« De loin, le remorqueur a sifflé ; son appel a passé le pont, encore une arche, une autre, l'écluse, un autre pont, loin, plus loin... Il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve toutes, et la ville entière, et le ciel et la campagne, et nous, tout qu'il emmenait, la Seine aussi, tout, qu'on n'en parle plus. »
La fin de « Voyage au bout de la nuit »
« La fenêtre, en province, remplace le théâtre et les promenades. »
Citations de Gustave Flaubert
Le purgatoire, c'est cet état intermédiaire entre le paradis et l'enfer pour les âmes des défunts pour les chrétiens. C'est aussi là que sont la plupart des écrivains, créateurs et artistes dont les choix échappent ou ont échappé à la pesanteur de la morale commune et des préjugés en vogue. On y passe deux heures, on a l'impression que celles-ci durent une éternité, et puis quand on le quitte, on oublie son attente et son impatience d'en sortir.
On y garde espoir car on y est seulement en transit.
Le purgatoire ressemble donc à une ville de province, entre le paradis pour son calme et les paysages, et l'enfer de la médiocrité érigée en vertu pour le reste. Il ressemble à une de ces villes moyennes maintenant toutes bâties sur le même modèle, ayant pour la plupart perdues leur identité au fil du temps, identité qu'elles continuent cependant à fantasmer tout en entretenant des complexes vis à vis de la capitale, honnie, dont on retient surtout les tribulations grotesques et ostentatoires des « pipeaules », donc Paris est détestée et haïe mais pas tant que ça en définitive car la haine à son encontre est surtout de la basse envie.
Dans quasiment toutes les petites et moyennes villes de province, les centres commerciaux sont devenus les points centraux des agoras (y compris auprès de bourgs tout petits maintenant on trouve souvent un ou deux supermarchés géants dans lesquels tous vont se ravitailler), avec les pourvoyeurs de « malbouffe » un peu partout, « pour les jeunes » ou le « kébab » un peu partout.
C'est joli la province, c'est même parfois encore très beau, le soir, on peut encore voir les étoiles et le matin entendre les oiseaux. Les rues ne sont pas engorgées par le monde. Et il n'y a pas que des bureaucrates pressés dans les rues. On sait prendre le temps, de ne pas aller trop vite, de souffler de temps en temps. C'est aussi ce que l'on voudrait faire croire. On se tient à des valeurs, ou plutôt des lieux communs qui en tiennent lieu étriquées, confortables qui ont souvent beaucoup d'hypocrisie pour corrolaire.
Il faut respecter les « anciens », comme on dit, les têtes chenus, les cheveux blancs, comme si leur parole était toujours respectable et sage, alors qu'on sait bien que l'on peut être vieux et prononcer beaucoup de sottises. On oublie ses erreurs, on oublie son parcours chahotique, on pense laisser une trace dans la mémoire de ses proches en jouant les augures solennels et mûrs. Au bout du compte, on se borne surtout à jouer les vieux cons.
Les politiques des petites villes de province aiment bien les « anciens », se montrer avec dans la « P.Q.R » (ou presse quotidienne régionale) tapotant le crâne dégarni d'un octogénaire en souriant de toutes ses dents blanchies de la veille, serrant avec componction et gourmandise la main d'une vieille dame en fauteuil roulant, pardon d'une personne du troisième âge à mobilité réduite. C'est normal somme toute, en période de crises diverses et variées, dans un temps où tous liens qui maintenait encore il y a peu une apparence de fraternité entre les individus.
Je fais cette correction car paradoxalement, s'il est bien vu de « respecter les anciens », il est très mal vu de parler de vieillesse, de maturité voire de la mort qui terrifie.
On comprend fort bien la terreur qu'elle inspire, car si il n'y a que le néant après, c'est d'une tristesse infinie, la vie perd toute signification, tout sens.
