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Accueil du site > Tribune Libre > Les chaos d’une vie

Les chaos d’une vie

   Un rayon de lune traversait le carreau de la lucarne du toit et faisait reluire le parquet en chêne méticuleusement ciré de la veille. Dans son rai de lumière dansaient des atomes de poussière avant de venir s’échouer en fine pellicule sur les lattes de bois. Dans un coin sombre de la pièce, un berceau vide insupportable souvenir, lui rappelait que la vie, sans prévenir, vole l’amour en vous entaillant le cœur. Déjà une année que l’âme de l’enfant, d’après les dires du curé de service, était partie dans les bras du créateur. Foutaise ! Marc n’y croyait pas et le cas échéant, il pensait que si Dieu existe, il avait intérêt à avoir une bonne excuse. Marie sa femme, gavée aux antidépresseurs, travaillait sa démence dans un asile de province et lui, pleurait péniblement son encre sur les feuilles d’un livre qui ne verrait jamais le jour. La vie est une salope car elle vous a condamné à mort dés la naissance et un nouveau né, dés la première seconde, est déjà bien assez vieux pour mourir. C’est quoi ce délire, où est la logique ? Sur cette aberration, Les religions se gargarisent de réponses évasives, la médecine est sans voix et les politiques, passent plus de temps à collecter des fonds pour leur réélection que pour la recherche médicale. Ce qui lui est insupportable, c’est qu’avec la faucheuse pas de négociation ni d’échange possible, elle frappe au hasard de son calendrier, éphéméride inconnu des vivants.

   Dehors, une nuit brumeuse était tombée. Un homme immobile sous un lampadaire en attente du bus de 22h30, chapeau sur la tête et attaché case à la main, rappelait l’affiche du film l’exorciste. Marc se remit à taper frénétiquement sur les touches de son clavier, les mots se bousculaient dans son cerveau, il fallait les remettre dans l’ordre. Enervé, la syntaxe lui échappait, le classement grammatical et cette foutue conjugaison freinaient son flot d’idée, bloquaient sa colère créatrice. Ce monde part en vrille et tous les conseilleurs et moralistes se plantent à longueur de journée. Ils croient comprendre le présent et en prévoir l’avenir mais, ils ont oublié qu’ils ont maquillé l’histoire en leurs faveurs alors, comment pensent ils construire la maison sur de fausses fondations ? 

  Les purs déterministes présument quand analysant les cycles du passé et les résultats du présent ont peut définir l’avenir mais, c’est faire abstraction du principe d’incertitude de Heisenberg. Le rythme de l’humanité et ses grands bouleversements sont directement liés au nombre d’êtres humains qui la compose. Ce nombre exponentiel dans le temps va accélérer le rythme et les bouleversements de cette humanité. L’homme, les conséquences de sa prédation et de son productivisme sur son écosystème, le pillage de ses richesses, font qu’il court à sa perte et c’est là, son grand défi à relever dans l’urgence. Méfiez vous des idéalistes qui basent leurs analyses sur l’idée et non les résultats issus de l’idée, préférez leur les pragmatiques qui sans rejeter l’idée de prime abord, analyse les résultats et, si ceux-ci s’avèrent positifs alors, adoptent l’idée.

  Malheureusement, les grands salopards habillent de grands idéaux la défense de leurs intérêts privés en cachant leur cupidité derrière les bons sentiments. Détruire la famille, détruire l’éducation, détruire l’école pour que plus rien ne fasse obstacle aux marchés. Afin d’asservir les esprits pour contrôler les masses, ils ont essayé la religion, la politique, l’appauvrissement de l’enseignement, le maquillage de l’histoire, le consumérisme, les médias. Ils y sont pratiquement parvenus cependant, des esprits libres se battent et résistent grâce à leurs curiosités et leurs indépendances culturelles aux travers des livres et d’outils comme internet. Tous ceux qui luttent pour le peuple sont traités, par ceux qui l’utilisent et l’asservissent, de populiste. Depuis des années, nous subissons un discours politique qui ne va que dans le sens de la déligitimation de ceux pour qui le peuple est une cause à défendre au profit de la légitimation de ceux pour qui le peuple est un problème à résoudre. Les imbéciles n’ont pas compris que les seules choses qui croissent et qui progressent à mesure qu’on les partage, c’est l’amour et le savoir. L'évolution, c’est toujours avec les autres, ça transcende et inclut, incorpore et dépasse. La vie ne peut pas être réduite à la seule matière.

