• dimanche 19 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Les banlieues et leurs taiseux
50%
D'accord avec l'article ?
 
50%
(32 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Les banlieues et leurs taiseux

L'Institut Montaigne publie « Banlieue de la République », une enquête menée par Gilles Kepel à Clichy-sous-Bois et Montfermeil. Cette enquête constate que le lien social dans ces banlieues se noue par l’Islam et ignore la République, apparemment au sens propre du verbe ignorer. Comme d’habitude, cette enquête projette nos systèmes de pensées et canalise la parole des banlieusards, qu’ils soient citoyens ou non, dans des canaux (le pléonasme est intentionnel) qui n’en permettent pas l’expression, et partant, ne permettent pas l’expression des individus dans leurs situations, partant, ne permettent pas d’aborder et de construire avec eux des solutions.

Luc Bronner, du Monde, écrit : « Conduite auprès des habitants, (…) elle (l’enquête) s'intéresse à l'ensemble des dimensions qui permettent de "faire société" : le logement et la rénovation urbaine, l'éducation, l'emploi, la sécurité. Elle se termine en se demandant à quel point ces dimensions influencent le rapport des personnes interrogées au fait politique et aux questions religieuses. »

Luc Bronner et les enquêteurs affirment savoir de quoi est faite la socialité (qu’on appelle le « vivre-ensemble » d’habitude) et après l’enquête, s’interrogent sur l’effet de cette socialité sur la politique et la religion ! Selon eux, la politique est un fait, et la religion une question ! Ni l’une ni l’autre ne font partie de la socialité !

Cette épistémologie ne peut pas cerner le réel, le dire et permettre d’agir d’une manière efficace. Ces principes épistémologiques ne sont pas efficients, ils ne sont pas en congruence avec le réel. La politique et la religion font partie de la socialité.

Luc Bronner publiait « la loi du ghetto » Calmann-Lévy le 3 mars 2010, une enquête personnelle, le même genre d’enquête. Les chercheurs de centre-ville se parlent entre eux de leur grille de lecture et d’analyse. Chaque nouveau texte est « dérangeant » et « les politiques doivent le lire absolument ».

Ce qui est étudié, c’est l’action politique de l’Etat, l’action ciblée banlieue, déclarée nommément banlieue… comme si c’était la seule chose de la société française qui avait une influence sur ces quartiers entourant les centres-villes.

En même temps, la société française a dévoyé la laïcité, en créant une obligation de comportement laïque des citoyens, alors que la laïcité est un attribut de l’Etat et une liberté du citoyen. Une loi interdisant les signes religieux à l’école est dite et commentée sans cesse comme une loi contre le voile islamique ! Nombre de commentaires ont répété que des citoyens français « issus de l’immigration », étaient du côté de l’obscurantisme et que nous, les autres, avions les Lumières avec nous ! et que comme la loi est la loi, nous allions leur apprendre nos Lumières.

J'avais, quant à moi, écrit un texte « les taiseux des banlieues » en décembre 2005 qu'Ouest-France avait publié et dont le Nouvel Obs avait publié des extraits. Je suis un citoyen lambda alors que Gilles Kepel est un expert : cela fait des décennies qu'il se trompe, on peut en inférer qu'il connait bien le problème (plus de 10 ans, c'est une somme !) et qu’il est bon de lui confier la suite et la prolongation de l’échec.

J'y disais en substance qu'il fallait faire parler ces citoyens et non-citoyens banlieusards, et prendre beaucoup de temps pour ça… Je m’opposais à ce que tout le monde, ou presque, disait : « c’est un problème d’emploi… c’est un problème d’architecture et d’urbanisme… ceci cela, je sais où le mal, je sais où est le remède… » Par exemple, une citation : « La fondation Copernic propose de dire « le sens que ces actes violents ont pour ceux qui les commettent même s’ils n’ont pas les mots pour les dire. » Les pauvres gens ont de pauvres mots et il est nécessaire de leur dire ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Le mépris de cette attitude échappe à ceux qui la pratiquent. »

Luc Bronner se désole souvent du fait que les banlieues ne votent pas. Mais voter n’est pas un acte détaché du reste. On ne peut pas discourir dans un entre-soi confortable des problèmes des autres, les citoyens de banlieue en l’occurrence, et s’étonner qu’au moment de synthétiser sa situation et ses choix dans un bulletin de vote, ces citoyens banlieusards ne le fassent pas. Le vote est la partie immergée d’un débat permanent et d’une participation permanente à la vie publique.

Les émeutes les plus graves ont bientôt 6 ans, et nous répétons le fruit de nos a priori : c’est d’abord social, architectural ; mais on a mis des centaines de millions d’euros et convoqué des experts pour nous dire que l’Etat bâtisseur ne suffit pas. La preuve : les problèmes persistent. On avait bien besoin d’experts pour écrire cela. C’est long !

Ces banlieusards doivent pouvoir s’exprimer, être écoutés, être crus, respectés. Une politique des pouvoirs publics consisterait à créer des milliers de lieux de paroles, partout, à proximité. Il faudrait aussi accepter que les premières choses qu’ils disent soient très difficiles à entendre. Mais qu’ils vident leur sac ! Qu’ils exposent leurs angoisses, leurs souffrances ! L’expression soigne, diminue la souffrance… Il s’agit d’une masse. Il faudrait prévoir une dizaine d’années au moins… C’est long ? Certes. Mais cela fait foi en l’humain. Les solutions qui en sortiraient seraient bâties avec les intéressés et ne seraient pas encore une émanation des centres-villes. Bref, le but ne peut pas faire d’économie de s’accomplir déjà dans le chemin.




par Aurélien Péréol jeudi 6 octobre 2011 - 44 réactions
50%
D'accord avec l'article ?
 
