En 2002, François Bayrou avait prôné l’indépendance du centre pour se forger une nouvelle légitimité, celle qui lui permet aujourd’hui d’apparaître comme l’arbitre le plus crédible d’une nation rassemblée. En 2007, il avait mis en garde contre les déficits publics qui allaient mener droit à la crise. Le 24 novembre 2011 sur TF1, il a confirmé qu'il serait bien candidat en 2012, et il va développer sans cesse son leitmotiv : produire en France.
Jusqu’à Noël, la configuration électorale restera liquide. La désignation de François Hollande, la combativité de Nicolas Sarkozy ont permis de clarifier la situation, mais le "match" n’est pas encore commencé. Cela se solidifiera à partir de janvier ou février.
Pas de potion magique pour "Babar" ou "Astérix"
Alors que la maison Hollande commence à craqueler de tous côtés, l’issue de l’élection présidentielle de 2012 est bien moins prévisible que les médias semblent le marteler. La conjoncture économique à l’aube de la campagne présidentielle est très mauvaise, subissant deux crises financières très graves en 2008 et 2011. Les finances publiques sont proches de la "faillite", terme d’ailleurs employé dès le début du quinquennat par François Fillon.
Les promesses électorales vont être très peu nombreuses cette année, et le rêve de réenchanter très modeste, si l’on veut rester responsable. Pas de baguette magique. Pas de chapeau ni de lapins qui en sortent. Pas de solution miracle. Juste un zeste churchillien de sang et larmes.
Aujourd’hui, on parle de trois candidats susceptibles d’être présents au second tour de l’élection présidentielle : François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. En fait, il faut en rajouter un quatrième, même s’il est encore assez bas dans les sondages, autour de 8%, François Bayrou, car il a montré en 2007 qu’il avait un fort potentiel électoral. En revanche, ni Jean-Luc Mélenchon, ni Eva Joly, ni Jean-Pierre Chevènement (ni non plus Dominique de Villepin s’il allait jusqu’au bout), ni (c’est pour le sourire) Hervé Morin ne comptent eux-mêmes arriver au second tour.
Dégradation… électorale ?
Toute la position de Nicolas Sarkozy est basée sur son sens de la responsabilité et sa capacité à protéger la France des vicissitudes financières du monde. Proposer un nouveau plan de rigueur à quelques mois de l’échéance électorale est soit de l’audace folle, soit de la témérité aléatoire. Mais ça peut marcher…
Pourtant, les rumeurs de plus en plus insistantes d’une dégradation de la "note" de la dette souveraine de la France sonnent comme la fin de cette démarche : la dégradation aurait pour effet un effondrement de la crédibilité financière de la France, et par conséquent, du candidat Nicolas Sarkozy. Son principal atout deviendrait alors un handicap majeur.
Pour autant, je verrais mal François Hollande bénéficier électoralement de cette éventuelle dégradation financière : ni le projet socialiste très dépensier, ni les quelques mesures originales du candidat socialiste (elles aussi dépensières) ne conforteraient l’idée que l’élection de François Hollande serait un atout pour redresser les finances publiques, d’autant plus que l’inexpérience ministérielle et le quasi-anonymat international seraient de lourds handicaps. À mon sens, deux candidats pourraient bénéficier d’une possible dégradation de la "note" française.
La démagogie marine
Marine Le Pen, en premier lieu, qui renforcerait autour d’elle le regroupement des mécontents, de tous ceux qui auraient peur, qui seraient en colère contre des diktats étrangers (les agences de notation par exemple) et qui, démagogie aidant, voudraient raser gratis (emprunter sans intérêt, annuler la dette etc.).
Mais pour ceux qui restent sérieux et raisonnables, qui souhaitent regarder en face l’intérêt du pays, ce type de démagogie ne ferait que précipiter l’effondrement financier du pays. Les solutions proposées par les populistes sont peu solides et mèneraient droit à la catastrophe si on les appliquait.
En effet, soit on annule la dette, et alors, on ne peut plus emprunter, et donc, on ne doit plus faire de déficit, donc on fait des coupes dans le budget de l’État, on ne paie plus les salaires des fonctionnaires, ou les retraites etc. ; soit on décide de faire de la création monétaire (d’une manière ou d’une autre) et on impulse de l’inflation qui aurait des conséquences désastreuses pour les classes moyennes et pauvres ; soit encore on ferme les frontières, et alors, on interdit la consommation de produits étrangers : finis les téléphones portables, ordinateurs, téléviseurs, automobiles (dont de nombreux composants sont fabriqués hors de France), etc. et surtout, finie la liberté tout court.
La lucidité raisonnable
François Bayrou, en second lieu. Pourquoi lui ? Parce qu’il sera le candidat de repli stratégique pour tous les Français "raisonnables", ceux qui ont compris qu’il s’agit de faire des efforts pour redresser les comptes publics tout en maintenant le système social à la française et en préservant la cohésion nationale. Car il s’agit de cela : l’effondrement des finances publiques pourrait entraîner l’éclatement en plein vol de tout ce qu’on a bâti depuis la Libération : sécurité sociale, retraites, allocations familiales, prestations chômage etc. L’exemple grec, mais aussi espagnol et britannique, entre autres, est inquiétant.

François Bayrou a une triple légitimité pour s’imposer dans ces circonstances particulièrement graves.
Clairvoyance du diagnostic
D’une part, François Bayrou a eu raison depuis longtemps. L’équilibre budgétaire, la réduction des déficits publics et la résorption de la dette ont constitué le thème majeur de sa campagne présidentielle de 2007. Il avait prévenu que l’État allait droit dans le mur, et la responsabilité en incombe à toute la classe politique depuis au moins trente ans. Il préconisait (déjà) la règle d’or budgétaire.
On pourra toujours chercher à expliquer l’origine des déficits. Sans doute est-ce la baisse des recettes dues à la croissance massive du chômage dû lui-même à l’effondrement de pans entiers de l’industrie française (textile, sidérurgie, etc.) parallèlement au maintien au même niveau des dépenses publiques, voire à leur augmentation en raison de la demande sociale, ainsi qu’une démographie qui fait décroître la proportion de la population active.
Une telle fuite en avant n’était pertinente qu’en période de croissance soutenue de l’économie. La faible croissance voire la récession (molle ou pas) ont rendu ces déficits complètement toxiques et rendent la politique budgétaire de la France dépendante de la décision des prêteurs étrangers (les agences de notation ne sont que des prescripteurs, en somme).


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