L’agriculture biologique et le nucléaire sont les deux éléments historiques constituant le terreau fondateur de l’écologisme. Ayant vu, dans le chapitre précédent que pour ce qui concerne l’AB, l’imposture se situe, au mieux, dans la mise sous le boisseau du problème, nous allons voir que, pour ce qui concerne le nucléaire, celle-ci se manifeste carrément par le mensonge.
Avant Fukushima, le nucléaire était en passe devenir une véritable épine dans le pied des écologistes, les vouant à la contradiction interne et à la ridiculisation externe. Quarante ans après les rassemblements abolitionnistes de Fessenheim, du Bugey et de Golfech, les nouveaux écolos étaient en train de découvrir, avec des yeux ronds, que les risques d’accidents industriels dans les centrales nucléaires n’étaient pas plus élevés que les autres risques de bugs du système industriel global, et que finalement la catastrophe de Tchernobyl n’était pas forcément plus inacceptable que celles de Bhopal, de Seveso, ou d’AZF. Ils étaient dès alors enclins à commencer de calculer que les coups de grisou quotidiens dans les mines de charbon chinoises témoignaient du caractère statistiquement plus meurtrier de l’extraction du charbon par rapport à la fabrication d’électricité dans les centrales atomiques. Et, pour finir, ils venaient tout juste de se rendre compte que l’énergie nucléaire n’étant pas émettrice de gaz à effet de serre, se replaçait du coup en tête des énergies recevables du point de vue de l’épouvantail CO2, lui même devenu ennemi écologique n°1 depuis quelques années au point d’éclipser toutes les autres menaces environnementales.
Définitivement acquis au dogme envahissant du lobby réchauffiste mondial, les écologistes, tout leaders, militants et sympathisants confondus, étaient en voie d’abandonner totalement leur traditionnelle hystérie anti-nucléaire, à tel enseigne que l’ex-future candidate d’ « Europe Ecologie » Eva Joly, ne parlait plus, à cette époque, de « sortir du nucléaire » et avait inscrit à son pré-programme la mesure suivante : « on conserve les centrales actuelles, et on verra plus tard si on en construit d’autres ou pas ». C’était à la fois comique et lamentable, mais cela avait au moins le mérite d’être clair et honnête. Candidate gadget fabriquée par Dany le Rouge pour contrer Nicolas Hulot, elle jouait le nucléaire profil bas face au chouchou des foules nucléariste convaincu, mais lui-même instrument médiatique d’activistes plus instruits, dont Jean Marc Jancovici, chantre technocrate de l’écologie atomique.
Mais la partie semblait perdue d’avance pour Bendit, qui se contrefiche depuis toujours du nucléaire ou pas, mais tenait à préserver son leadership politique d’autant que la niaise Duflot faisait les yeux doux au gendre idéal. Heureusement vint Fukushima pour sauver sur le fil un combat mal parti pour le premier. Malgré la conversion de Hulot au jeu de la girouette, tous ses efforts de revirement furent plombés uns à uns par l’intransigeance de ses véritables commanditaires neutrodépendants. Le plus éminents d’entre eux, toujours le même polytechnicien JM Jancovici, écrivait froidement dans un article intitulé « La main invisible de la radioactivité » publié dans Le Figaro du 3 avril 2011, c'est-à-dire moins d’un mois après la catastrophe japonaise : « …les accidents dans les mines de charbon font plus de 5000 morts par an, rendant la production électrique à base de charbon considérablement plus meurtrière que celle issue de l’atome, même en tenant compte des accidents comme Tchernobyl…. Le tabac et les voitures, tous deux en vente libre, tuent chaque année dans le monde l’équivalent d’une grande ville ou d’une région française…. Manger trop gras et trop sucré tue prématurément des centaines de milliers d’américains tous les ans, et même rester chez soi est dangereux : environ 10.000 décès par an sont dus aux accidents domestiques dans notre pays…. Une hôtesse de l’air qui prend 200 vols long courrier par an approchera aussi de la dose maximale admise pour les travailleurs du nucléaire, et une personne qui passe un scanner corps entier peut largement la dépasser …… L’absence d’élément inflammable dans le cœur des réacteurs concernés (contrairement à Tchernobyl), et l’évacuation précoce des populations (contrairement à Tchernobyl), rendent peu probable que Fukushima change significativement le bilan humain - bien assez lourd comme cela - du tsunami, même si la situation empire encore sur le site. En quoi cela serait-il indécent d’en prendre acte ? »..
