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Le summum de la désinformation

L’exercice était délicat car impossible. L’exercice était délicat car il fallait bien dire des choses sans avoir l’air d’un imbécile. L’exercice était délicat car le public veut du tangible même si c’est non probant et faux. En revanche, ce qui a paru possible c’est l’extraordinaire mauvaise foi des journalistes, des experts et des politiques et impossible d’avoir pour eux le courage de se brouiller avec leurs clients. De tout cela ce qui en a pâti c’est la vérité, la justesse l’honnêteté et le MoDem.

La comptabilisation impossible :

Ce qui est extraordinaire dans les résultats annoncés par Michel Alliot-Marie c’est cette contradiction majeure entre un préambule qui annonce que l’exercice est difficile (en fait impossible) et le fait qu’elle donne des résultats quand même. Voici ce qu’elle dit en termes très clairs qui n’ont pas été repris de façon assez soulignée :

Trois phénomènes rendent difficiles une lecture en termes partisans des résultats du 1er tour :

- l’élargissement des listes à la société civile selon une pratique traditionnelle depuis 1989 ;

- l’ouverture des listes à des personnalités n’appartenant pas au même camp que la tête de liste, ce qui est spécifique à ce scrutin de 2008 ;

- l’affirmation d’un centre indépendant qui n’existait plus depuis les élections municipales de 1977 et qui selon les lieux a fait le choix de conduire des listes autonomes ou de s’allier avec la majorité ou l’opposition selon les circonstances locales. Il en résulte, d’une part, une lecture brouillée en termes de gauche et de droite stricto sensu et, d’autre part, une relocalisation des enjeux, assez naturelle compte tenu de l’objet même des élections municipales. Le panachage des listes municipales, qui devront être déposées avant mardi à 18 heures, clarifiera le jeu des alliances, au moins au niveau local.

Ce qui paraît évident c’est que l’on ne peut faire de classement qui sera pourtant fait et sur lequel les spécialistes ont bien glosé. Comment classer le résultat de Juppé par exemple ? On sait qu’il est à droite, mais a refusé toute étiquette, il a même rejeté fortement celle de l’UMP. Il avait sur sa liste des candidats de tous horizons et y compris venus du MoDem. Une partie de ces voix a-t-elle été comptabilisée pour le MoDem ? Bien sûr que non. Et les candidats MoDem sur la liste de Rebsamen, ont-ils été comptabilisés ? Bien sûr que non.

Notre ministre propagandiste classe ainsi les chiffres globaux : extrême gauche : 1,49 % ; gauche : 47,94 % ; MoDem : 3,22 % ; droite : 45,49 % ; extrême droite : 0,68 %.

Il est évident que ce classement est de la pure désinformation. Elle l’est car justement elle nous l’a annoncé elle-même c’est impossible. C’est faux aussi car elle associe dans la droite le centre. Il aurait dû y avoir pour être le moins faux possible : extrême gauche, divers gauche, PS, écologistes, MoDem, Nouveau centre, majorité présidentielle non UMP et non NC, divers droite, UMP, extrême droite, autres avec étiquette et autres sans étiquette.

Cela aurait été un peu plus complexe mais plus juste bien que fondamentalement illusoire car c’était tout bonnement impossible. Si nous avions eu ce découpage on aurait vu que dans les communes de plus de 3 500 habitants le PS ne faisait que 12,64 % à rapprocher aux 3,7 % du MoDem et les majorités 25,05 % sans pour autant en déterminer les UMP déclarés comme tel. De ceci il aurait fallu ramener les pourcentages au prorata des listes présentées. En effet dans les communes de plus de 3 500 habitants le MoDem dépasse 15 % là où il a présenté des listes. C’est un très gros score compte tenu de la jeunesse de ce parti. On est loin, très loin des déclarations désinformatrices comme quoi le MoDem n’existe que par pouvoir de nuisance. Du reste l’UMPS l’a bien compris puisqu’ils ont fait la cour au MoDem.

La conclusion est simple : il était impossible de présenter ainsi les chiffres qu’a donnés Michelle Alliot-Marie. Elle aurait dû ne reprendre que cette liste détaillée (enfin approximative) pour les communes de plus de 3 500 habitants. Les politologues et les journalistes auraient dû faire leur travail et non répéter comme des perroquets même pas savants le chiffre ridicule et faux de 3,22 % pour le MoDem. Ceci, d’autant que dans ce chiffre on comptabilise l’ensemble des votes du territoire français et par voie de conséquence on dilue de façon extraordinairement forte celles qui se sont portées sur le MoDem là où il était candidat. Une autre erreur est que la majeure partie des listes a contenu des candidats d’autres bords, or si cela permettait de bien attribuer au MoDem les votes pour ses listes quand il en était à la tête car c’est sa philosophie et sa stratégie, c’est en revanche particulièrement faux d’attribuer à une liste dont la tête est d’un bord l’ensemble des voix alors qu’il a pris sur sa liste des candidats d’un autre bord et alors que la philosophie de son parti s’y oppose et que les chefs respectifs de ces partis fustigent le MoDem et sa vision politique rassembleuse.

