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Le président de la République sur TF1 : quelle relation politique trahit la mise en scène ?

À quel régime politique appartient la mise en scène de l’intervention du président de la République, lundi 25 janvier 2010, sur TF1 ? Incongrue, la question ? Pas tant que ça ! On a vu, en effet, dans une sorte de pastiche de salle de café, le président, attablé, s’entretenir avec une dizaine de personnes en toute convivialité. Et à un de ses interlocuteurs qui lui assurait qu’il n’avait pas peur du débat, n’a-t-il pas répliqué que « (c’était) ça, la République ! », le fait qu’ils débattent ensemble sans plus de manières ?

 
Seulement, depuis que le sénatus-consulte du 18 mai 1804 a stipulé dans son article premier que « Le gouvernement de la République est confié à un empereur  », on sait que le mot République n’est pas forcément synonyme de démocratie.
 
La relation politique originale de la démocratie inscrite dans des édifices particuliers
 
Chaque régime politique instaure une relation entre dirigeants et dirigés qui lui est propre. Et cette relation particulière inspire les édifices originaux qui lui permettent de s’exprimer. Ainsi, quand on se promène dans Paestum, l’ancienne Poseidonia grecque (à cent kilomètres au sud de Napoli), connue pour ses temples doriques ocrés qui se dressent encore dans une verte prairie constellée en mars de paquerettes, on tombe sur un curieux édifice en entonnoir à gradins concentriques de 35 à 9 mètres de diamètre : c’est un Ecclésiastérion pouvant contenir 600 personnes, qu’on date de 480 ou 470 avant J.-C.. C’est là que se réunissait l’assemblée du peuple, l’Ecclesia. Quand les Romains ont colonisé la ville au 3ème siècle avant J.-C., ils n’en avaient pas l’usage : ils ignoraient la démocratie à la grecque ; ils ont donc comblé l’édifice d’un remblai.
 
Cette construction en amphithéâtre répondait à la nécessité pour les citoyens réunis, tour à tour orateurs et auditeurs, de se voir dans le cours du débat démocratique. Les Parlements modernes ont imité ce modèle de structure architecturale avec des variantes. La Chambre des Communes britannique a opté pour des gradins mettant majorité et opposition en face à face. L’Assemblée nationale française se réunit au contraire dans un hémicycle emprunté au théâtre grec qui enserre une scène particulière, la tribune.
 
Une salle de café ou une salle de classe : hiérarchie et condescendance
 
Quel est donc l’édifice que dessine la mise en scène du pouvoir voulue par le président Sarkozy pour sa prestation sur TF1  ? On l’a dit, l’intericonicité n’est pas ici équivoque : on reconnaît un pastiche de salle de café avec ses tables rondes disposées en demi-cercle autour du président. Quand on sait le goût de la télévision pour les décors mégalomaniaques clinquants et étincelants sous les spots, cette vulgaire salle de bistrot a manifestement été voulue austère. TF1 semble avoir fait appel à des adeptes de « l’art minimaliste », le plus pauvre qui soit. Ce décor, en tout cas, montrait que c’était le président qui descendait du Palais de l’Élysée se mêler aux gens du bas peuple, et non lui qui les recevait sous les ors et lambris de la République.
 
Une autre intericonicité s’imposait aussi, inspirée par l’animateur, Jean-Pierre Pernaut, qu’on voyait, fiches en mains, circuler debout derrière tout le monde : il ne jouait pas le garçon de café, non ; il intervenait pour distribuer la parole, réguler la conversation, la couper au besoin, et montrer au tableau-écran les chiffres qui illustraient les commentaires. À l’évidence, on reconnaissait un autre pastiche, celui d’une salle de classe, le jour où l’inspecteur descend et vient faire la leçon aux élèves pour montrer au professeur comment s’y prendre.
 
Salle de café ou salle de classe, ces médias délivraient le même message, car « le médium est le message », dit Mac Luhan. Ici, il s’agissait de bien inculquer une relation hiérarchique de l’inspecteur à l’élève, et une relation condescendante, voire misérabiliste, du prince au sujet, « l’homme, sinon de la rue, du moins du café », isolé face au pouvoir dans son individualité impuissante loin de la médiation de tout organe collectif érigé en contre-pouvoir, corps intermédiaires, partis, syndicats ou associations, selon les règles de la démocratie.
 
Représentation par l’image et représentation politique
 
Dans ce décor de prince descendu un instant parmi ses sujets, la qualité des onze personnes réunies par TF1 confirmait cet éloignement de la relation démocratique. Sans doute chacune d’elles appartenait-elle à une catégorie socio-professionnelle différente : une étudiante, un chef d’entreprise, un professeur, un artisan, un ouvrier, une infirmière avaient valeur chacun de métonymie, c’est-à-dire qu’ils « représentaient une partie pour le tout » de leur milieu professionnel. Ils pouvaient même prétendre à être des symboles, en « représentant  » l’ensemble des membres de leur catégorie. Seulement, métonymie et symbole offrent une représentation de la réalité qui n’a rien à voir avec la notion de représentation politique  : aucune de ces personnes ne pouvait se prévaloir d’un mandat légitime que seules confèrent la nomination ou l’élection pour opposer au pouvoir un contre-pouvoir, puisque l’originalité de la démocratie est d’organiser la limitation du pouvoir.
 
