Tout est là, en fait. Réuni... Le terreau, les conditions, la conjoncture. Une crise qualifiée de « sans précédent »... « Sans précédent » parce que, tous autant que nous sommes, celle de 29, je veux dire la crise de 1929, on l’a pas connue, éprouvée, on ne sait pas ce que c’est, ce que ça fait, comment ça vous détruit.
Mais quand bien même, il y a l’Histoire. Elle parle l’Histoire. D’aucuns disent qu’elle se répète. Et que, si elle se répète, c’est parce que l’homme est ainsi fait. Et qu’il n’a pas de mémoire. Ou ne veut pas y faire appel. Parce que, voyez, la mémoire c’est plombant, fort encombrant. C’est fait de guerres et de ruines, d’holocaustes et de génocides, de misère et d’abandon. Ça emmerde le monde, la mémoire.
Le monde et les gens.
Les gens, vous comprenez, ils veulent vivre tranquilles. Ils veulent pas d’histoires, les gens. Ils veulent se divertir. Et si possible, rester en bonne santé. Le reste, c’est pas leurs affaires. Ils veulent pas savoir. Ou alors, ils disent que : « C’est comme ça, on peut rien y faire ».
C’est un cancer, cette phrase-là, qu’aurait dépassé le stade terminal. C’est pire encore que de toujours remettre à demain. Parce que dans cette phrase-là, y’en a pas, de demain. Y’a même pas de présent. Y’a rien. Même pas de la vie. Quand on est en vie, qu’on désire, on ne dit pas :
« C’est comme ça, on peut rien y faire ».
Quand on dit cela c’est qu’on est déjà mort. Ça veut dire qu’on a lâché la rampe. Et donc, qu’on peut tout vous faire, comme, par exemple, rogner votre salaire, diminuer votre pension, vous demander de travailler jusqu’à plus soif.
Si on (politiques, économistes, médias, etc.) vous fait comprendre que « C’est comme ça ! », qu’il n’y a pas d’autres solutions, aucune véritablement, sinon des farfelues, des utopistes, des frontdegauchistes, pas adaptées au monde « ouvert » dans lequel, tous, nous évoluons, alors c’est possible d’en arriver là : rogner, diminuer, raboter, détricoter ce que d’autres avant nous avaient, de haute lutte, conquis.
Or donc, oui, ensemble, tout devient possible, à la condition qu’ensemble, tous, nous convenons que : « C’est comme ça, on peut rien y faire ».
Si les gens, ils avaient vécu celle de 29, ou, au moins, y avaient porté quelque intérêt, ne serait-ce qu’en se plongeant dans l’Histoire, celle qu’est là pour témoigner, rappeler, alerter ; oui, s’ils avaient un tantinet visité cette Mémoire, alors ce serait différent.
Peut-être…
Je dis « peut-être » parce que rien ne permet de l’affirmer. D’autant que l’Histoire se répète. Pas toujours par méconnaissance ou désintérêt, mais – comme je l’ai dit, si banalement – parce que l’homme est ainsi fait. Et ni le progrès, ni la science, ni la beauté, ne sont parvenus à le changer. Il n’a pas bougé, d’un iota… Il croit en l’homme providentiel. C’est un fait certain. Et c’est logique de surcroît. Quand on admet que « C’est comme ça, on peut rien y faire » alors, on est prêt à confier son destin à n’importe qui… Un sauveur…
Oui, les gens pensent, véritablement, que quelqu’un va venir les sauver. L’Histoire est remplie de sauveurs, n’est-ce pas ? Qui, pour certains, se sont révélés être des sanguinaires, des tortionnaires, des salopards de première, des monstres sans pareil et non « sans précédent » puisqu’après eux, d’autres encore, toujours, sont venus, et portés, dans la plupart des cas, par le peuple lui-même. Le peuple sans Mémoire. Celui qui ne veut pas d’histoires.
Mais reprenons.
Tout est là, disais-je. Réuni. Le terreau, les conditions, la conjoncture. Une crise « sans précédent ». De celle qui vous ratiboise. De celle qui vous rétame. Certains s’en indignent, d’autres se révoltent. Des premiers, on se moque. Des seconds, ça dépend. Du contexte. Du pays. De la religion.
