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Le journal Le Monde est-il un Bulletin Officiel bis de l’Éducation nationale ?

Un article du Monde.fr paru le 30 janvier 2010, intitulé « Le respect et l’autorité expliqués à mon prof  », et signé Martine Laronche, est révélateur de la représentation erronée et complaisante qu’un journal traditionnel juge utile de donner de l’École (1).

Le titre choisi par la journaliste livre à lui seul tout un état d’esprit : le professeur, en déduit-on, est à ce point ignorant qu’on doit lui enseigner ce qu’est « le respect et l’autorité » ! Et qui est le plus qualifié pour le faire, à en juger par le personnage à qui ce titre est prêté ? L’élève - pardi ! - qui prouve qu’il sait ce que respect veut dire en commençant par affubler son professeur d’un diminutif de potache qui lui manque de respect !
 
L’article qui suit, serait du même tonneau à se tordre de rire si le sujet n’était pas si grave : n’est-il pas arrivé que des agressions de professeur dans les établissements scolaires aillent jusqu’à la tentative de meurtre ? 
 
Des recettes de tenue de classe affligeantes
 
Il est question, en effet, d’une expérience menée dans une dizaine de lycées avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale où Yves Michaud, le génial créateur de l’Université de Tous les Savoirs, vient tenir des conférences sur les notions de « discipline et de dialogue » devant des professeurs. Nul doute que ce doit être intéressant. Mais il est accompagné en vedette américaine par un jeune homme de 33 ans, apparemment bien en cours, Sébastien Clerc : professeur de Français et d’Histoire-Géographie – ce qui est déjà une polyvalence qui mérite d’être saluée – il vient donner ses recettes pour faire un cours en se faisant respecter.
 
La journaliste qui a dû assister à une séance, est manifestement conquise. On la devine admirative au point qu’elle ne peut résister à citer en cours d’article certaines des recettes-miracles qui l’ont particulièrement éblouie. Les voici.
 
- « Il est important de débuter un cours (sic) de la manière la plus dynamique possible  ». Plutôt que d’écrire son plan au tableau, le dos à la classe, M. Clerc recommande de distribuer ou de projeter un document, qui va capter l’attention.
 
- « Pour inciter les élèves à lever la main, ne donnez la parole qu’à ceux qui en font la demande et ignorez les autres. »
 
- En cas de chahut, de conflit, il conseille de maîtriser ses émotions et de ne jamais paraître en colère. « Quand un élève est insolent, affirmez calmement que c’est grave et que cela donnera lieu à un rapport. » Pour réagir promptement, le professeur a toujours un dossier disciplinaire sur son bureau avec des fiches d’exclusion déjà signées.
 
- Mais pour tenir sa classe, « il est important d’instaurer un climat chaleureux  », insiste le jeune professeur. Il salue chaque jour ses élèves, leur demande comment ils vont, anime, en dehors des cours, un atelier d’échecs.
 
La journaliste est heureuse de pouvoir trouver dans l’ouvrage d’un psycho-pédagogue suisse un écho à ces pensées profondes en y relevant quelques sentences décisives comme celle-ci : « La présence en classe du professeur n’est pas très éloignée de la présence sur scène de l’acteur, considère-t-il. Elle passe par tout un jeu non verbal, pour lequel on peut être plus ou moins doué mais qui peut s’acquérir.
 
Les règles violées d’abord par l’administration
 
À l’évidence, l’administration de l’Éducation nationale doit se marrer comme une baleine devant ce leurre de diversion phénoménal qu’elle encourage en sous-main pour pouvoir continuer son travail de sape préparatoire à une prochaine privatisation. Il faut, en effet, n’avoir jamais enseigné pour oser amuser ainsi la galerie avec pareilles niaiseries et abuser les jeunes professeurs désemparés qu’on a devant soi.
 
Le problème essentiel de l’École, en effet, ne relève ni de la compétence du professeur ni de ses compétences, tout acteur doué qu’il soit ou si expert dans sa discipline qu’il puisse être. Ces petites recettes énoncées ci-dessus qu’on apprend sur le tas, ne peuvent être d’aucun secours quand le respect des règles du jeu dont la loi lui confie la charge dans un établissement n’est pas strictement assuré par une administration. Quelques exemples ? En voici trois vécus dans un collège de Nîmes au cours de l’année scolaire 2003-2004.
 
