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Le Paris des déglingués

S'il y a le Paris « bobo » et festiviste, le Paris-musée des touristes, celui des nantis, des très riches, il existe également le Paris des déglingués, une ville tentaculaire et « souterraine ». Ce sont des « invisibles » ou presque, des naufragés de l'existence, personne ou presque ne veut les voir. Ils n'intéressent pas grand-monde. Ce ne sont pas seulement des pauvres gens, ce ne sont pas seulement les « invisibles », les sans-abri, les clochards. Ils leur arrivent de manger à leur faim et d'être déglingué, cassé. Car parfois ils ont juste perdu l'esprit, l'aliénation a pris le dessus sur tout le reste. Ils sombrent, ils le savent, mais ils sombrent.

Ils aimeraient bien que quelqu'un s'arrête et les écoute, prenne le temps de leur accorder un peu d'attention mais malheureusement ils ne savent plus comment l'on s'y prend pour discuter avec un autre être humain. Ils ont oublié. La lubie qui les obsède, leurs compulsions reviennent vite à l'assaut lors de leurs moments de lucidité sur eux-mêmes. Et celle-ci les rend tristes alors ils l'évitent le plus posssible.

Je ne sais pas si ailleurs en France il y en a plus ou moins, si ce Paris des êtres abîmés est un privilège de la capitale, il n'y a hélas pas de statistiques. Je le pense car dans la « ville-Lumière », l'éclat des lampadaires est finalement le meilleur moyen de se cacher des ragots des « braves » gens, de leurs jugements péremptoires, de leurs commérages, de leur indifférence plus ou moins bienveillante envers les pauvres gens. Dans Paris, la personne seule ou abandonnée est plus anonyme. Elle a moins à subir les regards réprobateurs des passants, les réflexions moralisatrices des bonnes dames et des personnes honorables ou croyant l'être.

Je pense particulièrement à cette dame d'un âge indéfinie, bien habillée pourtant, s'installant à côté des gens attendant le bus. Elle s'asseoit à côté d'eux et allumant une cigarette qui toujours s'éteint, elle leur demande un peu d'argent pour aller prendre un verre car elle a envie de pleurer, explique-t-elle, elle ne sait pas très bien pourquoi. L'un fait semblant de s'abstraire profondément dans la lecture du journal, l'autre se penche un peu plus vers son smartphone en rougissant, la troisième l'écoute un peu puis détourne la tête, une gamine les écouteurs aux oreilles lui envoie un regard furibond....

Le bus arrive, ils se lèvent, montent dedans, la pauvre dame s'allonge sur le banc en plastique de l'abribus, elle renifle comme si elle allait pleurer, tout le monde ou presque s'en fout...

Il y a aussi cet homme à la gare saint Lazare qui erre toute la journée, fouillant vaguement les poubelles, s'arrêtant plus longuement au-dessus de l'une ou l'autre, l'air fasciné par les papiers qu'il ressort des sacs plastiques jaunes. En imperméable, ne portant en dessous qu'une chemise largement ouverte et un caleçon à l'élastique un peu distendu, il n'arrête pas de farfouiller partout. Il est très calme, très gentil. Il ne proteste jamais quand l'un ou l'autre voyageur l'apostrophe violemment. Il n'y a guère que les plus précaires, les plus « petites » gens pour l'un lui mettre la main sur l'épaule et lui parler, l'autre lui offrir un café. Les autres sont beaucoup trop pressés. Ils ont à faire.

Je me rappelle aussi de ce monsieur bien mis pourtant attendant son tour devant des toilettes publiques, ces horribles « sanisettes » « Decaux » maintenant soucieuses de développement durable. On peut en effet choisir le débit de la chasse d'eau. Le monsieur attend, attend, s'impatiente. Il ronchonne tout d'abord poliment puis finit par se mettre en colère, une colère formidable, une colère hors de proportions. Il jette par terre ses bagages, puis décide de donner de grands coups de poings et de pieds dans la porte en métal du petit cabanon.

Il finit la tête dans les mains répétant comme un mantra, « j'en ai marre, j'en ai marre, j'en ai marre ». Avec une dame qui passait nous essayons de le calmer, mais rien n'y fait. Il finit par s'en aller en nous menaçant d'un doigt exprimant toute sa rage « Vous ne save pas qui je suis, il fallait qu'il me cède la place ! ».

