• mercredi 8 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Le management d’Orange tue, le gouvernement complice
34%
D'accord avec l'article ?
 
66%
(21 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Le management d’Orange tue, le gouvernement complice

Nous avons retrouvé cet article qui date d’il y a deux ans, sur Le blog finance, titré France telecom : actionnaire qui rit, salarié qui pleure ? :
 
"Un peu de décence seraient tentés de dire certains salariés. Alors que France Télécom a annoncé jeudi avoir réalisé au troisième trimestre un chiffre d’affaires supérieur aux attentes des analystes - l’annonce provoquant une envolée du titre sur le marché - deux syndicats de France Télécom ont dénoncé jeudi la "dégradation" des conditions de travail des salariés. Rappelons aussi, même si l’information se fait discrète, qu’en mars 2007, des médecins du travail s’étaient d’ores et déjà inquiétés du "mal-être" existant dans les sites France Télécom de Rhône-Alpes et Auvergne. (...) Cette situation financière est de plus "insolente au regard de la dégradation continuelle des conditions de vie et de travail des salariés", poursuit-il, réclamant l’arrêt des suppressions d’emplois et l’ouverture "immédiate de négociations sur les salaires, carrières, conditions de travail". Il est vrai que pour toute autre entreprise, supprimer 22.000 postes conduiraient "nécessairement" à un plan social, mais l’opérateur historique semble vouloir faire dans la discrétion, au péril parfois de l’intégrité mentale de ses salariés. De son côté, Sud-PTT estime que l’objectif de la direction de dégager "un cash flow de 7 milliards d’euros" pour le "paiement de dividendes pour les actionnaires sera largement réalisé voire dépassé". (...) A l’issue d’une réunion d’information, jeudi 11 octobre, les syndicats de France Télécom ont jugé les mesures mises en place par leur direction pour réduire le "stress au travail" des salariés, de "trop timides et pas assez concertées. Au printemps, syndicats et salariés de l’opérateur de télécommunication se sont mobilisés à plusieurs reprises contre les conditions de travail et les fortes "pressions au départ" qu’exercerait sur une partie d’entre eux la hiérarchie du groupe. Un plan de restructuration de 22 000 suppressions de postes en trois ans (2006 à 2008) est d’ores et déjà mis en place chez l’opérateur."
 
L’intervention des médecins vers laquelle renvoie l’article est claire : "Dans leur rapport annuel sur la santé au travail, présenté en mars au comité d’établissement de la direction régionale centre-est de France Télécom, des médecins du travail s’inquiètent du "mal-être" existant dans les sites France Télécom de Rhône-Alpes et Auvergne, où s’accroissent le "stress, le couvdésarroi, les troubles anxio-dépressifs". "Nous tenions à alerter sur la gravité d’une situation qui nous inquiète", écrivent les médecins dans le document. "Le stress, le désarroi, les troubles anxio-dépressifs liés aux transformations du travail ne cessent de s’accroître chez le personnel", détaillent-ils, en évoquant des salariés qui "ont de plus en plus de mal à se reconnaître dans ce qu’ils font". (...) "Les situations de stress sont constantes, l’exigence de productivité et de performance entraîne des efforts constants pour rester dans la course." Tout y est déjà. On remarquera cette phrase : "Certes, fort heureusement, il ne s’agit pas aujourd’hui de suicides, en ce qui concerne l’opérateur télécoms (encore que cela reste tout de même à vérifier si l’on en croit quelques remontées syndicales)... mais un livre publié en 2004, intitulé La machine à broyer faisait d’ores et déjà état de conditions de travail mettant en péril l’intégrité mentale des salariés du groupe." Vous avez bien lu : La machine à broyer est sorti en 2004 ! Présentation de l’éditeur : "La série noire continue… Vendredi 11 septembre 2009, une salariée de France Télécom, âgée de 32 ans, s’est suicidée à l’issue d’une réunion, deux jours après le geste désespéré d’un autre employé et une série de suicides. Les employés sont les principales victimes de la fin du monopole des grandes entreprises publiques françaises. Afin de se préparer au marché concurrentiel, France Télécom a opéré un redéploiement interne de ses effectifs. Depuis 1990, ce sont plusieurs dizaines de milliers de salariés qui ont changé de fonction, de statut, de lieu de travail. Ces mutations contraintes se sont appuyées sur une gestion agressive des ressources humaines. Dominique Decèze, au cours d’une enquête minutieuse, montre l’étendue des dégâts et la violence délibérée avec laquelle l’entreprise s’est attaquée à son personnel. À France Télécom, le mal de vivre au travail est une réalité quantifiable : stress, dépression, maladies, suicides, fichage, mutations d’office, pressions hiérarchiques, placardisation, harcèlement. Il cite abondamment des médecins du travail, débordés par le nombre croissant d’employés en souffrance. Mais le plus bouleversant, ce sont les témoignages des intéressés eux-mêmes, pris à revers par leur DRH  : comment admettre que la «  libéralisation  » d’une entreprise puisse se faire au prix de la santé, voire de la vie de ses employés ? Dominique Décèze, auteur chez Jean-Claude Gawsewitch Editeur de Haute Tension chez EDF-GDF (2005), de Services publics, la grande braderie (2007), et de Gare au travail (novembre 2008). Il est spécialiste de santé au travail."

