu’il sculpte « Apollon et Daphné » (4), qu’il compose une fontaine comme « Les Quatres fleuves », place Navona à Rome, ou édifie une église comme Saint-André-au-Quirinal, n’a-t-il laissé après lui que des oeuvres sans intérêt ?

D’où vient qu’aujourd’hui les artistes prisés par le marché ou choyés par les pouvoirs, genre Buren avec ses colonnes pour zèbres qui défigurent une cour du Palais Royal à Paris, ne peuvent être comparés à leurs prétendus pairs des siècles passés ? Serait-ce l’inculture des élites politiques d’aujourd’hui en regard du goût raffiné des aristocraties d’autrefois ? Un marchand milliardaire n’aurait-il d’yeux que pour ce qui se vend, et resterait-il indifférent à tout ce qui saisit, charme et nourrit l’esprit ?

Le cri de désespoir d’un artiste de rue ?

Au hasard d’une promenade dans les rues de Florence en août, on se posait ces questions à la vue d’un artiste accroupi peignant à la craie à même les dalles grises de poussière (voir photo ci-contre). Qu’avait-il choisi d’offrir aux passants pour les enchanter ? Non pas un Picasso dont pas moins de sept musées se disputent les produits, mais un Vermeer et un Leonardo da Vinci.

Impossible de ne pas les reconnaître ! Ici « La jeune fille à la perle » dont luit la boucle au lobe de l’oreille quand elle tourne la tête, là, « Mona Lisa » que l’artiste achevait de faire sourire. Tandis que des ponts d’or sont offerts à des barbouilleurs de croûte, voici qu’un artiste de rue couchait sur les dalles sales de la rue deux symboles les plus achevés de la peinture européenne. N’était-ce pas un cri de désespoir qui montait des dalles elles mêmes pour prendre les passants à témoins ? Voyez, croyait on entendre, où en est réduit un peintre d’aujourd’hui rompu aux techniques de la peinture des plus grands maîtres européens quand les Jan Fabre, Anish Kapoor et autres protégés des marchands à la Pinault peuplent désormais les musées ? Paul Villach 

(1) Paul Villach, « Les barbares dans la cité (I) – Jan Fabre au Kuntshistorischesmuseum à Vienne  », AgoraVox, 9 août 2011

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-barbares-dans-la-cite-i-jan-98748

(2) Paul Villach, « Les barbares dans la cité (II) - « Ascension » d’Anish Kapoor, sous la coupole de San Giorgio à Venise  », AgoraVox, 10 août 2011

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-barbares-dans-la-cite-ii-98805

(3) Paul Villach, « Les barbares dans la cité (III) – Les produits d’appel du milliardaire Pinault, marchand de Venise.  », AgoraVox, 11 août 2011

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-barbares-dans-la-cite-iii-les-98860

(4) Paul Villach,

« L’art abstrait et l’affliction collective des Nord-Coréens  », AgoraVox, 22 décembre 2011.

« À Rome, « Apollon et Daphné », une œuvre du Bernin à couper le souffle », AgoraVox, 13 septembre 2010.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/a-rome-apollon-et-daphne-une-81158

 

par Paul Villach lundi 26 décembre 2011 - 23 réactions
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  • Par Ariane Walter (xxx.xxx.xxx.69) 26 décembre 2011 11:26
    Ariane Walter

    Je me suis fait "la biennale d’art contemporain de Lyon" qui a pour titre "une terrible nouvelle beauté est née."

    Premier lieu, une usine désaffectée, on est accueilli par une odeur de poulailler. C’est un poulailler , en effet, avec des poules à qui l’artistU a collé des plumes de couleur. une trentaine de poule.
    Alors on me dit que ce n’est pas une nouveauté et qu’il y a souvent des animaux dans ces installations. Dois-je en être consolée ?
    le reste des oeuvres me fait découvrir le point commun d’un certain art contemporain : le branquignole. Les cadres ne sont pas droits, les clous sont mal plantés, les peintures débordent, il faut que ce soit, rfoissé, de guingois, en un mot : mal réalisé. je me demande si je n’ai pas une grande carrière qui m’attend car quand je bricole je laisse toujours tout inachevé et de traviole.En fait, je fais sans le savoir de l’art contemporain.
    Au Musée d’Art contemporain de Lyon, un étage est couvert de plâtres, de bois, de murs explosés, un chaos d’objets bizarres qui veulent sans doute dire que notre monde est un chaos...
    Un truc chic : imaginez un mur en placo : on a découpé de grands cercles dedans et ces cercles sont posés par terre devant le mur. (Est-ce pour dire que la vie est tjrs inachevée ?)
    Il y a aussi, dans une autre usine, un homme à poil, le malheureux, attaché à des cordes qu’il tire dans un mouvement inutile et régulier...Ca caille. Les scolaires regardent son kiki en douce. Il est payé combien pour faire ça ? Mais là aussi la nudité et les installations , c’est courant...

