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Accueil du site > Tribune Libre > Les cadavres dans le placard de Charly (1) le SAC ou les gangsters de la (...)

Les cadavres dans le placard de Charly (1) le SAC ou les gangsters de la République

Encore une fois, j'ai eu le sentiment d'être floué par les élus de gauche et leur représentant principal, ce premier ministre bombeur de torse, qui a commis ce jour là ce qui représente pour moi une véritable trahison. Je veux bien comprendre et admettre qu'on puisse saluer des adversaires en politique, mais ce qui a été fait pour Charles Pasqua, je ne peux l'admettre. Manuel Valls, ce faisant, a fait preuve d'une totale absence de vue historique. Pasqua a été l'exécuteur de fort basses œuvres, et l'hommage des députés socialistes est tout simplement une honte : on ne peut rendre hommage à un homme qui a trempé trop souvent dans d'aussi douteuses affaires telles qu'assassinats politiques, vente d'armes ou trafic de drogue. Outré, j'ai décidé de revenir sur la carrière de cet homme charmeur mais plus que redoutable. Car Manuel Valls semble l'avoir oublié, mais il traînait derrière lui un bon nombre de cadavres ou de cas douteux, dans lesquels son nom était revenu avec insistance dans les enquêtes qui avaient suivi. Pasqua "était secret" (*) ai-je pu lire ces derniers jours. Il ne pouvait que l'être, à moins de révéler ses turpitudes. Sa carrière a plus consisté à dissimuler ses cas pendables qu'à être efficace. Pour le résumer, il a dépensé beaucoup d'énergie pour se rendre présentable, ce Machiavel de Canebière. Le jour où il l'était devenu, l'ensemble de la vie politique française avait vu en lui l'arrivée d'un mafieux comme premier flic de France, et rien d'autre : l'aurait-on déjà oublié ? Retour sur Mr Charly, que l'on n'avait pas à saluer ainsi, à moins de ne rien connaître de ses frasques passés. Comme l'a dit un jour Michel Debré, qui s'y connaissait en coups fourrés, "Pasqua ? jamais sur le pont, toujours dans les soutes..." : on ne peut meilleure définition. Bienvenue dans l'univers du soutier Charles Pasqua, alias "Charly".

Revenons tout d'abord en 1964. Cinq ans auparavant seulement, en en 1959, le Service d'action civique (SAC) avait été créé par Jacques Foccart et Achille Peretti et Charles Pasqua, mais aussi Roger Frey, Paul Comiti, Alexandre Sanguinetti, Dominique Ponchardier et Jean Bozzi. Pas vraiment des enfants de chœur, ceux-là. Le premier président du Sac est Pierre Debizet un résistant de taille imposante surnommé "Gros Sourcils" ou " alors, qui a été tenté par l'extrême droite du Parti Patriote Révolutionnaire, un groupuscule dirigé par Jean-Baptiste Biaggi, qui a fini au FN après être passé à l'OAS. Avec Joseph Ortiz un cafetier, l'avocat JBiaggi seront à l'origine de le 24 janvier 1960, de "La semaine des barricades" : un député français borgne, nommé JMLePen, qui avait demandé leur extension en métropole sera arrêté et emprisonné. Comme couverture, l'homme qui ne s'est pas encore lancé en poliitique, travaille pour Ricard, boisson anisée qui alors connaît une ascension fulgurante : la France des années 60 en fera son emblème quasi national, au même titre que la baguette et le béret. Déjà, au sein de Ricard, Charly avait fait preuve d'un certain talent. Alors qu'il y travaillait encore, il avait préparé l’importation de l’Americano, produit italien concurrent, mélange de Campari et de vermouth : c'est en l'apprenant que son patron, Paul Ricard. l'avait viré : Pasqua travaillait pourtant chez lui depuis 1952 : jeune plagiste à Marseille, fils d'un policier marseillais, il y avait tenté sa chance, en venant jouer au vendeur dans le bureau même du directeur : sa gouaille et sa faconde l'avaient aussitôt fait embaucher. Chez Ricard, Charles Pasqua, devenu directeur des ventes à l’export, a sous ces ordres Jean Venturi : nous reparlerons de lui dans un autre épisode. Son homme de confiance s'appelle Jean-Charles Marchiani, dont nous reparlerons aussi un peu plus loin...