Le président, en revanche, était l’unique représentant légitime du peuple français. Sa parole autorisée ne pouvait être sérieusement contestée par aucune autre. Ses interlocuteurs en étaient réduits à ne parler qu’en leur nom propre avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins de compétence. Ils ne pouvaient pas s’attribuer le poids, l’autorité d’une délégation par mandat sur une question préalablement débattue avec leurs pairs. Ils ont été réduits à tour de rôle à présenter leur cahier de doléances personnelles, si tragique fût-il. La rencontre s’apparentait donc à une audience de type monarchique où, en s’aventurant sur le terrain, le prince consent à entendre les réclamations particulières de ses sujets, histoire de s’informer de ce qui se passe dans le royaume et d’accorder ses faveurs selon son bon plaisir.
 
La relation instituée au cours de cette émission n’est donc pas celle qu’inspire la démocratie. Le contact direct entre dirigeant et dirigés ne doit pas faire illusion : il appartient tout autant à la relation monarchique. L’asymétrie entre l’élu mandaté et les onze personnes sans mandat interdit tout débat sérieux. La parole de l’élu prévaut et ne peut être légitimement contredite par des individus éparpillés et non organisés en groupes constitués et reconnus. On a, en fait, assisté à un monologue déguisé en dialogue où les interlocuteurs jouaient un rôle de figurants. Mais un figurant, une métonymie, un symbole ont beau représenter plus qu’eux-mêmes, ils n’approchent pas la représentation politique qui exige une procédure et un mode légitime de désignation pour exister. Surtout, un citoyen n’est pas un figurant mais un acteur dont le vote est sans doute individuel, mais dont les revendications réfléchies après débats ne peuvent être que défendues collectivement. Ce n’était pas un groupe qu’avait en face de lui le président mais des individualités dispersées dont il s’est permis d’ailleurs de souligner la solitude en les appelant avec paternalisme par leur prénom ! Ils étaient ainsi dépouillés même de leur nom, à une exception près, l’ouvrier métallurgiste appelé Monsieur sans que cela change grand-chose : son aisance de parole comme son culot de syndicaliste restaient bridés par le protocole monarchique imposé qui ne voulait entendre que des "paroles de Français". 
Paul Villach
 
 
par Paul Villach jeudi 28 janvier 2010 - 82 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.25) 28 janvier 2010 13:26
    non666

    Moi qui m’y connait un peu en technique de manipulation de foule, j’ai curieusement eu la meme impression que lui et j’en ai fait a peu pres la meme lecture....

    Les attributs de la democratie representative sont singés, suggerés, mais les echantillons présentés du peuple français ne sont pas representatifs, legitimes en quoique ce soit.
    Ils ont été choisis pour servir de faire valoir au président sur la chaine du parrain de son fils...

    La meme chaine de Tv avait de 2002 à 2007 mis en scene chaque semaine voir chaque jour Sarkozy et contribué a l’elimination de ses rivaux....

    Au moment ou la megalomanie de Sarkozy est decriée, ridiculisée en France comme a l’etranger, la chaine nous fait une contre-perspective minimaliste : regardez il est capable de parler avec le Peuple !
    Il parle meme avec des gueux qui n’ont pas de Rolex !

    Au moment ou le media strictement downloadable qu’est la Tv est montrée du doigt , ou l’ensemble des medias a failli dans la mission d’informer objectivement, les codes d’internet sont copiés  : on fait comme si l’opinion publique pouvait reagir en direct, via les representant du peuple choisis par le parrain....
    Cette emission est la marque directe de la peur qui commence a hanter les Elites de voir l’eur influence s’emousser.
    Les medias ne sont plus les berger de l’opinion publique qu’il croyait etre.
    Le Roi n’est plus defendu dans chaque paroisse par les journaliste precheurs qui tentent de vous expliquer que pour bien servir Dieu, il faut d’abord obeir a son Roi....

    Ils commencent a chier dans leur froc et c’est bon !

  • Par Lapa (xxx.xxx.xxx.139) 28 janvier 2010 13:29
    Lapa

    Il voit un pastiche dans Pernaut, c’est ce que pense aussi un pote auvergnat. Il dit que Pernod c’est un pastiche. smiley

    je la fait avant que le capt’ain rapplique.

  • Par Paul Villach (xxx.xxx.xxx.55) 28 janvier 2010 14:43
    Paul Villach

    @ Morice

    Ces voyous de trolls sont un régal ! Ce sont les meilleurs pubicitaires qui soient ! Je viens d’être sollicité par un journal effaré par leur sarabande d’hier. Il s’est dit : ce n’est pas possible, un livre qui suscite tant de réactions imbéciles, doit être un bon livre.
    Je ne peux donc qu’encourager les voyous de trolls à continuer : c’est la meilleure publicité qui soit ! Paul Villach

  • Par morice (xxx.xxx.xxx.22) 28 janvier 2010 12:31
    morice

    c’est fou ce qu’il vous embête, hein, Villach ! J’en suis fort aise...

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