1- Premier cas
 
Un élève revient en classe après plusieurs semaines d’absence. Le professeur lui demande, comme c’est le règlement, une justification d’absence. Il n’en a pas. Il est donc reconduit au Bureau de la vie scolaire accompagné par un délégué d’élève. Or, il en revient rigolard avec cette mention inscrite par une surveillante sur son carnet de correspondance comme motif d’absence : « VACANCES » ! Renvoyé, il revient le lendemain avec, cette fois, un mot de sa mère : « Mon fils a feinté » !
 
Le même élève, un mois plus tard récidive : il revient en classe sans justification. Il est renvoyé comme la première fois au Bureau de la vie scolaire. En sortant, il lance au professeur : « J’ T’EMMERDE !  ». Saisi de ce second incident comme du premier dans un rapport, le principal ne prend aucune sanction. Le professeur entame donc un bras de fer avec lui en refusant le retour en classe de l’élève tant qu’il ne présentera pas par écrit ses excuses et un engagement à respecter les règles de la classe. Le voyou ne remet pas les pieds en classe. Le principal cède. Deux mois plus tard, une empoignade physique mémorable avec le Conseiller principal d’éducation vaut au voyou enfin un conseil de discipline !
 
2- Deuxième cas
 
Même scénario avec un élève qui a débarqué en fin de premier trimestre, exclu d’un autre établissement pour violence physique envers une professeur. Quand il revient en février après plusieurs semaines d’absence, sans justification mais avec arrogance, le professeur le fait reconduire au Bureau de la vie scolaire et exige excuses et engagement par écrit à respecter les règles. Cette fois, le voyou écrit effectivement un mot sur une page de cahier déchiré. Le professeur en trouve photocopie dans son casier de la salle des professeurs : c’est un tissu d’injures. Le principal qui doit avoir gardé l’original, l’a donc avalisé. Pas question dans ces conditions que l’individu remette les pieds en classe ! L’élève vient menacer physiquement le professeur dans sa classe à un intercours. Alerté par rapport, le principal ne fait rien. L’élève finit par disparaître de la circulation on ne sait où.
 
 3- Troisième cas
 
Même scénario encore un peu plus tard avec une élève qui jusque-là ne posait aucun problème. Elle refuse de justifier une absence. Elle ne peut ignorer la règle, puisqu’elle a assisté au cirque des deux autres voyous. Elle est donc reconduite au Bureau de la vie scolaire. En partant, la demoiselle outrée claque la porte. Pas question pour le professeur qu’elle revienne en classe sans une lettre d’excuse et d’engagement à respecter les règles ! Elle ne reparaîtra pas en cours du début mai à la fin juin. En revanche, elle accompagnera les surveillants pour ramasser les fiches d’absence d’élèves en début d’heure. Le principal ne peut pas ne pas le savoir : on la voit souvent sortir de son bureau !
 
C’est le professeur, en revanche qui recevra, au début de juin, une admonestation véhémente écrite de l’inspecteur d’académie pour avoir refusé une élève en classe, selon la plainte de sa mère. Le professeur demande alors à l’excellent recteur William Marois (actuel recteur de Créteil) communication de cette plainte. Qu’est-ce que la mère a bien pu raconter ? Pas question ! Saisie, la CADA, (Commission d’Accès aux Documents Administratifs) répond suavement qu’en vertu de la loi du 12 avril 2000, les lettres de dénonciation ne peuvent pas être communiquées aux victimes car cette transmission pourrait nuire à leur auteur !
 
Voilà l’ordinaire ! Des exemples comme ça, il y en a à la pelle ! Et ce sont les plus pacifiques dans un collège qui était alors réputé sérieux et calme. Depuis, ça a changé forcément, avec de pareilles méthodes ! Il est marrant, le petit M. Clerc, avec son annonce sereine d’un rapport en cas de conflit et ses petites « fiches d’exclusion déjà signées  » qu’il conseille d’avoir à sa portée sur son bureau ! Mais de qui se moque-t-il ? Les élèves se bidonnent : ils savent, eux, que le professeur qui entend faire respecter les règles minimales d’une vie sociale dans un établissement scolaire est le premier ennemi à abattre pour l’administration. Quant au climat chaleureux à instaurer, pourquoi pas ? Très volontiers ! Mais que faire quand un nouveau principal interdit sans raison un voyage pédagogique en Campanie (Italie) qui existe à la satisfaction de tous depuis 15 ans et un voyage à Venise depuis 2 ans ?
 