Enfin on voit bien que la machine à détruire le MoDem est au plus haut niveau de l’Etat puisque que Mme Alliot-Marie dans sa liste ne donne que le nom d’un seul parti le MoDem et n’en cite aucun autre, ce qui est fort étrange en matière d’honnêteté intellectuelle. Ainsi on compare le résultat d’un seul parti, qui ne s’est pas présenté partout avec des conglomérats de tendance. On compare des diamants à des navets (bon, là je m’amuse, j’aurais pu prendre une autre comparaison)

Procès en sorcellerie :

La seconde magistrale désinformation concerne l’explication des alliances MoDem du second tour qui sont soit à droite, soit à gauche soit que le MoDem se maintienne. En effet dans ce procès en sorcellerie, ce qui est particulièrement époustouflant, c’est que l’on se retrouve comme dans un procès où il y aurait des corrupteurs et des corrompus et que l’on n’accuserait que les uns et non les autres. Or, si le MoDem s’associe à un UMP, c’est qu’un UMP s’associe à lui. Si un MoDem s’associe à un PS, c’est qu’un PS s’associe à un MoDem. Alors si le MoDem est coupable (alors qu’il agit en toute clarté contrairement à ce que disaient les observateurs éclairés, et qu’il fait ce qu’il dit : alliance locale) le PS ou l’UMP lui aussi est coupable, mais lui deux fois plutôt qu’une car il fait le contraire des déclarations avant les élections car le MoDem était infréquentable, mais il s’associe à celui auquel on ne devrait pas s’associer puisqu’il est si flou. Ainsi observe-t-on un renversement total de logique : ceux qui devraient être mis au pilori ce sont les UMPS qui s’associent au MoDem et ceux qui devraient être félicités pour avoir dit ce qu’ils avaient dit qu’ils feraient, des alliances locales, les MoDem. On entend donc des arguments très fallacieux qui tirent à boulets rouges sur le MoDem alors qu’ils devraient dégommer l’UMPS. Cela va plus loin car on entend aussi que cela perturbe les militants du MoDem. Mais on ne fait pas d’article sur la perturbation des militants qui haïssent le MoDem et qui voient leurs chefs de file s’allier à lui. On dit que le MoDem va à la soupe, mais on ne dit pas que les autres vont aux voix pour gagner les élections en s’associant à celui qui peut les faire gagner. Or ceux qui pensent que le MoDem va à la soupe oublient qu’ils auraient des élus s’ils se maintenaient, donc la fusion n’est pas la seule solution pour avoir des élus. En plus le MoDem ne s’associe pas forcément au vainqueur potentiel on le voit à Toulouse où le candidat est donné battu, ou à Marseille où le gain n’est pas sûr.

Il ressort de tout cela deux observations très nettes :

- il était impossible de sortir des chiffres cohérents et d’en faire une analyse juste sauf à ne parler que du local ;

- la volonté de descendre le MoDem est manifeste en se servant de chiffres dans un raisonnement biaisé et reconnu comme tel par le ministère de l’Intérieur ; - ce qui vous l’avouerez est extraordinaire, c’est comme si vous construisiez un avion avec des calculs que vous savez faux et que vous le lanciez en l’air quand même ; - et en descendant en flamme les alliances du MoDem sans toucher un seul cheveu des alliés l’autre partie de cette alliance ce qui est d’une extraordinaire mauvaise foi.

par Imhotep (son site) jeudi 13 mars 2008 - 85 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par thirqual (xxx.xxx.xxx.65) 13 mars 2008 11:39

    Article simple et clair. Trois types de mensonges : les mensonges, les putains de mensonges et les statistiques.

  • Par ronchonaire (xxx.xxx.xxx.225) 13 mars 2008 14:49

    La question n’est pas là : vouloir faire des moyennes nationales à partir de scrutins locaux est tout simplement absurde, quelle que soit la moyenne utilisée. Les moyennes "nationales" calculées par le ministère de l’intérieur ne veulent absolument rien dire ; celles que vous fournissez non plus.

    Pour commencer, rappelons qu’un français sur trois vit dans une commune de moins de 3500 habitants. A quoi rime une moyenne "nationale" qui exclut du calcul un tiers de la population et 90% des communes ? Et qu’est-ce-que cela signifie concrètement ? Que ces français sont des ploucs ? Que leur vote n’intéresse pas les états-majors parisiens des grands partis nationaux ? Drôle de conception de la démocratie et du suffrage universel.

    Ensuite, il y a eu de nombreuses listes "régionales" (autonomistes bretons, corses ou alsaciens notamment) : comment les comptabiliser dans une moyenne nationale sachant que ces listes ne sont souvent ni de gauche ni de droite ? Même en les cumulant, leur score "national" est très faible alors que dans les régions concernées, ces listes ont fait d’excellents scores ; c’est le cas en Corse notamment, où la candidate MoDem à Bastia a réussi l’exploit de faire moins de 1% alors que Bayrou avait fait plus de 20% aux Présidentielles.

