" Il vaut mieux s'agiter dans le doute que de se reposer dans l'erreur"
Alessandro Martino
Cette 15e journée de l’Energie qui est devenue une tradition, traduit une préoccupation, fondée sur la conviction que l’avenir de l’Algérie se prépare ici [pas à des milliers de kilomètres, ou dans les officines étrangères] et maintenant parce que le temps nous est compté du fait que le monde sera de plus en plus chaotique et que des dynamiques souterraines sont en train de redécouper dangereusement le Monde arabe faisant fi des identités, des spiritualités pour le seul profit du néolibéralisme sauvage porté par une démocratie aéroportée...De quoi avons-nous débattu ? D’abord de l’état des lieux de la planète. Successivement ont été décrits les différentes sources d’énergie. D’abord le charbon, avec plus de deux siècles au rythme de consommation actuel, le gaz naturel avec une soixantaine d’années de réserves et le pétrole avec une quarantaine d’années dans le meilleur des cas. Des scénarios tendanciels du type business as usual élaborés par les élèves ingénieurs ont été proposés. Ils rejoignent dans les grandes lignes ceux de l’Agence internationale de l’énergie avant la catastrophe de Fukushima équivalente à celle de Tchernobyl (niveau7)
Le temps nous est compté
S’agissant du déséquilibre énergétique, il faut savoir en effet, que 80% de l’énergie dans le monde est consommée par 20% d’habitants de la planète et naturellement les 80% de la planète consomme 20% de l’énergie généralement traditionnelle (bois) ou renouvelable comme l’hydraulique. Il y a dons un rapport de 1 à 16 ; en clair, par exemple un Américain consomme 8 tonnes de pétrole par an contre 1,8 tonne en moyenne mondiale et à peine 0,5 tonne pour la plupart des pays africains. L’Algérie consomme 1 tonne mais elle peut en consommer moins du fait d’un gaspillage important évalué à au moins 20%. Nous consommons environ 12 milliards de tep dont environ 85% sont des énergies fossiles. Les énergies renouvelables sont marginales si on excepte l’hydraulique (10%).
On dit que
Sadad al-Husseini, un géologue et ancien directeur d’exploration de l’Aramco, la compagnie de pétrole nationale des Saoudiens, a révélé que la capacité de l’Aramco ne pourra jamais atteindre la production de 12.5 millions de barils par jour. Selon ce câble de Wikileaks, le pic pétrolier de l’Arabie Saoudite est prévu pour 2012. Dans ´´49 ans´´, il pourrait ne plus rester de pétrole exploitable sur Terre, ´´même si la demande n’augmente pas´´, prévient la banque Hsbc dans un rapport de prospective publié le 22 mars ´´Nous sommes convaincus qu’il ne nous reste qu’une cinquantaine d’années de pétrole », insiste, dans une interview accordée à Cnbc, Karen Ward. (1)
Les substituts, tels que les biocarburants et le pétrole de synthèse obtenu à partir de charbon, pourraient compenser une chute de la production de pétrole conventionnel, mais uniquement si les prix moyens du pétrole dépassent 150 dollars le baril », affirme Hsbc. La raréfaction du pétrole n’implique pas que ´´la menace du réchauffement climatique´´ va s’éloigner pour autant.. Justement le peak oil et les changements climatiques furent l’objet d’intervention de communications par les élèves ingénieurs. On apprend que le peak oil a été dépassé en 2006, selon l’AIE, et que la tragédie de Fukushima va encore plus accélérer le déclin du pétrole selon des calculs au fil de l’eau du fait que les scénarios visant à faire du nucléaire le sauveur de la consommation débridée, lui-même est objet de questionnement. Beaucoup de pays s’interrogent sur la durabilité du nucléaire Deux communications ont été faites sur le nucléaire, son état des lieux et le nucléaire du futur. Des variantes appelées « nucléaire de poche » présentant beaucoup moins de risques ont été présentées. Il s’agit de centrales chargées une seule fois et contenant une quantité de combustible équivalent à 25 MW pouvant subvenir aux besoins de 200.000 habitants pendant une vingtaine d’années.
Du point de vue des changements climatiques, objet d’une autre communication, les pays développés polluent, là aussi, pour plus de 80%. Il faut savoir que
Or nous en sommes déjà à 382, contre 280 avant la révolution industrielle. Le rythme actuel de plus 2 ppm par an résulte de l’émission annuelle de 7 gigatonnes de carbone. L’inertie du système, l’anomalie en gaz carbonique met plus d’un siècle à se résorber après injection dans l’atmosphère, suppose que les émissions mondiales ne dépassent pas 4 gigatonnes en 2050. La planète est surexploitée et chaque année ce qu’elle met à notre disposition est épuisé bien avant la fin de l’année « le jour du dépassement », le earth overshoot day de l’année. La date où la population humaine a épuisé les ressources produites en un an par le mince manteau vivant qui enveloppe
Et dans dix ans ? Aurons-nous assez de ressources pour nous nourrir ? Au-delà des angoisses et des peurs, la véritable grande question posée par le peuplement sera celle des ressources : les pays, les sols,
La planète est surexploitée
La vision que le monde avait du nucléaire était celle d’un mal nécessaire. Les scénarios de l’AIE lui prédisaient même un bel avenir avec le déclin du pétrole. C’était avant Fukushima. Cependant le tsunami du Fukushima a remis en cause cet unanimisme quant aux vertus du nucléaire. Il y a donc un avant et un après Fukushima : l’Allemagne après avoir annoncé le démantèlement de ses centrales nucléaires d’ici à 2021, s’est récusée en août 2010 et a prolongé encore jusqu’en 2035 la durée de vie de ces centrales. En mars 2011, après le désastre de Fukushima, elle promet de se désengagers Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, 452 centrales nucléaires étaient en service dans le monde en 2010. Le nombre de chantiers en cours a augmenté lui aussi : 38 en 1999, 65 en 2011 dont 27 pour
Devant les dangers du nucléaire, notamment des accidents qui donnent lieu à des nuages radioactifs qui traversent les frontières sans visa, le moment est venu de mettre en place une coopération supranationale à même de prévenir les accidents et à les gérer. On oublie aussi que le risque zéro n’existe pas et que les déchets radioactifs (plutonium) ont une demi vie de 24.000 ans. Il n’y a toujours- pas de solution définitive quant au traitement des déchets. On oublie enfin qu’une centrale nucléaire désaffectée est aussi dangereuse qu’en activité ; le sarcophage du réacteur de Tchernobyl s’est fissuré, il faut 1,7 milliard de dollars pour en construire un autre ! De ce fait, le recours aux énergies vertes est plus qu’une option, une nécessité... Un rapport du Parlement européen pense qu’il faudra dépenser au total entre 60 et 80 milliards d’euros sur une période de 50 ans, avant qu’il soit envisageable de produire de l’énergie avec la fusion nucléaire. Ces accidents nucléaires seront peut être un choc et permettront aux pays industrialisés de se tourner vers les énergies vertes. Ils passeront de l’ébriété énergétique actuelle à la sobriété énergétique seule garante d’un développement durable.
