Jadis la rubrique des chiens écrasés désignait familièrement une sous-catégorie de faits divers. Autant dire des événements anecdotiques, de l’information lambda tout juste bonne à remplir la colonne de gauche à l’avant dernière page des quotidiens. Or la mort brutale (mais attendue) et ignominieuse (pour ceux qui la lui ont donnée) de St Kadhafi, grand comédien et désormais martyr, vient d’effacer injustement de l’actualité brûlante trois figures surplombantes de nos frêles existence : le soldat Shalit, Sarkozette vagissante et Hollande intronisé, toutes trois inopinément reléguées dans les limbes du non événement…
Shalit for ever
Commençons par le soldat Shalit, trop vite oublié malgré cinq longues années de rétention aux mains des terroristes du Hamas … un parti politique – cela mérite d’être précisé – en vérité seul habilité quoiqu’en dise la pègre politico-médiatique, à exercer les prérogatives gouvernementales à Gaza. Mais aussi en Cisjordanie puisque le Hamas a remporté - tout à fait légalement et pacifiquement - les élections législatives de 2006 avec 56% des suffrages, soit une majorité de 74 sièges sur 132. Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne avait alors invité le Mouvement de résistance islamique (traduction littérale) à former le nouveau gouvernement !
Des élections voulues et supervisées par l’Union européenne avec l’accord de Tel-Aviv et par conséquent de Washington. Les uns et les autres qui ne pouvant ignorer les projections de vote favorable au parti islamique, c’est donc délibérément qu’ils ont favorisé l’accession du Hamas. Alors pourquoi s’en plaindre ? En fait le résultat attendu allait consittuer une aubaine royale pour les maîtres ès mauvaise foi qui prétendent régenter le destin des peuples : le Hamas ne reconnaissant pas explicitement l’État israélien, Américains et Hébreux eurent beau jeu de refuser tout dialogue et de rompre sine die toutes les négociation en cours. Celles-ci ont été renvoyées à la case départ annulant d’un seul coup tout ce qui avait pu être gagné depuis les Accords d’Oslo signés à Washington 13 septembre 1993. Entretemps il est vrai, Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien signataire des Accords avait été assassiné le 4 novembre 1995 à Tel-Aviv !
La libération de Shalit - réputé franco-israélien, mais bien incapable de prononcer une phrase dans la langue de Voltaire (1) – avait commencé d’être l’occasion d’un barouf médiatique de tous les diables sur le thème de la perfidie du Hamas et qu’un israélien valait mille fois mieux que les mille vingt-sept Palestiniens échangés ! Un argument peu parlant à l’oreille de l’indigénat céfran, mais autrement audible dans la Diaspora : Israël über alles. Israël incarne le triomphe absolu de la volonté et ne recule devant aucun sacrifice pour sauver l’un des siens. Quelle grandeur ! Certes, mais à y regarder de plus près l’arbuste Shalit cache un fait énorme à savoir que pour un prisonnier israélien – « enlevé » lâchement selon la terminologie officielle… ou mieux « tombé dans un piège tendu par des groupes armés de la bande de Gaza » (le Figaro) et non « capturé » comme l’usage le veut en matière de pratiques militaires – ce sont quelque onze mille Palestiniens qui se trouvaient dans les prisons de l’État hébreu avant l’accord d’échange. Dont environ cinq mille politiques et un nombre considérables de mineurs incarcérés longtemps et sans jugement souvent pour jets pierres (2).
Israël peut donc bien libérer aujourd’hui quelques centaines de terroristes hors service ou hors d’âge – le plus vieux ayant quatre-vingts ans et trente années de détention – elle est riche d’otages à monnayer contre l’un des siens pouvant ainsi se permettre périodiquement une opération de délestage. Car l’opération n’a évidemment rien d’exceptionnel contrairement à ce qui en a été dit (3).
Shalit devrait cependant venir à Paris recueillir les lauriers de sa jeune gloire. Une compensation en quelque sorte pour un passage trop court sur la scène médiatique en raison de l’inoubliable Libération libyenne. D’ailleurs quel joli mot magique que celui de « Libération », car la tyrannie (ici elle sera en principe démocrato-chariatique) survit généralement au tyran (ou réputé tel) ! Des comités attendent Shalit et les rédacteurs polissent déjà leurs claviers pour donner à l’événement tout le retentissement qu’il mérite et chnter les louanges d’Israël. Mais tout cela sentira cependant le réchauffé même s’il sera alors de bon ton de rappler que l’Islamisme façon Hamas est monstrueux, mais non celui de nos nouveaux amis Facebook de Tunis et de Tripoli.
