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Accueil du site > Tribune Libre > Les managers sont-ils des crétins ?

Les managers sont-ils des crétins ?

Le management peut être défini comme un ensemble de moyens et de techniques mis en oeuvre dans une entreprise pour optimiser son organisation et ses ressources, notamment humaines, généralement dans le but d’une meilleure efficacité.

L’origine de ces méthodes est à rechercher dans l’organisation scientifique du travail (OST) qui est à la base de la révolution industrielle du XX ème siècle et dont les principes ont été développés, entre autres, par Adam Smith puis par Frederick Taylor, qui a donné son nom au « taylorisme ». Plus récemment cette conception du travail appliquée dans les usines automobiles Toyota est devenu le « toyotisme » comme à une époque antérieure, quoique dans un contexte économique un peu différent, on a pu parler de « fordisme ». On connait le sort que Charlie Chaplin a réservé aux méthodes stakhanovistes exposées dans son film de 1936, « Les temps modernes », cette critique acerbe des gains d’efficacité exigés par l’industrialisation moderne.

Mais, curieusement, il semble qu’aucun de nos contemporains n’ait retenu la leçon de ce film, sans doute trop ancien pour toutes les personnes qui se veulent à présent modernes, et notamment pour tous ces gestionnaires zélés qui concoctent avec leurs DRH (Direction des Ressources Humaines) ce qu’elles appellent perversement des plans « sociaux », pour indiquer que grâce au management, mais sans ménagement, ils peuvent s’autoriser à mettre des gens au chômage dans le but de rassurer les actionnaires et d’augmenter la rentabilité. Depuis des dizaines d’années que ces techniques délic-tueuses opèrent des ravages dans nos sociétés (dépressions, suicides, absentéisme, maladies psychosomatiques, etc.) cela n’a pas empêché la plupart de ces adeptes sectaires de persévérer toujours davantage dans la voie de l’ hyperrationalité productiviste qui cependant n’a réussi qu’à renforcer l’abrutissement des individus et la faiblesse des entreprises. La volonté tenace de quelques rares critiques éclairés n’y a rien fait, et l’on en arrive aujourd’hui à des enquêtes menées sur une vaste échelle pour tenter soi-disant de comprendre le malaise pourtant évident qui frappe depuis longtemps beaucoup de milieux professionnels.

Je fais référence à un article récent du Monde paru le 14.12.09 sous le titre : « La grande enquête sur le stress accable France Télécom ». Dans celui-ci j’ai pu lire que suite à la récente vague de suicides dans cette entreprise un rapport vient d’être établi par un cabinet d’expertise qui a proposé un questionnaire aux 102 000 salariés de ce groupe auquel 80 000 personnes ont répondu. Et qu’est-ce que cette mirobolante enquête (peut-être une des plus vastes réalisées en France) nous apporte ? Eh bien je vais vous le dire, cher citoyen, parce que vous ne pourriez probablement jamais le deviner vous-même, sauf si vous êtes vraiment très très intelligent : il y avait une « ambiance de travail tendue, voire violente » (sic). Après cette fracassante révélation qui a bouleversé ma compréhension de ces phénomènes, je vous en relate d’autres qui sont encore plus hard : il y avait des « conditions de travail difficiles » et « des relations sociales dégradées ». (re sic). Je pense qu’à présent vous êtes littéralement abasourdis devant cette clairvoyance digne de celle de Madame Soleil en ce qu’elle donne enfin à ces phénomènes un éclairage nouveau stupéfiant de perspicacité, abyssal de profondeur, et surtout très moderne.

La vérité nue est pourtant que l’immense majorité des méthodes de management soi-disant rationnelles ne se sont justement jamais sérieusement intéressées à la manière réelle dont les êtres humains vivent , se parlent, pensent, ressentent et travaillent, ce qui n’est pas du tout rationnel, et que la science qu’elles invoquent si facilement n’est une fausse science visant à réduire l’humain au rang d’objet fabriqué ou de machine dans le but d’une hyperproductivité à « flux tendus ». L’ordinateur et sa « pensée » binaire, qui est une non pensée absolue, servent de modèle indépassable à tous ces technocrates incultes qui se retrouvent toujours surpris, et incapables de comprendre, quand les femmes et les hommes dont ils ont la charge se mettent à réagir de façon réellement humaine, c’est-à-dire à se révolter face à l’esclavagisme auquel on voudrait les soumettre, souvent au péril de leur santé et même de leur vie. Le mépris, la compétition acharnée, la soif de pouvoir ou d’argent et l’écrasement de l’autre semblent les seuls moteurs de leur gestion des ressources humaines, comme si le fait d’accoler le mot gestion à celui d’humain n’était pas déjà en soi un grossier oxymore.