  Aujourd’hui, Marc écrit devant ce berceau vide en pensant à sa femme qui se détruit entre les quatre murs capitonnés d’une cellule. Dehors le bus de 22h30 est passé et le clone du père Merrin a rejoint son foyer où l’attendent, dans l’indifférence générale, femme et enfants hypnotisés devant leur écran de télé. Demain, les journaux et radios vomiront leurs litanies mondialistes au nom du sacro saint profit. Les bourses ouvriront et la spéculation hystérique des traders sous amphétamines viendra gonfler les comptes en banque des affameurs et des destructeurs de la planète fabriquant ainsi, de façon mécanique, plusieurs milliers de nouveaux pauvres. Les futurs prétendants à l’élection présidentielle promettront des lendemains qui chantent (pour eux, évidement) et des bandes de groupies idiots porteront leurs drapeaux. Marc est persuadé qu’ils feraient mieux de s’essuyer le fondement avec.

  La vie donne et reprend, c’est aussi simple que ça. Aucune philosophie là dedans, ni religion qui sait tout sur tout, rien qu’une soupe métaphysique, une scission et un mélange d’atomes, de quarks, d’esprits égarés cherchant la ligne d’arrivé. Un enfant qui trépasse, c’est des vies terrestres qu’on mutile, celle de la mère, celle du père. C’est l’amour qu’on couvre de goudron et de plume, c’est l’ironie méchante, le summum de l’injustice, c’est le mal en souffrance qui se transfuse dans vos veines. Marie s’est réfugiée dans sa folie, Marc dans la psychanalyse de l’écriture en décrivant ce monde à la dérive et les guerriers idiots qui le composent. Il n’a plus aucune illusion, l’homme n’aimera jamais l’homme, du moins dans cette vie alors, autant en finir au plus vite. L’entropie des singes qui désorganise cette humanité atteint son paroxysme et il serait intéressant de se poser la question : « Comment en sommes nous arrivé là ? ». Pourquoi vouloir seul alors qu’on pouvait ensemble ?

  Long est le chemin qui mène jusqu’à l’autre mais c’est pourtant le plus court chemin qui mène à soi-même. Ceux qui l’empruntent chevauchent un rayon de lumière qui court vers un rendez-vous avec l’éternité. N’oubliez pas, dés l'instant que le prêtre agite son goupillon et que la première pelletée de terre rebondie sur le couvercle, c'est un peu tard pour les regrets.

   Il est des cercueils beaucoup trop petits pour être enseveli…


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25 réactions à cet article    


  • bright13 bright13 23 mars 15:44

    Merci. et parcequ’il faut 10 caractères : merci


    • jjwaDal jjwaDal 23 mars 15:45

      Quelques-unes sont à éviter en boucles comme celle-là... Joli texte.


      • Crab2 23 mars 17:43

        Contre les dieux, ce que femme veut, elle le prend pour le rendre à toutes les femmes – CRAB

        http://laicite-moderne.blogspot.fr/2017/03/contre-ce-que-femme-veut-tous-les-dieux.html


        • Arcane Arcane 23 mars 18:13


          Très belle plume Gabriel. Merci.

          Si tu avances, tu meurs.
          Si tu recules, tu meurs.
           Alors pourquoi reculer ?


          • Shawford Shawford 23 mars 18:18

            @Arcane

            J’entrevois une solution. Après toi smiley smiley


          • Arcane Arcane 24 mars 08:25

            @Shawford

            Rhoooo.... petit coquin ! smiley
            Non ce proverbe sud-africain ne fait aucune référence à Hercule !