Et j'ai de la tendresse pour cette dame que je vois depuis près de trente ans vers la station de métro « Convention ». Toujours habillée d'un peignoir rouge et ample, elle est maquillée de blanc sur le visage comme un acteur de « kabuki ». Elle a des yeux de biche, un regard bien souligné par un peu de violet. Elle trimballe du banc près de l'entrée de l'Hadès quotidien du métro à celui proche du bus « 80 » deux énormes sacs à provisions remplis de ses maigres affaires. Elle ne parle pas beaucoup, sourit à tout le monde avec bienveillance, parfois consent à un petit « bonjour monsieur » ou madame prononcé comme si elle était une reine...

Et moi il me prend de temps à autre de rèver d'une société où tous ces déglingués seraient au moins considérés comme d'autres êtres humains tout aussi respectables que les autres...

On parie que ni Fillon ni Macron ne s'en soucieront ?

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

Amaury – Grandgil

 

illustration prise ici sur le site de Libération.fr


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57 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 13 mars 09:54

    c’est de la psychiatrie pour certains.
    pas évident à traiter.
    on peut imaginer une société meilleure mais il faut des hommes meilleurs en plus.


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 10:27

      @foufouille
      Tu as raison d’évoquer la question de la psychiatrie


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 10:35

      @foufouille
      C’est tabou et personne ne veut en parler alors que la question est bien réelle


    • ZenZoe ZenZoe 13 mars 11:02

      @foufouille
      Foufouille a raison, un grand nombre de déglingués comme vous dites ont des problèmes mentaux (souvent consécutifs à une prise prolongée de drogues ou d’alcool), et leur place serait plutôt dans un foyer spécialisé. Pas sûr qu’un sourire et un petit billet suffisent à adoucir leur vie. Pas sûr non plus que la France soit bien classée dans le domaine de leur prise en charge, et pourtant il parait que notre système social est le meilleur au monde, va comprendre Charles


    • foufouille foufouille 13 mars 11:05

      @Amaury Grandgil
      c’est difficile aussi car quand c’est léger, la personne refuse de se soigner. le cas de pas mal de sdf qui sont alcoolique par exemple.
      c’est pas vraiment tabou mais les structures d’acceuil sont insuffisantes dans paris et ces gens refusent de quitter la ville.
      ils ne sont pas assez dangereux pour être interné de force non plus.
      il faut aussi lire certains témoignages des internés en HP.
      les électrochocs ne sont toujours pas interdits ..............


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 11:06

      @ZenZoe
      Je n’ai pas cette prétention juste celle de lancer le débat


    • foufouille foufouille 13 mars 11:26

      @ZenZoe
      drogue et alcool, c’est souvent après les problèmes psychiatriques.


    • Arcane Humphrey Binchié 13 mars 10:13

      « On parie que ni Fillon ni Macron ne s’en soucieront ? »

      OK, mais qui alors ?


      • Olivier Perriet Olivier Perriet 13 mars 10:27

        @Humphrey Binchié

        Marion Maréchal, je ne vois qu’elle smiley


      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 10:37

        @Humphrey Binchié
        D’un quelconque messie politique je m’en fous...

        En fait la solution vient de nous.


      • Alren Alren 13 mars 11:43

        @Olivier Perriet

        Marion Maréchal, je ne vois qu’elle 

        En effet, elle est bien bonne !

        La sollicitude du F haine pour les gens en perdition doit égaler celle qu’il manifeste pour les immigrés ...


      • Alren Alren 13 mars 11:54

        @Amaury Grandgil

        En fait la solution vient de nous.

        Je suis de votre avis.

        Quoi qu’on pourrait imaginer un service de psychiatres et d’infirmiers psychiatriques de rues comme il existe des éducateurs de rues. Car il faut être compétent pour être utile réellement à des personnes souffrant de troubles mentaux.

        Mais la priorité qui revient en définitive au pouvoir politique est de cesser d’opposer les groupes sociaux entre eux, de mettre fin au « tous contre tous », « chacun sa gueule ».
        Il faut créer une société où les citoyens ont un sentiment d’équité sociale et inciter au contraire à la solidarité, sentiment spontané de l’être humain, qui est inhibé par la société capitaliste.