Qu’il faille aujourd’hui commanditer de coûteuses études ou de savants sondages pour savoir comment et pourquoi le management des entreprises a lamentablement échoué depuis si longtemps dans nos sociétés ultra libérales obsédées de rentabilité, de marketing et de productivité, qui grâce à cela courent à plus ou moins long terme vers leur faillite inévitable, est pour le moins paradoxal et certainement inutile. Mais c’est le signe indubitable de l’ impéritie coupable de ces managers qui se complaisent dans une incompréhension totale des phénomènes humains et sociaux les plus élémentaires. Car c’est un fait notoire que dans la plupart des entreprises, les méthodes de sélection et de management obscurantistes actuellement en vigueur ignorent superbement les bases du lien interhumain, tout particulièrement l’importance de la confiance, de l’estime de soi et d’autrui dans les relations, du respect de la compétence, des processus d’identification professionnelle qui concourent à renforcer ou affaiblir l’identité individuelle et groupale, ainsi que la question des enveloppes du soi. Au nom d’un pseudo modernisme compétitif et conquérant la plupart de ces managers à l’enflure narcissique géante qui sortent confits en certitudes de leurs écoles de commerce ou de management sont en réalité des modèles de bêtise insondable et d’absence de bon sens basique. Des crétins.

C’est pourquoi partout où cela est possible chacun a le légitime devoir de se révolter contre ces méthodes et de refuser que ces pervers qui dirigent avec tant d’ irresponsabilité puissent rester à la place qu’ils occupent de façon si peu efficace et surtout si nocive pour la société. Avec pour finir juste la question qui fâche et qu’il ne faut surtout pas poser : à votre avis, cher citoyen, qui paye ces études, ces enquêtes ou ces sondages, sans oublier les dommages collatéraux, physiques et psychiques ?


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39 réactions à cet article    


  • Gasty Gasty 16 décembre 2009 12:34

    Crétins est bien gentil à leurs égards, pour disculper la conscience des saloperies de ces gestionnaires zélés , le sondage fait bonne figure pour renforcer les liens qui unissent la direction et les gestionnaires dans leurs basses besognes, ce ne sont pas leurs œuvres répugnantes de management mais évidemment d’une incompréhension du personnel face aux impératifs de l’entreprise. Pour preuve, ils font un sondage pour comprendre ce qui ne va pas......chez eux.

    Et c’est reparti pour un tour.


    • Alpo47 Alpo47 16 décembre 2009 12:47

      Sans surtout vouloir les exonérer de responsabilités dans les errements du capitalisme actuel, je me demande si les managers ne sont pas pris au piège ?
      Bien entendu, c’est un piège dont ils sont co-bénéficiaires, mais ne sont ils pas obligés par les actionnaires de ne considérer que les profits à court, voire très court, terme, sous peine d’être « remerciés » ?

      Il y a 20 ans et plus, nos entreprises avaient encore un actionnariat largement familial, investissant dans le long terme, soucieux de patrimoine avant les dividendes et plus values, plus des SICAV et FCP, misant sur le moyen terme.
      Depuis la mondialisation, avec la libre circulation des capitaux on voit des actionnaires-fonds de pension-spéculateurs, qui se moquent complètement du long terme, voire même de l’intégrité et de la survie de l’entreprise.
      Ils veulent faire « un coup » immédiatement. C’est même leur raison d’Etre.
      Délocalisations, réduction d’effectifs, baisse des investissements pour conforter les plus-values... sont leur crédo et les managers n’ont pas d’autre choix que de s’y plier...

      Il faut tout de même rappeler de dissocier les PME qui se battent au quotidien pour conquérir des marchés et les entreprises cotées, où le management, au travers des stock-options, voit ses intérêts confondus avec les actionnaires-prédateurs...

      Rentiers-actionnaires et management, même combat ?


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 16 décembre 2009 13:19

        Bonjour C.

        Le manager, une figure métaphysique de notre temps, après celle du travailleur dépeint par Jünger.

        Cette époque jette un froid, un malaise de marbre


        • Jurassix Jurassix 16 décembre 2009 13:33

          D’un cas faire une généralité, l’auteur nous gratifie là d’un Stalinisme bien malsain.

          Le cas de France Telecom est à mettre à part, de part le changement de statut subit, et la méthode employé par certains manager haut placés qui ont réussi à la transmettre aux manager « de terrain ».
          Lors d’une discussion houleuse avec une amie personelle de FT qui y travaille depuis 15 ans, et une de ses collègues arrivée l’année dernière, ce qui est ressortit, outre, on ne peut pas le nier, les méthodes employées, c’est la choc des cultures public-privé. La personne arrivée l’année dernière, travaillant dans le même service, expliquait que « c’était pas mieux, pas pire qu’ailleurs », qu’il y avait 2 problèmes :
          - les managers ex-publique qui se retrouve avec la pression du privé, mais qui ne savent la gérer, donc qui la transmettre quasi intégralement au personnel.
          - le personnel ex-publique qui n’avait pas l’habitude des mots « rentabilité », « objectifs ».

          Le choc a été trop violent pour ces personnes. Mais elles auraient eu le même sentiment en quittant FT il y a qlq années, et en rentrant dans une PME qui se bat pour baisser ses couts de revient.

          Les managers ne sont pas des crétins, mais y’a des cons partout, il en court autant dans les étages des grandes tours que dans les ateliers.


