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Le pouvoir au peuple !

Le groupe d’Indignés que j’avais rejoint en ligne a été « dissout » faute d’activité suffisante. Comme vont les choses, je ne crois pas que les actions prévues pour le 21 avril et le 12 mai amèneront les 99 % qui ne l’ont pas fait auparavant à se rassembler autour des Indignés et des OWS. Je me sens complètement solidaire de ce mouvement mais je n’en attends plus rien car l’accumulation d’actions ponctuelles au petit bonheur ne fait pas une révolution. Idem pour les Anonymous : ils n’ont ni le pouvoir, ni la volonté de faire exploser le système financier mondial. Par ailleurs, les BRICS se réveillent mais n’ont pas une résolution suffisante pour s’opposer à l’Empire. Les diplomates, quant à eux, n’ont le pouvoir de préserver la paix que pour autant qu’ils servent les visées de la CIA, comme Kofi Anan. De manière générale, les politiciens, même les plus libres en apparence, sont toujours des laquais de l’Empire. Leurs élections sont des comédies qui ne changent rien parce qu’elles sont le contraire de la démocratie. Comme sœur Anne je ne vois rien sur l’horizon qui puisse laisser espérer un début de solution. Il semblerait donc qu’il soit trop tard pour faire dévier le destin et éviter ce moment terrible où la Bête, le dieu Argent, va asseoir sa domination sur le monde au travers d’un Nouvel Ordre Mondial. J’avais bien l’idée d’une forme de lutte capable de changer le cours des choses, mais je dois admettre que j’ai été totalement incapable de me faire comprendre. Que ce soit ma médiocre pédagogie ou l’esprit du temps qui soit en cause, peu importe. Je me résous à ce constat et je vais dorénavant me préparer au pire qui viendra bien assez tôt. En attendant, qu’il me soit permis de lancer un cri, non pas de rage, ni « primal » mais simplement un « cri du cœur » comme un enfant le ferait, avec une pleine conscience, avec une pleine jouissance du bonheur que c’est de pouvoir encore crier librement ce que l’on veut de tout son être, le bonheur en somme de se sentir citoyen quand le système nous veut simplement électeurs-consommateurs en « servitude volontaire » vis-à-vis de la finance internationale.

Nous allons dans le mur et il n’y a raisonnablement rien à espérer du Circus Politicus actuel. Je le sais à présent et vous le savez, pour la plupart, depuis longtemps.
 
L’Empire de la finance mondiale est sur le point d’achever la transformation de la plupart des peuples en esclaves de la dette avec la complicité de leurs « élus » respectifs, l’Islande n’étant jamais que l’exception qui confirme la règle.
 
Les nations qui refusent de se plier à ce Nouvel Ordre Mondial (Cuba, Irak, Lybie, Syrie, Iran, Vénézuela, Russie, Chine) sont diabolisées et, quand c’est possible, détruites (Yougoslavie, Afghanistan, Irak, Lybie, Syrie, etc.) au nom de la démocratie.
 
Qu’il s’agisse de guerres économiques ou guerres armées, c’est toujours l’argent qui est le nerf, l’alpha et l’omega, c’est-à-dire, le mobile que tente de masquer l’idéologie bien pensante, ultra-libérale et démocratico-humanitaro-universaliste.
 
La Nature et les hommes en sont les éternelles victimes, les banquiers les éternels profiteurs.
Croire que des élections peuvent changer le cours des choses est une naïveté que le cas Obama illustre parfaitement.
 
Avec Etienne Chouard beaucoup d’entre nous ont compris que nous ne sommes PAS DU TOUT en démocratie, mais dans un système élitiste (nous, électeurs et non citoyens, élisons seulement des élus au service des élites) et de plus en plus totalitaire, ne serait-ce que par les lois imposées au nom d’un anti-terrorisme de circonstance et surtout par la présence au sommet de l’Europe de personnes n’ayant jamais obtenu le moindre mandat de la part du peuple.
 
Ce constat, nous sommes nombreux à le faire. Nous sommes encore plus nombreux à souhaiter l’avènement d’une humanité heureuse, en paix avec elle-même et avec la Terre, pleinement consciente de son infini potentiel et désireuse de le libérer plutôt que de perpétuer un enfer qui, à tout moment, menace de mettre un terme à l’histoire humaine.
 