50%
(32 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Yohan (---.---.---.200) 6 octobre 2011 12:54
    Yohan

    l’UMPS demande toujours plus d’immigrés mais qu’en fait-on réellement de nos immigrés ?
    On accuse l’école de ne pas être capable d’insérer leurs enfants. Mais que peut faire l’école quand une famille africaine débarque avec ses six enfants dans le cadre du regroupement familial et qu’aucun d’entre eux n’est allé à l’école, sinon à l’école coranique ?. Mission de rattrapage impossible, en tout cas dans l’école de la République actuelle. En plus, puisqu’on les relègue au fin fond de la banlieue, ils sont quasiment certains d’être voués à l’échec. Parvenus à l’adolescence, ils nourriront de la haine pour leur pays d’accueil. Certains se trouveront un job, d’autres iront en prison, d’autres se réfugieront dans l’islam le plus rigoriste et la plupart iront grossir les rangs des pauvres et des bénéficiaires du RSA.
    Les gens n’imaginent même pas la misère intellectuelle et les problèmes de santé mentale de ces jeunes. Certaines filles se bourrent de Xanax à raison d’une boite par jour, au point d’effacer 7 ans de vie de leur mémoire. Derrière les petits caïds, les frimeurs, il y a plein de gamins qui souffrent en silence d’être murés dans un monde vide de sens. Ceux là, personne n’en parle...ils cachent leur mal être.
    Alors, facile de faire des beaux discours sur la générosité qu’il faudrait avoir à accueillir toute la misère du monde, si c’est pour en arriver à la conclusion que ça ne marche pas, que ça coûte, que ça détruit des gens, parce que nous avons échoué à intégrer correctement nos immigrés et nos fils d’immigrés et que nous nous sommes surtout nourris de belles paroles et de promesses intenables....

  • Par jymb (---.---.---.209) 6 octobre 2011 13:25

    Là pour le coup j’ai des choses à dire
    Enfant j’ai habité à Clichy sous Bois . J’en ai de beaux souvenirs.La pizzeria dans les murs du bowling, le sapin de Noël au Prisunic du Chêne Pointu, les promenades dans le bois de Bondy. Nous n’avions alors pas de Nike, pas de portable, pas de console, pas d’internet, pas de scooter ( et chez moi, pas de télé, mes parents n’en voulaient pas) Le grand jeu était de glisser à plusieurs sur un carton, sur les buttes herbeuses et ce n’est pas du tout un souvenir misérabiliste ! . la crise était bien là, aprés le premier choc pétrolier ; pour aller travailler à Paris c’était bus puis train de banlieue puis métro. L’idée de taguer un mur ou toucher au bien d’autrui ne nous aurait pas effleuré l’esprit, je n’ose même pas imaginer d’ailleurs ce que nos parents nous aurait asséné si cela était arrivé . Les immeubles étaient pourtant exactement les mêmes, j’y suis retourné pour vérifier. simplement tout à été volontairement pourri et dégradé.
    Il ne s’agit absolument pas d’un problème d’architecture ou de niveau social mais un problème de comportement personnel. Et toute la loggorhée pseudo sociologique n’y changera rien.

  • Par Bulgroz (---.---.---.151) 6 octobre 2011 12:48

    Dans le résumé de cette étude disponible ici :

    http://www.banlieue-de-la-republique.fr/# !/enquete/resume

    On peut constater qu’il n’est pas fait mention une seule fois d’ »économie souterraine » encore moins de ses impacts sur ces sociétés, de l’économie de la drogue, des crimes et des délit. Les enquêteurs n’ont sans doute rien vu ou le phénomène n’existe pas, ou il est trop dangereux pour Gilles Kepel d’en parler.

    Par contre, nous avons droit à un long développement sur l’histoire héroïque de Ziyed et Bounaî (ils sont innocents, dit le rapport dans rappeler que les 2 gamins ont été enterrés dans leur pays d’origine) :
      »l’incompréhension est telle qu’ils préfèrent risquer leur vie pour se cacher plutôt que de clamer leur innocence. La police et les jeunes vivent dans deux mondes qui ne se comprennent plus. »

    Il aurait été préférable en toute bonne pédagogie, de dire qu’en France :

    On ne fuit pas devant la police quelque soit les circonstances
    On ne réfugie pas dans un local transformateur haute tension d’autant que des immense panneaux indiquent que l’endroit est très dangereux.

    Au final, ce résumé ne dit rien, ne propose rien.Sur l’Islam, rien à proposer non plus. Lire la préface de Claude Bébéar (même lien que plus haut) : il n’ y a rien.

    La politique de la ville c’est 1,8 milliard en 2005, 3,5 en 2009, 5,7 milliards en 2011.

  • Par Tarouilan (---.---.---.244) 6 octobre 2011 16:13
    Tarouilan

    La faute de qui, ....... a-t-on le droit....... de concevoir à l’époque de la pilule et d’une information gratuite sur la contraception, ..... a-t-on le droit, d’avoir une ribambelle d’enfants, qu’on est totalement, rigoureusement incapable d’éduquer, de loger, ....dont on est sur d’avance, qu’ils deviendront des caillera !..... de faire exprès de se mettre dans les pires difficultés de logement....en raison des six enfants indispensables avoir un niveau de ressources satisfaisant...avec les fameuses allocs...., et pour émouvoir la mairie socialo du coin....... et bénéficier dans urgence d’un HLM flambant neuf....

    Arrêtons cet angélisme totalement abscons..... Il y a une volontée délibérée, toutes tendances politiques confondues, de destruction d’un tissus social harmonieux français, ... c’est évidement un complot !

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération