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Les fora électroniques virtuels de la Toile Géante comme arrière-conscience de l’humanité

La quasi-totalité des fora électroniques virtuels de la Toile Géante ne sont pour ainsi dire que des paniers de crabes où le fond inexiste cruellement.

L'internaute moyen, tout protégé qu'il est derrière son écran, se lâche très vite, il se montre tel qu'il est réellement et finit par utiliser les espaces de dialogue et d 'échange comme une sorte de défouloir et de faire-valoir.

Il tutoie le plus souvent d'emblée son correspondant sans le connaître autrement qu'au travers d'un pseudo, sans même avoir la possibilité d'éprouver son existence, sans rien savoir de lui, sans vouloir comprendre qu'Internet n'a jamais validé le tutoiement immédiat des contributeurs, contrairement à ce que les tutoyeurs intempestifs invétérés voudraient faire croire, sans vouloir savoir qu'on ne tutoie, que ce soit dans la vie ordinaire ou sur Internet, que si l'on est autorisé à le faire, qu'il tutoie donc sans autorisation, sans s'occuper le moins du monde de savoir si cela plaît ou convient à l'inconnu à qui il s'adresse, sans consentement de son interlocuteur, sans vouloir voir ni savoir que l’absence de consentement est l'exacte définition de ce qu'on appelle un viol.

En fouillant la mémoire d'Internet au hasard du surf, on trouve d'ailleurs trace d'un texte ancien intitulé « Viol et tutoiement » qui a fini par être supprimé par les censeurs, ce qui est le destin ordinaire d'écrits qui véhiculent trop de vérités élémentaires, mais de petits commentaires y afférents ont survécu et demeurent en ligne ici ou là bien que n'exprimant strictement rien.

Ce tutoiement est d'autant plus inapproprié quand ce sont des professeurs autoproclamés ou autres internautes instruits qui se présentent comme tels dans certains fora électroniques virtuels, lesquels osent traiter ainsi leurs élèves, chose qui, même aujourd'hui, ne pourrait se concevoir dès la classe de sixième dans les collèges et lycées, alors que ces enfants n'ont que dix ou onze ans : d'autant plus abject puisque ces « professeurs » se devraient de donner l'exemple en matière de civilisation ou de citoyenneté.

Or, l'expérience montre que les internautes éduqués se vouvoient sur Internet tout simplement parce que c'est le mode de communication par défaut chez les individus civilisés.

Ce n'est d'ailleurs pas intrinsèquement le vouvoiement qui est respectueux, comme on a tendance à le croire, ce qui est poli, c'est l'acceptation des lois, sachant que toute loi est arbitraire mais n'est pas arbitraire d'obéir à la loi, et la loi, c'est le vouvoiement par défaut, que ce soit sur Internet ou dans la vie ordinaire, et ce, nonobstant le surnombre des hors-la-loi.

Le tutoiement pose un problème car il n'est autre que l'antichambre de l'insulte, qu'elle soit directe ou indirecte, et de son corollaire très fréquent à savoir l'étiquette qu'on vous colle sur le dos.

Le plus souvent l'internaute n'a pas d'arguments sérieux à opposer pour critiquer le fond : sa technique consiste donc à coller des étiquettes sur le dos du contributeur.

En gros, pour ne pas répondre sur le fond, il juge l'anonyme en lui collant une étiquette sur le dos.

Mais juger n'est pas argumenter, d'autant plus que personne ne peut savoir si le rédacteur pense réellement ce qu'il écrit ou bien s'il recherche simplement des contre-arguments à l'opinion qu'il avance, à la manière d'un mathématicien qui étudie une hypothèse.

Tous les moyens sont bons aux nombreux participants indélicats pour occuper le terrain sans jamais opposer d'argumentaires circonstanciés :

  • Modifier le pseudo de l'interlocuteur pour le ridiculiser.

  • Juger le posteur ou juger le contenu par collage d'étiquettes : on se sert donc d'une sorte de morale intuitive inexprimée pour sous-entendre qu'on n'a pas le droit de parler ainsi sans que la moindre raison vienne étayer cet interdit.

  • Comparer le posteur à des monstres historiques bannis pour lui infliger un discrédit durable, pour l'ostraciser, le diaboliser, bref, procéder à ce qu'on appelle une attaque ad hominem.

  • Botter en touche : répondre à côté est une grande spécialité.

