Dans mon précédent billet, je définissais les contours des différents courants revendicatifs des hommes sans pour autant décrire les revendications ni ce qui motive ces revendications. Le mouvement le plus important et le plus aboutit en terme de définition des objectifs est l'hominisme puisqu’un manifeste a été établi en 2006 et les objectifs y sont détaillés un à un. Par ailleurs, les hoministes organisent régulièrement des rencontres intitulées « Congrès de la condition masculine - Paroles d'hommes ». Le premier a eu lieu à Genève en 2003 sur le thème "Quand l'homme reprend la parole...", le second à Montréal en 2005 sur le thème "Féminisme + Hominisme = Humanisme", et le troisième à Bruxelles en 2008 sur le thème "Hommes, états des lieux : inventaire des ressources et des besoins".
Revendications de l'hominisme.
L'hominisme est un mouvement de réflexion et d’action des hommes du début du vingt et unième siècle, concernant d’une part leur identité sexuelle et de genre, d’autre part leurs droits et leurs devoirs dans la société.
Patrick Guillot fondateur du site 'la cause des hommes' voit quatre axes majeurs à l’hominisme :

1. Sortir du stéréotype masculin
L’hominisme est un mouvement de réflexion et d’action des hommes du début du vingt et unième siècle, concernant d’une part leur identité sexuelle et de genre, d’autre part leurs droits et leurs devoirs dans la société. Les hoministes ne se reconnaissent pas dans les stéréotypes sociaux masculins, qui sont des constructions culturelles passagères. Ils s’efforcent de découvrir et de cultiver leur identité réelle, tout en développant de nouvelles manières d’être au masculin.
2. Faire reconnaître les violences contre les hommes
Se fondant sur de nombreuses enquêtes officielles, les hoministes affirment que les comportements violents, sous des formes différentes mais dans les mêmes proportions, sont le fait des deux sexes. Ils demandent que soient reconnues et combattues les violences contre les hommes, comme le sont les violences contre les femmes.
A ce sujet, les rapports cumulés de l’ONDRP de 2008 à 2010 chiffrent à 663.000 femmes et 280.000 hommes les victimes de violence domestique légère ou grave, y compris les violences sexuelles. Soit 2 femmes pour 1 homme. De plus, il existe une importante littérature scientifique (282 références soit un échantillon cumulée de 370 000 personnes) traitant des violences intergenres et montrant que les femmes sont physiquement aussi ou plus aggressive que les hommes ("demonstrate that women are as physically aggressive, or more aggressive, than men in their relationships with their spouses or male partners"). Il existe actuellement aucune structure d'accueil pour les hommes victimes et leurs enfants.
Le rapport de la fondation Terra Nova (qui se définit comme progressiste) réduit la lutte contre les violences à la proposition 15 "lutte contre toutes les violences faites aux femmes" avec le commentaire suivant : "De plus, les violences faites aux femmes révèlent la permanence d’une vision sexiste des relations femmes/hommes, dans laquelle les femmes sont reléguées au rang d’objet pour le défoulement de la colère ou du désir des hommes. C’est donc à cette conception, véhiculée dans le machisme ordinaire, qu’il convient également de s’attaquer.". L'analyse proposée sous l'angle de la condition féminine ne tient absolument pas compte des 280 000 hommes qui demandent une autre interprétation que l'objet du défoulement de la colère machiste. Il est tout aussi important de savoir que l'autre versant du machisme est le dénie des violences dont les hommes sont victimes. En somme ce passage dans le rapport est machiste.
Cette lutte contre les violences englobent celles subient durant l'enfance par des contreveantes féminin ou contrevenant masculin : violences et cruautés psychologiques, mauvais traitements émotifs, violences physiques. Dans ces catégories, les statistiques montrent qu'il y a une proportion significative de femmes en regard des hommes (61% venant des mères biologiques et 38% venant des pères biologiques [1]). Les contrevenants masculin ayant une contribution significative et supérieure à celle des femmes dans les crimes sexuels (En 2004, on comptait 438 femmes mises en cause pour violence sexuelles contre 15 659 hommes) et violence physique envers les garcons. La violence physique masculine étant suceptible d'infliger de plus lourds dégats corporels.
