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Le Dernier Rideau de Fer : se libérer de l’Etat Totalitaire... de conscience

(Cet édito est une version condensée de la dernière métaphore de "Même lorsqu’elle recule, la rivière avance : neuf histoires à vivre debout", paru en février 2010 chez JC Lattès. )

Imaginez ou rappelez-vous ce qu’était la vie, autrefois, derrière le Rideau de fer. Les populations du bloc soviétique étaient isolées du reste du monde. La très grande majorité des habitants ignoraient ce qui se passait vraiment ailleurs, n’ayant accès qu’à l’information filtrée, tronquée et manipulée que leur donnait le gouvernement. Cette propagande était si bien orchestrée, la vision que ces gens avaient du reste du monde était si faussée, voire inversée, qu’ils n’aspiraient pas particulièrement à s’y rendre… aussi longtemps qu’ils ignoraient ce qu’était véritablement la vie de ce côté-ci et ne disposaient ainsi d’aucun point de comparaison.
Progressivement, des dissidents sont apparus dans les divers pays du bloc soviétique, des personnes qui contestaient la propagande officielle, qui savaient ce qui se passait de « l’autre côté », qui tentaient – au péril de leur liberté, et souvent de leur vie – d’ouvrir les yeux de leurs semblables, de faire la lumière sur les mensonges du système, de libérer leur pays soumis à ce joug totalitaire.
Enfin, le 9 novembre 1989, l’effet cumulé des pressions internes et externes qui s’exerçaient dans les pays communistes de l’Est a entraîné la chute du Mur de Berlin, brèche majeure qui s’ouvrit dans le Rideau de fer et en préfigura la disparition et le démantèlement du bloc soviétique.
 

L’épopée soviétique est une magnifique métaphore de ce qui se joue actuellement à un tout autre niveau, dans la grande aventure de l’humanité. Le Dernier Rideau de Fer que je veux évoquer ici ne se trouve donc pas dans tel ou tel pays soumis à une dictature. Il est en nous, dans notre psychisme. Et l’Ultime Dissidence à laquelle nous sommes conviés est celle qui nous fait refuser de subir plus longtemps les règles et les lois de cet État totalitaire dont nous sommes, symboliquement parlant, prisonniers : non pas un État politique, géographique, mais un état de conscience, celui qui en est venu à prédominer progressivement sur toute la surface du globe. 

Car c’est notre conscience qui détermine le regard que nous posons sur le monde, les liens que nous tissons avec lui et avec les autres, ainsi que la façon dont nous y vivons. Or, la conscience est susceptible de se loger dans de nombreux centres différents, en nous : dans le corps, dans le cœur, dans le sexe, l’estomac, la tête, ou encore au-delà… Mais à notre époque, elle réside majoritairement dans l’intellect. Dès lors, c’est à travers le filtre spécifique du mental que nous appréhendons le monde, les autres, la nature… tout ! L’état actuel de la planète est le résultat extérieur visible de cette fixation actuelle de la conscience collective dans le mental.

Pour l’individu moyen, les occasions de s’évader de ce totalitarisme cérébral sont rares : elles se limitent au sommeil, à l’alcool et aux drogues, à d’occasionnels « pétages de plomb » où les émotions prennent momentanément le dessus, à de belles envolées amoureuses… qui par définition ne durent pas, à des moments de ferveur sportive collective, à quelques moments forts glanés ici et là, comme de rares rayons de soleil sous la grisaille mentale.

À force de vivre dans cet étroit registre cérébral, beaucoup d’entre nous ont d’ailleurs fini par s’identifier à cet état de conscience-là et en ont oublié qu’on pouvait percevoir le monde autrement qu’à travers ce seul filtre-là.

Conséquences ?