Dernier réquisitoire paru, Orange stressé d’Ivan du Roy : "France Télécom est devenue un géant mondial des télécommunications. L’ancienne entreprise publique est présentée comme le modèle d’une privatisation réussie, dans un secteur qui connaît une extraordinaire mutation technologique. Mais il y a un grave revers à cette médaille, beaucoup moins médiatisé que les profits records de la firme : parmi ses 100 000 salariés hexagonaux, deux sur trois se déclarent stressés. Un mal-être généralisé qui a pour symptômes la banalisation du recours aux anxiolytiques, la progression des arrêts maladie de longue durée, l’augmentation des démissions et la multiplication troublante de suicides. C’est cette réalité méconnue que dévoile ce livre, fruit d’une enquête auprès de salariés, de syndicalistes, de médecins ou d’experts en santé au travail. Et qui s’appuie également sur les travaux de l’Observatoire du stress et des mobilités forcées à France Télécom, créé à l’initiative d’organisations syndicales. Ivan du Roy y montre comment le « management par le stress » a été érigé en système par les dirigeants de l’entreprise, dans le but notamment de pousser vers la sortie des milliers de salariés. Ce management « sournois  » et « vicieux  », selon les mots des salariés, s’est progressivement déployé avec la privatisation, alors que les profits s’accroissaient. En ce sens, le cas de France Télécom est tristement exemplaire : c’est un laboratoire pour la gestion du personnel par la souffrance au travail, une expérimentation de ce qui peut se produire demain dans d’autres grandes entreprises et services publics, de La Poste à l’Éducation nationale."

Les dirigeants d’Orange, au premier rang desquels le PDG Didier Lombard, qui a confessé avoir ressenti "un petit choc" et a osé parler de "mode du suicide", sont coupables, c’est indubitable. Le péril pour les salariés de ce management par le stress était déjà dénoncé il y a cinq ans ; c’est donc qu’ils ont préféré la logique du capitalisme libéral, celle du profit, à l’application du code du travail. Lisez ce que dit la loi : "Liés aux conditions générales de travail, les risques professionnels font peser sur les salariés la menace d’une altération de leur santé qui peut se traduire par une maladie ou un accident. Il appartient à l’employeur de supprimer ou de réduire ces risques afin d’assurer la sécurité des salariés et de protéger leur santé physique et mentale." La faillite de la direction d’Orange est patente. "Plusieurs médecins du travail ont démissionné après que la direction leur a demandé de supprimer certains paragraphes faisant apparaître des maladies professionnelles", accuse Ivan du Roy dans 20 minutes. Gravissime. Tournons-nous à nouveau vers ce qu’écrit le site gouvernemental consacré à la prévention des risques professionnels : "La responsabilité pénale et/ou civile de l’employeur peut être engagée en cas de manquements à ses obligations en matière d’hygiène et de sécurité." lpwNier que ce soit le cas est intenable. Pourtant, celui qui est désigné comme le principal responsablede cette situation, le directeur exécutif d’Orange France, bras droit de Lombard, Louis Pierre Wenès, refuse de façon autiste de remettre sa stratégie en question : "On a fait parler les morts !", proteste-t-il dans L’Obs.com. "Redoute-t-il de perdre son poste après la vague de suicides ? « Je considérerais alors que je suis victime d’une monstrueuse manipulation », répond-il, glacial. Droit dans ses bottes, Wenès, 60 ans, semble plus furieux qu’embarrassé ou peiné. Pour lui, apparemment, cette affaire a été montée en épingle par les médias, instrumentalisés par les syndicats avant les élections au conseil d’administration le 15 novembre prochain. Dans son groupe, en effet, on ne se suicide pas plus qu’avant, et pas plus qu’ailleurs. En revanche, Wenès sous-estime gravement la crise que traverse sa maison. « Le climat social n’est pas si épouvantable que cela, affirme-t-il. Au cours de la période 2006-2008, 14 000 personnes ont changé de métier et près de 22 000 personnes sont parties sans que l’on ait de grèves massives dures... » Il semble ne pas comprendre que les récents suicides ont révélé un profond mal-être chez l’opérateur. (...) Après le plan Thierry Breton, qui avait déjà fait partir 20 000 salariés de 2003 à 2006, Didier Lombard en remet une couche : son plan NExT prévoit 20 000 départs supplémentaires. Et Louis-Pierre Wenès l’exécute avec les méthodes musclées dont il n’a jamais fait mystère : « Je mets la pression tout le temps, je ne laisse pas de marge de manoeuvre », explique- t-il en mai 2007 à La Tribune." Voilà donc un homme qui s’estime victime d’une cabale et assume parfaitement ses méthodes, alors même qu’elles conduisent des salariés directement au tombeau ! L’Etat va-t-il réagir ? Ce serait oublier que nous sommes gouvernés par des libéraux qui ne jurent justement que par la loi du profit et se fichent comme d’une guigne des dégâts humains. Illustration : après avoir reçu Lombard hier, l’inénarrable Christine Lagarde, ministre de l’Economie, lui a renouvelé "sa pleine et entière confiance". Le management d’Orange tue, le gouvernement complice !

