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Les premières leçons du procès de Michel Fourniret

Le procès de Michel Fourniret est en cours et la justice doit passer. Il n’est pas question de commenter cette affaire, lui et sa compagne sont réputés innocents. Attendons une décision définitive pour aborder le fond de ce dossier.

Par contre, ce procès répond indirectement à deux préoccupations du monde judiciaire : faut-il filmer les interrogatoires dans les commissariats ou gendarmeries ? Faut-il faire un procès public pour les personnes qui ont été reconnues irresponsables au sens juridique du terme ?

Les interrogatoires filmés

Michel Fourniret a plusieurs fois sollicité le huis clos, il affirmait qu’il ne parlerait que hors la vue du public et de la presse. Bien évidemment, sa requête a été rejetée car seule la partie civile ou le président des Assises peuvent l’ordonner.

La cour, et c’est assez novateur, a décidé de faire visionner des cassettes enregistrées lors des interrogatoires devant la police belge.

Ces cassettes sont des éléments du dossier comme les autres. Elles n’ont aucune valeur juridique spécifique même si elles ont été réalisées dans le cadre légal de la procédure pénale belge et par des policiers.

En France, les services de police sont souvent très réticents pour admettre des réformes qu’ils jugent comme étant une atteinte à leur profession. Rappelez-vous les réticences pour la venue des avocats lors des gardes à vue (entretien d’une demi-heure maximum). Après quelques tergiversations, cette pratique est acceptée voire même encouragée par certains policiers car elle donne une garantie supplémentaire aux droits de la défense et elle évite après, en cours de procédure, d’évoquer des « erreurs policières ».

Autant l’enregistrement des auditions des mineurs victimes a été accepté même si sa mise en place fut difficile : manque de moyens, de formation, autant il y a un rejet complet pour filmer les interrogatoires.

Je ne sais les conclusions tirées par la cour suite au visionnage de ces cassettes de Fourniret mais elles ont eu l’avantage de donner des explications sur ses actions voire sur sa personnalité. Des explications, pas des aveux, au sens strict du terme, mais un commencement d’éclaircissements.

Le procès public des « irresponsables »

En l’état, Michel Fourniret et sa compagne n’entrent pas dans cette catégorie. Cependant, il semble résulter des débats que sa compagne est très réticente à s’exprimer et que Michel Fourniret semble « jouer à nouveau avec les victimes ». Il refuse de parler ou au contraire semble donner des détails sordides dans le but de perdre les familles des victimes dans les explications qu’elles veulent connaître pour mieux faire leur travail de deuil.

Imaginez un auteur de faits criminels dont les facultés mentales seraient gravement altérées – il risque de commettre un deuxième crime « verbal » mais tout aussi cruel que les actes pour lesquels il serait présenté devant la cour. L’irresponsabilité n’est pas exclusive de la perversité : quelle joie certains auraient à « inventer ou réinventer » leurs crimes en donnant des faits réels, imaginaires, fantasmés. Les familles des victimes subiraient une espèce de double peine : ne pas connaître la réalité des faits et devoir subir les délires de l’auteur.

Le procès continue mais il a déjà donné deux exemples concrets des bienfaits ou méfaits de pratiques judiciaires, et relancé le débat sur ces deux sujets.

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Les réactions les plus appréciées

  • Par fergus (xxx.xxx.xxx.83) 5 mai 2008 17:53
    Fergus

    Le "procès", public ou pas, d’un criminel reconnu irresponsable par les médecins pourrait effectivement déboucher sur des scènes atroces pour les parties civiles. Il y a toutefois pire encore : que le criminel soit un schizophrène apparaissant lors de l’audience comme quelqu’un de "normal" aux yeux des familles, avec à la clé le risque de voir celles-ci hurler au scandale et psychologiquement détruites par ce qui leur apparaîtrait alors comme un insupportable déni de justice.

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