Car au SAC (à gauche son insigne), les cadavres dont on parle ne sont pas les bouteilles vides de Ricard laissées sur les tables, par les consommateurs, mais de vrais morts. Au SAC, ce ne sont pas des enfants de chœur comme on l'a dit, mais plutôt des tontons flingueurs  : "le SAC était une organisation paramilitaire spécialisée dans l’assassinat, le chantage, la corruption, le trafic d’armes et de drogue, le blanchiment d’argent “sale”, bref, la criminalité sous toutes ses formes, et par ailleurs dévouée corps et âme au Général de Gaulle. Son existence remonte au lendemain du coup d’État de 1958 et de la Cinquième République. Cependant, les réseaux qui en formaient le noyau existaient dès la fin de la deuxième guerre mondiale dans le cadre du “Service d’Ordre” du RPF, le parti gaulliste de l’époque. Partisan d’un régime fort, “au dessus des partis”, puisque fondé essentiellement sur l’appareil répressif de l’armée et de la police, de Gaulle avait mis en place, sous la couverture légale du RPF, une organisation paramilitaire de quelque 16 000 hommes recrutés dans les milieux criminels - ainsi en était-il du proxénète Jules Orsini - et dans les réseaux de l’extrême-droite et des anciens collaborateurs de l’occupation hitlérienne, comme Simon Sabiani et Gérard Gerekens. Sous l’occupation, ce dernier dirigeait à l’intérieur du PPF, le parti fasciste de Jacques Doriot, les groupes de choc spécialisés dans la chasse aux Juifs, aux communistes, aux socialistes et aux syndicalistes. Un tel curriculum vitæ était parfaitement adapté aux finalités du RPF" explique "Révolution". 

Qui fait partie du SAC, pas évident à définir puisque l'organisation est secrète (c'est un des secrets récemment vantés par la presse à propos de Pasqua !) "Pour autant, il est très difficile de savoir quels voyous faisaient partie de l'officine. En effet, les fichiers des adhérents, tenus secrets, n'ont jamais été découverts. Sans être exhaustif, loin de là, nous pouvons toutefois en citer quelques uns. « Le Parrain » de Lyon tout d'abord, qui bénéficiait durant les années 60 de puissantes relations policières et politiques. A Grenoble, comme nous l'évoquions plus haut, le boss de la ville bénéficiait lui aussi de la protection du Service. L'homme, cousin d'Alexandre Sanguinetti (homme d'affaire, conseiller du ministre de l'intérieur et homme fort du SAC), régnait alors sur la prostitution de la région grenobloise. Les frères Z, maîtres des boîtes de nuits parisiennes, ont quant à eux bénéficié de protection jusqu'aux années 70. Un de leurs associés servait en effet de colleur d'affiche et d'agent électoral aux candidats gaullistes. Les truands marseillais ne sont pas en reste. A commencer par deux des principaux compères de Jean-Baptiste Croce durant la French Connection, qui ont eux aussi leur carte tricolore. Du côté de Nice, on citera notamment Bianchini ou encore Giaume. Les boss du Milieu niçois ont à tour de rôle été les dirigeants locaux du SAC. Enfin, pour ce qui concerne Aix-en-Provence, c'est une figure de la criminalité locale, un dénommé Sauveur, qui dirige l'antenne aixoise du Service'".

Le SAC et le milieu ; une affaire connue et reconnue d'emblée : «  ancien des forces navales de la France libre, responsable de la sécurité du général de Gaulle à l’Élysée, Paul Comiti, le président du SAC à partir de 1960, connaît la plupart des figures du milieu. L’un de ses affiliés, Charles Pasqua, natif de Grasse mais de souche corse, est également un habitué de tous les bars corses de la ville » Ah tiens, le voici déjà... en train de poser ses jalons, dans les bistrots !

Les gens du SAC sont avant tout des fidèles, sinon des idolâtres explique ici l'Express : "en 1958, lorsque de Gaulle revient aux affaires, ces anciens combattants du gaullisme sont là, prêts, s'il le faut, à le défendre les armes à la main. Ensemble, ils vont constituer le Sac ; c'est Debizet (ici à droite) qui en prendra la tête. C'est lui qui a suggéré que cette association ait une existence indépendante du parti gaulliste (l'U.n.r). « Pourquoi adhérez-vous à ce moment-là au Sac et pas à l'U.n.r. ? » demandera la commission d'enquête parlementaire à un des militants de l'époque : Réponse : « Parce que le Sac, c'était le Bon Dieu sans les curés. » On ne saurait mieux dire que, pour ces hommes, le Sac, c'était de Gaulle, et de Gaulle tout seul, sans l'intermédiaire des partis et de la "politique". On les verra donc escorter partout le Général, coller des affiches à son image, faire applaudir les foules à son nom et ferrailler contre ses adversaires." Des fidèles, donc, qui prêtent un bien étrange serment à De Gaulle : « Je prends l’engagement solennel d’obéir sans discussion à mes chefs. Si je trahis, j’accepte de subir les châtiments réservés aux traîtres ».

