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Le Démiurge

Etant mon propre patron depuis 22 ans, j’ai décidé à l’époque de n’avoir aucun humain au-dessus de moi et de tacher de ne dépendre entièrement de personne. On ne dépend ni de clients ni de fournisseurs à son compte, à tout moment on peut en changer ou ils peuvent vous dégager, et on remplace. Idem pour les proches : personne qui te mène longtemps par le du nez, ceux qui s’y sont essayés (il y en eut – sans procès d’intention, bande de petits malappris) se sont un à un pris une porte.

Pas davantage mes parents – lesquels c’est le moins qu’on puisse dire ont échoué à tous les niveaux à me placer là où ils pensaient sur à peu près tous les sujets : métier, sexualité, études, idées politiques, classe sociale j’en passe et des meilleures. J’aurai un a un imposé (et c’est le moins) tous mes choix, jusqu’au refus d’hériter. Ceci étant, si je considère que je ne leur dois rien, y compris cette vie qu’ils ont choisie de me donner mais qu’à l’époque je n’ai point demandée, je leur suis reconnaissant de ce qui fut donné ou prêté, y compris main forte en certains moments. Ce qui signifie que sans rentrer dans leurs vouloirs ou dans leurs vies je serai à leurs côtés quand et si …, et pas à n’importe quel prix.

Il convient d’être indépendant et reconnaissant et de savoir ne pas détruire le premier par le second. Vivre sa vie, on en a une et une seule, signifie prendre le chemin qui est le nôtre et aucunement suivre gentiment la main de papa maman jusqu’au cimetière. L’obéissance, la servitude, le truc du genre « tu dois » ou « tu me dois » : un doigt ! Chacun tient son guidon et il n’y a pas de place de passager dans la voiture d’une existence libre, il n’y a pas de « place du mort ».

Etant né de la génération libertaire (pas fait exprès), je l’applique à la lettre mais à la sauce XXI siecle. Le logiciel d’avant fut bourgeois, j’ai essayé, j’ai fini par dire non. Je me serais encrouté, la constance, les habitudes, le confort, la petite vie réglée, la maison qu’il faut entretenir pour qu’elle ne se déprécie pas, la propriété : pas ma came, trop d’ennui. Je préfère voyager, bouger, créer et rêver.

La cinquantaine c’est le moment clef, le point de bascule. Soit tu t’enfermes soit tu ouvres les fenêtres et tu vis enfin exactement comme tu l’entends. A peine si t’as envie de répondre à tes contradicteurs, pas la peine, convaincre qui et pourquoi, on s’en fiche pas mal, d’avoir raison ou tort, on le sait depuis le temps que chacun a ses raisons et voit midi à sa porte. Les polémiques à la petite semaine autour de la table de la salle à manger avec mémère qui piaille et René qui bougonne : l’enfer, plutôt crever.

Y’en a qu’un – tout la haut – et Lui . Ah Lui ! Lui seulement. Lui Il sait, il joue avec toi et avec toutes ses petites créatures. Certaines l’appellent Dieu, d’autres Lucifer, d’autres Extraterrestres, ou Bouddha ou Mère Nature, ou Allah. En tout cas on est nombreux depuis l’aube des temps à Le mettre tout au-dessus de tout et surtout de nous-mêmes.

Alors la petite marionnette joyeuse que je suis devenue lâche prise et Le laisse faire de moi ce qu’Il veut. Taquin le Créateur, Il me gâte et me teste en permanence. « T’avises pas de croire que tu es le créateur de tes bouquins sacripant, c’est Moi et Moi seul qui par l’inspiration te les souffle ! ». OK Patron je sais merci bien, j’ai plus 20 ans, et vu que t’as décidé de me faire pas trop sot point trop mouton…

« Attention petit con avec ta grande gueule ou je te coupe les vivres », qu’Il ricane en m’observant d’en haut. Je sais merci Tu l’as déjà fait. Bon écoute, je Te respecte chaque jour, Tu peux pas dire, je Te mets même des majuscules à tout bout de champ et je me prosterne face contre Terre. Mais laisse-moi l’temps d’progresser ! C’est pas moi quand même qui ai décidé dans ma suprême sagesse de faire des créatures aussi imparfaites !