L'inceste mère-fils en France est estimé à 25 000 cas par génération [2]. Ce dernier est nié dans son existence laissant aucun recours judiciaire pour la victime (qu'elle soit fille ou garcon) et ceci à cause du stéréotype de la bonne mère très ancré dans nos sociétés. Plusieurs articles décrivent la logique de l'inceste : Inceste maternel : l’amour en plus par Caroline Eliacheff, Libération (26 juillet 2004) ; Femmes responsables d’abus sexuels : refus d’une certaine réalité par Monique Tardif et Bernadette Lamoureux. Institut Pinel (1999). Par ailleurs, il est estimé que sur 100 cas d'incestes, 90% ne feront l'objet d'aucune dénonciations et 80% seront classés sans suite fautes de preuves. Il est important de préciser qu'il y a dix fois plus de suicides chez les hommes victimes d'incestes. Selon la présidente, Isabelle Aubry, de l'association internationale des victimes de l'inceste, il restera très difficile de faire parler les hommes victimes tant qu'ils ne seront pas reconnus [1].
Suivant les études, la prévalences des victimes masculine d'abus sexuels varie de 25% à 50% des échantillons avec 58% dû à des contrevenants masculin et 41 % à des contrevenantes féminin. Une très remarquable étude sur le sujet de la victimologie masculine rassemblant énormément de données a été réalisé en 1996 par Frederick Mathews (PhD) : "The Invisible Boy – Revisioning the Victimization of Male Children and Teens"
Le sujet des violences est tellement vaste qu'il faudrait plusieurs articles pour en définir les contours avant d'entamer une description clinique. Il est toutefois acquis qu'il existe peu d'étude de qualité scientifique en dehors de toutes idéologies à propos des violences. L'exemple le plus marquant est l'absence d'étude systématique à propos des femmes abuseuses.
Cette difficulté à modifier le paradigme pour y intégrer les victimes masculines tient pour partie des stéréotypes sociaux qui n'ont rien à voir avec le machisme comme trop souvent rabachés. Ces stéréotypes ont un profond ancrage culturel en lien avec le biologique [3] (n'en déplaise aux genderistes) et ceci se retrouve au sein meme du langage comme l'explicite l'anthropologue Véronique Nahoum-Grappe "Remarquons que la grammaire française formate des figures : le terme de « bourreau » est un nom masculin, et celui de « victime » est féminin, les deux, face à face, figent déjà dans la phrase prononcée une situation où les figures sont sexuées…" dans une communication le 23 novembre 2010.
3. Trouver des solutions à la sous-performance des garçons à l’école
Il faut savoir qu'aujourd’hui sur 150 000 élèves qui quittent le système scolaire chaque année sans bac, 100 000 sont des garçons.
Comme l'explicite Yvon Dallaire, la seule conclusion logique à laquelle nous mène l’observation du succès de nos filles et de l’insuccès scolaire de nos gars est que l’école actuelle est mieux adaptée au fonctionnement naturel des filles. Loin de nous l’idée d’un retour en arrière. Mais il est évident que l’on ne règle pas une injustice (la non possibilité d’antan des filles à l’éducation) par une nouvelle injustice (une école inadaptée au fonctionnement naturel des garçons). La solution, là encore logique, est de conserver les acquis à la base du succès de nos filles et de voir comment améliorer les conditions d’apprentissage des garçons.
La dizaine d’expériences-pilotes de classes non mixtes, où les résultats scolaires des garçons rejoignent ou dépassent la moyenne des filles, prouve tout simplement que les garçons apprennent mieux lorsque certaines conditions sont réunies. Oh ! Surprise. Les garçons de classes non mixtes réussissent autant, peu importe que l’enseignant soit un homme ou une femme (du moins à ma connaissance). L’insuccès des garçons ou le succès des filles ne tient pas au sexe du titulaire, mais plutôt à la méthodologie de l’enseignement. Oui, les gars ont besoin de dépenser leur surplus d’énergie dans des sports " virils " pour être réceptif à l’apprentissage intellectuel. [4]
4. Rendre leur place aux hommes dans la famille
Dans les situations de séparation ou de divorce, ils combattent fermement toute exclusion d’un parent par l’autre parent, par la justice ou par les organismes d’aide à l’enfance. Ils recommandent la mise en place d’une médiation préalable afin de préserver au premier chef l’intérêt des enfants. Enfin ils militent pour que la loi donne priorité aux solutions d’hébergement égalitaire afin de préserver la fonction éducative des deux parents.