  • Troller : autre processus pour occuper le terrain sans rien dire.

  • Répondre à une question par une question : méthode très prisée pour exister à tout prix.

  • Transférer le centre de gravité du problème ailleurs que là où il est : c'est là une autre technique de déstabilisation. Elle consiste par exemple à utiliser un mot M dans un tout autre contexte que ce dont il s'agit, en exploitant vicieusement le fait que c'est tout à fait par hasard qu'on emploie le même mot M dans ces deux univers qui n'ont rien de commun : dans ce nouveau référentiel, l'argument est invalidé voire ridiculisé. On se donne ainsi l'air d'avoir procédé à une réfutation magistrale alors qu'on n'a strictement rien dit sur le sujet. Ou encore, si un problème P1 est évoqué dans un contexte C1, l'internaute fera un parallèle avec un problème P2 à peine connexe dans un contexte C2, ce qui contourne la question invoquée en tant que telle et revient à comparer ce qui n'est pas comparable.

  • Chercher non pas à avoir raison, ce qui aurait une certaine noblesse en tant que recherche vers la « vérité », mais à paraître avoir raison : la grande majorité des individus préfèrent de loin « paraître avoir raison », notamment sur-le-champ sans plus attendre, car c'est un bénéfice psychologique à très court qui est recherché pour briller virtuellement, sans égard aucun au contenu concret réellement exprimé, car avoir raison, c'est très souvent paraître avoir tort, au moins dans un premier temps, ce que peu risquent ni dans la vie ordinaire ni sur Internet.

  • Positionner une sorte de curseur de lisibilité en situation extrême de manière à rendre tout indéchiffrable et interdire l'analyse des différences sensibles dans un ensemble indifférencié : ce genre d'arguments passe-partout se donne fréquemment l'air de la légitimité alors que ce ne sont là que paroles verbales vides de sens et sans rapport avec le sujet.

  • Répondre sur un point de détail : autre manœuvre pour intervenir sans rien dire, l'internaute copie-colle un fragment de quelques mots et y va de sa petite annotation personnelle sans vouloir envisager l'ensemble, ce qui n'est pas sans rappeler la gent canine qui honore chaque recoin de son passage.

  • Utiliser à outrance la mauvaise foi, que ce soit consciemment ou non : quoique plus rare, ce procédé d'intervention existe néanmoins. Dans ce style, l'internaute ignore en général toute logique élémentaire, tout bon sens commun, il tire sans vergogne la couverture à lui, il ne veut considérer que ce qui l'arrange, que son propre avantage, il ne regarde la problématique que sous l'angle du bénéfice qu'il pourra soutirer d'une situation qu'il cherche à exploiter, sans s'occuper de savoir si son examen outrage ou non certains principes fondamentaux.

  • Dominer par la contradiction : l'un des tout premiers vœux intérieurs de l'internaute moyen, c'est d'exister, notamment par la négation d'autrui, cette dernière s'obtenant le plus souvent par la très jouissive contradiction, de préférence frontale. L'internaute jubile, la moindre tautologie est passible d'une opposition, même un énoncé du genre « deux et deux font quatre », puisqu'un contradicteur averti pourra vous rétorquer qu'à ça fait onze en base trois, et donc que « deux et deux font onze ».

En additionnant tout cela, du tutoiement immédiatement infligé par décision unilatérale à l'ardent désir de contradiction et de négation d'autrui en passant par toutes sortes de paroles verbales absolument vides de sens réel, on en arrive à ce constat que le fond est à peu près nul.

C'est ce qui explique que très peu d'esprits éminents interviennent dans les fora électroniques virtuels de la Toile Géante, ils y sont d'ailleurs quasiment instantanément lynchés par la blogosphère et ne peuvent s'y maintenir très longtemps, toute possibilité de discussion sereine étant abolie dans de telles conditions manifestement déloyales.

En effet, leur éminence intellectuelle est très vite repérée et jalousée : le propos est sensé et argumenté, l'absence de ponctuation hystérique, par exemple plusieurs points d'exclamation ou d'interrogation, sans même parler des émoticônes infantilisants, même dans la moindre contribution, est un signe qui se détecte rapidement, l'orthographe est vérifiée, leur syntaxe soignée annonce une aisance littéraire : ils sont donc les cibles idéales pour des attaques en règle de la part des nombreux malveillants car les inférieurs choisissent spontanément les supérieurs comme cible puisqu'ils voudraient leurs paraître supérieurs.

