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Le sale con de l’agriculture

Le Salon de l’agriculture permet de jauger l’évolution de la fonction présidentielle et les contradictions du peuple électeur.

Quel paradoxe : les mêmes qui se sont ingéniés, depuis quarante ans, à désacraliser la fonction présidentielle, se courroucent aujourd’hui d’avoir un chef d’Etat aux écarts de buvette. Personne, pourtant, ne peut se déclarer foncièrement étonné sur sa façon d’être : il est à l’aune de ce qu’il a montré, des années durant, comme ministre de l’Intérieur où il bénéficiait d’un pistage médiatique inégalé pour un tel poste. Même le Pasqua de 1986 respire la doucereuse naphtaline si on le compare à l’activiste Sarko-Beauvau.

Les premiers à jubiler de cette involution : les journalistes qui multiplient les gros plans, les débats, les retours en triple couches sur les bruyantes tribulations de l’Elysée-Sarko-Show.

Les Américains ont eu leur Bush, innommable vulgarité politique pour les condescendants Français qui, pour une large moitié, ont porté au pouvoir celui dont il connaissait sans ombre le cirque d’Etat permanent. Au premier rang, une droite traditionaliste qui, ces dernières semaines, plombe les sondages sur le Frénétique.

En outre, que le premier des Français verse dans le franchouillard mauvais ton relève presque de l’obsession consubstantielle à la fonction depuis la mort de Pompidou, et ceci avec la bénédiction implicite du peuple électeur. Plonger un peu dans les à-côtés comportementaux du fringant Giscard d’Estaing, souillant sa particule et son phrasé guindé sur l’estrade d’Yvette, l’accordéon en bandoulière pour se convaincre qu’il a quelque chose en lui de populeux, relativise le gainsbarrien « Casse-toi ! (...) Pauvre con » du sanguin président.

Jauger les brenneuses casseroles du mesuré Fanfan Mité, que les médias institutionnels (publics et privés) comme la grande presse ont occultées pendant plus d’une décennie alors que Le Crapouillot (feu magazine étiqueté d’extrême droite) les livrait sur la place publique dès le début du premier septennat, édifie sur la gravité d’une vulgarité existentielle face à quelques excès grossiers du peu agreste Sarkozy. Renifler les incongruités langagières et les familiarités redondantes du dégingandé Chirac ne fait que souligner la tendance outrancière de son Brutus politique. Internet s’ébroue ou se goberge face à l’échange entre le citoyen de base qui, par une périphrase sans ambiguïté, traite de merde le président de la République, lequel le tutoie et l’insulte, le renvoyant à son insondable insignifiance.

Fallait-il le mépriser par le silence, à la façon d’un Balladur (digne héritier de Pompidou, le dernier de nos présidents ancienne manière) dont les Français, après l’avoir porté au pinacle comme Premier ministre, n’ont pas voulu comme locataire feutré de l’Elysée ? Fallait-il l’ignorer pour les caméras et demander au service d’ordre de l’intimider en coulisse par quelques arguments musclés dont le pouvoir exécutif a le secret ? Fallait-il, sinon, lui signifier un immédiat dépôt de plainte pour injure envers le chef de l’Etat ? Autant de voies raisonnables ou traditionnelles qui ne traduiraient plus l’instinctive personnalité du schismatique Sarkozy.

Alors oui, la dignité de la fonction est foulée aux pieds, selon les critères vieille France ; oui, il a fait du talion verbal sa marque réactive. Mais, finalement, qu’attendaient ceux qui l’ont élu (pour ses adversaires, l’indignation entretenue est on ne peut plus logique, banale) ? D’avoir un président sans écart de langage, bien ripoliné aux entournures, pondéré dans toute situation, même celle où un scrogneugneu l’insulte ?

Croit-on à de la stratégie politique ? Encore parler de lui pour le traîner dans la boue, quel fin tacticien ! Son problème : dès qu’il se replace dans le réfléchi, le complexe, le retenu, par exemple lors de son récent discours sur l’Union européenne, il est inaudible, sans relais, sans aucune agitation médiatique enthousiaste ou "fustigeante". Ses penchants caractériels le poussent alors à de sporadiques coups d’éclat qui le remettent en scène sous les feux de Big Média.

