Et si l’antiquité avait découvert de façon empirique les lois élémentaires de l’optique et trouvé des moyens simples mais fiables de grossir des objets proches et d’apercevoir ceux situés à une certaine distance ? Dès lors des pans entiers de certains mystères s’écrouleraient.
En particulier la description minutieuse des détails infimes de l’anatomie tels que les veinules ou la texture des alvéoles pulmonaires, décrits dans le papyrus d’Edwin Smith vieux de 4000 ans.
Ou encore dans d’autres documents et sur les fresques de quelques tombeaux, la présentation de divers corps célestes et les extraordinaires calculs concernant leurs mouvements et leur environnement.
On commence à avancer ces hypothèses depuis qu’a été résolu le mystère de l’incroyable réalisme des yeux de certaines sculptures égyptiennes de l’ancien empire. Un réalisme tel que, lors de leur découverte, les ouvriers furent effrayés par ces "regards vivants" qui donnaient l’impression de suivre tous leurs mouvements !
L’invention du verre
En ce qui concerne l’invention du verre, une légende dit qu’un caravanier transportant du nitre traversait une zone sablonneuse désertique quand la nuit tomba. Faute d’autres pierres pour protéger son foyer du vent, il utilisa celles de son chargement.
Au matin, il eut la surprise de découvrir une substance translucide née de la fusion du sable et du nitre sous l’effet de la chaleur.
L’histoire est jolie mais cette découverte peut avoir eu lieu de façon tout aussi fortuite lors de la fusion de sable calcique avec de la soude à l’occasion de la cuisson de poteries.
Et dans ce cas, l’invention pourrait être bien plus ancienne.
Dès l’ancien empire égyptien (4700 à 4200 BP) apparaissent des flacons et des coupelles, conçus en verre coloré, destinés à servir de réceptacle à des parfums ou des fards. Bien que le silice soit un des éléments les plus communs sur notre planète, le fait qu’on ne retrouve de tels artéfacts que dans les tombes royales et dans celles des grands prêtres, permet de penser qu’il s’agissait d’objets rares et onéreux.
A l’époque, on les fabriquait à l’unité selon la technique du moule perdu. Dans un vase en argile adoptant la forme de l’objet recherché, on faisait cuire les composants, puis on éliminait avec précaution le moule à la fin de la cuisson.
La composition de la mixture nous est donnée par diverses inscriptions assez détaillées figurant sur des papyrus : ainsi était-il préconisé dix parties de sable pour trente de cendres d’algues et deux de craie. La couleur naturelle variait du bleu au vert, mais on pouvait la modifier avec l’incorporation de colorants minéraux pendant la prise.
Vers la loupe
On ne rencontre de lentilles en verre transparent, à face plane, concave, ou convexe qu’aux environs de 3000 B.P. Mais la datation est discutable. Comme le verre est fragile, mais aussi se conserve indéfiniment sans s’altérer si on le le casse pas, on doit s’en référer à l’âge approximatif des objets environnants.
Un objet trouvé dans la tombe d’un hiérarque d’une dynastie datée d’après les cartouches déchiffrés,
sera automatiquement réputé de cette période. Même s’il a été confectionné longtemps auparavant, peut-être même enterré et déterré une ou plusieurs fois par des pilleurs de tombes.
Mais il y a plus surprenant ! Il est un fait établi tout à fait extraordinaire : environ 3000 ans avant notre ère, on savait déjà tailler et polir dans du cristal de roche, des lentilles convergentes et divergentes permettant de corriger les affections de la vue les plus répandues, la myopie et la presbytie.
Comment ces lentilles étaient-elles façonnées ? Avec quoi ?
En l’état actuel de nos connaissances, seul l’oxyde de césium obtenu par voie électrochimique peut polir de la sorte le cristal de roche. Et pourtant... Si les artéfacts les plus significatifs ont été retrouvés en Asie mineure, l’Égypte les connaissait aussi. Mais les considérait, semble-t-il, comme de simples curiosités artistiques.