          • astus astus 16 décembre 2009 14:50

            Ce billet évoque en passant un article du Monde dans lequel il est question de FT, mais il n’est absolument pas centré sur cette entreprise car c’est un problème malheureusement nettement plus général. En effet, dans beaucoup d’autres grandes boîtes, privées ou publiques on relève de plus en plus souvent ce que l’on appelle le syndrome du Burn Out (cf. lien suivant).

            http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_d%27%C3%A9puisement_professionnel

            Il n’existe pas à ma connaissance de statistiques fiables là-dessus mais la médecine du travail est de plus en plus préoccupée par cette question dont l’origine est à chercher le plus souvent du côté de l’encadrement (bien que ce syndrome les touche aussi) parce que c’est lui qui répercute sur le personnel les valeurs marchandes impératives de l’ultra-libéralisme actuel, avec l’accord, voir l’injonction, de la direction et des actionnaires. Or la maîtrise exercée sur l’autre a toujours des effets ravageurs, et je considère qu’elle est encore plus dommageable et répréhensible quand elle vient d’en haut et s’exerce sur des subalternes parce que ceux-ci ont souvent moins de choix professionnels que ceux-là. Après tout personne n’est obligé de faire une école de commerce ou de management ...


          • Jurassix Jurassix 16 décembre 2009 15:55

            Ce billet évoque en passant un article du Monde dans lequel il est question de FT, mais il n’est absolument pas centré sur cette entreprise car c’est un problème malheureusement nettement plus général. En effet, dans beaucoup d’autres grandes boîtes, privées ou publiques on relève de plus en plus souvent ce que l’on appelle le syndrome du Burn Out (cf. lien suivant).

            Justement, ce n’est pas général. Celà depend des secteur, mais aussi des « mid-manager », ce qui se retrouvent entre le grand patron et les manager de terrain, de la qualité de leur management, de leur capacité à redistribuer la pression qui « vient d’en haut » vers les manager de terrain.

            Et donnez moi des exemples concrets d’autres France Telecom, surtout dans le publique.

            Il n’existe pas à ma connaissance de statistiques fiables là-dessus mais la médecine du travail est de plus en plus préoccupée par cette question dont l’origine est à chercher le plus souvent du côté de l’encadrement (bien que ce syndrome les touche aussi) parce que c’est lui qui répercute sur le personnel les valeurs marchandes impératives de l’ultra-libéralisme actuel, avec l’accord, voir l’injonction, de la direction et des actionnaires. Or la maîtrise exercée sur l’autre a toujours des effets ravageurs, et je considère qu’elle est encore plus dommageable et répréhensible quand elle vient d’en haut et s’exerce sur des subalternes parce que ceux-ci ont souvent moins de choix professionnels que ceux-là. Après tout personne n’est obligé de faire une école de commerce ou de management ...

            Il y a 2 facettes au management :
            - les qualités professionnelles de gestion du personnel.
            - la maitrise des outils et méthodes de management.

            Le Burn-Out, c’est une méthode utilisée par certains, ces méthodes sont très médiatisées, c’est pour celà qu’on peut avoir l’impression que cette technique se répand.

            La première qualité d’un manager, c’est d’atteindre ses objectifs.
            La deuxième, c’est d’atteindre ses objectifs en maintenant un climat de confiance et de compréhension avec sa hiérarchie.
            La troisième, c’est d’atteindre ses objectifs en maintenant un climat de confiance et de compréhension avec ses subalternes.

            Cet ordre ne peut pas être changé.
            - le premier, c’est la dessus qu’on juge un manager pour garder son poste.
            - le deuxième, c’est la partie non objective pour garder son poste.
            - la troisième, c’est pour atteindre le premier, qui sert à le juger pour garder son poste.

            Vous ne pouvez pas mettre sur le même piédestal une grande société cotée en bourse, une grande société non côtée, une PME, une TPE ou une société publique.

            J’en ai plus que marre de me faire stigmatiser à tout bout de champs parce que de quelques brebis galeuses, on tue le troupeau.


          • astus astus 16 décembre 2009 16:41

            Donc, si je résume, la première, la deuxième et la troisième qualité d’un manager, c’est d’atteindre ses objectifs, ce qui signifie que son seul objectif est d’atteindre son objectif. Tout ceci ne me paraît ni sérieux, ni objectif ...


          • Jurassix Jurassix 16 décembre 2009 17:46

            Tout dépend du monde dans lequel vous vivez. Dans le monde de l’entreprise, tout est question d’objectif : augmenter sa marge variable, augmenter sa production, qui se décline ensuite en d’autres objectifs eux même déclinables.

            Chez Candy, on va au travail, on produit, contrôle et on rentre heureux chez soit à 15h pour profiter d’une sieste avant de s’occuper des enfants qui rentre de l’école rose dans leur bus rose.


          • perlseb 16 décembre 2009 18:02

            Je pense que Jurassix a un peu raison. Le manager ne décide pas grand chose. On lui donne un objectif.

            Si cet objectif est que la moitié du service en arrive à démissionner (les patrons disent qu’il faut dégraisser le mammouth pour une meilleure rentabilité) que peut faire le manager ?

            En fait, dans de cas, je préfèrerais démissionner moi-même que d’appliquer ce que l’on me demande, mais pour ceux qui ont emprunt et enfants, c’est moins facile d’être libre. Alors on préfère se corrompre pour garder sa petite vie au détriment de celle de tous ses subalternes.

            Le problème, dans cette société, c’est l’égoïsme, l’absence d’honneur, la lâcheté... Bref, c’est l’esprit qui touche le fond (et pas seulement nos élites). Tous coupables.