Le tableau de l'activité anti-fln du SAC est effrayant, comme l'explique Dominique Calzi, alias Patrice Chairoff. dans Dossier b… comme barbouzes” : dès 1958, Roger Frey, Alexandre Sanguinetti, ''Dominique Ponchardier et Charles Pasqua décident de lancer le S.A.C. dans la lutte contre le F.L.N. algérien dont la willaya métropolitaine accumulait les actes de terrorisme. Dans l'esprit de ses artisans, la lutte contre le F.L.N. devait s'engager sur deux plans : infiltration et répression. Pour cette tâche, les gaullistes "purs et durs" sont à peine suffisants pour assurer l'encadrement des réseaux. Il faut donc faire appel à une "main-d'œuvre extérieure", c'est-à-dire recruter dans ce qu'il est convenu d'appeler le "milieu" par l'intermédiaire de truands partageant les mêmes amitiés politiques ou les mêmes intérêts. L'appât est toujours le même, celui utilisé par les services spéciaux du monde entier : aux petites escarpes, aux jeunes truands aux dents longues, sont proposés un casier judiciaire vierge et des rentrées de fonds maximums dans un minimum de temps. En contrepartie, on exige seulement d'avoir la gâchette ou la matraque facile, de ne point être trop torturé par sa conscience et d'obéir sans discuter aux ordres reçus".  

" Le SAC attire à lui des centaines d’escrocs, petits délinquants ou caïds qui voient là une occasion rêvée d’obtenir des protections en échange de leurs services ». Et en général, l’appartenance au SAC procurait une réel avantage face à la police : « La carte tricolore de membre du SAC, vraie ou falsifiée, ne donne pas tous les droits. Mais elle semble conférer à son porteur quelques avantages, comme le rappelle l’ancien commissaire Lucie-Aimé Blanc, membre de la brigade mondaine à Paris dans les années 60 : ‘‘Quand on tombait sur un truand avec une carte du SAC, en général, les poursuites étaient abandonnées. Il y avait un conseiller, au ministère de la Justice, qui s’occupait des interventions pour les faire relâcher’’. Cette impunité est confirmée par un autre ancien commissaire parisien, Marcel Morin, en charge à cette époque du banditisme : ‘‘La préfecture de police de Paris, alors dirigée par Maurice Papon, nous envoyait parfois des consignes afin de faire libérer dans la journée des voyous que nous venions d’arrêter, parce qu’ils étaient membres du SAC ou proches de certains amis du pouvoir gaulliste". Des personnes protégées par Papon, on se dit qu'elles ne devaient pas être fort recommandable, étant donné la personnalité du préfet de Police... celui qui avait envoyé tant de personnes dans les camps !

Des truands membres du SAC aux méthodes singulières, qu'on retrouve à des endroits inattendus : "en 1967, à Grenoble, un meeting est organisé pendant la campagne électorale : il oppose Pierre Mendès France à Georges Pompidou, alors Premier ministre. Le service d’ordre est assuré par des costauds qui portent une croix de Lorraine à la boutonnière. Des incidents éclatent. L’un des costauds se baisse et perd son pistolet sous les yeux horrifiés d’un ecclésiastique. Ecœuré, un policier confie à un journaliste : « Je n’ai jamais vu ça. Parmi les types qui sont là, il y a plusieurs interdits de séjour connus… » L’homme qui conduit, ce soir-là, la voiture de Georges Pompidou est un proxénète notoire, patron du bar « le Gobelet » : Mathieu Mattei, parent d’Alexandre Sanguinetti. Il sera assassiné un an plus tard devant la porte de sa villa"... Mattéi était aussi considéré comme le "parrain" de la ville de Grenoble  !