On peut affirmer cela depuis qu’on a compris par quel procédé les anciens parvenaient à donner
aux yeux de certaines de leurs sculptures un réalisme tellement extraordinaire que ces regards
paraissaient suivre vraiment tous les mouvements de ceux qui passaient à proximité.
Qu’il s’agisse du pharaon Rahotep, de son épouse Nofert dont les yeux sont en cristal pur et les iris en améthiste, ou du grand prêtre Kâ Aper ou encore de scribes conservés au musée du Caire, toutes ces œuvres saisissantes sont datées des années 2500 avant J.C, correspondant à la fin de l’ancien empire.
A cette époque, une telle technologie est impensable. Mais ces artéfacts existent bien !
L’atome au service de l’archéologie
Quelques uns de ces yeux extraordinaires, et en particulier ceux du scribe accroupi conservé au Louvre, ont été analysés à l’aide d’un accélérateur de particules.
Il est apparu que leur chambre antérieure est constituée d’un cristal de quartz, fait de silicium pur poli, d’une transparence absolue et sans aucun défaut. C’est ni plus ni moins une véritable lentille convexe, utilisée avec d’autres artifices techniques permettant de simuler à l’identique la texture et le fonctionnement de l’œil humain.

Le diamètre de la cornée et le plan de l’iris sont semblables à celles d’un oeil vivant. Encore plus surprenant : on note un débord de la partie blanche autour de la cornée simulant parfaitement le limbe et produisant une ombre périphérique d’un réalisme hallucinant.
Le limbe supérieur est caché par la paupière comme dans la réalité, ce qui permet de penser que le cristal a été glissé dessous avant d’être fixé par un artéfact métallique.
L’effet de miroir est renforcé par une couche de matière organique qui donne à l’iris une couleur bleu-gris. Quant à la pupille, elle adopte la forme d’un micro relief sombre au centre du plan irien, dont l’agrandissement permis par la surface convexe donne au regard cette extraordinaire illusion de vie.
Dès lors, on est bien obligé de se demander si les artistes de l’ancien empire n’étaient pas conseillés par des ophtalmologues, détenteurs de connaissances qui ne resurgiront progressivement qu’à partir de la Renaissance.
En toute hypothèse, quel que soit leur mode de fabrication, les lentilles convergentes, les loupes, étaient aussi utilisées pour observer les micro-organismes présents dans une goutte de rosée ou dans les sécrétions humaines.
Au cinquième siècle avant notre ère, Pythagore énonce que les micro-organismes issus de l’eau, de l’air et des vasières sont source de la plupart de nos maux. Si cela ne relève pas de la science expérimentale, c’est une prémonition stupéfiante !
D’autant qu’à la même époque, des érudits chinois tiennent également un discours identique...
Par quel bout de la lorgnette ?
Tout le monde sait aujourd’hui qu’il suffit d’un tube et de deux lentilles pour fabriquer une longue-vue. Ou un microscope. Simple question de longueur et de diamètre du tube.
Les initiés aux sciences antiques avaient tous les matériaux à leur disposition. Il ne leur manquait que l’idée de les réunir. Est-ce vraiment si improbable ?
Et si les hommes du passé se sont intéressés à l’infiniment grand comme à l’infiniment petit, pourquoi auraient-il négligé d’observer l’homme qui se trouve au milieu ?
Expérimentations plus ou moins hasardeuses, empirisme, tâtonnements et longues suites d’essais approximatifs ont toujours ponctué l’histoire des découvertes. Même si, à part quelques artéfacts, il ne subsiste pas grand chose de cette technologie, ces témoignages nous interpellent.
Ce sont des objets fragiles par nature, dont l’utilisation probablement liée au sacré ne pouvait qu’être entourée de discrétion et de mystère. Les miracles ont toujours aidé les prêtres à renforcer leur pouvoir.
En toute hypothèse, la connaissance de l’univers, la position de la terre dans le système solaire et dans le cosmos, le calcul de la révolution d’astres remarquables invisibles à l’œil nu, tout comme les particularités microscopiques du corps humain et de la nature ne tiendraient plus du mystère ou du prodige, mais bien d’une approche scientifique des phénomènes.