 


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7 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 13 juillet 17:01

    Salut.

    Un petit coup de blues ?
    Pense à Desproges :

    « Je viens de rompre avec Dieu.
    Je ne l’aime plus.
    En amour, on est toujours deux. Un qui s’emmerde et un qui est malheureux.
    Depuis quelque temps, Dieu me semblait très malheureux
    Alors, j’ai rompu. »

    Chronique de la haine ordinaire

    • christophecroshouplon christophecroshouplon 13 juillet 19:31

      @Jeussey de Sourcesûre : Hello vous. Blues ? Oh que non (ou alors musical)


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 13 juillet 21:15

      @christophecroshouplon

      En effet, ce billet atteste une chose. Vous avez besoin de vous situer car vous cherchez la Voie et vous ne l’avez pas trouvée. C’est certain !


    • christophecroshouplon christophecroshouplon 13 juillet 21:39

      @Bernard Dugué
      Je ne vous savais pas psychologue cher Bernard mais scientifique. Avec parfois de forts bons articles sur ce sujet precis. Sue le precedent, syndrome de Peter ?


    • Daniel Roux Daniel Roux 14 juillet 08:45

      C’est bien connu, les enfants sont ingrats.

      Ou plutôt, les parents les trouvent ingrats. En réalité, les enfants ne doivent rien à des parents qui n’ont fait qu’assumer leurs responsabilités comme ils pouvaient ou ce qu’ils estimaient être de leurs responsabilités.

      Ce que feront les enfants devenus parents, génération après génération, depuis que le monde est monde.

      Donc, l’homme est libre ! Libre à condition d’assumer ces choix !

      C’est en tout cas ce que prétendait Sartre, avant de sombrer, vieux et malade, dans une dépendance totale et d’emmerder, au sens sale comme au figuré, ceux qui en eurent la charge.

      Ce qui pose le problème du réel, du concret, de la vie telle qu’elle est, de la naissance à la mort.

      Être libre et indépendant lorsque l’on est jeune et en bonne santé, pourquoi pas ! Mais quand on ne l’est plus, jeune et en bonne santé, lorsque le besoin d’une canne, d’un bras, de la solidarité, se fait sentir ?

      Si l’homme libre et fier de l’être au point de le proclamer à la face du monde, au bout du bout, n’assume pas son choix, volontairement ou involontairement, qu’alors, il réclame cette solidarité qu’il a refusé aux autres, lorsqu’il était en capacité de l’offrir !

      Alors, il n’est plus qu’un minable égoïste, un parasite comme il y en a tant, vivant aux dépens de ceux qui, contraint ou non, doivent le prendre en charge, au nom de la solidarité, de l’humanité, de toutes ses valeurs qu’il a rejeté.

      La vraie liberté n’existe qu’à condition de l’assumer de bout en bout. Lorsque l’heure est venue, l’homme libre doit tirer son chapeau !


      • gogoRat gogoRat 14 juillet 15:43

        Je me retrouve bien dans ce passage de l’auteur :
        "A peine si t’as envie de répondre à tes contradicteurs, pas la peine, convaincre qui et pourquoi, on s’en fiche pas mal, d’avoir raison ou tort, on le sait depuis le temps que chacun a ses raisons et voit midi à sa porte. Les polémiques à la petite semaine autour de la table de la salle à manger avec mémère qui piaille et René qui bougonne : l’enfer, plutôt crever"
         

         Il n’en reste pas moins que, de façon pragmatique, si tu tiens à repousser des mensonges, malhonnêtetés et injustices, témoigner, résister (mettre le nez dans son caca à qui te pisse dessus) restent un devoir moral et une nécessité vitale. 


      • zygzornifle zygzornifle 14 juillet 15:08

        moi je m’en fiche j’ai une carte Dieu .....

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