Le statut de truand blanchi par une action "gouvernementale" sur commande est pour le moins sidérant : les gens qui ont eu cette idée devaient être de sacrés... tordus. Car les témoignages retrouvés par Chairoff glacent le sang : il explique qu'un bon nombre d'attentats commis en métropole étaient en fait de faux attentats (avec de vrais morts !!!) "Le contrat est jugé intéressant par certains, à tel point même qu'ils deviennent eux-mêmes des agents recruteurs acharnés, n'hésitant pas à contacter en prison certains "clients" potentiels et à les en extraire si l'agrément est obtenu, comme l'illustre le témoignage de Jean-Baptiste C... (Témoignage recueilli le 6 décembre 1973) :"... Durant l'été 1958, je purgeais une peine de prison à la Maison d'arrêt des Baumettes, à Marseille. J'avais "pris" cinq ans et j'avais une instruction en cours pour une seconde affaire d'attaque à main armée. J'ai été contacté par un avocat marseillais qui m'a demandé si, en échange de ma libération, j'acceptais de m'enrôler dans un mouvement clandestin de lutte contre le F.L.N. ... Ma foi, cette proposition avait tout pour plaire, en tout cas pour me plaire : d'abord je me tirais d'une situation difficile et puis les arabes j'ai jamais aimé alors c'était tout bénéfice !... J'ai dit O.K. On m'a d'abord transféré à Aix- en Provence, et puis à la Santé, à Paris. Là un avocat parisien est venu me voir et m'a mis le marché en main . Je rejoignais un mouvement clandestin, d'accord, mais qui en fait était une sorte de police parallèle. Notre travail devait être double : tout d'abord infiltrer les réseaux F.L.N. en métropole en nous faisant passer pour des sympathisants d'extrême gauche, et ensuite effectuer toutes les tâches dont la police officielle ne pouvait se charger, en particulier la liquidation physique de certains éléments. En échange, on m'offrait la liberté immédiate, un salaire élevé plus des primes et, à la fin de la mission, un casier Judiciaire vierge et l'extinction des poursuites en cours. Quarante-huit heures plus tard. j'étais libre. Deux personnes m'attendaient au bar "A la bonne santé", situé rue de la Santé à Paris, juste en face de la prison. je n'eus que la rue à traverser. En fait le travail commençait immédiatement. On m'a muni d'un faux passeport et d'un faux permis de conduire, d'une carte de police périmée depuis six mois, d'un permis de port d'arme en bonne et due forme valable pour un Walther P-38, du P-38 en question avec des munitions en quantité et de deux numéros de téléphone à Paris, l'un valable pour la journée, l'autre pour la nuit. Je faisais équipe avec quatre autres personnes, dont une était un inspecteur principal des Renseignements généraux placé pour la circonstance en congé de maladie". Un recrutement express, et une autonomie d'action ayant pour seul objectif que de créer la zizanie entre factions du MLN.... 

Pour ce faire, il faut entretenir une haine perpétuelle, à coups de provocations : "Notre travail n'avait rien à faire avec l'infiltration dont d'autres groupes se chargeaient. Pour nous. iI s'agissait de créer de toutes pièces des vendettas, des règlements de comptes interminables entre F.L.N. et M.N.A. et de procéder à des exécutions sommaires. En ce qui concerne la rivalité F.L.N./M.NA, rien n'était plus facile : on arrivait le soir avec une ou deux voitures dans le quartier arabe de la Porte d'Aix. à Marseille, ou à la Goutte d'Or ou à Barbès, a Paris, on s'arrêtait devant un café maure repéré à l'avance et on lâchait une ou deux grenades accompagnées de quelques rafales de mitraillette. Ca suffisait et le lendemain les représailles commençaient d'elles-mêmes ... Y a eu également du boulot moins sympathique. Mais nos employeurs étaient coulants et chaque fois qu'on mettait la main sur un collecteur de fonds, on fadait (partager) à cinq, car même le flic ne faisait pas la fine gueule ! Et les embrouilles étaient vite réglées dans l'ensemble. Bref, d'une façon générale, nos patrons du S.A.C. ont été corrects à part le lait qu'on n'a jamais vu les casiers judiciaires vierge !"...

Répandre la terreur, ou terroriser les terroristes, pour paraphraser une phrase de Charly  ; : "20 novembre nouvelle tactique des barbouzes : le plasticage d’endroits fréquentés par les européens en faisant croire que c’est l’OAS qui a frappé, afin de désorienter la population Française. "Raymond la science" est à la base de ces attentats à l’explosif. Il a une double vie car il renseigne également l’OAS. Il restera actif longtemps. Du 20 au 21 novembre 1961, cinq commandos en voiture font sauter l’Otomatic, le Tantonville et le Cheval Blanc. Deux jours plus tard, le Joinville, le Coq Hardi et le Viaduc sautent à leur tour. Dégâts considérables, surtout sur le plan psychologique. Tous ces établissements étaient très fréquentés par les Européens".

Le principe du jeu étant de laisser le moins de traces possible : "en septembre 1960, on nous a dit que le boulot était terminé et on nous a remis une forte somme en liquide, on nous a retiré les ports d'armes et les cartes de flic périmées et on nous a laissé le flingue comme souvenir avec en prime notre jeu de faux papiers et une carte du S.A.C. tricolore ... Il était temps car on commençait a en avoir marre de ce boulot..." Sidérant témoignage : l'Etat français, via ses barbouzes a donc tué en France, dans le seul but de désorganiser la résistance algérienne, en lui imputant des attentats !!!

