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Les bonnes intentions, Stéphane Hessel et la censure

Stéphane Hessel n'a pas eu le droit d'aller s'exprimer à l'ENS du fait de son engagement pour un boycott des produits israéliens tout comme d'autres personnalités.

Des deux côtés, il y a une idiotie.

Hessel n'a rien d'antisémite, c'est un humaniste plein de bonnes intentions, et il est sincère dans ses engagements, mais comme beaucoup il oublie les faits et les conséquences de prises de position se voulant généreuses alors qu'elles sont surtout maladroites.

On me dira, c'est largement moins violent que ces militants appelant au nom de grands idéaux à la destruction de l'état d'Israël.

Rien d'ironique dans mon propos sur Hessel, je tiens à le souligner.

C'est finalement cependant ce point de vue manichéen qui gène, d'un côté les bons, de l'autre les méchants. Devant la difficultté à saisir tous les aspects d'un monde devenu multipolaoire, certains sombrent dans la tentation de la simplification ou de la réduction « ad hitlerum ». Et même le fait que l'on trouve Nurit Peled, militante israélienne de la paix ayant perdu sa fille dans un attentat terroriste, ou Haneen Zoabi, députée au parlement israélien, dans les personnes censurées par la directrice car en définitive c'est bel et bien une censure, ne légitime pas ce boycott.

Il arrive que les choses soient effectivement simples. Dans le cas d'Israël il est dangereux de simplifier (quatorze communautés différentes, 20% de citoyens arabes...).

Son appel au boycott rejoint aussi celui d'associations musulmanes ultra-intégristes (voir le texte du mail à ce lien). Que cet appel réjouisse le tombereau de

Elles poussent en Israël à une radicalisation du nationalisme.

"Le monde est contre nous", se disent de plus en plus d'israéliens, un sentiment également récemment brocardé par une émission satirique à la télévision israélienne, intitulée "Un pays merveilleux", dans un sketch "décalé" où des petits élèves d'un jardin d'enfants récitent leur leçon sagement apprise, le reste du monde est antisémite, leur pays est le plus « moral ».

Le Reut Institute, un groupe de réflexion d'intellectuels israéliens ouverts et favorables à un état palestinien qui s'intéressent surtout aux problèmes de sécurité et aux questions socio-économiques, estime dans une de ses publications que ceux qui veulent "délégitimer" l'Etat d'Israël lui dénient en fait le droit moral à l'existence en le décrivant "systématiquement et délibérément comme cruel et inhumain".

Ce qui montre que la réalité des faits est complexe.

C'est aussi d'abord considérer que tout les israéliens sont des profiteurs, des colons et des fanatiques religieux, ce qui est loin d'être le cas. D'ailleurs, même dans le camp des boycotteurs on trouve des citoyens de l'état hébreu.

C'est oublier que tous les israéliens ne sont pas pour la colonisation, bien loin de là, voir par exemple ce document, ne serait-ce que parce qu'ils sont contre les privilèges exorbitants accordés aux colons.

Le boycott des produits israéliens entraîne le chômage des travailleurs palestiniens qui sont employés en Israël. Ils étaient déjà 13000 en 2006 à passer les check-points chaque jour pour travailler en usine.

C'est oublier que tous les israéliens sont loin d'être pour la poursuite de la colonisation, on se rappellera de la « marche des mères ».

Et même le « mur » de sécurité bâti entre Israël et la Cisjordanie l'a été par des ouvriers de Palestine. Ce sont d'ailleurs des travailleurs extrèmement précaires à la merci de la guerre israélo-palestinienne et de ses soubresauts, le durcissement du blocus en 2006 ayant fait perdre leur emploi à 3000 salariés.

C'est contre cette précarité que l'on se devrait de lutter et non en proclamant un boycott qui l'aggravera comme elle aggravera aussi celle des salariés israéliens pauvres dans le Nord et le Sud du pays.

Ce qui ne risque pas de pousser à la paix entre ces deux peuples souverains.

par Amaury Watremez (son site) mardi 25 janvier 2011 - 87 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Traroth (xxx.xxx.xxx.125) 25 janvier 2011 14:32
    Traroth

    Le problème fondamental, c’est que les gouvernements israéliens successifs ne veulent tout simplement pas la paix, et que les citoyens n’en élisent pas d’autre. Après, ils peuvent faire toutes les "marches des mères" qu’ils veulent : si ça ne se concrétise pas sous forme de vote, ça ne changera jamais !

  • Par jaja (xxx.xxx.xxx.6) 25 janvier 2011 13:47
    jaja

    Amaury, le boycott et la campagne BDS qui s’ensuit sont une demande de 172 organisations et associations palestiniennes... Pas une invention venues d’Europe !

  • Par King Al Batar (xxx.xxx.xxx.93) 25 janvier 2011 16:57
    King Al Batar

    Oui mais ce sont les Israeliens qui sont responsable de cette précarité, et c’est a eux de reparer les erreurs et horreurs qu’ils ont commis. Chacun doit prendre ses responsabilité, et repondre à la colère par la violence est certainement la pire des solutions. C’est malheureusement celle qu’ils ont choisie depuis plusieurs décénnies...

  • Par Emile Red (xxx.xxx.xxx.151) 26 janvier 2011 09:19
    Emile Red

    Salut Armaury,

    Je ne suis pas loin de penser que tu as raison sur plusieurs plans, cependant dans ton analyse lors de tes posts il y a une profonde erreur de jugement que je tiens à rétablir :

    Tu dis que le boycott crée du chômage, je veux bien l’admettre, pourtant tu oublies dans cette affirmation que les oranges, les olives et tous les produits agricoles transformés de Cisjordanie qu’Israël exporte et qui se veulent être boycottés par BDS sont issue de terrains agricoles dont les propriétaires palestiniens ont été expropriés.

    C’est bien cette spoliation qui crée les conditions de chômage et non le boycott, les palestiniens avant la spoliation avaient du travail, maintenant ils sont à la merci d’industriels qui peuvent les virer à tout moment, boycott ou non, suivant leurs propres desiderata.

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