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Accueil du site > Tribune Libre > « Les vieilles lunes » selon Nicolas Sarkozy. Parlons-en

« Les vieilles lunes » selon Nicolas Sarkozy. Parlons-en

Au Trocadéro le 1er mai, Nicolas Sarkozy a soutenu que « les vieilles lunes de la lutte des classes dressent les uns contre les autres ». Au cours de son débat du 2 mai avec François Hollande, il a repris cette expression de « vieilles lunes ».

« Vieilles lunes » vraiment ?

« Vieilles » certainement, car les affrontements entre classes, castes, ordres, … catégories sociales ne datent pas d’hier et ne sont pas près de cesser, mais « vieilles lunes » sûrement pas. Rappelons qu’une vieille lune est une idée surannée, dépassée, mais qui refait surface de temps à autre, contre toute logique.

 Ce qui « dresse les uns contre les autres », ce ne sont pas les théories économiques et sociales, ni le supposé dogmatisme de certains syndicats - d’ailleurs bien affaiblis en France - c’est la « vieille » propension des puissants et des nantis à développer toujours et encore leur influence et leurs richesses, en oubliant le sort réservé aux faibles et aux démunis, ou en le considérant tranquillement comme une juste sanction du démérite.

 Cette propension n’est ni une « vieille lune » ni une nouveauté. Elle n’est pas non plus une généralité puisque certains savent s’affranchir du conformisme de leur « classe ». Mais ces exceptions ne suffiraient pas à renverser le cours des choses. C’est au pouvoir politique, a fortiori depuis l’émergence du suffrage universel (le vrai en France : 1944/45), qu’il appartient de régler le jeu et d’en borner les excès.

Qu’en est-il en France en 2012 ?

 Oublions un instant le choc frontal des théories, les débats entre « experts » arc-boutés sur leurs opinions et prescriptions contradictoires. Laissons de côté les statistiques macro-économiques, imprégnons-nous de quelques faits solidement établis, tels qu’ils ont été rapportés par la presse de ces derniers mois, toutes tendances confondues, et voyons s’ils peuvent nous aider à comprendre ce qui peut bien dresser « les uns contre les autres ».

 Le Canard Enchaîné - 26 octobre 2011 : « En 2010, les rémunérations moyennes des dirigeants des banques françaises ont augmenté de 44,8 % ». En 2011, les dirigeants des entreprises du CAC 40 ont poursuivi le mouvement avec une augmentation de 34 %.

 Le Monde - 6 janvier 2012 : « L’année 2011 aura été la plus prolifique jamais observée sur le marché de l’art, (qui) a connu une hausse de ses volumes de ventes de 15 % ». Gageons qu’il ne s’agit pas là de l’« art comptant pour rien » (merci à l’artiste de l’Aberwrac’h qui m’a fait découvrir cette heureuse formule).

 Le Figaro - 7 mars 2012 : « Les ventes d’automobiles s’effondrent en France » mais le marché des voitures de luxe est prospère : « les salariés de Porsche, qui a vendu 119.000 voitures en 2011, reçoivent une prime de 7.600 euros. »

 Les Echos - 16 mars 2012 : Air France et Lufthansa « investissent des centaines de millions d’euros » pour l’accueil de leurs classes affaires : « 17 à 20 % des passagers, mais 50 % du chiffre d’affaires ».

 Le Monde - 22 mars 2012 : « La maison de luxe Hermès a signé en 2011 la plus belle année de son histoire, conclue sur un bénéfice net record en hausse de 40,9 % à 594,3 millions d'€ (…) et le groupe compte choyer particulièrement ses actionnaires ». Le taux de croissance annuelle des ventes a été « historique » : + 18,3 %.

 En clair, l’industrie du luxe ne s’est jamais aussi bien portée. Les cours boursiers de LVMH et Hermès s’envolent. Vuitton et Cartier ont du mal à faire face à la demande. L’offre en montres de luxe explose (Oris, « real watches for real people » ; Rolex, « la montre des personnes influentes (…) des fortes personnalités en quête d’excellence »…). Lacroix propose une gamme de skis de 1.000 à 50.000 € la paire, comportant des modèles « or et pierres précieuses ». Les chantiers navals de plaisance se concentrent sur les modèles de très haute gamme et sur la production d’unités d’exception se chiffrant en millions d’euros, pour lesquelles la demande n’a jamais été aussi abondante ni aussi exigeante. Et tout cela n’est pas seulement à destination des pays émergents. Le communiqué de LVMH qui annonce un « bondissement » de ses résultats au 1er trimestre 2012 souligne « une bonne progression en Europe, en dépit d’un environnement contrasté ». Contrasté, en effet.

 A l’autre extrémité du spectre, tous les organismes impliqués dans l’aide aux plus démunis constatent sur le terrain que la population concernée est de plus en plus abondante et composite : il n’y a pas que les « marginaux » ou réputés tels, à être repoussés aux marges de notre société.

Laissons parler un bon observateur de ces évolutions, le directeur général du Crédit municipal de Paris :

Le Parisien - 25 avril 2012 : « Il y a d’un côté tous ces gens aux abois qui viennent mettre en gage leurs biens (les prêts d’urgence ont explosé : + 73 % entre le 1er trimestre 2011 et le 1er trimestre 2012) et, de l’autre, dans les salles de vente, une clientèle plus à l’aise, qui flambe aux enchères. » Le principe des vases communicants en quelque sorte.