Pour se fondre dans le paysage, pas de problème, en effet car l'administration est là pour donner un coup de main : "A l'occasion, le SAC fournissait à ses troupes de fausses cartes de police et des armes. Bien payés, les hommes du SAC exécutaient les basses œuvres du régime dont la police et l'armée ne pouvaient se rendre coupables : exécutions d'otages, infiltrations, tortures etc. L'histoire du Service ne compte plus bientôt les attentats, les passages à tabac, les fusillades, les cambriolages, les trafics de drogue, les chantages, les extorsions de fonds, les meurtres et les affaires de proxénétisme... C'est donc un fait bel et bien réel. Une véritable osmose a vu le jour entre les caïds et le SAC. Les chiffres sont là pour le prouver. Entre 1960 (année de création) et 1982 (année de désintégration), quelques 65 affaires, impliquant 106 membres du Service, ont pu être dénombrées."

Pasqua, fidèle allié de De Gaulle, avait beaucoup aidé à l'accession de son mentor, en préparant même en lousdé un coup d'Etat ; au cas où, en 1958 :"dans les Bouches-du-Rhône, Charles Pasqua a préparé le 13 mai 1958 en groupant autour de lui une poignée d'hommes décidés. Bien armés, anciens du R.P.F., gaullistes bâtis à chaux et à sable, qui passent dix jours dans les caves de la place Félix-Baret, à Marseille, dans l'attente du mot de code "Résurrection" qui leur donnerait le feu vert pour la prise d'assaut de la préfecture. La victoire assurée, Charles Pasqua amène au S.A.C. tous ces hommes dont il fait des chefs de groupe. Jean Lucchinacci, Gilbert Vaniers Ange-Félix Calzi, Max-Antoine Orsoni, Jean Pinelli, constituent ainsi l'armature autour de laquelle se groupent bientôt des hommes aussi divers que Paul Gaillet, futur secrétaire fédéral de I'U.N.R., Gérard Kappé (on reparlera de lui un peu plus loin), Bernard Masiani, André Mouton et d'autres de moindre envergure “En une heure, je peux mobiliser deux mille hommes armés à Paris”, déclarait Charles Pasqua(co-fondateur du SAC) au cours d’une réunion des chefs de groupe tenue à Paris en février 1970."  Des gros bras, souvent issus de la Résistance, où va s'illustrer un dénommé Ponchardier, bien connu, ou plutôt son frère, des cinéphiles : "quant à Dominique Ponchardier, le responsable du Service d'ordre du R.P.F., il est le frère de l'amiral Ponchardier qui se rendit célèbre durant la guerre d'Indochine par les méthodes inhabituelles et "musclées" de ses commandos. Sous le pseudonyme d'Antoine Dominique, et dans la série des "Gorilles", parue chez Plon, Dominique Ponchardier a romancé certaines des aventures du S.O, du R.P.F. Romancé et moralisé, bien sûr !" C''est le même Ponchardier (Dominique) qui était derrière l'audacieuse attaque de la prison d'Amiens par des Mosquitos anglais le 18 février 1944 !!! C'est lui qui est à l''origine du mot... Barbouze !

Parmi les recrues, on trouve beaucoup de repris de justice ou de Corses, Pasqua ayant entre temps été envoyé là-bas pour doper les ventes du Ricard. "A peine constitué, le SAC se lance dans une campagne d’infiltration et d’assassinat contre le FLN. Pour ses “sales coups”, Pasqua et les chefs du SAC recrutent dans les prisons, notamment parmi les truands incarcérés pour des attaques à main armée. Comme à l’époque du RPF, les gaullistes travaillent à travers de nombreuses entreprises (la Barracuda, la Fimotex etc.), qui, tout en ayant une existence légale, sont entre les mains de membres ou d’anciens membres des services secrets et s’engagent dans un trafic d’armes particulièrement lucratif - de chars, de mitrailleuses, de munitions et d’explosifs - en direction de l’Afrique Noire, des pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Dans toutes les basses œuvres de la France en Afrique - coups d’État, assassinats, corruption, détournement de fonds, élimination d’opposants - les hommes du SAC sont de la partie, autour de Jacques Foccart, surnommé le “Monsieur Afrique” du camp gaulliste. (ici avec Félix Houphouët Boigny)"