Alors on pourra venir vanter toutes les recettes-miracles, gris-gris ou amulettes qu’on voudra – et on ne doute pas des compétences d’Yves Michaud – cela ne servira à rien, puisque la volonté politique de faire régner l’ordre public dans un établissement scolaire peut ne pas exister dans la mesure où le désordre prépare utilement la privatisation du service public présentée comme la seule voie de salut ! C’est bien que des professeurs s’émeuvent après l’agression d’un élève au couteau dans un lycée de Vitry-sur-Seine. Mais posent-ils le vrai problème ? Est-ce une question de moyens seulement ? On ne les entend pas parler du respect strict des règles dans l’établissement, et d’abord par l’administration elle-même. Ce mouvement est tout de même un progrès car, qu’on sache, après la tentative d’assassinat d’une professeur au lycée Blériot d’Étampes, le 16 décembre 2005, aucune protestation d’ampleur n’a été entendue : cette agression ne méritait-elle pas pourtant en risposte une manifestation à la hauteur de l’enjeu, non seulement dans l’établissement mais dans tout le pays ? Paul Villach
 
(1) Le Monde .fr, 30.02.2010
http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/article/2010/01/30/le-respect-et-l-autorite-expliques-a-mon-prof_1299010_3238.html
 
par Paul Villach samedi 13 février 2010 - 28 réactions
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  • Par Heum, heum,... (xxx.xxx.xxx.99) 13 février 2010 14:35

    Contrairement à ce que vous dites, Monsieur le Professeur, il n’y a pas de projet actuel ou nouveau de privatiser l’Éducation nationale, parce que c’est déjà fait depuis cinquante ans. La privatisation de l’Éducation nationale est déjà complètement réalisée, en faveur de certains syndicats d’enseignants qui se sont crus investis de la mission de tout révolutionner, de tout changer, de tout affranchir, et qui sont devenus propriétaires de la structure administrative qu’ils (co-)gèrent dans l’intérêt exclusif de leurs adhérents et clients.

    On trouve ce genre d’abus de pouvoir, par exemple, dans le fait que leurs appareils contrôlent le déroulement des carrières individuelles, alors que la fonction d’un syndicat est uniquement de défendre - sur un plan général et anonyme - les statuts des personnels (nom qui est donné aux conventions collectives dans le secteur public). Par exemple, le principe à tout travail salaire égal, qui devrait suffire à faire disparaître les maîtres auxiliaires en les payant autant que les professeurs titulaires. Ce contrôle individuel des carrières leur donne un pouvoir abusif sur leur adhérents, et par voie de conséquence défavorise injustement les non adhérents. Il a en plus l’inconvénient de récompenser la soumission à l’appareil et la conformité idéologique, au dépend des critères de capacité profesionnels objectifs.

    Être un service public, ce n’est pas être au service des corps d’enseignants et de la défense de leurs petits avantages catégoriels, ni encore moins d’une faction de ces corps, mais être au service du public, des choses publiques, de la République. C’est-à-dire des familles, des entreprises, des traditions, des métiers, de l’ordre et de la paix sociale, de l’agriculture, du progrès, de l’histoire, de la gentillesse, des paysages, de la culture, de la vérité, des arts, des sciences, de la civilisation, etc. D’assurer d’une génération à l’autre leur transmission, leur protection, leur conservation, et non leur destruction, au nom d’un idéal de libération, de modernisation, de révolution qui n’a aucune légitimité.

    En ce qui concerne l’autorité et son rétablissement, je ne trouve pas étonnant que la Bureaucratie de l’EN en vienne à préconiser ce genre de méthodes miracles de gestion des problèmes, tout-à-fait typique du pragmatisme américain depuis Benjamin Franklin (Comment devenir riche, comment se faire des amis, comment être cultivé, comment ne plus avoir peur des chiens, comment redevenir jeune, comment asseoir son autorité devant une classe de racailles..). Pendant ce temps là, Réseau Éducation sans frontières se donne beaucoup de peine pour saboter l’autorité publique en dehors de l’école, celle de la police, et paralyser l’exécution des mesures de limitation de l’immigration clandestine, celle qui justement pourrit toute la vie scolaire (Comment peut-on faire la classe dans des communes où, comme à Villiers-le-Bel, il y a maintenant 52 nationalités différentes et 2/3 des parents illetrés).