Quelques chiffres :
Le taux de divorce est passé de 5 %, en 1890, à près de 60 % actuellement (si l’on tient compte des unions de faits et des couples recomposés) ; 65 % à 85 % des demandes de divorce sont faites par les femmes ; 72 % à 92 % (dépendant des pays) des enfants du divorce sont sous la garde exclusive des mères, souvent sans droit de visite de leur père [4].
Ces pertes de repères masculins alarment les pédopsychiatres sur le devenir de certains jeunes garçons (absence ou renoncement du père, volonté de toute puissance de la mère parfois, suite à une séparation dans 60% des cas le ou les enfants ne reverront plus leur père car le conflit avec la mère est trop aigu et que le père se résigne). [5]
Ces quatre axes forment un corpus homogène et solide de revendications. L'élargissement de ce corpus aboutit à d'autres problématiques :
Dénonciation du sexisme anti-homme appellé misandrie.
Les hoministes dénoncent la montée en force des idéologies misandres. Ils réaffirment leur existence masculine comme aussi fondamentale et importante que l’existence féminine. Attachés à l’égalité des genres et des sexes, ils combattent fermement tout déni, discrédit, discrimination, accusations et réécritures de l’histoire diffamantes à l’encontre de la moitié masculine de l’humanité.
Dans la société, la misandrie se décline sous les formes suivantes :
● La criminilisation systématique de la séxualité masculine en l'associant à un viol laissant transparaitre la notion de Viol.
● La considération que la sexualité masculine est pauvre, simple ou sa négation.
● La surestimation volontaire des violences faites aux femmes par des enquêtes non scientifiques comme celle de l’ENVEFF des années 2000.
● La définition légale du viol comme étant un acte de pénétration occultant le viol féminin et ses manifestations.
● Le refus de la prise en charge des victimes masculines de violences et même la reconnaissance de ces dernières.
● La propagation d’idées reçues négative à l’encontre des hommes dans les média.
● Le rejet de la plupart des caractéristiques habituelles de la masculinité, la critique systématique de toute tentative de valorisation par les hommes de leurs spécificités, et parallèlement la valorisation sans retenue des caractéristiques spécifiques de la féminité.
● La mise en place d’organismes nationaux et internationaux voués à soutenir la cause des femmes et le refus de subventionner les associations masculines.
● Discrimination en faveur des femmes et discrimination en défaveur des pères. Il existe aussi une discrimination intrinsèque sur les retraites en faveur des mères.
● La mise en place de prix discriminant en faveur des femmes qui récompensent des personnes ayant fait de grandes réalisations dans leur domaine... sous réserve qu’elles soient de sexe féminin. A moindre échelle, ceci existe pour les étudiantes en leur octroyant une bourse pour les motiver à aller dans les branches scientifiques, il n'existe pas le pendant pour les hommes en faveur de la puériculture par exemple.
● L’absence de recherche concernant la sous performance des garçons dans le domaine scolaire ainsi que l’absence de campagne destinée aux hommes afin de les sensibiliser à intégrer des métiers traditionnellement féminin comme la puériculture.
● L’absence de campagne de prévention envers les fausses accusations voire la négation de leur existence même.
● L’impossibilité légale pour les hommes, en cas de doute sur une paternité qui leur est attribuée, de procéder à une recherche de paternité par eux-mêmes. Il n’existe pas à ce jour de statut de géniteur sous X.
A ce sujet, j'ai écrit un long article sur le sexisme anti-homme Le sexisme se réduit à l'aversion pour les femmes ? développant et sourcant chacun des points énumérés.
Bibliographie :
[1] Femmes violentes : un tabou social par Yann Barte, le Courrier de l'Atlas vol.49 (juin 2011)
[2] La Misandrie : Histoire et actualité du sexisme anti-homme, Patrick Guillot, Groupe d’étude sur les Sexismes, 2010. Les nourritures affectives, Odile jacob, 1993, p. 156-7
[3] Les animaux ont-ils une culture ?, Damien Jayat, EDP Science, 2010
[4] Réponse à Pierrette Bouchard, Isabelle Boily et Marie-Claude Proulx par Yvon Dallaire, 2003
[5] Idéologie du genre et identité de l'homme par Arthur Vivien, Homme Culture Identité.

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