Le SAC sert à quoi, à l'époque, à part jeter la zizanie au FLN ? A remettre de l'ordre là où ça bouge un peu trop, et surtout lorsque que ça déplaît à De Gaulle. Pour fonctionner, il faut de l'argent, vite trouvé, avec les entreprises priées de cracher au bassinet, au prétexte de lutter contre l'invasion communiste :  "le financement de ce “recours” putschiste provient d’un nombre important de grandes entreprises françaises et étrangères : Rhône-Poulenc, Esso-Standard, le Crédit Lyonnais, Simca, Dassault, pour n’en citer que quelques unes. Jacques Foccart et d’autres acolytes du général ont mis en place une constellation de sociétés d’import-export, telles que la Safiex, dont la fonction est de fournir une couverture “commerciale” à l’activité des agents de renseignement gaullistes, d’alimenter les caisses noires de l’organisation et de financer les campagnes électorales des candidats gaullistes. Le Service d’Ordre du RPF est particulièrement actif à Marseille, pendant et après les élections municipales de 1947, où le RPF obtient environ 40% des voix : les réunions publiques organisées par le PCF ou la SFIO sont dispersées à coups de matraque, et plusieurs personnes sont assassinées, des dizaines blessées." A Marseille, où il y a... Charly Pasqua, le chef des matraqueurs.

De l'ordre, partout où on en a besoin. Et en 1960, deux foyers principaux de mouvements sont particulièrement surveillés : les communistes, dont De Gaulle se méfie comme de la peste depuis 1947, mais aussi les gens de l'OAS, toujours tentés de vouloir l'assassiner, n'acceptant pas son revirement algérien. "En France métropolitaine, le SAC mène des opérations contre les forces de gauche, et en particulier contre la CGT, le PCF et l’UNEF. Il s’agit d’agressions, de menaces de mort et d’autres procédés d’intimidation, ainsi que de la constitution de fichiers de renseignement sur les militants. Un fascicule de formation interne du SAC, rédigé en 1964, et cité dans le livre d’un ancien membre du SAC, B comme Barbouzes, préconise “une offensive permanente, une action constante, suivie, intelligente” contre la CGT, visant à “l’éclatement de cette centrale syndicale”. Le document conclut : “Ce n’est pas la réduction de l’influence de la CGT que nous visons mais son élimination pure et simple.” Fichtre !

Cela, et les actions anti-OAS, d'une grande violence, pour répondre à celle de l'OAS même. Une OAS qui a perdu la boule et commet des exactions sans nom, d'abord en Algérie puis en France, pour lequel Germaine Tillion avait exprimé son dégoût (cet article n'évoque pas les exactions du FLN, toutes aussi odieuses) : "frapper les imaginations, se rappeler à l'attention des Algérois par des actions spectaculaires est une des constantes préoccupations de l'O.A.S. Soit qu'elle attaque au bazooka la Délégation générale, soit qu'elle se livre à des mises en scène grand-guignolesques comme c'est le cas le 10 mars à Bab-el-Oued. Ce jour-là, en plein midi, le corps d'un homme nu apparaît subitement, pendu à 15 mètres du sol, rue du Roussillon, au cœur du fief activiste, très animé à cette heure de la journée. Le cadavre est suspendu à un système de roulettes glissant le long d'un filin tendu entre deux immeubles. Il se balance là-haut pendant plus d'une demi-heure en plein soleil avant que les pompiers n'interviennent. Dans la rue, la foule, têtes levées, crie : C'est une barbouze, c'est une barbouze ! La victime de cette macabre exécution, qui rappelle les atrocités du Ku-Klux-Klan, porte, peinte au goudron sur le corps, l'inscription « L'O.A.S. veille ». C'est le quatrième cadavre découvert nu, badigeonné de goudron ou de mercurochrome, en moins d'une semaine à Alger." C'est dans cette lourde ambiance de meurtres atroces que le SAC agît, sans mettre davantage de gants que son adversaire de l'OAS. Les meurtres ordonnés par Debizet sont plus... discrets, disons, et se poursuivront longtemps. En 2010, une de ces barbouzes confiera même à la presse que c'était bien Debizet qui avait commandité l'assassinat de Pierre Goldman (le demi-frère du chanteur), attribué jusqu'alors à l'extrême droite...

 

(*) Le sommet étant l'hommage d'Henri Guaino, homme de droite s'il en est, qui a dit à l'anonce de son décès qu' « Il connaissait tous les secrets de la République. Il n’en révéla aucun pour se défendre lorsqu’il fut attaqué. Question d’honneur, énonce Guaino des sanglots dans la voix. On l’accusait de diplomatie parallèle et d’être peu regardant sur les moyens. Il l’était, en effet, quand il s’agissait de sauver une vie ou de défendre l’honneur de la France. Mais personne ne l’a jamais vu accomplir un acte dont la France put avoir honte. » La dernière phrase étant visiblement de trop. Pasqua s'est toujours arrangé pour ne pas être visible, et ce "goût du secret" célébré le jour de son enterrement ne cherchait qu'à dissimuler ses coups tordus. Les secrets gardés dans la tombe ne glorifient pas la République, bien au contraire. Le jour de cet enterrement on a eu droit à pire encore : selon Christian Estrosi, il aurait "apporté tant de noblesse à la politique, ce qui manque considérablement aujourd'hui" et selon celui qui lui a piqué sa palce à Neuilly (Sazrkozy avait profité de son hospitalisation pour refaire toutes les afriches de sa campagne avec son nom dessus et non celui de Pasqua), "Charles Pasqua était un homme réservé, droit, courageux, qui ne trahissait pas, qui respectait sa parole"... ajoutant "Charles a beaucoup compté dans ma vie"... un beau florilège en effet !