    • Quand la conscience le déserte, notre corps devient l’objet du mental qui le nourrit n’importe comment et le traite sans ménagement, d’où l’envol des coûts de la santé. 
    • Quand la conscience le déserte, notre cœur se dessèche, les liens se distendent entre les êtres, la solidarité s’étiole, l’individualisme et l’égoïsme règnent en maîtres.
    • Quand la conscience le déserte, notre sexe devient le jouet du mental, il n’est plus lié ni à notre cœur, ni à notre âme : la sexualité n’est plus que l’ombre mécanique de ce qu’elle pourrait être.
    • Quand la conscience les déserte, notre âme et notre esprit ne sont plus que des abstractions, des mots creux, des illusions, des fantômes. N’est alors conscient que notre seul ego, tandis que nos facultés les plus subtiles en sont réduites à s’exprimer à notre insu, subconsciemment, via les rêves, les synchronicités, les événements et rencontres qu’elles attirent dans notre vie, malgré nous.

Aujourd’hui, il est devenu impératif d’enrichir et de nuancer les facultés intellectuelles des apports des autres facultés qui sont les nôtres. C’est ce qu’ont commencé de faire de nombreux dissidents, d’un nouveau genre, depuis plusieurs décennies déjà. Ces dissidents-là, comme ceux du bloc soviétique d’autrefois, sont allés voir de « l’autre côté », ont réussi à franchir le Rideau de fer et à rapporter d’autres perceptions, d’autres visions, d’autres connaissances.

Certains de ces dissidents les plus aguerris ont exploré le monde des sentiments et des émotions ; d’autres le corps et toute la sagesse qu’il recèle ; d’autres encore sont allé rechercher d’antiques méthodes, notamment dans le chamanisme, pour accéder aux réalités dites « non ordinaires », donnant accès à des connaissances insoupçonnées, dans tous les domaines ; sans oublier ceux qui se sont passionnés pour l’étude scientifique des « états non ordinaires de conscience », des rêves, des rêves lucides, des expériences de mort imminente (EMI ou NDE), de la parapsychologie, etc.

De nouveaux passeurs

Dans les pays totalitaires d’autrefois existaient aussi des passeurs, des gens qui connaissaient les failles du système, savaient par où se faufiler de l’autre côté en prenant un minimum de risques. De nos jours, les passeurs d’un nouveau genre, ceux qui peuvent nous aider à accéder aux divers territoires rapidement survolés ci-dessus, à faire des escapades plus ou moins importantes hors de l’état totalitaire de conscience, sont nombreux.

Des millions de gens, aujourd’hui, pressentent plus ou moins clairement qu’il y a autre chose, que le monde ne se résume pas à la perception étriquée qu’ils en ont actuellement, à la descr1ption mathématique et matérialiste qu’en a faite une certaine science. Le succès mondial du film Matrix reflète sous une forme moderne cette aspiration à sortir de cette matrice totalitaire, de cet état de conscience qui n’est en fin de compte que l’ombre de ce à quoi l’esprit humain peut accéder.

Maintenant que toute la Terre a été explorée, nos nouvelles destinations ne sont pas seulement les profondeurs océaniques ni les espaces interplanétaires, mais notre intériorité, les dimensions et réalités auxquelles nous pouvons tous accéder par notre conscience, en la libérant du carcan mental où elle a mûri durant toute l’ère qui s’achève, pour en déployer les ailes et explorer un univers autrement plus vaste et plus riche.

Il se pourrait – comme beaucoup le croient ou l’espèrent aujourd’hui – que nous soyons à l’aube d’un nouveau 9/11/89 symbolique, que cet autre Rideau de Fer s’effondre lui aussi, mettant fin à cette longue ère de développement du mental humain et augurant l’éveil d’une autre conscience, d’autres facultés. Si une telle poussée évolutive devait effectivement se produire, la grande question en suspens est “Comment ?” : lentement ou rapidement, brutalement ou en douceur ?… À ceux qui, comme moi, pensent que rien n’est écrit ni joué d’avance, la réponse est que cela dépendra de chacun d’entre nous : du chemin que nous aurons fait individuellement et que nous aurons aidé d’autres à parcourir.

Olivier Clerc

Téléchargez la version pdf : Le Dernier Rideau de Fer

par Olivier Clerc (son site) mercredi 24 mars 2010 - 5 réactions
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