PS  : le cas d’Orange est emblématique mais il n’est évidemment pas unique. C’est la logique libérale qui tue. Un ouvrage signé Paul Moreira et Hubert Prolongeau détaille le processus, de nombreux exemples à l’appui : Travailler à en mourir, à paraître le 14 octobre chez Flammarion.

amfPS bis : nous avons consacré coup sur coup en juillet 2007 deux billets au démontage de la tarte-à-la-crème sarkozyste de la "valeur travail", Le travail rend libre... définitivement et Le travail, source de souffrance.

 
par Olivier Bonnet (son site) samedi 3 octobre 2009 - 96 réactions
34%
D'accord avec l'article ?
 
66%
(21 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par maxime vivas (xxx.xxx.xxx.247) 3 octobre 2009 16:22

    Je ne vais pas encombrer ce blog, seulement vous inviter à lire ce que j’ai écrit sur le site

    http://www.legrandsoir.info/Hier-j-ai-surpris-France-Telecom-semant-des-graines-de-suicide.html

    L’article est un peu long car il raconte un vécu avec des exemples terribles.

    Je suis écrivain, ancien ergonome à France Télécom, et j’apporte mon témoignage de ce que j’ai vu et de ce qu’il aurait suffit de laisser faire pour que, sans renoncer à ses gains de productivité, cette entreprise aille de l’avant sans désespérer son personnel.

    Bien entendu, je n’apporte pas LA recette. Je dis seulement qu’un outil de management moderne et harmonieux a été méprisé et cassé. La suite était prévisible.

  • Par Olivier Bonnet (xxx.xxx.xxx.93) 4 octobre 2009 11:29
    Olivier Bonnet

    Et les trolls se déchaînent ! Il est donc tout à fait normal, puisque les fonctionnaires sont de feignants qui n’en rament pas une, que ""Dans leur rapport annuel sur la santé au travail, présenté en mars au comité d’établissement de la direction régionale centre-est de France Télécom, des médecins du travail s’inquiètent du "mal-être" existant dans les sites France Télécom de Rhône-Alpes et Auvergne, où s’accroissent le "stress, le désarroi, les troubles anxio-dépressifs". "Nous tenions à alerter sur la gravité d’une situation qui nous inquiète", écrivent les médecins dans le document. "Le stress, le désarroi, les troubles anxio-dépressifs liés aux transformations du travail ne cessent de s’accroître chez le personnel", détaillent-ils, en évoquant des salariés qui "ont de plus en plus de mal à se reconnaître dans ce qu’ils font". (...) "Les situations de stress sont constantes, l’exigence de productivité et de performance entraîne des efforts constants pour rester dans la course." Tout y est déjà. On remarquera cette phrase : "Certes, fort heureusement, il ne s’agit pas aujourd’hui de suicides, en ce qui concerne l’opérateur télécoms (encore que cela reste tout de même à vérifier si l’on en croit quelques remontées syndicales)... mais un livre publié en 2004, intitulé La machine à broyer faisait d’ores et déjà état de conditions de travail mettant en péril l’intégrité mentale des salariés du groupe." Vous avez bien lu : La machine à broyer est sorti en 2004 !" Et qu’a-t-on fait ? Orange a continué à accumuler des bénéfices énormes et ce management qui s’attaque à l’intégrité mentale des salariés a perduré. Est-ce ainsi que Ranta, Yohan, kitamissa et les autres voient les choses ? "Tant pis pour leurs gueules à ces salauds de fonctionnaires" ? Ce n’est plus une question politique, juste de valeur humaine. Et distribuer bons et mauvais points n’est même pas utile : ceux qui sont dans le camp du "chacun pour sa gueule" peuvent-ils se regarder dans la glace ? Si oui, ils n’ont juste aucun sens moral. Et m’accuser d’être "bien-pensant" est un bien piètre déni de leur honteuse attitude.

