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Le socle commun : un an bientôt

L’actualité récente risque peut-être d’occulter plus encore un élément important de la réforme du système éducatif. Son décret de parution fêtera en juillet sa première année et pourtant, qui connaît véritablement son existence ?

Le socle commun des connaissances et des compétences, voulu par la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école d’avril 2005, constitue un objet original.

Il est original d’abord parce qu’il ne se substitue pas directement aux programmes existants même s’il impose des évolutions, il est original parce que pour la première fois un texte concerne l’école primaire et le collège, autrement dit la scolarité obligatoire dans sa continuité, mais au-delà engage une nouvelle approche de la formation de l’individu tout au long de la vie.

Objet un temps de polémiques, il semble aujourd’hui, pour diverses raisons probablement conjoncturelles, quelque peu en arrière-plan.

Parmi ces raisons, on retiendra d’une part la crise engendrée par le refus français de ratifier la Constitution européenne et d’autre part les réticences du corps enseignant, plus précisément des enseignants du second degré.

Le texte revêt néanmoins plus d’un intérêt et mériterait une appropriation plus dynamique tant il porte en lui la possibilité d’ouvrir de nombreuses nouvelles pistes en particulier pour l’école et le collège.

De quoi s’agit-il ?

Tout d’abord d’un document institutionnel qui définit pour tout élève les connaissances indispensables à acquérir dans le cadre de la scolarité obligatoire.

Cette vision d’un savoir minimal a été perçue pour certains comme une approche réductrice. On a craint une sorte de « RMI du savoir » qui viendrait tirer par le bas l’ensemble du système éducatif.

A cet argument, les observateurs répondront qu’un système éducatif dont près de 160 000 personnes sortent chaque année sans qualification (c’est-à-dire avec au mieux l’équivalent du brevet) ne peut rester indifférent.

Si nous considérons une classe d’élèves dans un quartier conservant une bonne mixité sociale, ce sont peut-être quatre à six élèves par classe dont l’avenir est compromis.

L’Europe de la connaissance voulue par le processus de Lisbonne a fixé pour 2010 l’ambitieux objectif de réduire à 10% les sorties sans qualification du système.

Il faudrait à présent une mobilisation de tous les instants pour parvenir à cet objectif.

Dans le même temps, l’Europe a fixé de nombreux objectifs relatifs par exemple au nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur et en particulier dans les filières scientifiques et mathématiques.

Premier objectif, se donner, par la loi, un outil solide définissant comme une obligation, un ferme devoir, de tout faire pour que ces élèves puissent disposer de ces connaissances de base mais essentielles, « la littératie » et « la numératie ».

Ce rappel constant à nos obligations s’adresse à tous les acteurs du système.

L’injonction engage à trouver des réponses collectives, professionnelles et pragmatiques.

Il s’agit en quelque sorte d’un « état d’urgence permanent ».

Il s’agit aussi de rappeler l’idée "d’éducabilité" de chacun.

Dans le même temps, pour réussir et avancer, il faut dépasser les récriminations, la moraline ou l’idée « qu’hier c’était mieux ».

Hier, en effet, c’était peut-être "mieux" mais en réalité surtout parce que cela s’adressait à un public scolaire numériquement bien inférieur.

Quand en 1960 un élève sur deux seulement entrait en sixième, en 1997 un sur deux parvenait à bac + 2. On aura beau évoquer la baisse du niveau, les enjeux ne sont évidemment pas les mêmes.

Au-delà de ce devoir impérieux que doit se donner la nation, le socle est un outil particulièrement intéressant pour au moins cinq raisons :

1) Outil de continuité, il permet d’interroger la place et le rôle du collège.

En effet, le collège, parce qu’il n’a pas historiquement bénéficié de la même « fondation » que l’école primaire ou le lycée, a toujours été en quête d’identité. Ses professeurs étaient issus parfois du corps des instituteurs (les anciens PEGC), parfois issus du même corps que les professeurs du lycée. Entre le « cours complémentaire » et le « petit lycée », le collège n’a pas su construire une identité propre. Le socle, en définissant un objectif final, impose l’entrée de la différenciation pédagogique.

2) Le socle donne une nouvelle définition de la notion de compétence : chaque compétence se décline en connaissances, capacités et attitudes dont elle est la combinaison. De fait, cela permet de dépasser une vision réductrice de connaissances simplistes ou de bases mais engage sur la possibilité pour le futur citoyen d’élargir et d’enrichir ses connaissances. Cela suppose une approche non figée d’un savoir en évolution.

3) Le socle favorise une nouvelle approche de l’évaluation : la "note moyenne" ne saurait suffire aujourd’hui en particulier si nous voulons mieux cerner ce que les élèves savent et mieux répondre à leurs besoins. Ce pourrait être l’occasion de réfléchir à une évaluation qui sans naïveté s’appuierait sur les premières réussites et développerait l’estime de soi dans un contexte de compétition où pour apprendre et progresser la confiance est nécessaire.

4) Le socle définit par ses sept piliers de nouveaux rapports entre les disciplines. Les lecteurs d’Edgar Morin savent que le cloisonnement artificiel des champs s’oppose à la compréhension des enjeux globaux et ne favorise pas l’esprit critique nécessaire au citoyen.

Cela ne veut pas dire se refuser à la précision et à la spécialisation mais aujourd’hui nous savons qu’à l’instar du regretté Pierre-Gilles de Gennes, des ponts doivent exister entre les différents domaines scientifiques, l’éthique, la vie sociale.

Le socle contraint les maîtres pour éviter l’impossible « mille-feuilles » de connaissances juxtaposées toujours en inflation, à savoir faire du lien, à tirer parti de la transversalité. Le socle peut réactiver à sa façon la notion de polyvalence où le maître sait à la fois différencier et relier, inciter les élèves à questionner le monde en variant les points de vue... ce qui ne veut pas dire se refuser à donner des repères, à favoriser la mémorisation et des activités structurantes et systématiques.

Le socle évoque d’ailleurs l’idée d’effort de l’élève.

Pour le collège, il y a là matière à réflexion : le professeur de mathématiques ne peut plus ignorer le traitement de la langue dans son cours...

5) Le socle engage l’avenir parce qu’il nous dit bien que "l’honnête homme", celui qui possèdera les éléments du socle, saura s’adapter, se former tout au long de la vie et s’appuyer justement sur ce patrimoine commun pour faire évoluer son projet personnel.

Nous savons qu’aujourd’hui un jeune étudiant pourra changer de métier peut-être trois fois dans sa vie et qu’une grande part de ces nouveaux métiers n’existe pas encore.

Celles et ceux qui ont découvert le nouveau cahier des charges de la formation des professeurs ont repéré les dix grandes compétences exigibles à présent des enseignants et qui s’inscrivent dans le fil du socle.

Aucun outil n’est parfait. Mais le socle sera aussi ce que nous saurons en faire en dépassant les oppositions figées ou certaines représentations.

Bien entendu, le socle nous engage à ne pas rester immobiles. Il doit être mieux connu des enseignants qui doivent s’en emparer et en faire un outil de travail, mieux connu des décideurs, mieux connu des parents d’élèves eux-mêmes. Il doit devenir la référence commune d’une école qui, tout en s’attachant à promouvoir et développer notre patrimoine, doit permettre à nos élèves de prendre place dans ce monde où tout s’accélère.

par Vincent Breton (son site) jeudi 31 mai 2007 - 8 réactions
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