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Les velléités dénatalistes du maire de Bruxelles

Proposant à ses concitoyens une piste pour lutter contre la grave surpopulation de la ville de Bruxelles, Freddy Thielemans, bourgmestre (maire) socialiste de la capitale belge vient de défrayer la chronique en « osant » exhorter à la dénatalité, principe oh ! combien tabou, mais sans pour autant - électoralisme oblige - édicter de réelles mesures de limitation des naissances.

Dans un débat jeudi dernier en Flandres, le maire de Bruxelles a réclamé que « Le thème de la limitation des naissances devait pouvoir être abordé dans le cadre de la lutte contre la surpopulation ». Et de justifier ainsi sa déclaration : « Nous avons à Bruxelles, beaucoup de familles nombreuses comptant sept ou huit enfants. Elles demandent un appartement social, mais ces appartements n'existent habituellement pas ».

Blasphème contre les familles nombreuses...

Les regards se portent évidemment sur les Bruxellois d'origines étrangères à l'Europe. Peine perdue, inutile de pointer du doigt une communauté dont le taux de natalité est souvent considéré comme plus élevé que celui du reste de la population, le maire s'en défend, mais par une réponse quelque peu sibylline : « Ce problème, vous le retrouverez aussi bien dans les familles musulmanes que dans les familles juives, et même parmi les chrétiens... ». La ville de Bruxelles compte 520.000 familles dont un peu plus de 2.000 possèdent plus de cinq enfants.

D'ordinaire, sachant qu'on touche ici une notion sacro-sainte de la liberté individuelle, les leaders politiques des démocraties occidentales ont tout intérêt à se réjouir publiquement de voir la population progresser alors que l'ensemble de l'Europe serait menacé par un vieillissement accéléré. Nous feignons d'ignorer l'avenir pour ne se préoccuper que des retraites, quitte à ce que les gens des mégalopoles finissent par se marcher dessus, connaissent des chômages aussi longs que leur vie d'adulte actif ou des salaires de 200 euros et ne bouffent plus que des OGM... Il faut donc rendre grâce à Freddy Thielemans pour sa témérité d'avoir fait une entrée fracassante dans la campagne municipale en vue de l'élection du 10 octobre prochain où il vise, peut-être avec une vérité contre-productive, le renouvellement de son mandat.

Le taux de natalité bruxellois est supérieur à celui de la Belgique, mais en 2009 comme en 2010, l'accroissement de la population de la capitale s'expliquait aussi par le solde migratoire. Bruxelles attire les Belges et les étrangers, surtout Européens, par son potentiel économique. Beaucoup de ces migrants arrivent dans la capitale quand ils sont en âge de procréer. La région de Bruxelles-Capitale est le troisième PIB régional de l'UE. Entre 2000 et 2010, la population bruxelloise a crû de près de 13%. Aujourd'hui à 1,08 million d'habitants, les dernières projections du Bureau Fédéral du Plan (BFP) tablent sur une population bruxelloise de 1.270.000 personnes en 2020, 1.418.000 en 2050 et 1.475.000 en 2060.

Point de vue



À partir de combien de progénitures une famille est-elle "trop" nombreuse ? Nous dirons huit, voire dix pour les cathos ou les musulmans conservateurs et atteints de cécité écologique pour cause d'aveuglement dogmatique. Nous dirons deux pour ceux, écomalthusiens, qui voient loin et estiment que même une croissance démographique zéro ne comporte aucun remède parce que nous sommes déjà surnuméraires, en inéquation avec les ressources, en surcharge sur Terre et qu'il faut envisager une vraie décroissance démographique (et économiques), parce que : 1) nous sommes déjà entrés dans une crise écosystémique ingérable après avoir franchi le pas des 3 milliards dans années 1960 et 2) la planète (qui n'est plus plate...) n'est ni extensible, ni rechargeable et qu'en raison de cette finitude, « Nous périrons sous les berceaux », ainsi que le clamait sans complaisance et avec encore moins de démagogie Jacques-Yves Cousteau, un homme bien-aimé de l'opinion publique.

Gouverner, c'est prévoir...

