Selon les projections pour le second tour, le PS et ses alliés gouvernementaux (PRG et EELV) devraient de justesse obtenir une majorité dans la prochaine Assemblée Nationale. L’UMP réussit néanmoins à faire une belle performance malgré la faible participation, face à un FN qui a bien tenu le choc du scrutin majoritaire et un MoDem laminé par l’illisibilité de la position de François Bayrou. Seconde partie.
Suite et fin de mon analyse du premier tour des législatives du 10 juin 2012 (première partie ici).
6. Le Front de gauche : reflux
Le pari du Front de gauche de peser sur les socialistes est perdu : beaucoup de députés communistes sortants sont devancés par des candidats PS. Le pari de Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont est lui aussi perdu. C’est même pire : éliminé dès le 1er tour dans la circonscription de Marine Le Pen, en faisant de sa bataille un enjeu national, le leader du Front de gauche a même favorisé sa rivale du FN qui n’en demandait pas tant.
En clair, la valeur ajoutée de Jean-Luc Mélenchon n’existe plus et le Front de gauche se réduit à la présence, sur le terrain, des élus communistes qui vont être amenés à réfléchir sérieusement sur leur intérêt à continuer ce pacs avec le Parti de gauche de l’ancien membre du PS.
7. Le MoDem et le Centre pour la France
La descente aux enfers n’en finit pas pour François Bayrou (23,6%). Dépassé de 10% par la candidate du PS, Nathalie Chabanne (34,9%), et talonné de 2% par un candidat UMP Éric Saubatte (21,7%) qui a bien l’intention de rester au 2nd tour, François Bayrou n’a a priori plus beaucoup de chance, à part miracle (ça arrive, la circonscription n’est pas loin de Lourdes !), de conserver son siège. J’en reparlerai plus précisément.
Le désastre est néanmoins autant national que personnel : les quatre cents candidats centristes n’ont même pas été capables de réunir un demi million de voix (1,8%). C’est sans cesse pire que les fois précédentes depuis 2007.
Des deux autres députés sortants, Jean Lassalle pourrait peut-être garder le siège grâce à l’apport des voix de l’UMP (mais il a un retard de 6%) alors que le député de la Mayotte Abdoulatifou Aly, le troisième député MoDem, est magistralement éliminé en prenant une claque historique : il ne recueille que …127 suffrages sur 16 289 votants au total ! Pour l’anecdote, le député MoDem sortant est avant-dernier dans la 1e circonscription de Mayotte, devant un certain Mohamed Brahime dit Monsieur Chirac (88 voix).
En tout, en dehors de Jean Lassalle et François Bayrou, il ne reste plus que cinq candidats du Centre pour la France au second tour : Gilles Artigues (ancien député UDF) qui est en duel difficile dans la Loire face à la gauche avec 25,5%, Philippe Folliot (député sortant ex-NC) dans le Tarn, Rodolphe Thomas (ancien député UDF) à Caen, Nassimah Dindar à la Réunion et enfin, Thierry Robert à la Réunion, qui serait l’élu le plus probable du MoDem.
Preuve que le label du centre indépendant a été quasi-suicidaire, le député sortant de Bergerac, Daniel Garrigue, proche de Dominique de Villepin, qui avait quitté l’UMP pour soutenir la candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle du 22 avril 2012, s’est effondré avec 13,9% en 6e position.
Notons également que l’ancienne secrétaire d’État Rama Yade, vice-présidente du Parti radical valoisien, avait demandé et obtenu le label "Le Centre pour la France" et a été élimée à Asnières et Colombes avec 13,8%.
Par ailleurs, complexité et diversité des situations locales, le candidat du Centre pour la France dans la 7e circonscription du Var, Damien Guttierez (Alliance centriste), qui n’a obtenu que 1,1% des voix, a appelé à voter en faveur du candidat FN Frédéric Baccaletti (23,2%) face au député UMP sortant Jean-Sébastien Vialatte (34,4%) et au candidat chevénementiste Ladislas Polski (27,3%).
8. Les soirées électorales
Une réflexion annexe sur le traitement des médias pour ce premier tour des élections législatives. Certes, les discours sont convenus. Si l’on est PS, on va bien sûr appeler à apporter une majorité au nouveau Président de la République pour lui donner les moyens du "changement" ; et si au contraire, on est UMP, on va mettre en garde sur la monopolisation des pouvoirs du PS et appeler à ne pas lui donner tous les postes. C’est de bonne guerre mais très ennuyeux et sans intérêt.
Remarquons toutefois que l’argument de la monopolisation de tous les pouvoirs par un seul parti ne durera certainement pas : il est fort probable en effet qu’en mars 2014, un retournement du balancier se fasse aux municipales et aux élections territoriales (ou régionales ?) ainsi qu’en septembre 2014 aux élections sénatoriales.
Il est vrai que dans les médias, il manque des éditorialistes de grande pointure, comme l’étaient des personnalités comme René Rémond ou encore Noël Copin, voire Alain Duhamel ou Philippe Alexandre. Ceux qui, aujourd’hui, commentent sont même parfois des responsables d’instituts de sondages.
À ma connaissance, le seul moment intéressant de la soirée électorale à la télévision fut sur i-Télé peu avant minuit, au cours d’un débat entre Guillaume Bachelay et Gérard Longuet.
Guillaume Bachelay, suppléant de Laurent Fabius déjà réélu (donc, il va devenir député), est célèbre pour avoir dit en 2009 : « La présidentielle, Hollande y pense en nous rasant. ». Gérard Longuet, ancien Ministre de la Défense, s’est alors énervé contre son interlocuteur socialiste pour récuser tous les soupçons qui pesaient sur lui de connivences avec le FN.
Rappelant qu’il avait effectivement eu, adolescent, des tentations d’extrême droite, il les a récusées très vite et une fois élu, il a toujours souhaité un gouvernement de centre droit. Il a rappelé notamment deux faits qui peuvent le rendre crédible : en juin 1997, il a perdu aux législatives dans la Meuse à cause du maintien d’un candidat FN dans une triangulaire (il est donc au contraire l’une des victimes électorales du FN) et en mars 1998, il s’est désolidarisé de ses amis de Démocratie libérale qui avaient accepté des alliances avec le FN dans certaines régions et est resté aux côtés de François Bayrou au sein de la nouvelle UDF.
Il avait également combattu Jean-Marie Rausch, ministre centriste de François Mitterrand et président du conseil régional de Lorraine, soutenu par les socialistes, qui s’était maintenu grâce à une alliance avec le FN. Le maire de Metz avait fini par renoncer au conseil régional et son successeur fut justement Gérard Longuet sans aucune voix du FN au sein de la région.
Tellement énervé, il a même balancé à la tête du "bras droit" de Laurent Fabius que François Mitterrand avait même reçu la francisque sous Vichy, ce qui n’était pas très opportun dans un débat serein. Au moins, on ne s’ennuyait pas !
9. Les partis et les groupes…
Ni les écologistes ni le Front de gauche ne sont assurés d’avoir assez de sièges pour former un groupe à l’Assemblée Nationale. Il faut en effet 15 députés (avant, c’était 30), mais au Sénat, les socialistes avaient déjà fait baisser le seuil à 10 pour permettre aux sénateurs écologistes de se constituer en groupe (présidé par Jean-Vincent Placé).


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Bonjour, Sylvain. « Les Verts ont peu profité des accords avec le PS ». Disons plutôt (...)
13/06 16:17 - Fergus
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