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Les professeurs de Vitry-sur-Seine connaissent-ils leur nouveau recteur, M. William Marois ?

Les professeurs du lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine font valoir leur « droit de retrait », depuis mercredi 3 février 2010, après l’agression au couteau d’un lycéen dans leur établissement. Ce droit permet de ne plus accomplir son service en cas de « danger grave et imminent pour la vie ou la santé  » des personnes. Les professeurs mettent en cause l’insuffisance du personnel de surveillance et pose comme condition de leur reprise de travail le doublement du nombre de surveillants.

« L’émotion, ça ne peut pas durer une semaine ! », parole de DRH
 
Le rectorat a laissé passer l’orage et exige désormais la reprise des cours sous peine de retenue de salaire pour « service non fait ». La directrice des ressources humaines, Josette Théophile ( à ne pas confondre avec « anthropophile ») renchérit avec humanité : « Nous comprenons, dit-elle, l’émotion des personnels devant des faits graves qui appellent des mesures.Mais l’émotion, ça ne peut pas durer une semaine. Quel est le sens de priver les élèves de cours et de déserter l’établissement ? Cela ne règle rien." (1) Cette « émotion (qui) ne peut pas durer une semaine  » rappelle « la mode du suicide  » à France Télécom brocardée par son PDG au grand coeur, Didier Lombard. En attendant, le recteur qui n’est pas moins philanthrope, n’ a répondu que par une demi-mesure en proposant 6 médiateurs scolaires chargés de la lutte contre l’absentéisme ( !) - ce qui n’est pas le problème de sécurité posé - et 3 surveillants, et vogue la galère !
 
Aussi est-il utile peut-être d’apprendre à ces professeurs de Vitry-sur-Seine qui est leur nouveau recteur William Marois, nommé en décembre dernier, pour qu’ils sachent quelle confiance lui faire. Ce recteur s’est signalé quand il exerçait à Montpellier par des méthodes de voyou. Et on pèse ses mots. C’est sans doute ce qui lui vaut de monter dans l’estime du ministère. Cet individu n’a qu’une idée très floue de ce que sont les droits et les devoirs en démocratie.
 
William Marois, l’auteur d’un bréviaire de basse police
 
Il est d’abord l’auteur d’une circulaire de 36 pages publiée curieusement le 2 mai 2002, entre les deux tours de la présidentielle qui a mis aux prises M. Chirac et M. Le Pen. Un acte d’allégeance opportun ? Le titre de son bréviaire, « Aide aux personnels en difficulté », ne doit pas faire illusion, en effet, car c’est exactement le contraire dont il s’agit. Le but est, sous couvert de ce leurre d’appel humanitaire, de donner aux chefs d’établissement les moyens de se débarrasser sans état d’âme des personnels qui les indisposent (2).
 
1- Le procédé de l’amalgame
 
On est ainsi stupéfait de découvrir que le terme « difficulté » est un amalgame qui recouvre dans ce bréviaire à la fois des fautes professionnelles, les congés de maladie, des délits ou des comportements variés non conformes aux volontés de la hiérarchie, comme l’expression de la liberté de conscience. Ainsi les fiches n°1 et n° 2 ne font-elles pas de différence entre,
 
- d’un côté, des délits (pratiques frauduleuses / racisme / état d’imprégnation alcoolique / usage de drogue / problèmes de moeurs) et des fautes professionnelles (absences répétées injustifiées),
 
- et, de l’autre, des incriminations laissées à la libre interprétation du chef hiérarchique : qu’est-ce qu’une « difficulté d’adaptation  », par exemple, « un isolement excessif  », « une hyper-activité et dépendance au travail  » ou bien encore « un refus d’obéissance  » ? Faut-il croire à une autorité infaillible pour ne pas frémir devant les illustrations toutes personnelles ou fantaisistes qui peuvent être données de ces griefs ! Quant au « chahut dans la classe  », qualifié de « difficulté de gestion de la classe  », peut-on exclure la responsabilité d’élèves, de parents ou même d’un chef d’établissement qui décident de se payer « la tête d’un prof » ? Ou encore, un chef d’établissement n’ a-t-il aucune responsabilité quand dans ses consignes écrites de début d’année, il interdit expressément toute exclusion ponctuelle de la classe d’éventuels individus perturbateurs, en contradiction même avec la circulaire du 11 juillet 2000 qui l’autorise ?
 
2 - Une aide sous forme de psychiatrisation et de poursuite judiciaire
 
Quant à l’ « aide » prodiguée, elle présente deux volets :
 
1- l’un est médical avec une possibilité donnée au chef hiérarchique de choisir une réponse psychiatrique à une « difficulté », avec l’obligation pour le subordonné de comparaître devant un comité médical départemental qui distribue et contrôle les divers congés médicaux. La porte, on le voit, est ouverte à la psychiatrisation de l’opposant.
 