      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 11:59

        @Alren
        Oui, il faut un autre projet de société et des idéaux plus élevés que l’avidité.
        Oui, en effet, il faut des personnes compétentes pour s’occuper de ces cassés de la vie.


      • gogoRat gogoRat 13 mars 20:34

        @Amaury Grandgil

        Ok pour des idéaux plus élevés ...
         mais j’aurais pour ma part peu de credo quant à ’un autre projet de société’ ou à  ’des personnes compétentes pour s’occuper de ces cassés de la vie
         
         Je préférais, (et de loin !) votre précédente réaction :
         
        ’D’un quelconque messie politique je m’en fous...
        En fait la solution vient de nous.’

         
         
         Sidérant de constater avec quel automatisme nous sommes conditionnés à évacuer quelque malaise que ce soit en espérant La Solution (voire la rédemption ?) par d’advenue d’un messie ou d’une brigue politicailleux !
         
         
         Les étourneaux, eux, sont réputés sans cervelle ... pourtant ils ont, eux, la réelle humilité d’une pratique efficace de l’égalité en dignité : sans aucun chef, ni meneur, ni élite, ils restent groupés, sans laisser tomber personne, et l’intelligence collective qui émane de cette simplicité droite donne lieu à d’étonnants ballet, ou chorégraphies célestes fascinants de beauté, tout en leur permettant de déstabiliser très efficacement le vol des prédateurs qui s’aventureraient à les prendre en chasse.
         ( video pour illustrer une nuée d’étourneaux)
         
         Alors : aristocratie ou démocratie ? Il faudrait voir à ne pas se tromper de choix, ou d’intelligence !


      • mmbbb 13 mars 21:03

        @Alren c’est vrai qu il vaut mieux etre migrants ou Rom dans ce pays Les francais ont plus de sollicitude de cette misere venant d’ailleurs que de la misere du peuple francais Cela fait moins branche ; une vieille femme fouillant les poubelles Les cameras ne sont pas la . Quant a cet article, certains oublient que la chute peut etre desoramais tres rapide : famille emploi des liens devenus tenus ou la solidarite est souvent de facade Quant a moi je reste en france et je vous emmerde venez me sortir comme vous le suggériez de ce pays je vous accueillerai a coup de poing dans la gueule voila ce qui est detestable chez les bonnes ames de gauche un ostracisme envers les francais de souche comme si nous devions tout accepter et suivre la dox, le dogme religieux de la morale de gauche 


      • Cadoudal Cadoudal 13 mars 21:33

        @mmbbb

        Elle a par ailleurs évoqué une expérimentation menée par l’Afpa (formation professionnelle pour adultes), en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France, alliant hébergement, restauration et formation et qui devrait être étendue à « 1.000 réfugiés ».
        http://bfmbusiness.bfmtv.com/emploi/la-garantie-jeunes-experimentee-pour-des-refugies-1120910.html?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter&link_time=1489422703#xtor=CS2-30

        Comme dans les zones rurales, un ménage sur six vit désormais dans la pauvreté aggravée en région parisienne. Dans certaines régions comme l’Auvergne, c’est encore pire.
        http://www.economiematin.fr/news-la-moitie-du-territoire-francais-est-a-l-abandon?ref=yfp


      • gogoRat gogoRat 13 mars 22:58
        citation de « science et bon sens » de J. Robert Oppenheimer : ( Gallimard - 1955 )

         «  ... Si, comme je le crois, on s’abuse aujourd’hui, c’est en espérant trop de connaissances de l’individu et trop de synthèse de la société.
        On a tendance à imaginer que les sociétés, aussi bien que l’humanité tout entière, sont composées d’individus, comme un atome de ses constituants. On pense de même que les lois générales et les grandes idées sont formées des exemples qui les illustrent et dont nous les avons déduites.
         
          Or, c’est bien autre chose. L’événement isolé, l’acte, va bien au-delà de la loi générale.
         