Devait-il passer du politique boutefeu au président flagellé se drapant dans la majesté de la fonction pour laisser couler le jus des projectiles pourris ? La haine attisée le rendra plus vulnérable à la folie d’un citoyen pressé d’en finir... Là est le risque majeur. Nous reviendrions alors à du feutré, du bien hypocrite, du sans vagues comme on l’aime, tant qu’on ne l’a pas comme interminable quotidien.

Toujours insatisfait, toujours à s’en prendre à ceux qui ont la charge de gouverner ce pays, le peuple de France entretient son ancestral penchant à brûler ses idoles, même lorsqu’elles lui ressemblent jusqu’au bout des mots.

par Loïc Decrauze (son site) lundi 25 février 2008 - 49 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par roOl (xxx.xxx.xxx.123) 25 février 2008 11:45
    roOl

    Un président na pas a nous ressembler.

    Un président n’a pas a etre people.

    Un président n’a pas a étalé les luxes que lui confere sa fonction ou ses affinités.

    Par contre, un président se doit d’etre notre digne representant.

    Et pour un homme de debat qui a soit disant bouffé Segolene pendant les debats, on attendait une repartie un peu plus a la pointe.

    "C’est votre attitude qui vous salie" aurait été plus que suffisant... mais bon, je ne suis pas président.

     

    Au dela de ça, pour qu’il parle comme ca, c’est qu’il rescent de plein fouet sa vertigineuse descente dans la cote publique. Un homme en perdition, qui s’appercoit que les français ne sont finalement pas si cons...

    On peut tromper une fois 1000 personnes, on ne peut pas tromper 1000 personnes 1000 fois.

    dixit Emile, la cité de la peur.

  • Par Charles Ingalls (xxx.xxx.xxx.58) 25 février 2008 11:29
    Charles Ingalls

    (L’auteur) TITRE "Le Sale Con de l’agriculture"

    Tout a fait d’accord avec vous, un homme politique (qui plus est président), n’a pas à insulter un citoyen Français quelle que soit son attitude...

  • Par valere (xxx.xxx.xxx.24) 25 février 2008 12:47
    valere

    Sarko en tant que Président est une honte pour notre pays. Il est indigne de sa fonction.

    Au lieu de passer son chemin face aux commentaires désagréables qu’il peut entendre, et bien non, Sa Seigneurie cherche à en découdre. On est plus au moyen âge ni sous la Monarchie et chaque citoyen a le droit d’avoir un avis contraire à lui. Qu’il se le dise, cela s’appelle LA DEMOCRATIE.

    Il a l’air d’un Président mais il est loin d’en avoir la chanson. A force de jouer au gros dur cela se retourne contre lui. Et tant mieux

    En fait le sort des français (à part ceux qui ont du fric), ne l’intéresse absolument pas. La Présidence de la France gonfle son CV car notre pays il s’en fout, Monseigneur doit avoir d’autres ambitions, (gouverner le monde ?).

    Au bout de 5 ans il aura mit la France à genoux. A moins qu’il y est du changement d’ici là !!!

  • Par fergus (xxx.xxx.xxx.196) 25 février 2008 12:55
    Fergus

    A propos du déplorable incident du salon de l’Agriculture qui ravale le président à un niveau de médiocrité jamais atteint par l’un de ses prédécesseurs, je souhaiterais rapporter cette anecdote racontée par Jean Lacouture, historiographe de De Gaulle : le président, un jour, est interpellé en public par un quidam qui l’agresse en lui lançant "Mort aux cons !". De Gaulle lui rétorque du tac-au-tac "vaste programme, mon ami !" Mieux que toutes les analyses, cette histoire met en valeur toute la différence entre la classe naturelle d’un De Gaulle et la vulgarité, hélas tout aussi naturelle, d’un Sarkozy !

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