 

http://destins.notrejournal.info/L-HISTOIRE-des-BARBOUZES


Moyenne des avis sur cet article :  3.97/5   (38 votes)




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24 réactions à cet article    


  • soi même 13 juillet 2015 14:33

    Tien un autre porte flingue vient de faire une nécrologie, comment peut ton prendre au sérieux, ce très sérieux jeune retraité de l’Education Nationale (PEGC histoire et géographie) et du privé très (très) actif. Et athée ????????????????????????????????????????????????????????????????????????

    http://www.dailymotion.com/video/x1smbz_freres-jacques-la-confiture_music


    • soi même 13 juillet 2015 20:51

      Post scriptum : spécialité de l’auteur , utilisation abusive de la sulfateuse ..... !


    • Ben Schott 13 juillet 2015 14:34

       
       
       
       
      Encore un grand moment de journalisme.
       
       
       


      • soi même 13 juillet 2015 14:43

        @Ben Schott, le métier se perd, il est évident , il est moins fatigant de faire des fagots de potin que d’éclaté des bûches sur un billot !


      • marmor 13 juillet 2015 14:47

        Dominique Ponchardier et Charles Pasqua décident de lancer le S.A.C. dans la lutte contre le F.L.N. algérien dont la willaya métropolitaine accumulait les actes de terrorisme.
        Tout est dit, ceci justifie le SAC...
        Sachez aussi que le pendant de Pasqua à gauche se nommait Mitterand

        Pour « l’article » : série de copié-collé piqués dans Wiki et autres revues qui ont ressortis des articles à l’annonce de la mort de Pasqua


        • Le p’tit Charles 13 juillet 2015 15:01

          +++++

          L’affaire est dans le « SAC » comme vous dites..et ce gouvernement montre au grand jour ses turpitudes en saluant une ordure.. !


          • soi même 13 juillet 2015 15:22

            L’article parle du petit Charles et voilà les anti Charlies qui envahisse le bottin mondains de notre petit quinqin athée .

            Saligot gâché se chez d’œuvre d’écriture , c’est une hérésie agororavorienne impardonnable .....


            • Sharpshooter - Snoopy86 Sharpshooter 13 juillet 2015 15:47

              Je me demandais où était passé mon insigne ...

              C’est Momo qui l’a piqué smiley smiley


              • COVADONGA722 COVADONGA722 13 juillet 2015 16:17

                D Ponchardier

                • Commandeur de la Légion d’Honneur
                • Compagnons de la libération - décret 1945
                • Croix de guerre 39/45 : (4 citations)
                • Médaille de la Résistance avec rosette
                • Médaille des Évadés
                • Médaille des Blessés


                Morice jeune retraité de l’ éducation nationale dans l’incapacité de fournir un document attestant qu’il est professeur attendu qu’il ne l’est pas ...

                bref Tabaki ayant trouvé une charogne...... ......

                • Le p’tit Charles 13 juillet 2015 17:08

                  @COVADONGA722...heu..morice ne traine pas des assassinats dans son placard..c’est toute la différence entre un mec normal et une ordure sanctuarisé par la mafia.. !


                • Sharpshooter - Snoopy86 Sharpshooter 13 juillet 2015 17:38

                  @COVADONGA722

                  Les frères Ponchardier, des voyous ...

                  Dominique et Pierre ( qui selon Momo a fait des choses pas très halal avec son commando, tous les deux compagnons de la Libération

                  Et il a fait quoi Momo pour son pays ?


                • COVADONGA722 COVADONGA722 13 juillet 2015 18:08

                  @Le p’tit Charles

                  heu pareil ...... moi je parles de Ponchardier , entre lui et 
                   les profs et intello compagnons de route de Staline et porteurs des valises permettant les attentats du fln , moi ma religion est faites ! 
                  comme dis le proverbe viking
                   que m’importe l’haleine de celui qui combat avec moi son bouclier couvre mon flanc !

                  sinon Morice le délateur, Morice couvrant les assassinat halal et dénonçant des paras nazis français au lendemain des meurtres commit par Merah !
                  je ne voudrais pas me montrer discourtois mais vous avez une drole de notion du « mec normal » 

                • Le p’tit Charles 14 juillet 2015 07:22

                  @COVADONGA722....Il est question de son dernier article il me semble...Pourquoi refaire toujours l’histoire du monde.. ?