Le vrai problème (mondial) n'est pas de stabiliser les naissances mais de les réduire, et donc d'inciter sérieusement à la dénatalité. Il nous faudrait (conditionnel !) revenir au seuil de ces 3 milliards des années 1960 et non pas tendre aux 9 ou 10 milliards de 2050. Rien d'eugéniste ou de génocidaire là-dedans, il ne s'agit pas d'éliminer des gens mais d'en produire moins. On ne tue pas un Être non-né ! Et un bébé n'est pas qu'un « jouet » pour des parents trop souvent inconscients, mais aussi un futur adulte consommateur. Un seul Terrien occidental pollue comme plusieurs dizaines d'habitants des pays pauvres. Il est donc aussi urgent de réduire (un peu) les naissances chez nous que de les réduire (beaucoup) dans la plupart des pays émergents (et qui n'émergeront jamais !), notamment en Afrique subsaharienne. Vivre moins nombreux pour que tout le monde puisse vivre heureux et ne pas occuper les niches écologiques des autres espèces. Si Bruxelles ne comprend pas, le Monde doit comprendre !

La solution ? Soyons plus nombreux à l'être moins ! C'est l'ONG francophone Démographie responsable qui le dit, comme je m'épuise à l'expliquer dans tous les sens dans la plupart de mes livres. Les démographes officiels pratiquent une démographie hors-sol, aveuglément économique, faisant abstraction des conditions écologiques et des interdépendances.

Il faut reconnaître que l'homme moderne est devenu une espèce invasive. Parodiant la réflexion de Kenneth Boulding : « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un économiste. », je dirais : « Celui qui croit qu’une démographie exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un démographe ».
 
« Procréer était autrefois un devoir ; c’est aujourd’hui un droit limité ». Albert Jacquard

 « Nous sommes déjà trop nombreux pour vivre, pour vivre non pas en insectes, mais en hommes ; nous multiplions les déserts à force d'épuiser le sol, nos fleuves ne sont plus que des sentines et l'océan entre à son tour en agonie, mais la foi, la morale, l'ordre et l'intérêt matériel s'unissent pour nous condamner à la peuplade : il faut aux religions des fidèles, aux nations des défenseurs, aux industriels des consommateurs, c'est dire qu'il faut des enfants à tout le monde, n'importe ce qu'ils deviendront, adultes. » Albert Caraco




par Michel Tarrier (son site) jeudi 4 octobre 2012 - 121 réactions
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  • Par Didier Barthès (---.---.---.230) 4 octobre 2012 08:51

    Michel Tarrier a mille fois raison. Quand comprendrons-nous que cette question doit cesser d’être taboue ? La surpopulation est le problème clef, Celui qui, s’il nest pas résolu, rendra caduques tous nos autres efforts en matière de protection de la nature. L’humanisme lui-même est de ce côté. Nos enfants n’auront qu’une vie impossible sur une Terre surpeuplée.

    D’ailleurs, que les natalistes réfléchissent. S’ils veulent à tout prix préserver le droit à la reproduction ils doivent faire preuve de retenue aujourd’hui, car sinon, demain sur une Terre de 10 ou 15 milliards d’hommes, ce droit, par les lois ou la confrontation aux limites de la planète, ne sera plus qu’un souvenir.

  • Par Manso (---.---.---.150) 4 octobre 2012 16:18
    Manso

    On ne le dira jamais assez : la surpopulation est la cause première des maux écologiques que connait la planète. La démonstration en a été faite moult fois par des scientifiques, et il est bon que maintenant des « politiques » s’emparent ouvertement du sujet. 

    Bravo donc à M. Freddy Thielemans, bourgmestre de Bruxelles et merci à Michel Tarrier pour avoir relayé sa parole dans cet article bien construit et aux termes mesurés.
  • Par Gaspard Delanuit (---.---.---.12) 4 octobre 2012 10:28
    Gaspard Delanuit

    C’est amusant de voir comment une proposition aussi frappée au coin du bon sens peut prendre une forme scandaleuse pour des esprits formatés à l’idéologie de la fourmilière. Il est évident que les humains sont trop nombreux, non pas pour « survivre » mais pour vivre, et vivre sans prendre toute la place des autres formes de vie. Nous ne sommes pas les seuls sur cette Terre. Pondre 7 ou 8 marmots c’était bon pour l’époque ou la nature en reprenait 5 ou 6 dans les premières années. 

  • Par Michel Tarrier (---.---.---.227) 4 octobre 2012 10:46
    Michel Tarrier

    Le principe de précaution devrait présider avant de « donner » la vie.

    Chaque fois qu’on « donne » la vie, on tend à en supprimer une autre, puisque au seuil de surcharge et d’épuisement où nous sommes, les ressources nous sont comptées.

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