Selon les projections pour le second tour, le PS et ses alliés gouvernementaux (PRG et EELV) devraient de justesse obtenir une majorité dans la prochaine Assemblée Nationale. L’UMP réussit néanmoins à faire une belle performance malgré la faible participation, face à un FN qui a bien tenu le choc du scrutin majoritaire et un MoDem laminé par l’illisibilité de la position de François Bayrou. Première partie.
Ce scrutin du premier tour des élections législatives du 10 juin 2012 est avant tout caractérisé par un taux d’abstention très élevé, par une forte bipolarisation de l’électorat qui a toutefois laissé une place un FN solide mais a détruit toute velléité d’indépendance du MoDem de François Bayrou.
Ce scrutin a d’ailleurs été dur aux anciens candidats à l’élection présidentielle, histoire peut-être de dire que la page de 2007 se tourne définitivement : Ségolène Royal et François Bayrou sont en effet en position très délicate pour le second tour et Jean-Luc Mélenchon est même déjà éliminé. Un des éléphants du PS est en difficulté à Saint-Dié, Jack Lang.
Voici quelques modestes réflexions sur ce scrutin.
1. Forte abstention
Avec 42,77%, les élections du 10 juin 2012 constituent un record historique depuis le début de la Ve République. Deux causes peuvent l’expliquer.
D’une part, les législatives suivant l’élection présidentielle subissent une forte baisse de participation, chaque fois que c’était dans cette configuration : juin 1981, juin 1988, juin 2002, juin 2007 et juin 2012. L’abstention n’a jamais été plus faible que 30%, ce qui est déjà élevé. C’est assez compréhensible : les électeurs pensent (à juste titre) que le scrutin essentiel reste l’élection présidentielle (qui bénéficie toujours d’une très bonne participation) et une fois que le nouveau Président de la République est élu, certains pensent que la messe est dite. Alors que ce n’est pas vrai, les élections législatives sont d’une importance cruciale pour la gouvernance des prochaines années.
Probablement que les médias ont leur part de responsabilité. Il n’y a eu aucun débat contradictoire à la télévision à part quelques cas très rares. Et même la soirée électorale de ce 10 juin 2012 fut des plus courtes. Sur TF1, elle finissait dès 21h30 et sur France 2, à 22h30 ! C’est la première fois qu’aucune des deux grandes chaînes de la télévision française ne consacre la totalité de sa soirée à des élections nationales françaises ! France 2 se sentait plus vocation à retransmettre un match de Rolland-Garros !
D’autre part, la participation a été encore plus faible que dans les autres cas de même configuration. À l’évidence, il n’existe aucun enthousiasme ni aucune vague pour porter le nouvel élu François Hollande. Pire : d’habitude, les abstentionnistes sont généralement du camp ayant perdu l’élection présidentielle, or, il n’en est rien pour cette fois-ci puisque l’UMP se maintient vigoureusement.
C’est donc bien la confirmation que l’élection de François Hollande n’était pas une élection d’adhésion comme ce fut le cas pour François Mitterrand en 1981 ou Nicolas Sarkozy en 2007 mais une élection par défaut.
2. Les rapports de force
Intéressante d’un point de vue politique même si l’essentiel reste dans le nombre de sièges, la répartition des suffrages en fonction des grandes familles politiques est un élément d’appréciation du paysage politique qui va se figer le 17 juin prochain.
Ainsi, l’univers politique est divisé en deux parties quasi-égale, l’UMP et le PS, avec un score près de 35% chacun, soit nettement plus que le score des deux principaux candidats à l’élection présidentielle le 22 avril 2012, ce qui montre à l’évidence que la personnalité de Nicolas Sarkozy et celle de François Hollande n’ont pas bénéficié à l’époque de l’adhésion de la totalité de leur camp respectif.
Avec 34,7%, l’UMP devance même très légèrement le PS, 34,4%, à la différence près que le PS est en alliance électorale avec les écologistes d’EELV, ce qui fait un bloc de 39,9% avec une réserve de voix de 6,9% provenant du Front de gauche. De l’autre côté, l’UMP a certainement des réserves de voix, mais très délicates à "puiser" en raison de leur nature : 13,6% pour le Front national.