Partout autour de nous et ici-même sur Agoravox, les appels à l’indignation, l’insurrection ou la révolution sont dans toutes les bouches. Mais vous aurez certainement remarqué que ces dernières deviennent à peu près muettes dès lors qu’il est question d’accomplir concrètement la rupture. Rien n’est dit ou si peu, tout se passant comme si les écuries d’Augias pouvaient être nettoyées par des incantations ou des mouchoirs en papier. Sérieusement, où avez-vous vu exposée une stratégie crédible qui permettrait de réaliser la transition vers un âge de paix et de justice, en particulier, écologique, économique et financière ?
 
Les OWS, sinon les Indignés laissaient entrevoir une telle perspective mais ils n’ont pu tenir leur objectif initial d’une action continue dans l’espace public. Ils se sont fait proprement éjecter de l’espace en question. Et ces dix dernières années ont suffisamment montré qu’il n’y a rien à espérer d’actions collectives ponctuelles, aussi importantes qu’elles soient sur le moment, car le pouvoir n’a qu’à tranquillement attendre que, dès le lendemain, une nouvelle actualité fasse oublier à un public sous hypnose ceux qui se battent en son nom.
 
Au final, chacun se trouve la plupart du temps renvoyé à la seule idéologie hollywoodienne, consumériste et gentiment new-age qui porte à cultiver l’action individuelle en croyant que l’accumulation aléatoire de petits gestes conscients et responsables accomplira la révolution nécessaire alors que l’histoire l’a suffisamment montré, seule l’action collective coordonnée le peut, pour autant qu’elle soit continue et permette une prise de conscience du collectif comme existant réellement, c’est-à-dire, disposant d’une identité, d’une volonté et surtout d’une force ou d’un pouvoir qui sera tôt ou tard irrésistible dès lors que la dynamique reste croissante.
 
Dans le conte d’Andersen, l’empereur a compris qu’il était nu quand il a eu en face de lui une foule unanime et consciente de son... unanimité ! La foule unanime, le consensus crée sa propre réalité. Tant que chacun pensait dans son for intérieur « il est nu ! », cela ne changeait rien du tout. Le voyez-vous ? Voyez-vous que la seule chose qui compte, la seule chose qui fait qu’un peuple est un peuple et non pas une masse, c’est la conscience collective de son unité et donc de sa force ?
 
Le fait est qu’actuellement nous sommes, comme dans la fable, une foule immense d’individu qui pensent que l’Empire est nu mais nous restons une masse d’égarés faute d’avoir construit cette conscience collective, faute d’avoir opéré notre rassemblement, faute d’avoir produit le large consensus qui, en affirmant notre unité consciente et donc notre force, amènerait l’Empire à comprendre qu’il est vraiment nu et que doivent dès lors cesser la somme infinie de mensonges, de manipulations et de violences atroces dont il est à l’origine au travers de l’organisation néo-libérale de nos sociétés.
 
Il est vain de croire qu’un rassemblement dans la rue, ici ou là, suffira à cela. D’abord parce que la foule que nous sommes ne pourra jamais s’y rassembler, ensuite, parce que il est trop facile pour un pouvoir qui a la complicité des médias d’ignorer l’évènement une fois que chacun est retourné chez lui. C’est pourquoi les OWS s’étaient donnés l’objectif de ne pas bouger une fois en place. Mais partout ils ont été délogés et dispersés.
 
Avions-nous un autre moyen pour que, comme dans le conte d’Andersen, chacun reprenne le cri initial « L’Empire est nu » de manière à constituer une foule consciente de son unité et de sa force et donc, irrésistible ?
 
J’ai eu l’audace de le croire en proposant à maintes reprises (1, 2, 3) que le rassemblement soit réalisé dans le cyberespace plutôt que dans la rue. En effet, les chances de faire nombre m’apparaissaient bien plus grande puisque chacun a la liberté, d’une part, de venir à une cybermanif quand il le veut, quand il le peut et, d’autre part, celle d’y rester indéfiniment tout en étant complètement à l’abri des brutalités policières ou autres.
 
Le fait est que, malheureusement, je n’ai pas su trouver les bons arguments pour faire comprendre que la conscience de l’unité de la foule est nécessaire et suffisante pour créer (et change au besoin) la réalité. Cela, nous le savons tous confusément, mais encore faut-il le croire pour accepter l’idée de se rassembler seulement dans le cyberespace.
 
