30%
70%
Les Français ont donc choisi celui qui sera, pour cinq ou même dix ans, le président de notre douce France. Pour 20 millions de Français, Nicolas Sarkozy est un président effectivement élu, mais abhorré.
L’étude menée par IFOP, Fiducial, M6, et le Journal du Dimanche révèle une fracture surprenante : La majorité des Français comprise entre 18 et 64 ans est très mécontente et pour tout dire frustrée.
Dans cette étude , Ségolène Royal arrive en tête des intentions de vote dans toutes les classes d’âges situées en dessous de 65 ans.
Ventilation par classe d’âge du vote Ségolène Royal au 28 avril 2007
18-24 ans : 53%
25-34 ans : 54%
35-49 ans : 56%
50/64 ans : 51%
65 ans et + : 25%
Merci Papy, merci Mamie. 75% des uns font basculer la majorité des autres. Et le poids électoral de ceux-là est une valeur d’avenir. Les + de 65 ans, nés entre 1920 et 1940, auraient-ils du mal à intégrer qu’une femme soit un jour présidente ?
On voit bien que le président élu ne sera pas le président de tous les Français. Il est même d’ores et déjà littéralement détesté par la majorité des Français de moins de 65 ans, les plus débordés, les plus actifs, les plus impliqués dans la vie citoyenne, mais les plus touchés aussi par les risques liés au monde du travail. Vingt millions de Français qui se lèvent tôt.
Vingt millions de Français qui, notamment, ne veulent pas voir le projet de traité constitutionnel européen rentrer par la fenêtre de la chambre après avoir été sorti par la grande porte du référendum. Par exemple.
À l’international, la situation du nouveau président de la République n’est pas rose.
Récemment, Angela Merkel a pris sévèrement la mouche lorsque celui-ci, encore candidat, a proféré : "La France n’est pas le pays qui a inventé la solution finale"... indélicatesse de taille pour qui veut exercer le pouvoir en coopération avec l’autre pays fondateur de l’Europe.
Il est ensuite détesté par le monde arabe (les peuples, pas les dirigeants) pour ses positions ouvertement pro-israeliennes et son mépris de la Méditerranée.
Si la politique étrangère de Nicolas Sarkozy est inscrite, comme on doit s’y attendre, dans la droite ligne de celle des néoconservateurs américains, il faut alors s’attendre à faire nos valises et partir un jour dans le sillon de l’U.S Air- Force, tels hier les Italiens, les Anglais, les Espagnols. Là non plus, ce ne sont pas les + de 65 ans qui risquent une mobilisation...
Ce qui est irritant pour nous, jeunes actifs et jeunes chômeurs, c’est de se résoudre à faire ce constat :
Ce sont ceux qui ont connu tout au long de leur vie le plein-emploi, ceux venus d’une époque où l’on pouvait grimper dans l’ascenseur social avec un BEPC ou un CAP en poche, qui ont au lendemain de la guerre disposé de toutes les portes d’entrée qu’une société en reconstruction pouvait leur offrir, qui continuent de partir en cure malgré le trou de la Sécu et passent cinq scanners par an, ceux sont eux qui font basculer le vote en faveur du candidat le plus impopulaire parmi les jeunes, de la droite la plus dure et la plus inféodée aux Etats-Unis que la France ait connue.
Triste, triste réalité venant de gens qui ont perdu leur père aux deux guerres et qui, d’une certaine manière, ont retrouvé en Nicolas Sarkozy le symbole viril, martial, dont ils ont l’impression que la France a besoin pour se "libérer" et reconquérir une partie de sa puissance concédée à l’Europe, et diluée dans une mondialisation qui leur échappe. Il fallait entendre un Axel Poniatowski, porte-parole de Nicolas Sarkozy, triompher sur CNN samedi soir en claironnant que "ça y est les Français ont compris la mondialisation", en gros, ils obéissent désormais à la doctrine néolibérale. Vous avez dit décomplexée ?
Les + de 65 ans, donc, ont dit la loi. Ils représentent 15 % de la population française. Cette partie de la population qui se couche tôt est la plus fragile physiquement mais aussi la plus nantie en matière de pouvoir d’achat.
Pour recueillir le suffrage de ces électeurs que Régis Debray décrivaient dans son opuscule Le Plan Vermeil, il suffit de marteler que l’on va assurer leur santé ("je lutterai contre Alzheimer"), leur sécurité physique ("je mettrai un terme au multirécidivisme") et leur pouvoir d’achat ("les actifs vont travailler plus pour assurer vos retraites"), quand bien même ces formes de sécurité furent défaillantes lorsqu’on avait les mains sur les leviers aux ministères du Budget et de l’Intérieur. Mais silence sur les bilans.
Aujourd’hui, on voit les + de 65 ans les plus valides courir la donzelle, boîte de Viagra dans une main et préservatifs dans l’autre. D’un autre côté, ils surconsomment des antidépresseurs, des anxiolytiques, hypnotiques et antipsychotiques, trois fois plus qu’en Angleterre ou en Allemagne. Les prescriptions médicamenteuses aux personnes âgées de + de 65 ans représentent le tiers de toutes les prescriptions. (source ministère de la Santé) . Quel rapport ? me direz-vous.
Je me risquerai donc à observer les effets conjugués d’une certaine pharmacopée et du recours exclusif des mass-media. L’un étant le potentialisateur de l’autre. Les anxiolytiques préparent le cerveau à la "disponibilité" requise, et empêchent la souris de voir qu’elle va se noyer (source : service de pharmaco-psychiatrie du Pr Bourin, CHU de Nantes).
Les + de 65 ans ont aussi peu accès à l’Internet pour y glaner leur information et leurs éléments de critique. Ils ont - moins que les autres catégories de la population - accès à une information alternative, ce qui, en nos temps de concentration financière, se révèle bien utile. Il fallait parler l’anglais ou l’arabe pour entendre sur Al Jazeera samedi matin des informations filtrées en France, à savoir la suspension de la vie des otages de l’Afghanistan au scrutin français, et le tableau de la politique étrangère de Sarkozy, source d’inquiétude dans le monde arabe. La société a beaucoup évolué durant leur vie. Les + de 65 ans la regardent passer aujourd’hui et ne possèdent pas non plus les langues étrangères.
Voilà peut-être aussi une des raisons de l’effet d’adhésion massif (75%) aux discours contradictoires ou démagogiques d’un candidat, quel qu’il soit, en particulier chez cette tranche d’âge.
Hélas, pour voter en conscience, encore faut-il avoir une conscience politique éveillée.

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