          • Cap2006 17 décembre 2009 08:27

            Chez FT, il y a bien cette souffrance propre au statut, d’ailleurs particulièrement décrite dans le rapport Technologia.
            La souffrance au travail est plus présente chez les non cadres - fonctionnaire, très en décalage entre ce qu’on leur demande de faire et leur sentiment de ne pas avoir la possibilité de le faire bien.
            Quelques chiffres donnés par le rapport ;
             1- Un sentiment de charge bien supérieur à la moyenne de reférence française (+40%), associé à une perception de moins d’autonomie individuel (-10%) 

             2- Une dégradation de la santé ... pas étonnant avec la moyenne d’age  smiley

             3- Un forte dégradation du sentiment de fierté... pas surprenant pour des fonctionnaire qui ne comprennent pas qu’un entreprise ne sert qu’à rémunérer les actionnaires...

             
            Sur le management, il y a un vrai problème FT, confirmé par le rapport Technologia  :
             - une structure matricielle qui impose aux managers Mid et proximité une véritable schizophrénie pour tout concilier :
                  —> les objectifs ne sont pas fixés par ceux qui décident des moyens (pour faire court)
              - un management par la terreur, qui ramène au choix cornélien : s’adapter ou fuir... 
             - des erreurs scandaleuses sur la manière.. et comme partout quelques gros cons...
             - des IRP trop politisées, plus concentré par leurs luttes entre aux que part la défense de l’interêt des salariés... exemple : incapacité à signer des accords avant le 31/12 alors que la direction est aujourd’hui en position de « faiblesse »

            PS : je précise que cette structure était nécessaire pour survivre à l’effondrement de la bulle internet... Aujourd’hui il faut savoir passer à un management plus enthousiasmant....


          • caramico 17 décembre 2009 09:45

            Dans toutes les entreprises, publiques, privées, il y a toujours des mercenaires, moi j’appellerai ça des p.... prêts à vendre leur âme pour même pas un plat de lentilles.
            J’en ai vu qu’on appâtait avec un gradillon, qu’on leur distillait au compte-goutte, au bout de 10 ans, et qui de plus leur faisait perdre du fric, mais ça ne fait rien, ils pouvaient ainsi regarder de haut leur ex-collègues.
            Les crétins qui pensent qu’une entreprise bien gérée est celle qui perd chaque année de sa matière humaine, ne se rendent pas compte qu’elle est amenée à disparaître, petit bout par petit bout, comme ceux qui vendent leurs organes pour survivre momentanément.
            Les actionnaires et autres vautours ne seront satisfaits que quand ils auront totalement dépecé la bête.
            Il faut revenir au temps de la solidarité des corons, se serrer les coudes, ne pas se laisser faire, mettre à l’index toutes les brebis galeuses, et se battre, continuellement...


          • Inquiet 17 décembre 2009 12:02

            Jurassix vous rendez-vous compte qu’en définitive vous êtes le meilleur représentant de ce qu’il faut combattre et que plus vos arguments sont convaincants plus ils le sont pour l’adversaire.

            Pour faire un peu d’esprit je dirais qu’il y a certaines victoires qui sont des défaites et inversement, mais cette clairvoyance peut elle être sienne pour la vision court-termiste des pseudo-vainqueurs que sont les managers ?

            1°)
            Quand vous voulez faire remarquer que les salariés de FT sont dans une situation de stress ni plus ni moins importante que les salariés du privés qui vivent cela depuis belle lurette, ne vous rendez-vous pas compte qu’en réalité vous ouvrez la boite de pandore.
            De quel droit, les salariés du privés devraient-ils vivre ce stress par la seule excuse qu’ils ne s’en sont pas plaints auparavant, et de toute évidence à cause des pressions et mécanismes précieusement réglés par le « management par objectif » qui est justement ce qui est mis en cause, qui permet une intimidation sans précédent ?

            D’un certain point de vue, et de manière cynique, il aura fallu attendre que des travailleurs du public soient passés à des techniques du privé pour qu’on ait un regard sur les exactions du privés.
            En tant que joueur d’échec, je dirais que les idéologues libéraux ont joués un très mauvais coups, initié par leur appétit insatiable qui ne pouvait attendre plus longtemps.

            2°)
            Lorsque vous vous accrochez à cette sacro-sainte règle de « rentabilité » quasi pavlovienne, et de son corolaire « pilotage par objectif » pour l’atteindre,
            nous sommes d’accord, c’est de la palissade de dire ça, c’est une histoire d’argent ?
            Nous sommes d’accord, ce n’est pas une histoire de démocratie, de sentimentalisme ... ?
            L’entreprise n’est pas le lieu pour ça, vous défendez cela comme un postulat non contestable, et pour tout vous dire, c’est cela qui me gène :
            - dans un monde entrepreneurial largement contrôlé par l’état, j’aurais tendance à être d’accord avec vous, pour la simple raison que l’espace démocratique étant géré par l’état, il serait bien évident que cet espace n’ait rien avoir avec la recherche de profit « inné » de l’entreprise : les rôles sont clairement identifés smiley
            - dans un monde qui apparaît comme être le notre, la multiplicité des actions d’état « démocratique » de transfert de responsabilités à destination du privé, ne peuvent de mon point de vue, s’organiser uniquement qu’avec la garantie du maintient démocratique que ce transfert de responsabilité initie. Sinon on n’est plus en démocratie, peut être est-ce le cas, mais il ne faut pas nous faire croire le contraire smiley