Des professeurs de l’Ecole des spécialistes du Cder et de l’Aprue ont toujours conforté par leurs contributions les débats sur l’état des lieux dans l’optique du développement durable. Dans notre contribution, nous avons énuméré les dangers qui se profilent à l’horizon, et sans vouloir jouer les pythies l’avenir est sombre. Nous aurons droit à la pénurie prochaine du pétrole qui deviendra de plus en plus cher ! aux changements climatiques rendus inéluctables après les échecs successifs Copenhague, Cancun, du fait de la fuite en avant des pays industrialisés et de plus en plus sur leur lancée des pays émergents. Nous aurons droit à des guerres de l’eau, des guerres pour la nourriture du fait des détournements des cultures pour les biocarburants [Un plein d’essence de biocarburant aux Etats-Unis, est équivalent à 225 kilos de maïs, soit de quoi nourrir un Sahélien pendant une année]. Nous aurons droit à des sécheresses récurrentes, aux avancées des déserts et enfin la guerre pour les matières premières minérales qui deviendra de plus en plus féroce du fait que 95% des ressources minérales sont détenues par
Le destin de l’Algérie
La dernière communication a fait un état des lieux sans complaisance de la situation en Algérie, elle a examiné les propositions récentes et ambitieuses quant à la production de 40% d’énergie renouvelable à l’horizon 2030. Elle propose un scénario vert réaliste, réalisable.
Un débat contradictoire et riche a eu lieu en présence de M. le président-directeur général de Sonatrach - que nous ne saurons assez remercier lui et tout son staff, a bien voulu nous accueillir avec élégance pour cette 15e Journée sur l’énergie-, et M.Bouterfa P-DG de Sonelgaz, notamment sur la nécessité pour le pays d’investir dans le nucléaire, deux visions ont été présentées avec des arguments pour et contre. S’agissant des gaz de schiste là aussi, le débat n’a pas porté sur le fond mais sur la fiabilité des données. En définitive, la vision du développement durable ébauchée par les élèves ingénieurs, n’a nullement la prétention d’être exhaustive, complète et définitive, elle montre seulement que ces élèves ingénieurs dans leur ensemble, sont aptes à s’emparer des problèmes de l’énergie, voire d’autres qui intéressent au plus haut point notre pays. La stratégie du fil de l’eau qu’ils proposent est adossée à une stratégie énergétique multisectorielle qui implique la société, les départements ministériels, bref, un plan Marshall décidé par l’Etat qui doit impérativement reposer sur l’Université algérienne qui doit réhabiliter la formation d’ingénieurs et de techniciens par milliers.
L’exemple de l’Ecole Polytechnique qui existe depuis près d’un siècle, matrice de la technologie du pays qui a formé plus de dix mille ingénieurs et un millier de docteurs devrait non seulement être conforté mais devrait naturellement se voir confier au vu de son potentiel une centaine de professeurs et maîtres, de conférences, un rôle dans ce plan Marshal du développement durable que nous appelons de nos voeux. Le destin du pays qui repose sur ses élites doit se décider en Algérie, nous n’avons pas besoin de tutelle qui doit nous indiquer si nous sommes sur la bonne voie ou si nous devons encore faire des efforts pour arriver à la norme, qui, on l’aura compris, est dictée par l’Occident notamment paléo-colonial.
Il serait tragique que la formation des hommes soit sous-traitée à l’extérieur. J’en appelle clairement à la remise sur rail, avant qu’il ne soit trop tard, de la formation technologique dans le pays, en réhabilitant la discipline des mathématiques, des mathématiques techniques, en revoyant fondamentalement la formation professionnelle, et naturellement en redonnant à la formation d’ingénieurs ses lettres de noblesse. Dans la cacophonie actuelle, ce qui restera dans le futur ce sont les hommes et les femmes bien formés, fascinés par le futur et dont l’Algérie aura besoin Le destin de l’Algérie se jouera assurément dans cette génération, soyons au rendez vous de l'histoire !
1.Karen Ward, Le peak oil : Plus de pétrole dans 50 ans, prévient Hsbc petrole.blog.lemonde.fr 2010/04/04.
Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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