L'attaquant joue d'ailleurs sur du velours car il sait ou sent qu'il ne sera pas verbalement malmené en retour du fait de l'aristocratisme inné de ces perles rares, ils savent qu'ils peuvent égratigner sans être touchés à leur tour, et s'en donnent d'autant plus à cœur joie.

C'est pourquoi, les vrais penseurs et autres érudits, pour peu qu'ils interviennent de temps à autres dans ces fora virtuels, que les sujets traités soient estimés politiquement incorrects ou non, sont très vite expulsés de ces communautés in fine recroquevillées sur elles-mêmes, ou désertent d'eux-mêmes ces lieux inhospitaliers, Internet ne s'étant pas encore donné les moyens de la politesse et de la loyauté minimales dans les conversations entre internautes.

En conclusion, les fora électroniques virtuels de la Toile Géante sont probablement la meilleure image de la malveillance généralisée qui sévit sur Internet qui n'est autre finalement, sous cet angle de visibilité, que la maladie mentale de l'humanité saisie en pleine lumière. Il est bien possible qu'un jour les chiatres et autres chologues se penchent sur cette question et tirent assez vite les conclusions qui s'imposent : la bienveillance y est rarissime, de l'inopportun tutoiement aux invectives et autres injures plus ou moins sous-entendues en passant par toutes les formes de contournement de la moindre véridicité, tout est fait pour ne jamais répondre sur le fond, vous devenez insensiblement le jouet de malades qui veulent non pas « avoir raison » mais « paraître avoir raison », lesquels vous utilisent comme faire-valoir pour arriver à leur fin.




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  • Par sylvie (---.---.---.200) 29 mai 2012 14:46

    On dirait un vieux papier recyclé de abgeshiendenheit

  • Par al.terre.natif (---.---.---.250) 29 mai 2012 12:00

    Bonjour Monsieur durae.leges.sed.leges,

    Je vous répond, non pas pour me mettre en avant, mais juste pour exprimer ce que je ressent. Non pas que ceci ait une très grande importance, mais plutôt parce que l’échange passe par des commentaires, et que votre texte m’a donné envie d’échanger avec vous.

    Vous pensez que le tutoiement est une marque d’incivilité, et qu’elle permet de facilement se lancer dans l’invective et l’injure ? (je reformule, histoire de voir si j’ai bien compris votre propos)

    Je ne le penses pas, enfin, pas dans tous les cas. Dans beaucoup de cas, le tutoiement sert à rapprocher les interlocuteur, faire tomber certaines barrières de la communication qui peuvent alourdir les commentaires et allonger les textes sans apporter de plus-value. Ainsi, quasi personne ne fini ses commentaires par une phrase type, comme dans les courriers papiers de l’époque (« Veuillez agréer ... »), trouvez vous que ceci est aussi une marque d’incivilité ?

    Vous listez d’autre part les différentes manières de ne pas répondre à une question ou un commentaire. Effectivement, ces façon de faire existent, mais aussi bien sur internet que dans la réalité. Elles ont toujours existé, et n’ont aucune raison de ne pas être présentes sur le net, où est censée se prolonger les conversations de la vie réelle.

    C’est sûr ces points que je ne vous suis pas.

    Par contre, effectivement, j’ai noté que les commentaires, sont souvent plus débridés sur le net, où l’anonymat est souvent de rigueur, que dans la vie réelle, où l’insulte peut conduire à un affrontement physique entre deux interlocuteurs. Le problème principal est, je penses, que dans la vie, ces petites phrases polluent le débat mais ne restent pas. Sur le net, une petite phrase peu entrainer les réactions bien loin du propos initial, de réponse en réponse, toujours plus loin.

    Une manière de gérer cela : ne lisez plus les commentaires qui vous énervent à ce point, contentez vous de chercher, parmi la masse de ce que vous jugez mauvais, la perle qui va vous parler, le commentaire qui va vous apporter, ou simplement celui qui mettra les bons mots sur les idées que vous partagez.

    En un mot, cherchez la convergence plutôt que les différences, cela pourrait sauver vos lectures, et vous permettre d’extraire de la masse des infos sans intérêt, les quelques lignes qui vous apporterons.

    Avec mes sincères salutations,

    Al Terrenatif !

    PS : au niveau de la forme, ça va là ?

     smiley

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