2- L’autre volet, purement policier, est une procédure strictement balisée afin que le chef hiérarchique ne commette pas d’erreur qui empêche la sanction de tomber ou la retarde : l’étape de « l’instruction » est particulièrement détaillée avec la technique d ’élaboration du rapport d’accusation : « comment constater les faits et repérer les difficultés liées au comportement général et à l’exercice du métier d’enseignant ou d’agent  » ( fiches n° 1 et n° 2) ; la fiche 3 traite de « la qualification des faits  » : est-ce une faute ou une insuffisance professionnelle ? Elle met en garde contre la confusion entre les deux qualifications qui pourrait conduire le juge à écarter la sanction attendue. Enfin la fiche n° 5 , intitulée « Comment rédiger un rapport  », insiste sur l’importance de s’en tenir aux faits et aux témoignages, et sur la nécessité de conclure par une des quatre demandes suivantes : 1- une aide technique pour éclairer une situation confuse, 2- une inspection, 3- une expertise médicale ou sociale, 4- une sanction. Quant au «  traitement d’urgence  » d’une « difficulté », trois mesures sont rappelées : 1- l’interdiction d’accès à l’établissement, 2- la suspension de l’agent, les congés d’office, afin de donner un délai de 1 à 4 mois pour réunir le comité médical départemental, ou 3- le conseil de discipline.
 
3- Des dénonciations anonymées protégeant le délateur
 
La fiche n° 23 sur « les procédures disciplinaires » fait carrément peur : elle précise que l’établissement du dossier d’accusation peut comprendre des témoignages de parents et d’élèves, « intégrés sous la forme de copies anonymes de telle sorte que leurs auteurs ne puissent pas être identifiés.  » Les effets de la loi liberticide du 12 avril 2000 qui protège les auteurs de dénonciation au détriment de leur victime, sont, on le voit, activement recherchés : tout professeur jugé indocile peut être accusé désormais anonymement sans qu’il puisse se défendre ; et un dossier secret est officiellement reconnu ! Faut-il nommer les régimes politiques passés qui se sont illustrés par ces méthodes policières ?
 
4- La dénaturation de la loi qui protège le fonctionnaire
 
Un dernier indice confirme la nature inquisitoriale de cet exercice du pouvoir décrit dans le bréviaire de William Marois pour venir en « aide aux personnels en difficulté  » ! C’est la dénaturation du texte fondateur en matière de protection du fonctionnaire contre les attaques de toutes sortes à l’occasion de ses fonctions, l’article 11 de la loi 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. Ce qui est tout de même le comble de l’impudence ! La fiche n° 6, intitulée humanitairement « Accompagner un agent victime d’acte de violence  », lui est consacrée.
 
Sans doute commence-t-elle par souligner que la loi accorde au fonctionnaire une protection renforcée, mais c’est pour aussitôt dénaturer l’esprit et la lettre de l’article 11 qui stipule pourtant que « la collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l’occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. »
 
La fiche n° 6 de William Marois, elle, transforme le devoir de protection en une simple possibilité ! « Tout agent, est-il écrit, peut bénéficier sur sa demande, auprès du service des affaires juridiques et contentieuses du rectorat de la protection juridique. Un avocat est mis alors à sa disposition, les frais de justice sont pris en charge par l’administration. » Cette différence entre « est tenue de  » et « peut »... peut paraître anodine pour un non-initié. Quand on est familier des méthodes en vigueur dans l’Éducation nationale, ce remplacement du devoir par la simple possibilité prend tout son sens. Le refus de protection est le plus souvent la règle sauf quand est poursuivi en justice un voyou d’administrateur en position d’agresseur soupçonné : il a droit, lui, systématiquement à cette protection. On aurait attendu d’un livret qui se propose d’offrir une « aide aux personnels en difficulté  » qu’il copie au moins correctement la loi sans la dénaturer, à défaut d’être un engagement du recteur à la respecter scrupuleusement à l’avenir.
 
William Marois, un recteur qui a déjà inventé des fautes de service imaginaires
 
Mais William Marois ne s’est pas contenté de faire de la théorie : il est passé à la pratique, il a même fait dans l’expérimentation. Comment s’y prendre, en effet, quand un professeur qu’on veut détruire, n’offre le flanc à aucune des incriminations inventoriées ci-dessus, malgré l’imprécision de leur qualification ? Qu’à cela tienne, il suffit d’inventer des fautes de service imaginaires, comme on accuse de la rage son chien qu’on veut noyer. Quand on a sous ses ordres un inspecteur d’académie et un principal aussi voyous que soi, ce n’est pas difficile. Un professeur a donc été sanctionné d’un blâme le 12 avril 2004 à Nîmes (3). Manque de chance ! Le tribunal administratif de Nîmes, deux ans et demi après, a annulé, le 7 décembre 2006, le blâme comme illégal pour inexistence matérielle de motif et violation de procédure, c’est-à-dire que les fautes de service alléguées pour la sanction n’existaient pas !!! À quoi sert un service des affaires juridiques et contentieuses d’un rectorat ? À rien quand un administrateur-voyou est à sa tête, c’est-à-dire un administrateur qui entend violer la loi chaque fois qu’il y a intérêt parce que tel est son bon plaisir !
 