          • velosolex velosolex 24 mars 10:44

            @Arcane

            La maxime qu’a collé le baron Fillon, sur les murs de son chateau en sablé.
            Je connais la même formule, mais marquée sur une bouteille de pinard. « Père Benoit », vin six étoiles, de la communauté européenne des années 70. Tout un présage....
            « Si tu bois, tu meurs
            Si tu bois pas tu meurs quand même
            Alors bois ! ».....


          • covadonga*722 covadonga*722 23 mars 18:29

            yep , l’auteur vous êtes un des rares que j’envie sur site , très beau texte .

            comme disait l’autre 

            est ce ainsi que les hommes vivent.....

            • Shawford Shawford 23 mars 18:34

              Un beau texte l’ami, mais t’as quand même le chic pour mettre le bourdon. smiley

              https://www.youtube.com/watch?v=UFK7s2vKqjo


              • Gabriel Gabriel 24 mars 07:43

                @Shawford
                Mer pour le lien, superbe chanson. 


              • Gabriel Gabriel 24 mars 07:53

                @Gabriel
                Merci en entier c’est mieux ! Pas très réveillé ce matin, mes excuses.


              • jjwaDal jjwaDal 23 mars 20:45

                « C’est quoi ce délire, où est la logique ? » En fait il y en a peut-être une. Et je ne dis pas ça dans l’espoir de recroiser un jour un petit bout de 7 ans qui en aurait eu 20 cette année.
                Je crois à la thèse de Richard Terrile, aussi incroyable qu’elle puisse être de prime abord. Je pense que le Dieu de toutes les religions est inexistant et celui de Terrile est probable.
                Après si nous sommes dans une simulation numérique j’ai l’espoir comme les croyants traditionnels que l’entité impensable qui a eu besoin de nous, nous accorde une nouvelle chance quand nous sortons de la simulation (par la mort). Ce n’est peut-être qu’un « jeu » où tout (y compris la mort) n’est pas là pour le plaisir d’un créateur sadique, mais fait partie de notre formation et des aléas impossibles à contrôler dans une simulation (sans la briser).
                Elle serait alors notre pilule rouge. C’est la meilleure hypothèse que j’ai et j’ai trainé mon cerveau un peu partout avant d’y parvenir (sans dec...).
                Il y a beaucoup trop d’anomalies dans notre univers pour que même la théorie des Multivers en rende compte. Je la vois presque comme un conte de fée comparativement.
                Après je ne dis pas ça pour consoler qui que ce soit. J’ai juste la conviction que c’est notre meilleure hypothèse... (and that makes the poor guy happy by the way).


                • Gabriel Gabriel 24 mars 08:09

                  @jjwaDal

                  On pourrait dire que les hommes ne sont pas malheureux à cause des événements qui surviennent mais à cause de la manière dont ils prennent les événements qui surviennent mais, dans certains cas je doute que cela suffise. Quant au concept de « Dieu » chacun se fabrique celui qui lui convient le mieux selon les circonstances. Merci de votre commentaire.


                • Arcane Arcane 24 mars 08:37

                  @jjwaDal

                  Aussi absurde que peut paraitre cette idée, elle a été théorisée dans le cadre de la théorie de la gravité quantique proposée par Gerard ’t Hooft en 19931 puis améliorée par Leonard Susskind en 19952.
                  C’est une spéculation nommée principe de l’univers holographique .

                  Susskind le résume ainsi :

                  « La quantité maximale d’informations contenues dans un volume d’espace ne peut être plus importante que celle qui est emmagasinée à la surface de ce volume, où une quantité élémentaire ou « bit » d’informations occupe un quart de la surface dite de Planck. »

                  http://www.linternaute.com/science/espace/dossiers/06/theorie-du-tout/8.shtml

                  https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_holographique


                • jjwaDal jjwaDal 24 mars 19:47

                  @Gabriel
                  Oui, sauf que le « Dieu » de Terrile est probablement ce que nous appellerions une civilisation étrangère à la Terre, un individu, une entreprise ayant toutes les caractéristiques créatrices que nos religions attribuent à « Dieu ». Après on peux tous ignorer une bonne hypothèse au motif qu’elle est trop réconfortante pour ne pas être suspecte. J’ai survécu dans le corps d’un animal quelques décennies (et j’étais franchement pas fait pour ça, surtout un mâle...) alors un univers de chaos sans dessein et sans session de rattrapage m’irait aussi (si c’était la réalité) Je n’incline plus trop vers cette hypothèse, juste ça.


