Quand la température descend considérablement (les journalistes découvrant ce fait étonnant, il fait froid l’hiver !) comme en ce moment, il est d’usage, chaque année, de s’apitoyer avec un rien d’hypocrisie et force mièvrerie sur le sort des SDF.
Quand l’un d’eux meurt de froid, on verse des larmes de crocodiles, puis on oublie, jusqu’à l’année prochaine. On s’achète une bonne conscience et on rentre au chaud chez soi et pleurnichant devant son écran.
Et rien ne change.
Cet apitoiement n’a rien de sympathique, il écœure.
Cela ne date pas d’hier, en lisant le sympathique livre de Jean-Paul Clébert, « Paris insolite » (dans la collection « Points » aux éditions du Seuil), où il raconte sa vie à « la cloche de bois », l’auteur le dit bien, il n’y a que peu de solidarité déjà, parmi les plus pauvres eux-mêmes. Il donne aussi un témoignage qui s’oppose aux images d’Epinal, il le dit bien, quand on dort à la « belle étoile » on dort mal, et le matin, et si on ne se lave pas c’est aussi parce que l’on a tout le temps froid.
Tout comme le livre de Patrick Deckerck, « les naufragés » (dans la collection « Terre humaine » de Jean Malaurie), le livre de Clébert tente de lutter contre les préjugés et partis pris angéliques concernant les sans-abris. La pauvreté voir l’extrême pauvreté ne rend pas meilleur, hélas.
Les journalistes, les politiques, et le reste de population réagissent comme si il n’y avait pas de « sans abris » dehors les autres saisons, et qu’il n’y avait pas de morts parmi eux le reste de l’année alors qu’il y a peut-être plus de décès dans cette catégorie de la population l’été.
Paradoxalement, et ironiquement, on constate qu’à Paris dans les quartiers les plus bobolisés, les rues « branchées », les SDF sont superbement ignorés, ils gênent plutôt qu’autre chose dans le décor, quand on les voit sur les bouches de métro, sous les portes cochères, et voire même sur le pas de porte d’associations dites caritatives qui ne sont pas fichues, elles non plus, d’ouvrir leurs bureaux le soir alors qu’il y a urgence.
En plus, certains ne disent même pas « merci » avec déférence quand on leur laisse une petite pièce, car même les bourgeois bohèmes ont parfois mauvaise conscience !
Un SDF avec qui je discutais en attendant le bus à Evreux me raconta son histoire et sa visite dans les services sociaux du département censés l’aider à se reloger alors que cela fait sept ans qu’il est à la rue. Les dames chargées de l’accueil lui dirent qu’il ne fallait pas qu’il se montre trop impatient, car il y avait 3500 dossiers avant le sien.
Comme il manifestait justement son agacement, celles-ci lui lancèrent que « déjà elles l’écoutaient, qu’il ne faudrait quand même pas qu’il exagère » ce « gros gâté »,
Une autre hypocrisie majeure est de laisser croire qu’il n’y a en somme que dans les grandes villes qu’il y a des SDF et des « mal-logés », donc surtout à Paris, et que l’on n’en voit pas en province, ou dans les petites villes rurales que leurs habitants voient encore telles qu’elles étaient au XIXème siècle quand il existait encore en ruralité un véritable lien communautaire.
Alors que le problème se pose partout de la même manière.
Beaucoup préfèrent se reposer sur l’image qu’ils se font de l’endroit où ils habitent, où l’on serait plus solidaire, plus humain alors qu’il n’en est rien, et que ce serait même de pire en pire du fait de l’afflux de « rurbains » qui ne veulent surtout pas entendre parler ni de précarité, ni de mal-logement, ni de pauvreté, dans leur pavillon acheté à crédit.
On a d’ailleurs des pauvres la même idée que l’on en avait au XIXème siècle, ce sont des « fainéants », des « voleurs de poules »…
Il faut dire que la pauvreté fait peur, car la plupart des français savent fort bien que dans notre société consumériste, la pauvreté peut toucher tout le monde sans exception et ce du jour au lendemain.
Cela n’empêche pas la course à l’abîme que représente l’achat à crédit des objets réputés indispensables pour vivre en 2012, crédit pouvant très vite mener au surendettement.
Peu importe, tels les lemmings qui vont se jeter du haut de falaises gigantesques une fois l’an sans que l’on ne sache trop pourquoi, c’est simplement l’instinct grégaire qui les pousse à cela, les consommateurs continuent à s’endetter et risquer de se retrouver à la rue et jusqu’à la fin ils le feront...

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