William Marois n’aurait-il pas dû être sanctionné à son tour ainsi que les voyous d’administrateurs qui se sont prêtés à cette violation délibérée de la loi, pour avoir, par leur conduite, jeté le discrédit sur l’institution toute entière de l’Éducation nationale ? Pas du tout ! Il a été nommé ensuite recteur à Bordeaux. Et le voici aujourd’hui dans l’académie de Créteil. Il a même été question de lui pour de plus hautes fonctions. Les professeurs de Vitry sont prévenus : M. William Marois est un administrateur dont sa circulaire du 2 mai 2002 montre qu’il a une conception inquisitoriale de sa fonction ; il s’est moqué publiquement du droit dans ses fonctions antérieures. Il n’en a subi aucun dommage. Au contraire, il voit que ça lui réussit. Il n’y a pas de raison qu’il ne continue pas ! À bon entendeur salut ! Paul Villach
 
(1) Le Monde.fr, 6.02.2010
(2) Paul Villach, « Les infortunes du Savoir sous la cravache du Pouvoir  », Éditions Lacour, 2003.
(3) Pierre-Yves Chereul, « Un blâme académique flatteur  », Éditions Lacour, 2008
 
 
par Paul Villach mardi 9 février 2010 - 69 réactions
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  • Par Lapa (xxx.xxx.xxx.139) 9 février 2010 16:40
    Lapa

    ceci dit vous avez parlé d’injures publiques, sans doute il ne faut pas considérer cet article et ses 20 lecteurs (dont une dizaine de nouveaux nez, très drôles ils ont rameuté les copains) comme étant suffisamment public. Après tout, vu la tournure des événements, AV devient un peu un cercle privé.
    Nul raison donc de donner à l’auteur plus de célébrité qu’il n’en demande en exposant ses injures à la personne visée.
    La grenouille dans son bocal croit faire la pluie et le beau temps, laissons-lui cette illusion.
    privé des "trolls", ses articles resteront à 5 votes et deux léchages de rondelle. Ils n’en seront que plus étranges en haut de la une du site... on voit déjà qu’aujourd’hui ça monte pas trop.

  • Par Céphale (xxx.xxx.xxx.93) 9 février 2010 12:08
    Céphale

    Merci, Paul Villach, de faire connaître ce triste individu à ceux qui ne savent pas grand chose à l’Education nationale. C’est un monde complexe sans doute, qui mérite d’être amélioré. Mais il est infiltré par des sarkozistes qui rêvent de le détruire.

  • Par l’homme pressé (xxx.xxx.xxx.229) 9 février 2010 12:50
    l'homme pressé

    Villach, je vais être gentil avec toi, pour changer

    L’idée initiale est bonne : présenter le personnage en question. Seulement, ce n’est pas une présentation que tu fais, mais une exécution en règle !
    Tu peux penser ce que tu veux du sieur Marois, c’est ton droit. Là, tu ne donnes pas une information : tu exprimes une opinion.
    Saisis-tu la différence ?

    Je ne défends ni l’intéressé, ni l’administration-voyou, mais :

    - je te cite :
    "incriminations laissées à la libre interprétation du chef hiérarchique : qu’est-ce qu’une « difficulté d’adaptation  », par exemple, « un isolement excessif  », « une hyper-activité et dépendance au travail  » ou bien encore « un refus d’obéissance  » ? Faut-il croire à une autorité infaillible [...]

    Dans la vraie vie (c’est à dire hors de l’EN, n’est-ce-pas), c’est le rôle d’un hiérarchique que d’évaluer ses collaborateurs. Qui d’autre est à même de le faire ? (A moins de supprimer toute évolution de carrière au mérite et de systématiser promotions et augmentations : belle injustice qui spolie les bons éléments au profit des fainéants).

    - pour être journalistiquement constructif, il eût été utile (et impartial) de fournir en annexe de ton article la circulaire en question.

    Et sur la forme, je note que tu t’es relâché aujourd’hui : ton orthographe laisse à désirer.

    Voilàvoilàvoilà

  • Par Paul Villach (xxx.xxx.xxx.81) 9 février 2010 12:30
    Paul Villach

    @ Céphale

    Fogiel me demandait sur Europe 1, le 18 novembre dernier, ce que j’apportais comme information nouvelle ?
    Voici un exemple : une présentation de Marois, recteur de Créteil, que jamais les médias officiels ne feraient !!!

    Oui, ce sinistre individu continue son chemin dévastateur ! La violation de la loi quand il était à Montpellier semble lui avoir servi de tremplin pour une carrière de recteur et peut-être même davantage... Odieux ! On ne peut accepter que l’Éducation nationale soit discréditée par de pareils individus. Paul Villach

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