        C’est en quelque sorte la rencontre d’un grand nombre de celles-ci, et qui les accorde en un unique exemple comme elles ne peuvent l’être sur le plan général.
         Nous-mêmes ne sommes pas seulement les constituants de nos sociétés, mais leur intersection, et nous créons entre elles une harmonie qui n’existe qu’autant que les individus peuvent l’engendrer et la révéler.
        Nos pensées, nos actions, nos jugements du beau, du juste et de l’injuste, doivent tant à nos semblables que si nous éliminions tout cela le reste ne serait ni reconnaissable ni humain. Nous sommes des hommes parce que nous sommes membres de sociétés, mais pas uniquement en cette qualité ; d’autre part, vouloir comprendre l’humanité simplement en partant de l’individu donnerait un résultat aussi peu vraisemblable que de vouloir considérer les lois générales comme un résumé de cas particuliers
        Ce sont, au vrai, deux conceptions complémentaires, qui ne sont pas plus réductibles l’une à l’autre que l’électron considéré comme une onde à l’électron considéré comme un corpuscule.
         »


      • Surya Surya 14 mars 10:07

        @Humphrey Binchié

        « « On parie que ni Fillon ni Macron ne s’en soucieront ? »

        OK, mais qui alors ? »

        Les électeurs. Ne pas attendre qu’une personnalité politique prenne les devants.

        Les politiques n’ont qu’une idée en tête : être élus. Pour être élu, il faut plaire. Pour plaire, il faut dire ce que les gens ont envie d’entendre. 

        Si tout le monde s’en fout des sdf, ils ne perdront par conséquent pas leur temps à en parler. D’autant plus que je ne suis pas certaine que beaucoup de sdf vont aller voter. Tant que tout le monde s’en fout, ils n’en feront pas un sujet prioritaire.

        On ne peut pas non plus reprocher aux politiques de s’en foutre alors que beaucoup de citoyens ordinaires, eux aussi, s’en foutent complètement. Ce serait tout de même être de très mauvaise foi. La poutre et la paille...

        Après tout, au delà de leur ambition personnelle de carriéristes, les politiques sont aussi les représentants de l’opinion publique majoritaire, donc ils sont un peu le miroir de ce que nous sommes nous-mêmes.

        Donc c’est aux électeurs d’exiger que les sdf soient aidés et remis sur les rails. Et que ce soit vraiment fait une fois la personne élue. Si ce sujet devient réellement important, alors les personnalités politiques le mettront à leur programme et agiront.


      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 14 mars 12:44

        @Surya
        Oui, les électeurs, à eux de se bouger


      • Alren Alren 14 mars 18:05

        @Surya

        Vous devriez consacrer 3€ à l’achat du livre L’avenir en commun. Vous verriez que le programme de la France Insoumise prévoit d’éradiquer l’extrême pauvreté.

        Par ailleurs le candidat de la FI, Jean-Luc Mélenchon ne supporte pas, à titre personnel, de voir des gens coucher dans la rue dans un pays aussi riche que le nôtre.

        S’il est élu les SDF auront un toit. S’ils le désirent.


      • poussière 13 mars 10:27

        Bonjour, j’ai lu vos deux derniers articles, il sont très dérangeants pour ne pas dire infectes de mon point de vue !


        Si votre style présente une certaine élégance, vous décrivez des personnes en situation d’humiliation sans jamais en écrire le mot. En une phrase conclusive très courte vous proposez une réponse simpliste au problème, sans la mentionner et encore moins la développer. 

        Le lecteur aura ainsi le sentiment de trouver la solution au problème en faisant appel à son cortex ! Parceque l’auteur présente un certain lettrisme, le lecteur aura le sentiment de hisser au niveau du texte, satisfait d’en faire appel à la raison !

        Évidemment après l’humiliation vient la colère, la révolte...la non pensée, le primaire, la barbarie ! Et c’est bien l’objet de vos textes précités, le degré zéro de la pensée.

        Notez que Michel Drac, à un niveau intellectuel supérieur, utilise le même procédé ! 

        Alors ! Pervers pépère Armaury Lepen ?


        • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 10:33

          @poussière
          Vous injuriez et vous parlez d’articles infects, en plus bien planqué derrière votre anonymat, vous vous moquez de qui ?


          Des personnes en situation humiliante dont tout le monde se fout, alors oui j’en parle.

        • poussière 13 mars 10:56

          @Amaury Grandgil

          Vous avez raison et je m’en excuse platement, j’aurais du écrire « perversité de l’esprit » dans le sens de la manipulation.