    La bureaucratie de l’EN est imbibée de l’idéologie des grands ténors de Mai 68, comme Alain Geismar. Elle est donc radicalement révolutionnaire, contre l’autorité qu’elle considère comme toujours illégitime, même la sienne qu’elle prétend ne pas exercer, contradiction qui suffit à faire émerger un monde de fous. En effet, cette idéologie considère que son rôle est aussi d’éradiquer toute autorité des fonctions enseignantes ou éducatives, non seulement dans les écoles et les lycées qui dépendent de son administration, mais aussi dans les familles et dans l’ensemble de la société. En ce qui la concerne, elle parvient à surmonter la contradiction entre son discours anti-autoritaire et sa fonction d’autorité, en agissant de façon officieuse, sournoise, par coups de forces et par mensonges, ce qu’on appelle la terreur grise (pour l’ambiance, lire le Château de Kafka). 

    À force d’éradiquer tout ce qui fondait réellement l’autorité, l’enseignement en arrive à devenir complètement impossible. Or, ce genre de livre de recettes pour rétablir l’autorité sur des bases fonctionnalistes ou utilitaristes, est comme les produits miracles que les camelots vendent devant les Grands magasins. 

    Les relations sociales, et tout particulièrement les relations d’éducations, ne peuvent se réduire à la Raison, au raisonnement, au raisonnable, et à la négociation. L’enfant, comme le collègue, le conjoint, le voisin, le client ou l’ami, ne sont pas sensibles qu’au rationnel et à l’utile : il y a aussi l’admiration, la séduction, la passion, la beauté, l’irrationnel. D’une façon plus générale, il n’existe pas de rapport pédagogique sans autorité, et pas d’autorité sans rétablissement général du sens du sacré (dont le respect n’est qu’une modalité superficielle). 

    Comme à la base du sacré, il y a les religions dans ce qu’elles ont de plus archaïque : le rite, le mythe et la loi morale, ce seraient donc toutes les valeurs que l’Éducation Nationale a éradiquées qu’il faudrait commencer par restaurer, non seulement en recommençant à y croire et à les célébrer à l’école, mais aussi dans les familles. Pour cela il y a les arts et les traditions populaires. 

    L’école laïque, ou plutôt laïciste, ou plutôt même scientiste ou rationaliste, c’est-à-dire celle qui voudrait uniquement fonctionner sans transcendance, a atteint le seuil d’abstraction qui la voue inexorablement à la dissolution et au chaos. Ce mouvement de perdition ne commencera à pouvoir être renversé qu’à partir du moment où les autorités recommenceront à accepter l’idée que la pédagogie est d’abord fondée sur l’autorité, que la base de l’autorité n’est pas la rationalité mais le sacré. Et c’est là qu’on va s’apercevoir que le trou noir laissé par la sécularisation des religions occidentales traditionnelles (catholicisme, judaïsme) attire inexorablement d’autres religions ou ou d’autres paganismes pour prendre leurs places.


  • Par vivien françoise (xxx.xxx.xxx.248) 13 février 2010 17:06
    vivien françoise

    M. Villach,
    Que doivent faire les professeurs à votre avis pour se faire respecter ?
    Le respect s’apprend dès la petite enfance, donnée par les parents, ou un seul s’il n’en reste qu’un.
    Je parle d’ un temps qui apparemment n’a plus trop court à notre époque.
    A une époque (encore cette notion de passé) les enfants étaient des enfants, avaient leur monde à eux. Aujourd’hui ils sont sevrés à coups de télé-réalité, de fermes célébrités, de défilés de mode pour enfants, de films et de jeux violents, de sexe, de pornographie.
    Leurs parents qui ont raté le virage de leur propre enfance laissent faire, s’imaginant que leurs infâmes rejetons sont plus beaux, plus grands et surtout plus intelligents qu’eux.
    Ces écoliers arrivent en classe le matin, avec leur suffisance en bandoulière, et le téléphone portable dans la poche.
    Le professeur est seul face à eux et se rejoue quotidiennement le rapport de force. 
    1 contre 30 ou 40, 
    Plus facile d’écrire un article (de magazine) que de mater ces jeunes loups ou louves.
    Vous proposez quoi, qui pourrait servir aux professeurs qui vous lisent ?
    Vivien f


  • Par vivien françoise (xxx.xxx.xxx.122) 13 février 2010 23:20
    vivien françoise

    une autre chose encore
    ne m’appelez pas zozo.

  • Par vivien françoise (xxx.xxx.xxx.122) 13 février 2010 23:18
    vivien françoise


    Permettez moi monsieur Villach d’avoir mes défauts et de m’en servir.
    Vous n’êtes pas mon directeur de conscience.

    C’ est à vous donc que je dois d’avoir été viré au premier commentaire posté ;
    Je l’ai écrit à bon escient, je n’aboie pas avec les autres. Vous n’avez aucun humour, et mon second prénom n’est pas janus ;

     

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