  • Par Peepo (xxx.xxx.xxx.117) 3 octobre 2009 16:54

    La photo des portes d’un camp de concentration est tout à fait appropriée.

    A FT, j’y ai travaillé et connu des Kapos, je me souviens aussi de ce directeur qui n’accepta de considérer les ventilateurs qu’après que les ordinateurs, sous la chaleur, commencèrent à tomber en panne... Il a eu de la promo celui là.
     
    Je me souviens de ces fonctionnaires forcés à la Televente, ils n’avaient pas le droit de refuser paraît-il, les syndicats étaient évasifs...de ces jeunes émoulus d’on ne sait où qui les encadraient et étaient forts pour toujours trouver une défaillance dans leur discours, jamais assez vendeur. Et peu importe s’il ne s’agissait que de l’appel d’un client trouvant sa facture trop élevée, etc. Je ne les ai jamais vu prendre le combiné et montrer l’exemple mais sinon j’ai vu des crises de larmes, de tétanie... 
    On va pas parler des CDD renouvelés à l’envie, oublier ces abonnement wanadoo vendus à des mamies sans ordinateur ou ces services sur les lignes de personnes ne parlant pas suffisament le Français pour s’en défendre. J’ai vu des gens sombrer. Pas le suicide, l’alcoolisme plutôt.
    ça c’est pour les centres d’appels. Ailleurs j’y ai aussi vu le harcèlement, les médecins du travail qui ferment les yeux, les promotions copinage, les syndicats complaisants ou ça y ressemble. Parce que les tracts ou la journée de ponction sur salaire, ça va un moment...
    J’ai vu aussi ce 6ème étage avec ces gens au placard, qui n’ont rien à faire de leur journée, qui pour certains ne s’en interdiront pas moins de lire le journal, parce qu’ils ont des valeurs. Ils n’ont pas été élevés comme ça. Alors ils font semblant.... Semblant de quoi  ? Petit à petit, ils oublient. Ils attendent... La retraite. Pas que ça change, ils n’y croient plus... Mais il faut vous dire, Monsieur, que le meilleur s’y trouve aussi au 6ème... c’est une issue possible quand on veut rester un minimum "clean" pour parler comme vous. De toute façon on a pas le choix, il y a la femme, la famille, les voisins et la crise, "l’ailleurs c’est pareil"... Mais tous au 6ème ne le voient pas comme ça.

    Ah oui, j’ai vu votre numéro vert sur "l’Intranoo" pour appeler à l’aide si ça va pas bien. C’est bizarre mais j’ai pas confiance. Remarquez ça conviendrait peut-être à mon pote XXXXX, lui il ne s’y fait pas, au placard.

    Mais comptez pas trop qu’il vous appelle à l’aide. Surtout si ça peut vous faire sauter.

  • Par John Lloyds (xxx.xxx.xxx.145) 3 octobre 2009 11:55
    John Lloyds

    Quand on en est à prendre Auschwitz comme référentiel, c’est que le fond des abysses n’est plus très loin. Partir, mon cher Haddock ? Mais pour aller où ? Mais oui je sais, le peuple doit s’estimer heureux de pouvoir choisir entre la peste et le choléra, quand tant d’hécatombes dues à la faim sont à déplorer. Merci mon dieu de nous avoir donné cette chance de vivre comme galériens des banques.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox