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Le pays d’où je viens : l’Estaque...

L'Estaque est un petit quartier à l'ouest de Marseille, que dis je un quartier ? plutôt un pays en soi, à l'origine un village de pêcheurs, un endroit ordinaire, un des plus populaires de Marseille, pourtant célébré par des noms illustres : le cinéaste Robert Guédiguian a choisi ce décor pour y tourner ses films, le peintre Cézanne a magnifié dans ses tableaux les paysages marins de l'Estaque...

C'est là que je suis née, au pays de la mer, des pêcheurs et du vent, dans ce pays où les autochtones ont un accent encore un peu plus prononcé que les habitants du coeur de Marseille...

A l'Estaque, la mer est partout, l'odeur de la mer, le port, les bateaux, le nom même de certains quartiers proches ou de rues : le "marinier", la rue des scaphandriers, la montée de la sardine, la rue de la rascasse.. C'est là que j'ai goûté aux plaisirs de la mer : les oursins dégustés, après ouverture, avec un simple morceau de pain, la soupe de poissons, le loup grillé, la sole cuite au four avec du citron et du fenouil...

Comme tous les pays, l'Estaque se caractérise par une langue qui lui est propre, des mots particuliers et qui résonnent à l'oreille " : la favouille, la rascasse, la girelle, pêcher le calembeau, le jambin, le minot et la minotte, le pescadou, la pile, s'embroncher, être mal embraillé, escagasser, esquicher, une palanquée, le you you", "le chi chi "de l'Estaque etc.

Ce pays là s'est transformé, bien sûr, ce n'est plus le petit village de pêcheurs d'autrefois, le port a considérablement changé : les petites barques ont été remplacés par des yachts ,des vedettes mais la mer et les paysages sont toujours là immuables, éternels et superbes : Cézanne pourrait revenir y peindre des toiles qui ressembleraient à celles d'autrefois.. Les collines rejoignent la mer, la côte parfois abrupte nous dévoile des rives escarpées et sauvages : là croissent des pins séculaires, des figuiers de barbarie, du fenouil, des fleurs sauvages... la mer et la terre se mêlent de façon harmonieuse.


 A l 'Estaque, autrefois on pêchait principalement la sardine (représentée sur le blason du village), mais aussi le thon ( grâce à la technique de la seinche), le maquereau, la langouste et les poissons de roches, puis venaient l'oursin, la crevette et les coquillages.

Jusqu'au XXe siècle, les pêcheurs utilisaient des bateaux à voile latine : la bette, petite embarcation de pêche côtière, destinée à pêcher les oursins, les girelles ; le mourre de pouar était un bateau lourd à fond plat, long parfois de 9 mètres qui servait à pêcher la sardine, le thon.

L'activité de pêche atteignit certainement son apogée à la fin du XIXe, avec l'expédition quotidienne de poissons à destination de Paris et Avignon par la voie ferrée. Vers 1878, L'Estaque comptait environ 75 patrons pêcheurs. Il n'en reste plus que deux ou trois aujourd'hui.

L'ancien port de L'Estaque s'est transformé en port de plaisance et de loisirs nautiques. Il ne subsiste aujourd'hui plus que 2 ou 3 bateaux professionnels de pêche artisanale, qui fournissent les restaurants et poissonniers locaux ou vendent le poisson directement sur le quai des pêcheurs. Il reste aussi quelques dizaines de barquettes, utilisées aujourd'hui pour le loisir des plaisanciers, qui témoignent de l'activité passée du port.

Les plages permettent aussi de se mêler à l'élément marin, de découvrir les fonds rocheux et variés de ce côté de la méditerrannée:sur le bords, le baigneur matinal peut même percevoir des muges, des gobies, tout petits poissons que les minots d'aujourd'hui essaient de saisir à la main ou avec un salabre... La pêche est parfois fructueuse..

Le peuple grouillant de pêcheurs d'autrefois a disparu mais le village de l'Estaque garde ses maisons et ses rues pittoresques autour de l'église, un dédale de ruelles qui descendent vers la mer... Il faut souhaiter que ce pays là soit préservé et que les pêcheurs, leurs filets, leurs palangres peuplent de nouveau, un jour, ce petit port..

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par rosemar (son site) samedi 23 juin 2012 - 72 réactions
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