            Pour toutes ses raisons, je crois qu’il serait salutaire pour l’avenir du monde (rien que cela smiley ) que vous et vos congénères disparaissent définitivement de la surface du globe. Je ne suis pas violent, une simple démission serait acceptée smiley


          • Jurassix Jurassix 17 décembre 2009 19:45

            Pour toutes ses raisons, je crois qu’il serait salutaire pour l’avenir du monde (rien que cela  ) que vous et vos congénères disparaissent définitivement de la surface du globe. Je ne suis pas violent, une simple démission serait acceptée 

            Parfait. Couts qui augmentent, fermetures d’usine, chomage, parfait. Vous en avez de bonnes idées ma fois.
            Vous voulez changer le monde, la manière dont l’économie fonctionne ? Faites donc, et pendant que vous y travaillez, pour ma part, je continuerai à travailler pour que les couts baissent et les emplois restent.


          • M.Junior Junior M 16 décembre 2009 13:43

            Les managers ne sont pas tous des crétins comme le témoignage suivant. Il fait faire la part des choses.


            • astus astus 16 décembre 2009 14:55

               Il reste heureusement une lueur d’espoir car, comme on dit habituellement, « l’exception confirme la règle » ...


            • plancherDesVaches 16 décembre 2009 14:02

              « tout particulièrement l’importance de la confiance, de l’estime de soi et d’autrui dans les relations, du respect de la compétence, des processus d’identification professionnelle qui concourent à renforcer ou affaiblir l’identité individuelle et groupale, ainsi que la question des enveloppes du soi »
              Gloups... ? La première crainte en cas d’embauche est que le salarié ne rentre pas dans la structure pour plusieurs raisons.
              Il faut donc que chacune de ces dimensions humaines correspondent 1) au poste 2) à toutes les personnes de l’environnement.

              Bon, d’une manière générale, votre article est bon.

              Mais d’une manière générale aussi, un paquet de managers tout comme de VRAIS patrons ne sont tout de même pas comme ça.

              Mais comme fait tout bon manager ou salarié, c’est quand quelque chose ne va pas qu’il va devenir saillant.
              Quand ça se passe bien... pourquoi en parlerait-on ? Et c’est peut-être ça l’erreur. (sans entrer dans l’extrème béatitude, non plus...)

              Pour FT, je le ré-écris ENCORE : le ou les cabinets de « gourous » qui ont bien vendu leur « conseils » devraient être AUTANT pointés du doigt. (je les connais, ces « spécialistes » de la PNL)
              Mais ça ressortira un jour.


              • astus astus 16 décembre 2009 15:49

                Au niveau du recrutement certaines techniques telles que graphologie, astrologie et numérologie étaient utilisées il y a peu de temps encore dans certaines entreprises, et perdurent probablement dans quelques endroits, ce qui en dit long sur la compétence des personnes qui utilisent ces méthodes et sur leur efficacité. Chacun sait par ailleurs que le saut à l’élastique ou les groupes de survie dans la jungle ont aussi été utilisés. On voit par là que la jungle et les « esprits animaux » sont surtout dans la tête des crétins qui s’adonnent à ces superstitions.
                Cordialement.


              • plancherDesVaches 16 décembre 2009 14:34

                Aussi autre chose :

                Ce n’est pas en période de baisse générale de 25% du commerce mondial qu’il faut s’attendre à ce que tout aille bien où que ce soit.
                (et encore 25% est peut-être un chiffre faible lorsque l’on sait que les Chinois l’ont dopé par leurs achats massifs dans le monde...)


                • K K 16 décembre 2009 16:31

                  Crétins... non, mais prêts à tout pour réussir leur carrière (même au détriment de l’entreprise qui les emploie), autistes, méprisants et insatiables, certainement.


                  • denis84 16 décembre 2009 17:19

                    Avant , il y avait l’ouvrier , le patron ,et le contremaitre , qui était un bon ouvrier ,généralement respecté par les siens,à qui le patron jettait quelques bouts de gras pour qu’il fasse tenir la « bonne » cadence à ses ex compagnons
                    Aujourd’hui,l’ouvrier s’appelle « employé »,le patron « réel » s’appelle actionnaire ,et le contremaitre « manager »
                    Ce dernier est proportionnellement beaucoup mieux payé que ne l’était le contremaitre
                    Normal ,il a fait de longues études pour apprendre l’art subtil de tenir ses troupes sur l’étroite crete de la rentabilité maximale sans les laisser tomber dans le suicide


                    • Yohan Yohan 16 décembre 2009 18:09

                      On jurerait que votre courbe ressemble à celle des profs. Faudrait peut-être se poser la question du pourquoi. Beaucoup de managers le sont parce qu’ils ont des diplômes alors qu’ils n’en ont pas toujours les compétences, ni les qualités. Un manager qui sait justifier de son salaire n’a pas besoin de se planquer derrière son bureau ou derrière les ordres de sa hiérarchie. Le problème est là : nos managers sont-ils à leur place...sont-ils respectables...ou leur poste est-il de droit divin, par la sacro sainte entremise de leurs seuls diplômes...