          Pour le reste vous n’avez pas le monopole de la compassion.

        • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 11:07

          @poussière
          ouhla encore un anonymographe psy de comptoir smiley


        • poussière 13 mars 12:43

          @Amaury Grandgil

          L’anonymat sur Agoravox ! Hahaha merci j’ai bien ri !
          Je vous laisse à votre vanité « Grandgil »

        • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 13:54

          @poussière
          Décidément j’ai toutes les qualités smiley
          Un-e amoureux-se déçu-e ?


        • fred fred 13 mars 10:34

          Paris et sa cour des miracles...pas grand chose de nouveau depuis le moyen âge..toujours aussi sale !


          • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 10:36

            @fred
            Heu, non ces personnes ne le sont pas toujours, sales...

            Et la qualité d’une société se reconnait au soin qu’elle apporte à s’occuper de ces gens.

          • Arcane Humphrey Binchié 13 mars 10:45

            @Amaury Grandgil

            Ne pensez-vous pas alors qu’un revenu universel, même s’il ne règlera pas tout, serait déjà un bon début ?


          • fred fred 13 mars 10:49

            @Amaury Grandgil...Je parle de la saleté de la ville pas des SDF qui apporte la couleur locale dans votre belle capitale !


          • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 11:07

            @Humphrey Binchié
            pour ces personnes ce ne serait pas mal en effet


          • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 11:08

            @fred
            De la couleur locale ?

            Des SDF il y en a partout dans les villes de France, ce n’est pas un privilège parisien

          • foufouille foufouille 13 mars 11:28

            @Humphrey Binchié
            uniquement dans le cas du sdf expulsé de son logement.
            ce sera juste un plus pour les autres.


          • sleeping-zombie 13 mars 13:41

            Bonjour,

            Problématique intéressante... c’est toujours très amusant ces situations où il est clair qu’il faut faire quelque chose, mais dont le « quelque chose » en question ne saute pas aux yeux.

            Créer des structures d’accueil ? mais si on ne veut pas qu’elles coutent les yeux de la tête, il faut les spécialiser dans le traitement des SDF. Les voisins apprécieront sur le thème « il faut s’en occuper, mais pas en face de chez nous ». Par ailleurs, en concentrant la misère, on diminue fortement l’attractivité de la structure pour la population ciblée.

            Un revenu universel ? Je ne suis pas sûr que ce soit la panacée... Une amie assistante sociale me disait que le principal problème des gens qu’elle rencontrait était leur incapacité à gérer un budget. Quand on est une poche percée, augmenter les revenus ne change rien...

            Reste aussi la question des cas qui relèvent de la psychiatrie. S’ils ne sont pas dangereux mais et veulent pas aller en HP (quand bien même il y aurait des places), au nom de quoi les forcer ? C’est tout aussi inhumain de les interner d’office que de les laisser crever dans leur misère.

            Pas simple, pas simple


            • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 13:47

              @sleeping-zombie
              Il y en a qui sont déjà suivis mais par des assistantes sociales et des psys qui sont déjà largement débordés. Il y a aussi la question de la formation de ces personnels, souvent démunis face à des situations d’une très grande complexité. Tous ont en commun un facteur qui est l’isolement de ces personnes coupées de leurs familles, coupées des proches, n’ayant pas d’amis de par de multiples raisons.

              L’internement d’office n’est pas une solution mais parfois il mène à un début d’aide pour la personne, à une prise en compte de sa souffrance psy. Il peut mener au moins à un embryon de prise en charge. Mais les médicaments sans thérapie psychologique ne sert à rien.


            • sleeping-zombie 13 mars 15:29

              @Amaury Grandgil
              L’internement d’office n’est pas une solution

              D’autant que d’un point de vue légal, ça doit pas être évident à définir... Où tracer la frontière entre ceux qu’on laisse dehors, et ceux qu’on prive de la plus élémentaire liberté ?


            • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mars 16:16

              @sleeping-zombie
              Il y a énormément de facteurs, le déni ou l’acceptation de la maladie, le contexte familial et social, etc...

              La frontière est très floue.
              Généralement les internements d’office sont décidés selon le maire ou le préfet et les critères en sont très subjectifs au fond. Il y a encore un tabou énorme sur cette question.