    Il y a aussi les fameuses vidéos dont la règle est d’être insipide, incompréhensibles et mal filmées. Ou ridicules. Ainsi, "une artiste a peint son corps en rose et est allée jouer de la guitare au pied du mur des lamentations...."une voix souligne son courage. Elle aurait pu se faire arrêter. je note surtout que l’endroit est totalement désert et qu’absolument personne ne l’a vue. Ni police, ni témoins ! Chapeau pour l’audace. Le tout filmé par quelqu’un qui venait d’avoir sa première caméra monoprix.

    Et puis, des oeuvres énormes, immenses et très belles : du moins une, car ça doit coûter un max. Une immense bibliothèque de la Pologne oubliant les cimes nazis. Avec à l’intérieur de cette bibliothèque que l’on découvre de haut, des milliers de vieux bouquins dont certains sont brûlés, plus une myriade d’objets, on dirait un décor dans un grand film américain.
    D’autres œuvres me plaisent : de superbes dessins au crayon, très classiques ,en fait. C’est bien dessiné, le cadre est doit,comment se fait-il qu’ils aient été sélectionnés ????

    je pense que la première erreur est d’appeler ces expos "art contemporain".
    Car le mor "art " renvoie trop à une certaine forme d’expession qui entend surtout une réalisation unique et exceptionnelle.
    Appelons cela : "surprises contemporaines" Batifolage d’aujourd’hui "Pensées secrètes abandonnées sur le sol de nos cours". je peux leur trouver des titres s’ils veulent. mais qu’ils laissent le mot "art" de côté.

    par ailleurs, ce qui est possible en peinture et en sculpture, serait-il possible pour l’opéra ou la cuisine par ex ? Supporterait-on, pendant une heure, un orchestre qui jouerait faux avec une cantatrice à poil qui se branlerait avec saxo ? Supporterait-on dans son assiette du caca de poule et de la bouillie de poubelle, car l’alimentation moderne n’est pas saine ???

    On devine que traumatisés par l’histoire des impressionnistes refusés par les salons parce qu’ils n’étaient pas compris, nos docteurs de la culture acceptent l’incompréhensible en disant "que c’est une terrible beauté nouvelle".

    Que nenni.
    ce sont des gags, ce qui me gêne, proposés sur un mode très sérieux. il faudrait appeler ça des "lol" expositions !

    Il y a certes de belles oeuvres contemporaines. Il faudra demander à sandrine Lagorce de nous en parler.

    En ce qui me concerne je n’ai fait que traîner ma jambe de soupirs en soupirs.

    Un détail amusant, quittant le musée je tombe sur une table laissée dans un coin . un apéritif a eu lieu, c’est le désordre total . Rien n’a été touché. Et mon œil un instant l’enregistre comme une nouvelle installation de ce musée !

    En fait c’est aussi un moyen cool, pour la nomenclature culturelle, d’acheter à prix d’or les oeuvres d’amis qui étant tout aussi loufoques que d’autres pourront parfaitement être décorées de ce nom "d’art contemporain", l’adjectif contemporain , à la suite de cet emploi, devenant plus glacé, plus froid, plus vide qu’un trou noir de notre galaxie.

    L’importance des noms dirait Confucius.

