La sanction est là : sévère, impitoyable et finalement méritée. Nous payons l’addition non pas d’une politique menée mais de la langue de bois érigée en principe de communication. Aucun citoyen normalement constitué ne trouvait ses repères dans le grand déballage des dernières semaines. L’inventaire à la Prévert des menaces, des semonces, des interpellations et des arguments fallacieux développés tout au long de cette campagne autour du vote sur la constitution européenne, ont révolté les Français de tous bords. La contradiction éhontée des tenants du « oui » comme de ceux du « non » a clairement provoqué un vote sanction, un vote apeuré d’incertitude et d’incrédulité. L’ennui d’une constitution, (pardon d’un « traité constitutionnel ») illisible, a provoqué irritation, complexe de culpabilité et sentiment d’incompétence de l’électeur lui-même.
Le mensonge économique règne depuis si longtemps qu’on ne peut en vouloir au Français de s’être révoltés devant l’impression qu’on les prennait pour des imbéciles. A force d’avoir refusé toute pédagogie de la réalité économique, à force d’avoir gouverné par la gestion des émotions populaires, d’avoir fait semblant de pouvoir résoudre les grands problèmes économiques à coup de d’interventions intempestives et de « cocorico » hexagonaux, nous avons laissé croire que nous pouvions endiguer les délocalisations, fermer nos frontières à nos partenaires économiques et surtout promouvoir un modèle social exemplaire dans son incapacité à engendrer croissante et emploi ! Le seul dénominateur commun de cette campagne a été d’abattre le libéralisme, grand perdant de cette élection : réjouissons-nous ! Personne ne sait ce qu’est le libéralisme, sinon qu’il est « ultra » et la mère de tous les maux. De surcroît on a des années durant tout mis sur le dos de l’Europe : les mesures difficiles à faire passer, les pilules à faire avaler. Ne nous étonnons pas que la plupart des électeurs présumés soient incapables de justifier sérieusement de leur choix et encore moins capables d’argumenter avec objectivité. La France a voté dans un délire passionnel inversement proportionnel à l’intérêt réel suscité par l’objet de la consultation. Au sein d’un même camp, celui du « oui » ou celui du « non », personne n’était d’accord. Les libéraux purs et durs, à force de s’entendre traités comme des malfaiteurs ont fini par voter « non » en arguant que le traité de Nice est plus permissif que la constitution, tandis que la Gauche votait « non » à « l’Europe libérale » ; ceux-là même qui avaient approuvé la fameuse directive Bolkenstein criaient au loup ou s’indignaient à cors et à cri de ce qu’ils avaient eux-mêmes approuvé sans état d‘âme dans le passé. On a voté « non » contre la Turquie mais on a voté « oui » parce que « comme ça on empêchait qu’elle entre » On a voté « non » parce qu’on est « contre la délocalisation », « oui » pour l’export, etc. Au pays du cartésianisme, le référendum sur la constitution a ressemblé au carnaval de Rio. Chacun son « oui », chacun son « non » et tout le monde d’y mettre son humeur du jour et les repoussoirs d’un instant T médiatique comme le lundi de Pentecôte ou la fuite du futur musée Pinaut... Les plus grossiers chantages ont trouvé leur récompense. C’était combien pour voter « oui » ? Il y avait ceux qui menaçaient de voter « non » parce qu’on gagne toujours quelque chose au passage : baisse de TVA, subvention ou abrogation quelconque. Ce dont on est certain c’est que tous les calculs politiques personnels et intéressés ont été faits et refaits : ré-élections, positionnements, ratissage de voix, alliances et mésalliances, bénéfices médiatiques, etc.
La France se réveille avec la gueule de bois. Le triomphalisme des « non » sera de courte durée puisque c’était le « non » de la peur, le « non » du repli sur soi, la reculade devant l’obstacle imaginaire, et les épouvantails à moineaux. Aujourd’hui, la France connaît une nouvelle fracture ingérable celle-là : la France des archaïques de tous bords, tous clivages confondus contre la France des déçus haineux qu’on leur ait infligé un coup d’arrêt qu’ils vivent comme spoliateur, injuste et désespérant. On se méprise, on souhaite se venger. Les machiavels du Landerno politique sont bien avancés car c’est toute la classe politique qui s’est déjugée. Bravo la Droite, qui à haute voix a montré du doigt avec véhémence le capitalisme (sauvage) dont elle jurait nous préserver grâce au « oui » tout en susurrant que « seule l’Europe pourrait provoquer les inéluctables réformes » devant lesquelles elle baisse les bras. Le courage encore une fois a brillé par son absence, mais que pouvait-on faire après avoir lentement distillé le poison de l’égalitarisme protectionniste dans l’esprit des Français ? Après les avoir convaincus que l’Etat Français les protégerait de tout ? Que le travail était une plaie infligée par des patrons scélérats ? On a donc vilipendé les Portugais, repoussé les pays de l’Est, jeté l’opprobre sur les chefs d’entreprises qui quittent l’hexagone... et tout ça au nom de la grandeur du modèle Français ? Résultat probant !
Sophie de Menthon Présidente d’ETHIC

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21/09 11:55 -
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