3. Dans les circonscriptions, sur le terrain…
Présentées souvent comme des "fiefs" (mais sommes-nous encore sous l’Ancien régime ?), certaines circonscriptions de personnalités nationales avaient été imaginées très fragiles par les observateurs avant le premier tour. En fait, pour la plupart d’entre elles, il n’en est rien : tant à droite, avec Jean-François Copé, Xavier Bertrand, Nathalie Kosciusko-Morizet, qu’à gauche, avec Aurélie Filippetti, Stéphane Le Foll, ces personnalités sont au contraire en tête et devraient gagner ou conserver le siège même si rien n’est sûr (en particulier pour NKM).
Le cas de La Rochelle est également intéressant. La parachutée Ségolène Royal, qui vise le perchoir, se retrouve en tête mais avec seulement 3% d’avance sur son concurrent… socialiste, Olivier Falorni (28,9%), dissident, qui est le seul à pouvoir se maintenir contre l’ancienne candidate à l’élection présidentielle. Le candidat divers gauche pourrait bien récupérer implicitement l’électorat UMP pour faire battre l’une des personnes symboles du PS. Ségolène Royal avait laissé en juin 2007 "sa" circonscription des Deux Sèvres à la désormais ministre Delphine Batho qui vient d’être réélue dès le 1er tour.
4. Le FN
Pour un scrutin majoritaire, le FN a réussi une très belle performance avec 13,6%, soit une faible "décote" par rapport à l’élection présidentielle alors que le 10 juin 2007, le FN n’avait même pas atteint 5%. Le parti de Marine Le Pen peut se maintenir dans 61 circonscriptions, dont 32 triangulaires. C’est moins qu’en juin 1997 mais nettement plus qu’en 2007.
Dans cinq circonscriptions, le FN est même arrivé en tête des candidats : Marine Le Pen (42,4%) face au socialiste Philippe Kemel (23,5%) à Hénin-Beaumont, où l’attitude déraisonnable de Jean-Luc Mélenchon (21,5%) a été très contreproductive, sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, 22 ans, dans le Vaucluse, l’avocat anciennement radical de gauche de Vichy, Gilbert Collard, dans le Gard, obtenant 34,6% devant la candidate socialiste Katy Guyot (32,9%) et le candidat UMP Étienne Mourrut (23,9%).
Enfin, pour les deux derniers cas, dans des circonscriptions où le député socialiste sortant est en mal avec la justice, le FN se hisse en tête des candidats : Sylvie Andrieux (PS) n’obtient que 29,8% derrière Stéphane Ravier (FN) avec 29,9% et le potentat socialiste du Pas-de-Calais, Jean-Pierre Kucheida, élu depuis 1981, est éliminé dès le premier tour au profit du candidat investi par le PS qui a 24,6% et de Charlotte Soula (FN) qui atteint 25,7%.
Il y a également d’autres performances, au-delà de celle de Louis Aliot et de Bruno Gollnisch (cependant classés 3e), à savoir Florian Philippot (26,3%) qui parvient à faire éliminer dès le 1er tour le député UMP sortant Pierre Lang à Forbach, en Moselle, et se retrouve au 2nd tour seul face au candidat PS, Laurent Kalinowski (37,5%), et cela malgré la présence dans la circonscription d’un candidat ex-FN local qui avait été expulsé de la circonscription pour le parachutage du directeur de campagne de Marine Le Pen.
Cette tendance n’est que la continuation de la déjeanmarielepénisation du FN par sa fille Marine Le Pen et ses deux acolytes, Louis Aliot et Florian Philippot. On avait pu constater que le FN s’était déjà débrouillé assez bien avec le scrutin majoritaire lors des cantonales de mars 2011 qui profita d’un effondrement de l’UMP (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui pour l’UMP). Il faut remarquer qu’il y a un décloisonnement de l’électorat entre UMP et FN.
5. Position de l’UMP lorsque le FN est présent au second tour

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