                • jjwaDal jjwaDal 24 mars 20:00

                  @Arcane
                  Je ne pense pas que la théorie de l’univers holographique conduise logiquement vers la simulation numérique, ça semble juste une condition nécessaire de possibilité que l’univers soit constitué d’un nombre finis d’éléments. A l’intérieur du volume de Hubble, s’il l’est alors nous pouvons être dans une simulation.


                • Bernie 2 Bernie 2 23 mars 21:54

                  Finir interdit après une lecture, que l’humidité des yeux brouille la frappe.

                  Merci Gabriel.


                  • Gabriel Gabriel 24 mars 08:35

                    @Bernie 2
                    Merci et désolé si utilisation de kleenex.


                  • velosolex velosolex 24 mars 10:53

                    Personnellement j’aime le gothique, alors j’apprécie. « Dracula » de Bram Stocker« , et » Le moine" de Sinclair Lewis, sont mes livres de chevet. 


                    Il y a une forme de bravoure à être confronté au chaos et à s’exposer au risque. 
                    La vérité des personnes sort de ce puits sans fond, caché sous le tapis. 
                    C’est de là que sortaient aussi les monstres sorties d’espace temps, du regretté Lovecraft, dans sa bonne ville de Providence, un nom comme un rituel de défense et d’espoir. 

                    Seule la confrontation avec le malheur, vous fait distinguer la lumière sortant des intertstices

                    • Gabriel Gabriel 24 mars 12:00

                      @velosolex
                      Beaucoup de poussière sous les tapis... 


                    • UnLorrain 24 mars 11:49

                      Beau texte,emouvant.

                      Vous pouvez ecoutez La derniere heure sur litteratureaudio ( donneur de voix n’a pas le ton ideal pour ce texte peu lu,car tres sombre je suppose,texte inacheve de Gustave Flaubert ) dans cette nouvelle Flaubert fait part de la mort de sa soeur,Leila je crois le prenom, qui part a l age de dix ans,il y dit entre autre Je meprise trop dieu pour pouvoir le blasphemer,il y parle de lui et des hommes,il a 19 ans et veut s endormir definitivement dans sa chambre en ayant boucher le trou de la serrure avec de la mie de pain,utilisant le gaz inodore et mortel du charbon qui brule,dans un fourneau je suppose ( je crois,bien que je n’en ai pas de preuve formelle,qu une piece n est jamais hermetique et heureusement de cela)

                      Une belle soeur porta dans ses bras,contre elle,un enfant mort ne,un ange,pendant 16 ans. C’est juste,avec le temps tout s’en va.


                      • Gabriel Gabriel 24 mars 11:59

                        @UnLorrain
                        Merci de votre passage. Avec le temps les douleurs s’atténuent mais les souvenirs ne s’éffaçant jamais les ravive ?


                      • Vipère Vipère 24 mars 13:05

                        @Gabriel


                        La vie ne peut pas êtreréduite à la seule matière.


                      • UnLorrain 24 mars 13:31

                        @Gabriel

                        Ravives attenuees,oui je le verrais comme cela.

                        Excusez mais je dois prevoir dans ce que j’ecris que les accents et certains signes de ponctuation non seulement disparaitront mais feront disparaitre une lettre avec accent.


                      • Vipère Vipère 24 mars 13:14


                        « La vie ne peut pas être réduite à la seule matière. » smiley

                        C’est de ce côté là, qu’il vous faut chercher des réponses spirituelles !

                        Aussi ne vais-je pas me répandre sur ce fil pour étaler mes convictions personnelles dont le résultat est un cheminement de plus de dix ans de recherche.

                        A chacun sa quête, s’il ressent le besoin impérieux de comprendre le sens de la vie associé à son pendant, la mort ! c’est à la portée de tout un chacun.

                         Les convictions d’autrui ne sont d’aucun secours, à ceux qui s’engagent sur la voie de la compréhension du sens de la vie. 


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