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Les Lettres mourantes

Où est passée la littérature ? Question importante... Interrogation défendue ! Tout fout le camp dit-on : la morale, le savoir-vivre, les grands écrivains… A-t-on encore un goût réel pour le raffinement ? Connaît-on aujourd’hui la valeur d’une œuvre ? Le relativisme partout présent nous confond ! En politique, en art ou en philosophie nous ne savons plus, nous hésitons. Et ce ne sont pas les hésitations intelligentes de la remise en question ou de l’esprit nu qui s’imprègne d’une nouveauté. Oh non ! Bien souvent, trouve-t-on celles propres à l’homme perdu, coupé de l’héritage arraché de ses mains, étranger en son pays, abasourdi par des artistes qui ne le concernent plus. 

Déjà, nous n’aimons plus notre culture. Aimer son histoire c’est vouloir la continuer. En regardant vers le passé, de géantes idoles plus ou moins mystérieuses se dressent nous couvrant d’ombre et d’incompréhension. C’est l’orgueil qui nous manque ! Le bon ! celui qui est moteur d’exigence. On crie d’extase face aux vedettes d’Hollywood – abrutissante américanisation ! – et on s’ennuie devant la feuille blanche, « pierre tombal » comme le disait Céline. Elle demande toute notre attention, en réclame beaucoup trop. « Ci-gît l’auteur » disait encore le romancier. Aujourd’hui les funérailles sont à préparer : l’art de l’écriture se meurt et souffre de ceux qui le poignardent de leur cruauté. Les Angot, Lévy, Nothomb l’assassinent par l’encre avec une telle violence qu’ils le rendent christique ; sa figure ensanglantée tordue par la douleur émouvant de compassion la bonté divine.

Fut un temps Maurice Barrès, sortant dans les rues de Paris, ébloui du spectacle qui s’offrait à ses yeux, contemplait la foule qui enterrait Victor Hugo et lui réservait un destin digne des héros de la nation. Religieuse cérémonie laissant croire qu’on pleurait la disparition d’un prophète d’Israël. De là, une furie littéraire s’empara du jeune homme. Nous n’en demandons pas tant. A vrai dire nous n’accordons pas cette importance parfois trop exagérée aux artisans de la plume. Mais tout de même une langue doit vivre ! Le français a connu une traversée magnifique, des époques, des aventures, des façons et des styles qui nous offrent le panorama des plus belles Lettres du monde. A l’image de notre pays, la littérature se prostitue. Elle se dessèche de vieillesse alors qu’elle est éternelle ! On la frappe ! On la tue !

Voilà qu’il y a quelques jours notre gouvernement apportait à la populace une simplification de l’orthographe. Il faut dire que, nous autres gueux, nous ne sommes plus capables d’écrire correctement, même avec les outils informatiques qui devraient susciter le meilleur des savoirs. L’effort est dur, l’effort nous manque. Se plier à certaines règles c’est renoncer et nous ne voulons pas laisser de côté nos caprices de générations immatures. Jean d’Ormesson remarquait très justement qu’une langue évolue par l’usage, non par décrets, propositions ou réformes de l’Etat.

Nos enfants doivent conserver l’amour de l’objet bien fait. Parents ! façonneurs des petits êtres de demain ! Apprenez comme il le faut à vos descendants, donnez du goût au monde !

Pour soulever un poids si lourd,
Sisyphe, il faudrait ton courage !
Bien qu'on ait du cœur à l'ouvrage,
L'Art est long et le Temps est court.


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5 réactions à cet article    


  • sarcastelle 17 février 17:39

    Bainville, je vous ai plus ou moins répondu sous l’article « il faut réformer l’orthographe ». 


    • Candide Bainville 17 février 18:33

      sarcastelle,

      Votre article est intéressant.

      Je ne mets pas en cause l’évolution du langage. Ainsi à la fin je concède qu’’il change par l’usage.

      Disons que ce qui m’inquiète est la perte de tout intérêt pour la langue même et la moribonde vie littéraire qui caractérise notre époque. L’Académie française ou les différents dictionnaires sont les juges suprêmes, les véritables codes juridiques de nos manques d’attention - et Dieu sait si Voltaire, avec les nombreuses fautes d’orthographe que comportaient ses manuscrits, envie de là où il est nos moyens. Mais de telles institutions, dans leur tradition, sont justement conservatrices. Au siècle passé l’académie Goncourt a été plus moderne et plus visionnaire, reconnaissant Proust, presque Céline et d’autres grands écrivains. Beaucoup de ces derniers, il faut le dire, sont tombés dans un certain oubli à la manière de notre littérature qui s’enfonce dans la médiocrité. Il est d’ailleurs amusant d’observer que les deux grands auteurs des années dix-neuf cents, dont les noms reviennent sans cesse, étaient soutenus par Léon Daudet, lui aussi passé dans les ténèbres de la mémoire.

      C’est le bas niveau, offert par notre société, qui m’apparaît préoccupant. Je le constate par ma propre expérience et j’essaie moi-même de m’améliorer tous les jours, comme je le peux.

      Sinon, là où je serai en désaccord avec votre propos c’est lorsque vous nous comparez aux vieilles façons des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles. Durant ces temps les formes n’étaient pas fixées ; elles le furent justement au dix-neuvième par l’Académie. Nous n’avons donc pas affaire à une simple coutume, nous héritons d’une langue formalisée. 


    • sarcastelle 17 février 22:27

      @Bainville


      Je pense qu’il y a une confusion. Je ne suis pas l’auteur de l’article et il ne me semble pas avoir parlé du sujet de votre dernier paragraphe. 
      Je faisais allusion à ma réponse de 12 heures 07 le 17/02 (presque tout en bas des réponses). 

    • Candide Bainville 17 février 22:50

      sarcastelle,

      Effectivement, veuillez m’excuser j’ai cru que vous étiez l’auteur. Dans ce cas ma réponse n’est qu’un pur hors sujet. smiley Je suis allé trop vite, un des travers de notre époque. On n’échappe pas à sa date de naissance, ni à ses conditionnements. smiley

      Il me semble donc que nous sommes d’accord si j’ai cette fois lu ce qu’il fallait. Que l’État veuille agir sur l’orthographe ou sur l’éducation des enfants est un mauvais signe. Plus le temps passe et plus les gouvernements semblent se préoccuper de ce qui n’est pas de leur domaine, abandonnant leur mission originelle : l’incarnation de la souveraineté de la France. 


    • Candide Bainville 17 février 23:01

      hors-sujet * Comme quoi smiley

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