            • velosolex velosolex 13 mars 19:16

              @Amaury Grandgil
              L’internement d’office est une voix d’hospitalisation très rare, et décidée en dernière extrémité, quand surtout la personne est dangereuse pour l’ordre publique, et ceci en rapport avec une pathologie psy avérée. C’est pas un truc qu’on décide d’un claquement de main, surtout que cette hospitalisation sera levée dans les 48 heures si elle n’est pas circonstanciée, et affirmée par une seconde expertise. Maintenant les différentes prises en charge peuvent être très différentes, mais la psychiatrie n’ a pas vocation, contrairement au passé, de prendre en charge durablement tous les bras cassés ...Qu’on le déplore ou non, et en rapport avec des moyens de moins importants. De plus il faut que la personne reconnaisse qu’elle est déjà malade pour pouvoir être soigné. Ce qui est loin d’être déjà la vérité de ces êtres déssocialisés, car on ne peut dire qu’un marginal est forcément un malade. Il y a souvent un quiproquo sur ce terme, ainsi les criminels dont on accole souvent ce terme, comme dans un mécanisme de défense, pour ne pas se sentir concernés.


            • pirate pirate 14 mars 22:22

              @velosolex désolé mais non, l’HO est devenu systématique, le critères sont parfaitement subjectif et les préfets ou les maires n’ont aucune compétence pour juger. J’ai été hospitalisé sept fois, six fois en HO et je n’était pas dangereux pour l’ordre public seulement pour moi.

              @Amaury Grandgil  : merci pour ce texte pour une fois je n’ai lu ni compassion de grand-mère ni condescendance, je pourrais moi-même parler de la fée de l’avenue de Clichy, de la SDF à Montparnasse qui utilise sa valise pour faire croire qu’elle ne mendie pas, juste une voyageuse dans la merde et tant d’autre. 40% des SDF connaissent des problèmes psy et les HP ne sont pas là pour aider mais contenir. Les assoces sont plein de petits coeurs compatissant qui viennent régler leur problème en croyant aider les autres, reste que sorti de la rue, si on en sort, il faut se réadapter à la vie normale et pour vous dire le syndrome post traumatique existe également à ce moment là, j’ai mis deux ans à me débarrasser de certaines habitudes, je suis encore assez traumatisé pour vérifier quatre fois si je n’ai pas oublié les clefs de chez moi de peur de me retrouver dehors.


            • Elliot Elliot 13 mars 13:43

              Vous croquez un tableau plein d’humanité que d’aucuns trouveront peut-être démagogique tant il est vrai que l’empathie et a fortiori la charité ont parfois mauvaise presse chez les esthètes du productivisme.

              Il y a certes des bannis, des naufragés qui échouent sur le trottoir comme les objets déclassés à la déchetterie, ceux-là peut-être seraient recyclables si la société consentait à y dédicacer des efforts plus aboutis que la simple assistance ponctuelle.

              Derrière ces vies brisées, il y a une histoire, parfois sordide, parfois la conséquence d’une suite d’innommables de malheurs, mais aussi il y a, dans une proportion difficile à évaluer, un choix de vie, une mise en retrait volontaire de la société que l’on juge impossible à vivre, à laquelle l’on s’estime incapable de s’intégrer, la précarité assumée comme un apostolat.

              On dira que, dans ce cas, il faudrait appeler la psychiatrie à la rescousse pour tenter d’expliquer comment et pourquoi certaines personnes abandonnent les vieux stéréotypes des conventions sociales pour vivre en marge dans un univers tout à fait autre même s’il se situe fatalement dans le nôtre et, d’une certaine manière, l’agresse ou en tout cas lui pose la question de sa finalité.

              De tout temps une infime frange de la population a choisi de vivre en dehors du système bien rodé d’une société avec ses règles et qui dit règles dit forcément risques d’injustices.
              Ces SDF ont chacun leur histoire qu’ils la subissent ou l’aient façonnée à leur usage exclusif, ce sont des vies ratées suivant nos critères mais le sont-elles vraiment si celui qui la vit y trouve son contentement ?

              Telle est la question que devraient se poser réellement tous ceux-là qui ratent vraiment leur vie dans la réussite factice.

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