                      • Yohan Yohan 16 décembre 2009 18:13

                        PS d’ailleurs on bombarde des jeunes dans la fonction uniquement parce qu’au dessus d’eux, il y en a d’autres qui n’osent pas assumer leurs propres prérogatives. Comment voulez vous qu’ils aient une chance de démontrer leur utilité ?


                        • Yohan Yohan 16 décembre 2009 18:17

                          Re .P.S : l’Ecole française des managers forme des Rachida Dati en herbe : dents acérées, qui rechignent à l’effort, pleurent quand ils ont du boulot et réclament toujours et encore des honneurs...avant de les mériter...


                          • bobbygre bobbygre 16 décembre 2009 18:49

                            Bonjour,

                            Article salutaire ! Il faut effectivement pousser les gens à la révolte contre ces pratiques managériales d’esclavagiste.
                            J’y ai été confronté à plusieurs reprises dans ma courte vie professionnelle et par deux fois, ça a conduit à une « révolte » de ma part.
                            Les deux fois, je me suis tourné vers les syndicats qui sont d’une grande aide dans ces cas là (je parle bien des petites sections départementales où tout n’est pas rose, mais où tout est à échelle humaine). Même si je sais trés bien que les fédérations au niveau national sont complétement à la ramasse, les sections à la base elles sont au contact de la « vraie vie » et sont dans la lutte la plupart du temps.

                            Sur ces deux cas où ce fut vraiment trés chaud, j’ai perdu mon emploi une fois (licencié pour faute grave) mais j’ai ensuite gagné aux prud’hommes et j’ai depuis trouvé un boulot dans lequel je me sens bien mieux. L’autre cas, je suis parti de moi-même une fois que la directrice avait été « renvoyée » (j’ignore si j’ai joué un rôle en montant un syndicat en local mais j’aime le penser) :)

                            Bref, il n’y a RIEN à gagner à faire le mouton et à baisser la tête sinon gagner le droit de se faire tondre davantage. Il faut prendre conscience de sa force (rien qu’en relevant la tête, vous allez voir le bazar que ça peut mettre dans un management), se renseigner sur les lois (ne pas hésiter à en jouer à mort, que croyez-vous qu’il fassent) et n’avoir aucun scrupule avec ces voyous : comme dit mon père : « Entre enculés, pas de doublures ! »

                            Je termine en disant qu’il ne faut rien attendre des autres. Agissez-seuls et montrez l’exemple en cessant de « baisser la tête » ; d’autres vous suivront si ils le veulent vraiment mais ne forcez personne.
                            Et ne pas se faire un drame de perdre son emploi (facile à dire pour quelqu’un de célibataire comme moi), car c’est évidemment le but qu’il recherche : vous faire peur ! Cessez de l’éprouver et vous êtes libres !


                            • perlseb 16 décembre 2009 21:01

                              Tout est dit. On se bat ici sur le terme LIBERTE.

                              Avec un emprunt ou/et des enfants, dans cette société, c’en est fini de votre liberté. Et la hiérarchie en profite.

                              Faire des enfants sans pouvoir leur assurer un avenir ou en étant obligé de se corrompre en permanence au travail, c’est irresponsable.

                              Et comme on est trop nombreux sur cette Terre, c’est très solidaire de ne pas en faire.


                            • Dolores 16 décembre 2009 19:33

                               Excellent article.

                              Nous vivons dans un monde déshumanisé où seul le profit qu’on peut titrer des hommes devenu objets de management compte.

                              La conscience morale et l’éthique ont disparues devant cette prétendue science qui se veut moderne de traiter l’être humain au travail.

                              « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »


                              • astus astus 16 décembre 2009 22:40

                                La question de l’éthique me paraît en effet essentielle, car c’est la grande absente de notre monde mouvant de représentations fragmentées devenues incompréhensibles. L’image que j’en ai est celle d’un texte où les lettres s’échappent des mots pour recouvrer leur indépendance, ce qui rend le texte illisible et lui ôte tout sens. Les managers ont le nez sur le guidon de leurs petits objectifs consuméristes (car si on produit, c’est pour consommer) et ne voient plus le monde ni ce qui peut le faire tenir. Ils vont évidemment tout droit dans le mur, mais on n’est pas obligé de se laisser faire, ni de les laisser faire.


                              • Atlantis Atlantis 16 décembre 2009 23:13

                                Les managers sont-ils des crétins ?

                                Si l’on pose comme définitions « crétin = manque de bon sens » et « manager = homme de main aux ordres du grand chef », oui, sans aucune contestation la plus grande partie des managers sont des crétins, toutes entreprises et tous pays confondus. Et vous savez pourquoi ? parce qu’il ne faudrait pas laisser un peu de bon sens et d’humanité rentrer dans tout ça, on risquerai de remettre en cause le schéma mis en place par le grand manager. Le calife se sentirai alors en position de vulnérabilité, face à quelqu’un qui a un cerveau. Surtout pas de ça donc, la sélection des managers est strictement rigoureuse, il faut que des lessivés. En comme en fin de carrière on remplace le grand calife soit par un jeune formaté pire que le précédent, soit par le formaté d’en dessous, on reproduit par itération ce que l’on appelle la « culture d’entreprise universalisée » (par la formation des managers). La culture d’entreprise, vous savez, l’histoire des singes, de la douche et de la banane ... Et ben c’est de nos jours rebaptisé « management », parce que fallait mettre un coup de peinture fraiche sur le bois pourri.