Aïe ! Avec ça, il était difficile pour Hulot de faire passer la pilule du ralliement de la onzième heure et au hit parade des Grandes Peurs, l’hiver nucléaire battit à plate couture la canicule carbonique. D’un certain point de vue, c’est bien dommage parce que la nouvelle donne ainsi recréée entretient encore plus la confusion au sein de la mouvance verte, alors qu’une ligne jancovicienne victorieuse aurait eu le mérite d’abattre clairement les cartes du jeu écolo-nucléaire. Au lieu de cela, nos charlatans continuent d’avancer masqués en mentant outrageusement sur leurs convictions profondes et attendent patiemment que le souvenir de Fukushima soit suffisamment estompé dans l’opinion publique. Sachant que toutes les études de marketing politique s’accordent à dire que le potentiel d’oubli par l’inconscient collectif des masses est inversement proportionnel au taux de relais médiatique de l’évènement considéré, à savoir que dans le cas où un fait marquant cesse d’être diffusé le niveau d’oubli est très élevé, et que le délai peut être estimé à 6 mois à peine pour un évènement majeur qui aurait disparu durablement de la une des principaux médias, il est probable que les écologistes puissent revenir paisiblement à leurs véritables amours après les présidentielles.
Une claque électorale annoncée d’Eva Joly, additionnée à un silence nippon rassurant permettront à coup sûr le retour en force du tandem Hulot/Jancovici, la seule difficulté résidant dans le fait de d’occulter les positions anti-nucléaires prises in-extremis par le premier. Mais la tâche ne devrait pas être trop ardue, car le second a pris la peine de conserver – en coulisse – une ligne ferme tandis que le premier fautait légèrement – sur le devant de la scène - par excès de pragmatisme politique. Le spectacle collait trop à la peau du saltimbanque pour qu’il fût judicieusement guidé vers le politiquement raisonnable, mais le phénomène d’oubli précité le rétablira sans doute sans trop de peine dans ses fonctions médiatiques.
En Allemagne, la traversée du désert des écolonucléaires devrait être un peu plus longue, car ce pays a la caractéristique, rare en Europe, de posséder des réserves de charbon substantielles permettant de produire de l’électricité, pour un certain temps, en se passant de l’atome. Ce contre exemple ne manquera pas d’être stigmatisé par le reste du continent, et renforcera encore la tendance écologiste du retour au nucléaire. Les épaisses fumées emplies de dioxyde ce carbone qui s’échapperont des centrales thermique teutonnes serviront utilement de repoussoir pour la meute des réchauffistes et feront le lit d’une relance rapide du tout-nucléaire.
Car si les écologistes sont des menteurs avérés, ils sont par ailleurs assez logiques. Et c’est d’ailleurs l’exercice même de leur logique qui les contraint au mensonge. Le point névralgique du problème, c’est l’option irrémédiable de la croissance. Dès le moment où le mouvement écologiste s’inscrit dans la philosophie du développement économique, et à plus forte raison d’un développement économique « durable », il ne peut faire l’impasse sur un raisonnement énergétique sérieux. Bien que passablement ignares de la science écologique, les écologistes n’en sont pas moins relativement instruits de la chose économique, et nous pouvons leur reconnaître le mérite de ne pas attribuer la phénoménale croissance des ces 150 dernière années au seul génie humain - contrairement à certains illuminées bien plus ineptes qu’eux - mais fondamentalement à la jouissance d’une énergie abondante, facile d’usage et bon marché (c'est-à-dire le Pétrole, pour faire simple). A partir de là, le maintien d’un « développement durable » passe par une nécessaire continuité énergétique. Or le pétrole étant voué à manquer d’ici peu de temps, il convient de présenter au peuple une alternative crédible dans ce domaine.
Certains écologistes tentent bien une mystification supplémentaire en parlant de transition vers les énergies renouvelables (ce sujet fera l’objet d’un prochain article détaillé), mais les principaux zélateurs de cette idée ne croient pas un mot de ce qu’ils disent , en premier lieu Yves Cochet dont l’excellent livre « Pétrole Apocalypse » et la remarquable conférence « Pic de pétrole et décroissance » du 22 mai 2008 devant le Collectif Parisien pour la Décroissance (1h40 - http://www.adaptation-decroissance.com/Liens/article/yves-cochet-pic-de-petrole-et ) prouvent qu’il se livre à un regrettable exercice de RealPolitik chaque fois qu’il entonne sa fâcheuse ritournelle renouvelable. A l’opposé, des individus moins impliqués dans la politique spectacle, tels JM Jancovici ou A Grandjean (Le plein s’il vous plait – Sauver le monde), sourient carrément des chimères renouvelables et expliquent froidement que seule le nucléaire permettra (peut être) d’assurer la fourniture d’énergie nécessaire à un développement durable.
Car aucun écologiste, même convaincu en privé de l’inéluctabilité du déclin économique prochain, n’oserait évoquer une quelconque décroissance de notre civilisation industrielle, qu’elle soit modérée, soutenable, raisonnable,… ou, encore moins subie. Dans leur incommensurable vanité, ils s’imaginent faire mieux que les capitalistes et proposer aux populations futures la croissance paisible jusqu’à la fin des temps. Ils ne se rendent pas compte qu’ils ne sont, en réalité, qu’une une déclinaison opportune de ce même capitalisme, comploteurs agréés par le système et lui permettant de gagner sur tous les fronts.
Plus simplement, il ressort que le développement durable à la sauce écologiste nécessite une énergie pérenne et abondante, c'est-à-dire le nucléaire. Les écologistes, naturellement, pensent ainsi mais disent le contraire. Donc ils mentent !

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