Comme je ne vois pas pourquoi je serais à présent davantage persuasif et comme je ne vois pas d’autre voie praticable pour réunir le peuple, je me dis que rien ne changera et que les OWS ou les Indignés qui semblent ne vouloir agir que dans la rue se trouveront emportés par le vent mauvais qui souffle toujours plus fort en cette année de tous les dangers. Si je veux être lucide, je dirais qu’il n’y a plus d’espoir d’éloigner le calice. Nous allons le boire jusqu’à la lie.
 
C’est pourquoi, même si cela doit passer pour une vaine bravade ou agitation, je vais m’accorder la joyeuse satisfaction de lancer un « cri du cœur », juste pour le plaisir, juste pour éprouver encore ce pouvoir citoyen de la liberté de parole et de pensée, avant que l’Apocalypse de Jean ou le cauchemar d’Orwell ne s’accomplissent et qu’il nous faille alors tenter d’y survivre.
 
J’aurai au moins eu le sentiment de faire ce que j’avais à faire en ne me satisfaisant pas de déléguer trop facilement mon « pouvoir citoyen » à des suppposés représentants, des « élus ».
 
Car au final, pour les individus lambda que nous sommes, dénués de tout pouvoir autre que celui que nous avons encore de nous exprimer autour de nous et notamment sur la toile, y a-t-il quoi que ce soit de plus sérieux à faire que de prendre la parole pour déclarer publiquement ce que nous voulons et ce que nous ne voulons pas, sans s’inquiéter aucunement de savoir qui nous entendra, qui sera d’accord et qui ne le sera pas ?
 
Pour ma part, je ne vois rien de plus sérieux que cela. Rien de plus sérieux que de crier ce que je crois comme les personnages de l’extraordinaire film « Network » criaient par la fenêtre « I am mad as hell ! » (je suis fou de rage !).
 
Comme m’a toujours répété ma sage grand-mère : « quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. »
 
Alors voilà, il ne me reste plus qu’à le lancer ce « cri du cœur » assurément dérisoire face à la monstrueuse machine de l’Empire mais comme disait Guillaume le Taciturne, « il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. »
 
Le voici :
Le pouvoir au peuple !
1. Indigné(e) parmi les Indignés et les 99 %, je réclame la justice, la paix et le respect de la souveraineté des individus comme des peuples.
2. Je veux un monde solidaire, équitable, et absolument respectueux de l’environnement.
3. Refusant notre transformation en automates consommateurs, je veux une société qui nourrisse le potentiel créateur de l’humain grâce auquel chacun peut, individuellement et collectivement, contribuer au bien commun comme à son propre bonheur.
4. Je veux que nous revienne la richesse immense que nous les 99 % produisons par notre travail au lieu qu’elle soit captée par la finance mondiale, notamment au travers du mécanisme de création de l’argent-dette.
5. C’est pourquoi, je veux que le pouvoir de création monétaire revienne intégralement dans les mains du peuple enfin libéré de l’esclavage de la dette.
6. Je veux que le pouvoir du peuple soit protégé de la corruption politicienne par l’instauration d’une démocratie réelle née d’une assemblée constituante populaire et débarrassée de toute représentation par des « élus-toujours-au-service-de-l’élite ».
7. Je veux que l’Homme soit la mesure de toute chose et non l’argent.
8. Je veux le démantèlement de la finance mondiale.
9. Je veux l’abandon définitif de tout projet de Nouvel Ordre Mondial.
10. Je revendique le respect de la personne humaine dans toutes ses dimensions.
11. Je n’ai plus peur de l’autre car il est mon semblable, c’est pourquoi je rejette définitivement les justifications toujours mensongères des guerres, ces éternels instruments de l’asservissement des peuples par leurs élites.
12. Moi, indigné(e), parmi les Indignés et les 99%, je fais en conscience le choix de la non violence et je déclare solennellement la paix au monde.
* *
*
S’il se trouve parmi vous des personnes qui se sentent en résonance avec ce cri, elles peuvent lui faire écho sur ce groupe Facebook. Ça ne va pas changer les choses mais la solidarité dont nous avons besoin pour survivre à la domination de l’Empire commence par le fait de s’accorder sur une certaine représentation du monde.
 
Bonne chance et bon courage à tous !
 
Luc-Laurent Salvador



par Luc-Laurent Salvador (son site) mercredi 18 avril 2012 - 100 réactions
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