Et puis, les révolutions, « on » sait – ou croit savoir – comment ça se termine : mal. Du moins, c’est ce qui se dit. Ça n’est pas toujours vrai. Mais quand on ne fait que survoler l’Histoire, ou qu’on la vulgarise comme le font les médias, notamment le télévisuel, alors « on » dit, oui, que les révolutions se terminent mal, que ceux – le peuple, ou plus précisément sa frange instruite - qui les ont faites en sont, finalement, écartés, ou, s’ils ne le sont pas, qu’ils finissent par trahir l’esprit de la révolution.
Il est primordial, vous comprenez, dans ce monde « ouvert » de faire passer ces idées-là. A savoir que, au fond, une révolution, quelle qu’elle soit, finit toujours mal ou se détourne – ou est détournée - de son but initial. Bref, que dans tous les cas, le peuple est trahi. Car ça permet d’entretenir notre cancer. Je veux dire, ça permet de continuer à ne pas vivre et nous conforter – ou plutôt : nous complaire – dans le « C’est comme ça, on peut rien y faire ». Car, si même les révolutions échouent, alors que voulez-vous faire ? Sinon, rien.
Ou (dans ce qu’on appelle : les grandes démocraties occidentales), attendre les élections.
Où là, nous assure-t-on, nous allons pouvoir nous exprimer, choisir.
Mais que et qui choisir dans un monde « ouvert » où sévit depuis quatre années, déjà, une « crise sans précédent » ? Qui et que choisir dans un monde qui connut la crise de 29, mais s’ingénie à en oublier l’issue ? Qui et que choisir dans un monde où l’Histoire, malheureusement, se répète ? Quel est l’homme (ou la femme) qui va parvenir à convaincre des électeurs crédules que le cauchemar est derrière nous ? Alors qu’il est devant nous, bel et bien... Avec de surcroît, nous dit-on, une guerre en prévision. Contre l’Iran... Après celle – un hors d’œuvre – de Libye... N’est-ce pas un des moyens, la guerre, de sortir d’une crise mondiale ?... La guerre ou l’inflation. Mais tout porte à croire, apparemment, que nous n’en sortirons (donc) pas, par l’inflation.
Une fois ces questions posées, il reste le terreau. Il n’est pas très beau, ce terreau. Il sent la peur. Le repli sur soi. Le désarroi, également. Mais c’est nous, aussi, qui l’avons nourri. Car en ne vivant pas, en répétant sans cesse que « C’est comme ça, on peut rien y faire », or donc en (se) laissant faire, nous l’avons, ce terreau, favorisé.
Il porte un nom : le National-Populisme.
Comme en 29, il fait son nid, petit à petit.
Mais soyons juste, ça n’est pas uniquement de notre faute, c’est aussi celle des politiques. Ceux qui depuis trente ans, comme le serine Sarkozy, n’auraient « rien fait ».
Sarkozy n’a pas son pareil pour scier la branche sur laquelle il fut porté, démocratiquement. Car, il n’y a rien de plus inexact que de dire que rien n’a été construit, bâti, voire même tenté dans ce pays, durant les trente dernières années. A moins de considérer que la seule voie possible était le Thatchérisme. Le néolibéralisme débridé.
En l’occurrence, nous y sommes finalement (et contre le gré des peuples) arrivés. Nous l’avons même, d’une certaine façon, dépassé. Ce que subissent aujourd’hui les peuples grecs, espagnols, portugais, hier irlandais, c’est effectivement bien pire que le Thatchérisme. Et elle est bien là, la faute des politiques, elle est dans ce consentement, ou dans ce renoncement.
Consentement au néolibéralisme, donc à la loi des marchés (France, Allemagne, Grande-Bretagne, etc.).
Renoncement au socialisme, ainsi Zapatero, Papandréou, infligeant à leurs peuples respectifs des plans d’austérité que jamais, en tant que socialistes, ils n’auraient dû valider.
Seulement voilà, je crains que le terreau ne soit plus fort. Je crains, oui, que le désespoir, cette fois, l’emporte. Parce que tout est réuni. Tout est là. Les conditions, la conjoncture, une crise qui n’en finit pas. Et ces peuples qu’on sacrifie. Qu’on essore. Qu’on dépouille. Qui sera le prochain ? 
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16/11 22:59 - FreegermanTrès objectif cet article.. il peut être encore plus objectif quand ce terreau s’est (...)
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