                                Le seul schéma où je pense qu’on peut encore échapper à ceci, c’est p-e encore la très petite entreprise (où le patron, pas encore surchargé par l’administratif/réglementaire n’a pas encore délégué la gestion des affaires à un lieutenant).


                                • fhefhe fhefhe 17 décembre 2009 05:53

                                  Beaucoup oublient que le verbe « to Manage » ....siginife se débrouiller , par conséquent AUCUNE méthodologie ne peut être viable à court ou long terme.


                                  Le directeur du personnel a été remplacé par le directeur des ressources humaines , la diffèrence est énorme !!!!!!!!
                                  Le DRH « exploite » une mine « humaine » comme d’autres exploitent une mine de charbon , d’or....et quand la source est tarie ...on délocalise !!!!!

                                  Quelques soient l’objectif vous devez vous « Manage » pour ne pas être « Manger ».
                                  Nombreux sont les « directeurs » ( managers) cannibales qui comme dans Hanibal Lecter 2 se délectent de la cervelle des salariès qui sont sous leurs ordres... !!!!!
                                  Le premier film étant « Le Silence des Agneaux » .....
                                  Silence on travaille....




                                  • Annie 17 décembre 2009 08:53

                                    Le management aujourd’hui c’est la mutualisation du succès, dans la réalisation des objectifs et l’individualisation des échecs. Je dirai que les managers sont des crétins parce qu’ils ne voient pas qu’ils perpétuent un système qui les dévorera un jour. Mais ils sont aussi aveugles pour ne pas voir le coût humain et financier d’un tel système. A combien s’élève les coûts liés au stress, aux dépressions, au turnover ? Combien coûte un employé qui ne peut plus travailler ?


                                    • Marc Blanchard Marc Blanchard 17 décembre 2009 09:14

                                      Ayant été manager commercial plus de 20 ans pour de grands groupes, je peux vous parler de son évolution...
                                      Au début de ma carrière, c’était donner envie , motiver, donner envie de faire. et ça marchait.

                                      Plus tard ça a été, surveiller, contrôler, blâmer, évaluation.

                                      Puis faire peur, diviser, licencier pour montrer l’exemple. C’est là que j’ai lâché car ça ne me correspondait plus. Les DRH me disait utopiste... « C’est avec force que l’on dirige » disaient ils.
                                      Ils se sont cassé la gueule...
                                      Depuis j’ai monté une boite au Vietnam et applique ma conviction de la première méthode, soit donner envie. et ça marche du feu de dieu.

                                      Je pense qu’un bon manager c’est ça !
                                      Car il y a plusieurs façons de motiver.
                                      - Les coups de pied au cul
                                      - Le harcèlement, le contrôle.
                                      - La menace et la peur.
                                      - Donner de l’envie et de la reconnaissance.
                                      -...
                                      « - Donner de l’envie et de la reconnaissance ».
                                      C’est à cause de ça que j’étais jugé d’utopiste par les DRH à 98%.

                                      Formatage, calibrage est le principal rôle des manageurs d’aujourd’hui !
                                      Et c’est le rôle de plein de petits chefs triés sur le volet pour appliquer à la lettre les instructions d’en haut. Et si seulement ça ne s’appliquait qu’en entreprise.

                                      C’est exactement la même chose en politique, puisque en fait les entreprises françaises fonctionnent exactement pareil. D’où « politique d’entreprise ».
                                      Soigner d’abord l’image de l’entreprise, puis soigner la sienne. Ce qui veut dire lécher le c.. de sa direction en montrant que l’on est soumis et prêt à détruire pour montrer que l’on est un battant.

                                      Heureusement pour moi tout ça c’est fini !

                                      Bon courage à vous !
                                      (Pour supporter ces petits chefs à la c..)


                                      • hs47 26 décembre 2009 21:46

                                        Même remarques que Marc Blanchard.

                                        23 années d’expérience de cadre sup (DAF et DG de filiales d’un groupe du top ten mondial) j’ai vu comment les fameux reportings financiers mensuels n’avaient pas pour but de simplement améliorer la gestion mais surtout de permettre la facturation le 12ème mois des profits réalisés les 11 mois précédents, factures provenant, bien entendu, de pays à fiscalité plus « attractive ».

                                        Les financiers remboursaient l’achat de l’entreprise (350 salariés) en récupérant le résultat brut avant IS des 2 années suivant l’investissement, puis réalisaient une confortable plus value sur la 3ème année qui leur permettait de licencier un maximum de salariés pour revendre les entreprises au prix fort avec un ratio de profit moyen/salarié très élevé.

                                        J’ai préféré démissionner, bilan humain catastrophique : 2 suicides pour 110 licenciements ça laisse des traces pour toujours en ce qui me concerne.

                                        Je regrette de ne pas m’être expatrié, peut-être vais-je le faire, comme Marc.


                                      • astus astus 28 décembre 2009 18:27

                                        Merci pour ce témoignage supplémentaire qui hélas va toujours dans le même sens ...