Ce n'est pas que l'on n'aime pas la jeunesse en province, au contraire, les institutions, les commerçants, tout le monde se targue de faire « quelque chose » pour les jeunes. Ceux-ci ont un avantage, ils permettent au chanteur engagé (souvent un ancien professeur qui a des prétentions artistiques) et con-cerné de MJC de se trouver un public gratuit et obligé de venir à ses concerts entendre ses ritournelles drôlement engagés selon lui, qui attaquent le plus souvent l'Église et l'Armée et tirent sur les ambulances en toute bêtise et naïveté.
Les plus favorisés matériellement en province font beaucoup pour LEURS jeunes, leurs enfants, leur progéniture, l'officielle et l'inavouable, qu'ils placent le plus possible à des postes confortables et des emplois bien rémunérés qui font qu'ils pourront dormir tranquilles en pensant à leurs rejetons. Cela ne choque pas grand-monde dans les petites villes de province (on me dira à Paris non plus, j'en conviens). On y est encore féodal.
Les nouveaux aristocrates en sont le médecin, parfois le pharmacien, tout commerçant un peu prospère. Comme partout, on respecte beaucoup l'argent et ceux qui le montrent, et le dépensent.
On aime bien les lignées de politiques, de roitelets locaux, les dynasties de notables clairement cyniques mais à qui on pardonne.
On est persuadé qu'il est normal que le fils devienne maire après le père, fût-il complètement incompétent. Cette indulgence nait aussi du fait que tout le monde a envie de faire de même, s'octroyer une bonne part du gâteau, sans l'avouer vraiment. Cela se vérifie même dans les églises, où pour faire partie des fameuses « équipes d'animation pastorale » (on aime bien ce genre de G.O spirituels, qui transforme l'Évangile en un « club Med » de la théologie réduite à quelques clichés étalés avec force complaisance).
Il y en a comme Céline, Louis-Ferdinand, qui le disent carrément, que « la province les emmerde », avec ses rideaux tirés, ses habitants qui n'accueillent jamais vraiment le nouveau venu dans leur coin, qui se rassurent en se persuadant qu'ils sont largement plus authentiques que les habitants des villes, lieux de perdition où le pauvre paysan perdait son âme, et ses sous, ce qui pour lui était le plus grave, la perte de son argent, de son magot amassé avec patience, ruse et avarice, pas comme en ville où il n'y a rien que des fainéants.
Le pire, c'est que maintenant les citadins qui ont les moyens viennent l'envahir, en amenant avec eux leurs propres lieux communs, à savoir ils perçoivent la province comme dans un filtre « amélipoulinesque », avec des boutiques colorées et un peu désuètes, des vieux en sabots qui mâchonnent une cigarette jaunâtre tout en baragouinant quelques apophtgmes réputés profonds car incompréhensibles.
Le pire, c'est qu'en province on aime bien car on leur vend le même pain qu'avant deux fois plus cher en collant une étiquette « bio » ou « développement durable », ou « produit local » sous le prix. Ces produits locaux donnent parfois l'occasion de rire, comme ce gâteau tropézien sous certains cieux et typiquement vendéen sous d'autres.
Que l'on ne se méprenne pas, j'aime bien la province, et les petites villes de province, y vivant depuis plus de trente ans. C'est ce qu'elle devient à cause de politiques de la ville débiles, de la folie des grandeurs de quelques édiles locaux qui font construire des hotels de ville géants pour satisfaire leur vanité et ne se soucient pas une seconde du développement de leurs cités.

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En effet, je rajoutais, où il vaut mieux faire partie du Rotary pour être coopté.
09/01 15:58 - Amaury Watremezles fameuses « équipes d’animation pastorale » => EAP
09/01 15:39 - reivaxC’est comme toute la région du Nord, ou dans le Sud, voire aussi en Basse Normandie (...)
06/01 09:35 - Amaury WatremezJe ne le confine pas aux sous-préfectures, j’aborde simplement la question pour ce type (...)
06/01 08:55 - Amaury WatremezTon commentaire est hors sujet, et tient du trollage.
06/01 08:50 - Amaury WatremezBonjour Amaury j’ai bien apprécié. Merci
06/01 08:44 - verdan
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