    Enfin, ajoutons à tout cela le fait que de nombreux candidats étaient "sans étiquette" et présentaient des listes construites non pas selon les lignes de démarcation nationales (gauche/droite) mais selon des enjeux locaux : le maire sortant et son projet d’incinérateur contre le candidat qui s’oppose au projet, le candidat qui veut mettre l’accent sur les quartiers nord contre celui qui veut revitaliser les quartiers sud, etc. Où mettre toutes ces listes dans des moyennes "nationales" ?

    Les élections municipales sont la quintessence de l’expression démocratique au niveau local, a fortiori en France où nous avons un nombre extraordinairement élevé de communes ; elles sont le seul moment où les citoyens peuvent s’exprimer sur leurs préoccupations quotidiennes. Pourquoi diable vouloir tirer des plans sur la comète et tout ramener au microcosme politique parisien ?

    Décidément, le jacobinisme a encore de beaux jours devant lui...

  • Par Imhotep (xxx.xxx.xxx.113) 13 mars 2008 13:06
    Imhotep

     Lisez l’article et vous comprendrez. La seule moyenne valable est celle des votes exprimés là où il y avait des listes présentes. Cela ne semble pas atteindre votre cerveau. Les 3, et quelques pourcents sont les voix du modem divisées par l’ensemble des votes en France. C’est comme si on vous faisiez une moyenne scolaire y compris avec les matières que vous n’avez pas suivies. Là peut-être comprendriez vous que ceci serait alors faux. Pour bien comprendre vous avez en option mathématiques, français, russe, allemand, anglais, économie et vous, vous ne suivez que français et anglais (pas mathématiques car vous vous mélangez les pinceaux). Vous avez 12 sur 20 en français et 11 sur 20 en anglais et le professeur principal vous dit que votre moyenne n’est pas de 11,5 mais de 3,83. Je pense que vous ne seriez pas content et que vous diriez que c’est faux. Compris ? Donc le Modem dans l’ensemble des communes de plus de 3 500 habitants où il a présenté une liste a fait plus de 15 %.

  • Par Imhotep (xxx.xxx.xxx.113) 13 mars 2008 12:43
    Imhotep

    Ces 15 % sont une moyenne on parle de moyenne ! Et avant de faire de l’ironie facile lisez ceci qui contrecarre vos pourcentages :

     

    par Sylvain Rakotoarison (IP:xxx.x23.57.90) le 12 mars 2008 à 10H26 

     

    Compléments/précisions...

     

    1. Résultats du 1er tour :

    Des réélections dès le premier tour : Luc Binsinger avec 53,0% à Saint-Nicolas-de-Port ; Jeran-Michel Tobie avec 60,5% à Ancenis ; Jean-Jacques Jégou avec 53,9% au Plessis-Trévisé ; Rodolphe Thomas avec 53,0% à Hérouville-Saint-Clair ; Olivier Henno avec 64,7% à Saint-André-Lez-Lille ; Denis Badré avec 52,7% à Ville-d’Avray

    Autres résultats marquants : à Poitiers, Philippe Mahou (que Jean-Pierre Raffarin voulait faire un candidat commun MoDem-UMP) a obtenu à 16,5% qui arrive 4% seulement derrière la liste UMP (Alain Claeys a été élu dès le premier tour) ; à Saint-Brieuc le maire MoDem sortant Bruno Joncour a atteint 44,7% en menant une liste UMP-MoDem mais sa réélection s’annonce difficile au second tour.

     Et aussi : Marc Saint-Denis (conseiller général) avec 19,9% à Vandœuvre-lès-Nancy (face à la maire UMP sortante Françoise Nicolas) ; Kévin Izorce avec 18,7% à Saint-Nazaire (où il arrive devant l’UMP face au maire PS sortant Joël Batteux) ; Xavier Coiffard avec 17,8% à Cholet ; Pierre Bauchet (maire sortant) avec 48,0% à Fleury-lès-Aubrais ; Didier Borotra (maire sortant) avec 41,8% à Biarritz ; Maurice Pollet avec 24,5% à Savigny-le-Temple ; Jean-Marie Borderies avec 16,8% à Lieusaint ; Jean-Yves Jourdain avec 33,6% à Avallon ; Pierre Creuzet avec 20,5% à Nanterre ; Christophe Grebert avec 22,4% à Puteaux (où sévissait la rivalité entre le père et sa fille) ; Vincent Delahaye (maire sortant) avec 49,9% à Massy ; Stéphane Cochepain à 11,0% à Clichy ; Philippe Laurent (maire sortant) avec 40,8% à Sceaux ; Michel Fanget avec 16,0% à Clermont-Ferrand ; Richard Bertrand avec 26,9% à Poissy. 

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