Bayrou est le candidat préféré des Français… mais il ne semblerait pas faire le poids face aux deux champions autoproclamés ? C’est l’heure de la clarification. Convaincre les modérés de droite qu’il est le plus apte à éviter le péril de la gauche. Et remettre dans le débat les valeurs qui fondent la cohésion nationale.
Le sondage IFOP paru dans "Paris Match" ce jeudi 23 février 2012 était particulièrement important (crucial !) pour le staff de François Bayrou. Alors que depuis fin janvier 2012, le candidat centriste est en palier dans les intentions de vote, entre 11 et 14%, et distancé par les trois autres principaux candidats, l’institut de sondages a (enfin) voulu tester des hypothèses de second tour autres que le duel imposé des médias Nicolas Sarkozy vs François Hollande.
Bayrou le préféré
Ce qui s’évaluait intuitivement peut désormais être quantifié avec cette étude réalisée les 16 et 17 février 2012. La conclusion est sans appel : dans tous les cas, François Bayrou est le meilleur candidat. Il s’agit de préférence et pas forcément d’intentions de vote car la question était : "Des deux personnalités suivantes, laquelle préférez-vous ?", ce qui explique le total différent de 100%.
François Bayrou est préféré à François Hollande avec 51% contre 48%.
François Bayrou est préféré à Nicolas Sarkozy avec 61% contre 37%.
Alors que François Hollande est préféré à Nicolas Sarkozy avec (seulement) 55% contre 42%.
Ces hypothèses de second tour sont intéressantes et confirment les sondages de popularité très élogieux pour le candidat centriste. Dans cette même étude, d’ailleurs, François Bayrou est le candidat qui recueille le plus de bonnes opinions avec 65% devant François Hollande à 57% et Nicolas Sarkozy à 17%.
Un deuxième sondage, cité par l'ami Hervé Torchet, donne le même genre de résultat. Il a été réalisé par OpinionWay pour "Lyon Capitale" et est publié le 24 février 2012. Comme pour l'IFOP, ce sondage ne donne pas des intentions de vote (c'est interdit) mais des préférences entre deux personnalités. Là encore, le total n'est pas égal à 100% à cause des sans-opinion.
François Hollande est préféré à François Bayrou avec 46% contre 45%.
François Bayrou est préféré à Marine Le Pen avec 68% contre 25%.
François Bayrou est préféré à Nicolas Sarkozy avec 56% contre 35%.
Alors que François Hollande est préféré à Nicolas Sarkozy avec (seulement) 51% contre 40%.
Dans les deux sondages, ce qu'il ressort est que François Bayrou battrait plus largement Nicolas Sarkozy que ne le ferait François Hollande et dans l'hypothèse d'un duel entre François Bayrou et François Hollande, il y a une certaine équivalence (les indéterminations dans les sondages étant de plusieurs %). Ce qui signifie que rien n'est joué pour François Hollande.
Infléchir son positionnement ?
À la veille de son très important discours sur la démocratie et les institutions, troisième pilier de son projet présidentiel (le samedi 25 février 2012 à 14h00 à la Maison de la Chimie, retransmis sur LCP), François Bayrou va devoir sérieusement réfléchir à une inflexion de sa campagne.
Car il risque de se retrouver dans la même situation qu’en 2007 ou dans celle de Raymond Barre en 1988, plus apte à battre François Mitterrand au second tour mais incapable de franchir le premier tour.
Tous les arguments sur le vote utile pourraient donc se retourner en faveur de François Bayrou puisque, dans les deux hypothèses, il est le meilleur (en tout cas, celui qui aurait les plus grandes chances de l’emporter, même si face à François Hollande, cela resterait quasiment un ex æquo).
Le problème, et c’est sans doute le principal reproche qu’on lui fait depuis cinq ans, c’est qu’il ne serait pas "lisible". En votant pour Bayrou, on ne sait pas contre qui on voterait, puisque cela dépendrait de l’autre candidat présent au second tour. Face à Nicolas Sarkozy, on penserait que François Bayrou serait de gauche et face à François Hollande, qu’il serait de droite.
À cela, le candidat de la troisième voie répond tranquillement qu’il est étrange qu’on ne sache compter que jusqu’à deux et pas jusqu’à trois. Il est vrai que dans notre société de plus en plus numérique, tout se bipolarise entre 0 et 1, entre ouvert et fermé, entre vide et plein…

Pas de ni-ni qui compte
Pourtant, il y a, à mon sens, un réel problème de positionnement et ce n’est pas un hasard si Martine Aubry, la première secrétaire du PS, a encore fustigé le 22 février 2012 à "Questions d’Info" sur LCP et France Info sa politique du "ni ni". On ne peut pas jeter en l’air : "venez derrière moi et nous irons vers la victoire" à tout le monde, de gauche, du centre et de droite. Certes, tout repose sur son programme qui est sérieux et se différencie autant de celui de l’UMP que du PS. Mais le positionnement politique doit malgré tout être clarifié.
La situation est d’ailleurs très claire maintenant. François Hollande a réussi, depuis le 22 janvier 2012, contre toute prévision, à fédérer autour de lui le PS et tous les mouvements de la gauche non souverainiste (à tel point qu’il siphonne l’électorat écologiste), et à créer une dynamique très solide. De son côté, Nicolas Sarkozy est entré de façon très dynamique en campagne, le 15 février 2012, renforçant ainsi la bipolarité de la campagne et la sarkhollandisation de l’espace médiatique.
Une UMP encore plus décentrée
En entrant en campagne, Nicolas Sarkozy a accentué les thèmes qui divisent et qui stigmatisent, cherchant à l’évidence à reprendre le dessus sur l’électorat de Marine Le Pen. Or, cette position qui écorche les valeurs républicaines (qui ont toujours été strictement défendues tant par la gauche que par la droite jusqu’en 2007) met très mal à l’aise toute l’aile démocrate sociale de l’UMP, en particulier des personnalités comme Pierre Méhaignerie, ainsi que les sympathisants du Nouveau centre et les radicaux qui vont avoir chacun un important congrès, respectivement le 25 février 2012 et le 10 mars 2012, pour se déterminer dans l’élection présidentielle après les retraits d’Hervé Morin et de Jean-Louis Borloo.


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