                                      • RebelBird RebelBird 17 décembre 2009 11:50

                                        Mon impression à propos de cette étude est que l’objectif principal était de gagner du temps contre l’opinion publique et contre les syndicats. Pourquoi modifier profondément les méthodes managériales alors qu’il suffit de prétendre étudier la question en attendant que l’attention des médias passe ? Tant que les résultats n’étaient pas tombés, les syndicats étaient forcés d’attendre. Maintenant les fêtes arrivent et avec elles l’intéressement et la participation. Aucun risque de voir un mouvement de grève avant l’année prochaine. Avec un peu de chance, le résultat de cette étude se dissipera dans les mémoires au cours du réveillon.


                                        • Vilain petit canard Vilain petit canard 17 décembre 2009 12:01

                                          Marc

                                          J’ai connu un peu la même évolution, et je me reconnais assez dans votre analyse. Sauf que maintenant j’ai glissé dans le secteur public (contractuel, je suis entre deux), où j’ai une bien meilleure vision de mon utilité. Pour la paye, c’est la cata, mais bon... Mais je vois aussi arriver les évaluations, les objectifs chiffrés, et je m’inquiète pour la suite.

                                          Il se trouve que j’ai travaillé un peu pour FT il y a quelques années, comme formateur. J’y ai trouvé un management odieux dirigé explicitement contre les fonctionnaires, traité un peu comme des handicapés mentaux, un peu comme des salauds de profiteurs, de toute façon comme des gens « inadaptables ». Résultat sur une session de 12 stagiaires, 12 prenaient des médocs, et il me fallait une bonne heure pour entamer un dialogue à peu près normal avec eux.

                                          On recasait les quinquas sur les plate-formes d’appel, comme si c’était un pis-aller (« on n’a plus que ça à leur donner, et faut bien les garder, puisqu’on peut pas les foutre dehors, c’est un vrai problème »... authentique), alors évdemment leur motivation en prenait un coup.

                                          De plus, ce travail est hyper-dur, alors balancer des « lignards » quinquas là-dedans avec une semaine de formation, c’était un peu vache. Le tout sous la surveilance agressive d’un jeunot « pur privé », avec la cravate et tout, le bureau panoptique, une vraie prison. Mais il s’en tiraient quand même. A quel prix ? J’ai souvent une pensée émue pour eux, car j’avais rencontré des gens en plein malaise, mais courageux et ayant un sens du service public rare.

                                          Les managers ? Je me rappelle d’une quadra fumant clope sur clope, un mug de café à la main, toujours entourée de deux ou trois jeunes cravatés légèrement courbés en avant, quatre grossièretés par phrase (beaucoup à base de « merde »), qui dégoisait sur les « fonctionnaires », « véritable frein à FT », « boulets », et autres gracieusetés. Un discours plein de « performances », de « modernité », « d’excellence », enfin vous voyez. En-dessous d’elle, tout le monde sous Lexomil. Dans les couloirs, les cours de l’action FT étaient affichés en direct sur des moniteurs, pardon, « en temps réel » ! Incroyable, non ?

                                          Depuis 8-9 ans, rien ne s’est amélioré, on dirait. Mais à l’époque, tout le monde trouvait ça super. Moi, non, on me l’a suffisamment fait remarquer, et finalement j’avais raison. Mais combien de dégâts depuis ?


                                          • astus astus 17 décembre 2009 12:25

                                            Merci pour vos avis et témoignages vécus qui apportent hélas des arguments allant dans sens de mon billet, mais qui font heureusement bien percevoir le chemin que certains ont pu parcourir parce qu’ils l’ont voulu de toutes leurs forces. Replacer l’humain au centre de tout, voilà le vrai défi actuel. C’est un défi complètement dépassé pour l’immense majorité de nos gouvernants, et c’est pour cela qu’il est et sera toujours très moderne.


                                          • Vilain petit canard Vilain petit canard 17 décembre 2009 13:31

                                            Oui, en effet, si on pouvait faire comme si c’était des vraies gens... et pas des chiffres ou des « effectifs »... Mais qui veut bien jouer ce jeu-là ?


                                          • astus astus 17 décembre 2009 17:11

                                            Extrait d’un article paru le 17/12/2009 dans Libération :

                                            "Le tribunal des affaires de sécurité sociale de Nanterre a condamné jeudi Renault pour « faute inexcusable » dans le suicide d’un de ses salariés en 2006.

                                            Antonio B., ingénieur en informatique de 39 ans, s’était jeté du 5e étage du bâtiment principal du technocentre de Renault à Guyancourt (Yvelines), le 20 octobre 2006.

                                            Sa famille estimait que Renault n’avait pas respecté ses obligations de sécurité et que le stress professionnel auquel était soumis le salarié avait directement contribué à son geste."

                                            Sans commentaire.


                                            • Alain Astouric Alain Astouric 13 juin 2015 18:23

                                              Pendant des siècles, ce fut, Malheur à celui qui s’occupe, si son travail n’est pas la source de ses instant les plus doux (Diderot), Le travail est un trésor(La Fontaine) ; Le travail est souvent le père du plaisir (Voltaire)  ; etc. Maintenant c’est, le harcèlement au travail … la souffrance au travail… le stress professionnel. Alors avant d’être tous malades on pourrait lire Encadrer une équipe et  Le management durable (A. Astouric, Chronique Sociale).

                                              http://astouric.icioula.org/

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