Sarkozette entre sans faire de bruit, Kadhafi réussit une sortie fracassante
Sarkozette, nouvelle née présidentielle est aussi passé médiatiquement à l’as, éclipsée qu’elle a été par l’affreux Kadhafi qu’hier encore tous les puissants courtisaient, congratulaient, lui faisant moult ronds de jambes, sixième réserves pétrolifères mondiales obligent ! Un Kadhafi saignant avec des allures – propos impies – de Christ aux outrages… ou plutôt de Montée au calvaire selon Bosch (4) et que la mort a transfiguré le faisant passer du statut de despote assez odieux (mais généreux pour l’Afrique), à celui de martyr de l’anti-globalisme et de ses sinistres idoles. Sakozette est en effet à ce point passée inaperçue dans le grand tumulte des bombardements humanitaires de l’Otan sur Syrte que la plupart d’entre nous ignorent jusqu’à son nom, Guilia ! Il faut dire que les lucarnes ont été à son sujet d’une très inhabituelle discrétion. Que doit-on en penser ? Et bien que M. Sarkozy adopte le profil bas ! Que ses communicants ont jugé inopportun l’exploitation trop ostentatoire d’un heureux événement qui, il y peu, aurait transporté le bon peuple d’extase. Même Rachida Dati, frêle créature aux lapsus révélateurs et ex intime du coupe Cécilia-Nicolas, se met à cracher dans la soupe en tançant le Premier ministre Fillion futur candidat aux législatives parisionnes. Rien ne va plus et les chacals se battent déjà pour quelques bribes et reliquats de pouvoir. Non l’heure n’est décidément plus à pavoiser ni à peopliser. Pas même pour François Hollande intronisé candidat socialiste pour la prochaine échéance de 2012 et qui semble avoir beaucoup de mal à endosser ses habits neufs de présidentiable.
Qu’est-ce à dire ? Que là encore, malgré l’indécent tapage orchestré autour de la primaire socialiste – de la méga pub jusqu’à la sursaturation – M. Hollande n’affole pas les foules et que feu Kadhafi lui a fait rater son entrée en scène lui volant la vedette avec une mort cruelle et intempestive. M. Hollande, dont l’ambition est indubitable n’en cependant pas moins totalement dépourvu de charisme. Il est n’est pas non plus de l’étoffe dont on fait les héros de la décolonisation expresse, un Mendés-France par exemple, liquidateur de l’iNdochine en quarante-huit heure crono. M. Hollande se conte lui de déblatèrer péniblement des textes sémantiquement indigents espérant se faire élire sur sa bonne mine et en caressant dans le sens du poil une jeunesse menacée ne pas vivre mieux que ses aînés ! Glissant quand même un mot au passage pour les classes moyennes exposées, elles, au déclassement. M. Hollande qui fait allègrement dans le compassionnel cette forme actuelle d’un pathos démagogique, larmoyant et de mauvais aloi. Or qu’on le veuille ou non, crise ou pas crise, ceinture serrée ou pas ceinture, l’abondance va croissante et nous vivons indéniablement « mieux » que nos parents qui n’avaient pas forcément le gaz à tous les étages et rarement d’ascenseur ! Ce qui évidemment ne fait pas les nouvelles générations plus heureuses que leurs ascendants, mais ceci est une autre affaire.
En politique tout est possible : la chute de Strauss-Kahn comme celle de Sarkozy
M. Hollande aurait donc raison de se plaindre de M. Sarkozy - dont les avions pratiquent l’assassinat ciblé sous couvert des Nations unies et du devoir d’assistance à population en danger - pour l’avoir fait médiatiquement trébucher dès la première marche du podium. Mais M. Hollande aurait tort car au fond n’a-t-il pas ressenti cette bouffée de chaleur, cette dilatation de l’être qui a transporté M. Juppé à l’annonce de l’arrestation de M. Strauss-Kahn ci-devant satyre de Manhattan ? L’un et l’autre n’ont-ils pas vu là une manifestation du divin hasard – ces gens-là ignorent bien entendu le mot même de Providence – prodigue en coups de théâtre.
En politique tout est donc possible et même que M. Hollande se trouve propulsé – au moins en rêve-t-il – au second tour des présidentielles face à face à l’hydre fâcheuse du racisme primaire qu’incarne aujourd’hui Mme Le Pen. Bref le montage prévu pour faire élire l’ex-patron du Fonds monétaire international dans un fauteuil à la Bokassa en réitérant le « coup » de 2002, servirait à satisfaire les plus folles ambitions de l’impétrant Holande.
C’est oublier cependant que M. Hollande n’est que le favori des sondages, c’est-à-dire peu de chose ! Certes les sondages influent sur l’opinion, ils la façonnent même – on vient de le voir avec la primaire socialiste – mais cette influence est instable, transitoire… MM. Balladur et Jospin l’ont appris à leurs dépends. Le premier crédité de 65% d’opinion positive en janvier 1995 se lance bille en tête dans la bataille des présidentielles. Le jour du scrutin, dépité, il ne recueille au premier tour que 18% des suffrages !M. Jospin en octobre 2001 parade au-delà des soixante points de satisfaction, il s’y croit déjà ! Six mois plus tard, il n’obtiendra qu’un misérable 16,18% derrière M. Le Pen !