  • Par docdory (xxx.xxx.xxx.54) 26 décembre 2011 14:42
    docdory
    CherPaulVillach
    1°) Je suis frappé par le fait que les cours de dessin ( pardon " d’arts plastiques " ) se sont dramatiquement transformés depuis l’époque fort lointaine pendant laquelle je fréquentais le collège.
    Lorsque j’étais au collège, un élève arrivé en fin de troisième était censé savoir dessiner n’importe quel objet selon une perspective à trois points de fuite, mettre les ombres et les lumières sur le dessin d’un objet, dessiner un visage, des mains et faire des dégradés. On savait, à la fin du collège, utiliser avec plus ou moins de bonheur le lavis, le fusain, l’encre de Chine, le crayon,noir et couleur, la gouache.
    Malheureusement , mes enfants n’ont pas eu cette chance, on leur faisait faire des copies de tableaux plus ou moins facile à reproduire de Matisse ou de Picasso, ou bien on leur apprenait à peindre à la façon de ceux-ci, sans leur donner la moindre base technique.
    Evidemment, ce que l’enseignement artistique oublie, c’est que l’on ne eut s’affranchir que des règles que l’on connaît.
    Le résultat de cet enseignement calamiteux, c’est qu’aucun de mes enfants ne connaît les bases les plus élémentaires du dessin ! Inutile que la cinquantaine d’heures par an pendant trois ans qui est utilisée à faire des " arts plastiques " au collège ne sert pratiquement à rien.
    Cent cinquante heures perdues pour en définitive ne rien apprendre de ce qui est essentiel, c’est consternant !
    2°) Je pense que ce que la postérité retiendra des artistes du XXI ème, ce ne seront pas ceux qui se pavanent à la FIAC, ni les artistes " officiels " genre Buren et autres imposteurs. En effet, ceux qui savent réellement peindre ou dessiner actuellement savent très bien que ce talent ne leur rapportera rien dans la plupart des galeries d’art.
    Ces véritables artistes, on les retrouve maintenant parmi les dessinateurs de bandes dessinée, parmi les concepteurs de dessins animés, les créateurs de jeux vidéos, les concepteurs de décors et personnages en images de synthèse au cinéma etc ... Ce sont dans ces endroits-là que l’on peut trouver les véritables Léonard de Vinci du XXI ème siècle. Voire même parmi les auteurs de tags : c’est rare , mais il y a parfois quelques pépites artistiques au milieu de graffitis dont la plupart sont, il est vrai, inintéressants.
    Malgré toutes les tentatives de l’éducation nationale et de " l’imbécillentsia " artistique, il restera toujours des talents artistiques, mais en général, pas dans les galeries d’art dit " contemporain ".

  • Par Michel DROUET (xxx.xxx.xxx.237) 26 décembre 2011 11:51

    Que restera t-il dans cent ans... ?

    Peu de choses sans doute, hormis beaucoup d’argent échangé sur ce "marché de l’art" et des couillons qui auront achété au prix fort des croûtes qui ne vaudront plus rien et d’autres qui vivront bien de ces entourloupes.

    Ce "marché" ne se distingue en rien des autres : on achète avec une visée spéculative et on perd sa chemise fréquemment.

  • Par Fergus (xxx.xxx.xxx.214) 26 décembre 2011 13:13
    Fergus

    Bonjour, Paul.

    Le grand problème, en matière d’art, tient au fait qu’au cours du 20e siècle le concept a pris le pas sur la qualité créative. Et c’est ainsi que l’on a pu s’extasier sur des "boîtes de merde ou sur des "peintures vaginales". Impossible désormais de se faire un nom sur ses seules qualités artistiques : aussi doué soit-il, le peintre qui refuse de faire du conceptuel, n’a aucune chance de faire parler de lui. D’où des mélanges de peintures et d’excréments ; ou de sang ; ou de sperme !

    L’art est évidemment bafoué, et cela avec la complicité des grands musées qui ouvrent leurs salles d’exposition temporaire à des oeuvres tout droit sorties d’une décharge industrielle. Mais il faut se faire une raison : de nos jours, le plus minable élève des Beaux-Arts se prend pour un génie et prétend révolutionner tout ce qui a été fait fait avant lui au motif que c’est devenu totalement ringard. On est bien loin de ces artistes du Seicento qui, avant de voler de leurs propres ailes, apprenaient d’abord, puis apprenaient encore, au contact d’un Maître. Et les innovations apportées par les uns ou les autres au fil du temps ne visaient pas à faire du radicalement nouveau, mais à améliorer ici les compositions, là les couleurs, ailleurs le rendu des perspectives ou bien celui des drapés ? C’est ainsi que l’Art s’est construit : par petites touches successives qui ont amené à des formes de perfection. Et c’est pourquoi un Vermeer sera toujours un chef d’oeuvre alors que l’oeuvre de Warhol aura depuis longtemps sombré dans les abysses de l’oubli.

    Cordialement.

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