« Je n’osais pas tirer. À ce moment, je voyais un Che, grand, très grand, énorme. Ses yeux brillaient intensément. Je sentais qu’il se levait et quand il m’a regardé fixement, j’ai eu la nausée. J’ai pensé qu’avec un mouvement rapide, le Che pourrait m’enlever mon arme. "Soyez serein, me dit-il, et visez bien ! Vous n’allez tuer qu’un homme !". Alors, j’ai reculé d’un pas vers la porte, j’ai fermé les yeux et j’ai tiré une première rafale. Le Che, avec les jambes mutilées, est tombé sur le sol. Il se contorsionnait et perdait beaucoup de sang. J’ai retrouvé mes sens et j’ai tiré une deuxième rafale, qui l’a atteint à un bras, à l’épaule et dans le cœur. Il était enfin mort. » (témoignage du sergent Mario Teran, dans "Paris Match" en 1977). C’était il y a quarante-cinq ans…
L’arrestation des onze membres d’une cellule islamiste le samedi 6 octobre 2012 (le douzième membre, Jérémie Louis-Sidney, a été tué après s’être violemment opposé à la police) à la suite de l’attentat antisémite du 19 septembre 2012 contre une supérette de Sarcelles montre que de plus en plus de petits délinquants deviennent en France des "jihadistes", et cette tendance à la radicalisation se déroule comme le catalyseur d’une révolte intérieure apporté par des éléments extérieurs à la France essentiellement grâce à Internet et aux réseaux sociaux où les extrémistes et les intégristes renforcent la détermination des plus paumés.
Dans l’émission littéraire de Public Sénat "Bibliothèque Médicis", l’un des invités de Jean-Pierre Elkabbach remarquait le 22 septembre 2012 que le terrorisme islamiste avait remplacé le guevarisme dans la tête de certains jeunes désœuvrés tentés par l’activisme contre le "grand capital" et le supposé "impérialisme américain". Du reste, l’ancien ministre Éric Raoult a émis cette même analogie dans un débat sur BFM-TV le 8 octobre 2012.
Cette idée n’est pas sans pertinence. On peut en effet imaginer qu’un jeune homme, sans le sou, n’ayant donc rien à perdre, écorché, avec une rage personnelle très intense contre la société, pourrait se métamorphoser en terroriste de la cause extrémiste de l’islamisme. Il ne peut plus donner dans le gauchisme révolutionnaire comme dans les années 1970 et 1980 (Action directe, Brigades rouges etc.) car le communisme a idéologiquement été définitivement battu.
En revanche, une autre forme d’activisme meurtrier a pu voir le jour à partir des année 1990 (avec le terroriste Kelkal) pour essentiellement combattre le monde dit occidental (qui n’existe pas plus qu’un monde oriental). Dans les "banlieues", cela a pu donner des cas extrêmes comme Merah. La barbe de Ben Laden a remplacé l’étendard de Che Guevara.
En général, ce sont surtout des convertis récents qui n’ont rien à voir avec l’islam (et qui sont très différents de la plupart des musulmans qui, eux, prônent la non-violence et souvent subissent à leurs dépens les amalgames) mais ils concrétisent le mal-être par des actions violentes contre leur pays, la quête de repères surtout. Expert en sécurité et renseignement stratégique, Claude Moniquet remarque : « Ces gens ont une conception sommaire du jihadisme et n’ont pas une vraie connaissance de l’islam. (…) Ces gens qui sont en rupture sociale épousent une idéologie qui justifie et ennoblit leurs actes. ». Expert en islam, Samir Amghar observe de son côté : « Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle tendance du salafisme, l’islamo-banditisme, formée par des délinquants, souvent convertis en prison, qui gardent leurs habitudes de violence ou d’exactions, mais en les justifiant par des motifs religieux islamiques de lutte contre l’Occident. ».
L’anti-occidentalisme est le point de convergence, exactement comme l’exprimait le 24 février 1965 à Alger un guérillero : « Les pays socialistes ont le devoir moral d’arrêter leur complicité tacite avec les pays de l’ouest exploiteurs. ».
C’était un Ministre de l’Industrie très vindicatif néanmoins doté d’une grande intelligence. Non, je ne parle pas d’Arnaud Montebourg mais bien d’Ernesto Guevara qui est mort il y a tout juste quarante-cinq ans, le 9 octobre 1967, à l’âge de 39 ans.
Tiens, parlons justement du Che Guevara. À la différence de l’avocat socialiste, le Che n’a pas débité seulement du verbe mais a agi, et quand je dis "agi", cela veut dire "a pris les armes" et a voulu "répandre" la révolution cubaine un peu partout dans le monde, en particulier au Congo et en Bolivie. Cette exportation de la révolution avait, selon lui, valeur universelle : « Il n’y a pas de frontières dans cette lutte à mort. Nous ne pouvons pas rester indifférents face à ce qui se passe dans n’importe quelle partie du monde. La victoire de n’importe quel pays contre l’impérialisme est notre victoire, tout comme la défaite de quelque pays que ce soit est notre défaite. ».
Si les adorateurs de Staline et de Mao sont revenus parfois très tôt de leur adoration (heureusement), ce n’est pas le cas pour Che Guevara et il n’est pas rare, encore aujourd’hui, de voir dans nos démocraties pacifiées certaines personnes, parfois jeunes, parfois bien plus jeunes que les quarante-cinq années qui les séparent de sa mort, arborer en effigie cette figure quasi-légendaire de la révolution. Un homme aimant, entouré de sa famille comme l’on peut le voir avec plein de tendresse sur certaines photos. Un homme intellectuel et cultivé, capable de discuter avec Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre (dans ses petites souliers).

Intelligent, esprit vif, passionné, courageux, allant jusqu’au bout, indubitablement, Guevara a tout pour faire le parfait héros romantique de tous les révolutionnaires en culotte courte (ou tranquillement installés dans leur salon derrière un écran) qui se sont (malgré ce qu’ils en disent) très bien adaptés à la société de consommation.
Cette idolâtrie encore actuelle pour ce médecin argentin est très étonnante car il a peu soigné et il a été contre le principe général du christianisme dans lequel il a baigné qui est que la vie est sacrée et qu’il n’y a rien au monde qui puisse justifier le meurtre d’un homme.
Car il faut dire ce qu’il en est : ce type était un tueur, un tueur en série, un tueur idéologique, le pire des tueurs, car tueur sans émotion, tueur froid et cynique, sans un seul sentiment humain, bref, sans aucun romantisme, justement. Un tueur comme on peut le retrouver dans l’excellente pièce "Les Justes" d’Albert Camus.
Un Robespierre incorruptible prêt à tuer l’humanité entière pour sa prétendue juste cause. Cause dont on a d’ailleurs complètement oublié le fondement (à part l’anti-américanisme primaire). Sa mort brutale à un âge encore jeune n’a jamais été une surprise et devant celui qui allait le "liquider", il dédramatisait sa propre tragédie. Pour lui, la vie humaine ne valait rien. En tout cas, pas grand chose.
Rappelons les assassinats multiples commis par Guevara. Il a tué de ses propres mains des dizaines d’hommes.
Fidel Castro (qui est toujours vivant malgré ses 86 ans et sa maladie) lui avait délégué la présidence des tribunaux d’exception car Guevara n’aurait jamais eu un seul geste de clémence, il n’hésitait pas à recourir systématiquement à la peine de mort contre les ennemis du régime.


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