Constatons qu’a contrario, même le meurtre pitoyable du despote libyen n’aura pas fait remonter Sarkozy d’un pouce dans les sondages où il stagne au plus bas. Qu’est-ce donc qui pourrait en effet aujourd’hui sauver le soldat Sarkozy de la débâcle où l’entraîne une crise de plus en plus immaitrisable ? Rien ! Donc nous pouvons raisonnablement attendre de ce côté un possible coup du sort. L’homme a perdu son mordant. Il patine, et autour de lui, sous les apparences d’une fidélité et d’une loyauté sans faille les seconds couteaux attendent l’heure du coup de grâce. Coppé sera sans doute désolé de se lancer dès maintenant (n’avait pas prévu son entrée dans l’arène en habits de lumière que pour 2017 ?), mais il ira si Juppé sort du bois. Par ce que l’on peut prévoir – sans être grand clerc - que si la descente aux enfers sondagiers se poursuit, la crise aidant, ces nobles Messieurs aux grandes dents animés de si pures ambitions au service exclusif du pays, adopteront le fier slogan d’une entreprise typiquement franchouillarde - baguette, biniou, béret - dont la fille du patron a épousé Jean Sarkozy après reconversion, en un mot la société Darty : « quand faut y aller, faut y aller ». Ils iront donc et plutôt deux fois qu’une !
Exit M. Hollande et ses illusions. Face aux requins de l’UMP Hollande aura du mal à faire le poids M. Hollande nous ayant révélé au passage ce qu’il est réellement. Primo l’homme qui a été désigné non pas par les membres et sympathisants du PS lors de « primaires », mais le substitut du candidat failli Strauss-Kahn, l’espoir de la Knesset et des oligarchies globalistes (5). En un mot une roue de secours, et rien d’autre. Deusio que le brillant scénario élaboré pour faire coopter par l’indigénat hexagonal leur futur Big Brother, celui-ci ayant été victime d’un accident de parcours, il est probable que le montage électoral prévu capote parce qu’inadapté à l’épisode de crise aigue que nous traversons. Parce que M. Sarkozy quoiqu’habitué à sous-traiter de glorieuses guerres néocoloniales au service de la City et de Manhattan - avec comme mentor le perroquet de la Maison-Blanche, unique chefs d’État au monde à se féliciter publiquement du lynchage d’un homme auquel il a serré la main – sera prochainement convié à exercer ses talents ailleurs. Le mot de la fin, pour l’ex majorité présidentielle et une autre majorité, de Français celle-là, sera, n’en doutons pas « Sarkozy dégage ! ». Mis nul ne lui souhaite bien évidemment de finir sur un croc de boucher ou dans la chambre froide d’un super marché de Misrata !
Notes
1 – A contrario silence radio total sur l’étudiant franco-palestinien Salah Hamouri emprisonné sur de simples présomptions depuis 6 ans en Israël.
2 - Depuis juin 1967 et la Guerre des Six jours, ce sont 700 000 Palestiniens qui ont transités par les prisons israéliennes, soit 20% de l’actuelle population de Cisjordanie et de Gaza.
3 - Depuis 1974, Israéliens et Palestiniens ont procédé à de multiples échanges : en mars 1974 et 1979. En novembre 1983 ce sont 4 600 Palestiniens qui sont libérés contre 6 soldats capturés par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) au Liban. En mai 1985, 1 150 détenus palestiniens sont échangés contre 3 soldats israéliens capturés en 1982 par le Front populaire de libération de la Palestine. Octobre 1997, libération du guide spirituel du Hamas, cheikh Ahmed Yassine, aveugle et ultérieurement victime d’un drone, détenu depuis plus de huit ans, en échange de deux agents du Mossad retenus en Jordanie pour tentative d’assassinat contre Khaled Mechaal actuel chef politique du Hamas. Janvier 2004, Israël libère 431 prisonniers lors d’un échange avec le mouvement chiite libanais Hezbollah qui de son côté restitue les corps de 3 soldats juifs. Puis les échanges s’enchaînent à un rythme accéléré portant chaque fois sur plusieurs centaines de personnes : deux vagues annnueles en 2004, 2005, 2007 et 2008. Enfin octobre 2009, 20 Palestiniennes sont délivrés en contrepartie d’une vidéo de Gilad Shalit capturé en juin 2006 en la lisière de la bande de Gaza. 11 octobre 2011 un accord sous médiation égyptienne organise l’échange du soldat Shalit contre 1 027 prisonniers palestiniens.
4 - Gros plans du visage du trépassé vidéo 1’29’’ - Gaddafi Alien Autopsy.
http://www.youtube.com/watch?v=4aVlWvaPx5c&feature=player_embedded
5 – M. Attali dont la réputation n’est plus à faire, se vante aujourd’hui d’avoir été le parrain en politique du coupe Hollande/Royal. C’est lui qui les aurait présenté à Mitterrand puis qui, arrivé à l’Élysée, les a intégrés à sa propre équipe.

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J’ai envie de vomir en lisant cet article. Désolé, c’est tout ce que cela (...)
23/11 14:26 - nocommentBrillante satire ! On en reprendrait volontiers.
03/11 16:42 - Bovinus
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