                • COVADONGA722 COVADONGA722 14 juillet 2015 08:03

                  @Le p’tit Charles
                  bonjour,

                  ius persequendi ,au sens journalistique ou éditorial du terme.
                  Suite à mes premières questions sur ce sujet je n’ai obtenu qu’injures calomnies et tentative
                  de suppression de compte .Si ce type de réponse qu’il apporte à la quasi totalité de ses contradicteurs et ce avec l’aval bienveillant de sa modération ne vous importes pas . Moi il m’indispose et j’use donc de cet agora comme dans l’ancien temps ou le moindre tartufe pédant fut il revêtu de la robe universitaire prenait le risque de ce recevoir trognons de pommes et autre épluchures.
                  bonne journée , ici elle s’annonce caniculaire ..

                  Asinus : ne varietur 





                • Le p’tit Charles 14 juillet 2015 08:45

                  @COVADONGA722.... mutatis mutandis.. !


                • Ruut Ruut 13 juillet 2015 16:29

                  Ils sont tous dans la combine.
                  R-PS oblige


                  • Alex Alex 13 juillet 2015 17:03
                    « Encore une fois, j’ai eu le sentiment d’être floué... »
                    Ha ! Ha ! Ha !
                    Comment peut-on être un « jeune » vieux et crédule à ce point ?!

                    « ...ce premier ministre bombeur de torse... »
                    Deux attaques successives : Manu ne s’en remettra pas ! smiley

                    Je constate une fois de plus que vos articles sont à peu près corrects dès lors que vous ne parlez pas d’avions. 
                    Mais ils sont moins amusants. smiley


                    • Robert GIL Robert GIL 13 juillet 2015 18:43
                      Le Service d’Action Civique, sous la direction de Jacques Foccart, Charles Pasqua, Roger Frey, Paul Comiti, Alexandre Sanguinetti, Dominique Ponchardier et Jean Bozzi, est mis en place peu après l’arrivée au pouvoir du Général de Gaulle. L’inscription au verso de la carte d’adhérent déclare que le titulaire “s’engage sur l’honneur à apporter inconditionnellement son soutien à la poursuite des objectifs définis par le général de Gaulle.” Le SAC est reconnu “association à but non lucratif”, mais sous cette appellation innocente se cache une bien plus sinistre machine.
                       
                      A peine constitué, le SAC se lance dans une campagne d’infiltration et d’assassinat contre le FLN. Pour ses “sales coups”, Pasqua et les chefs du SAC recrutent dans les prisons, notamment parmi les truands incarcérés pour des attaques à main armée. Comme à l’époque du RPF, les gaullistes travaillent à travers de nombreuses entreprises (la Barracuda, la Frimotex etc.), qui, tout en ayant une existence légale, sont entre les mains de membres ou d’anciens membres des services secrets et s’engagent dans un trafic d’armes particulièrement lucratif – de chars, de mitrailleuses, de munitions et d’explosifs – en direction de l’Afrique Noire, des pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Dans toutes les basses œuvres de la France en Afrique – coups d’État, assassinats, corruption, détournement de fonds, élimination d’opposants – les hommes du SAC sont de la partie, autour de Jacques Foccart, surnommé le “Monsieur Afrique” du camp gaulliste.

                      voir :

                      LE SERVICE D’ACTION CIVIQUE, ou la » tradition démocratique » du mouvement gaulliste !

                      • BOBW BOBW 14 juillet 2015 16:54

                        @Robert GIL : Allons demander à la famille de Robert Boulin ce qu’ils pensent sur le soi disant suicide de ce dernier dans quelques centimètres d’eau et le rôle du « camarade gaulliste Charles Pasqua dans son »accompagnement" !....


                      • Werner Laferier Werner Laferier 13 juillet 2015 20:22

                        Le SAC, police politique du dictateur De Gaulle, qui peut douter que De Gaulle n’est pas un dictateur ?
                        De Gaulle n’est que le fils spirituel de Pétain, mêmes méthodes ordurière et déni de la démocratie.


                        • Sharpshooter - Snoopy86 Sharpshooter 13 juillet 2015 20:59

                          Cuny, sors du corps de Werner ! smiley


                        • aimable 14 juillet 2015 07:58

                          en ce qui concerne Charly , une bonne action ne peut en effacer des dizaines de mauvaises commises pour des raisons plus que douteuses !!


                          • soi même 15 juillet 2015 14:19


                            Bizarre, bizarre Où est notre petit quinqin athée , il a reprit du service pour le 14 Juillet ?

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