 C’est dans un contexte de ce genre que l’on peut goûter pleinement des annonces comme celles faites par Frédéric Lefebvre (en charge du tourisme dans le gouvernement Fillon) le 9 novembre 2011 : le gouvernement renonce à la taxe de 2 % sur les nuitées dans les hôtels de luxe, qui avait été décidée en septembre ; dans le même temps, la TVA sur les entreprises de restauration collective (qui fournissent notamment les hôpitaux, écoles et maisons de retraite) passe de 5,5 à 7 % (Le Canard enchaîné - 16 novembre 2011).

 Il suffit donc de regarder autour de soi pour se faire une idée de ce qui peut « dresser les uns contre les autres » : en ces temps d’austérité, de rigueur, de pénitence … les uns sont dans la tourmente mais d’autres font beaucoup mieux que tirer leur épingle du jeu. 

 Et, comme de bien entendu, cela s’arrose !

Le Monde - 3 janvier 2012 : « Excellentes ventes de champagne (…). 2011 est la deuxième meilleure (année) de l’histoire du vignoble ».

www.citoyensunisdeurope.eu


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8 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 3 mai 2012 09:06

    Pour en finir avec les « les vieilles lunes de la lutte des classes » ! ! !

    Refondation du Capitalisme & Dividende Universel

    Le Parti Capitaliste Français ( PCF ) propose une synthèse socio-économique permettant d’instaurer une authentique compatibilité entre compétitivité et cohésion sociale ; entre compétitivité et solidarité.

    Ce projet de « Refondation du Capitalisme et de création d’un Dividende Universel » se compose d’un Objectif Principal et de deux Objectifs Spécifiques qui découlent de l’objectif principal.

    Objectif Principal :
    Acquisition Citoyenne & Collective du Pouvoir Économique

    Objectifs Spécifiques :
    I)
    Transformer le « capitalisme ordinaire » en un véritable 
    Capitalisme Écologique, Anthropocentrique, Philanthropique et Équitable.
    II)
    Faire bénéficier chaque citoyen, même mineur, d’un 
    Dividende Universel évolutif qui, de facto, éradiquera définitivement le concept même de chômage.


    • subliminette subliminette 3 mai 2012 10:44

      C’est pour ça que Sarko peut affirmer avoir parfaitement réussi son mandat. Son but et celui de ses amis était bien de prolétariser les masses pour le plus grand profit de quelques uns.

      Il a effectivement parfaitement réussi. Il est juste un peu jaloux de la Grèce qui a bien mieux réussi que lui.

      Il va lui manquer 5 ans pour finir le boulot.

      Non seulement il finira en prison, mais ses riches amis ne lui accorderont plus un regard. Il leur sera devenu aussi utile qu’un mouchoir usagé. Ca fait très mal....


      • JL JL1 3 mai 2012 12:17


        « les vieilles lunes de la lutte des classes dressent les uns contre les autres » (Sarkozy)

        « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner » (Warren Buffet, homme le plus riche du monde)


        • scripta manent scripta manent 3 mai 2012 13:38

          Et c’était avant la crise majeure qui est en cours, puisqu’il semble que cet avis éclairé de Warren Buffet ait été publié dans le New York Times, le 26 novembre 2006.

          Quant à Georges Soros, autre milliardaire spéculateur, son opinion n’est pas mal non plus : Dans son ouvrage « On Globalization » (2002), il écrit :

          « Le commerce international et les marchés financiers globaux ont fait la preuve de leur capacité à créer de la richesse, mais ils ne sont pas en mesure de satisfaire un certain nombre de besoins sociaux. Parmi ceux-ci, on trouve le maintien de la paix, la réduction de la pauvreté, la protection de l’evironnement, l’amélioration des conditions de travail ou le respect des droits de l’homme, ce que l’on appelle en somme le bien commun »
          Parole d’expert !


        • pidgin 3 mai 2012 12:30

          Avis à ceux qui prônent l’abstention : est-ce que vous voulez vraiment donner à Sarkozy 5 ans de plus pour « terminer le boulot » ?
          Votre responsabilité serait lourde et il est encore temps d’aller voter.
          Ne nous fions pas aux sondages, le résultat peut être serré, et nous ne savons pas qui l’emportera.

          IL S’AGIT D’UN CHOIX DE SOCIÉTÉ


          • Brontau 3 mai 2012 18:30

            Heureusement que les écrits demeurent ! Quelle démonstration et quelle concision ! Oui, la lutte des classes existe, faisons le comprendre définitivement à Sarko, et rappelons le, chaque fois que ce sera nécessaire, à l’outil utile Hollande


            • JPS71 4 mai 2012 17:31

              C’est toujours la même manipulation : confondre la cause et les effets :

              Ceux qui font références à la lutte des classes font un constat : il y a des classes sociales, et la classe dominante exploite/aliène/domine les autres classes. Mais, en général, ils ne s’en satisfont pas, puisque justement, ils veulent construire une société sans classe. Simplement ils constatent un état de fait, et estiment que seul un changement de rapport de forces peut réduire les « antagonismes de classe »

              Concernant, les citations de Buffet et Soros, et celà concerne aussi le Medef : il est clair qu’ils ont bien analysé (ou fait analyser par des « valets » compétents, think tank ou autres) les théories marxistes. Ce qui est intéressant sur la citation de Buffet, est qu’il explique clairement que cette guerre « warfare » des classes (il va plus loin que les marxistes qui parlent de lutte « struggle »), que cette guerre est menée à l’initiative de sa classe, celle des possédants... Ce sont donc bien les possédants, comme décrit dans cet excellent article) qui « divisent la société »

              Pour finir, je suis toujours admiratif de la droite qui arrive à vendre comme « modernes » des idées vieilles d’un ou plusieurs siècles (par exemple, le libéralisme, théorie baséee sur un bouquin d’A Smith publié en 1776... oui oui au 18eme siècle !!! ). L’argument de « l’unité nationale » était aussi celui de Thiers contre l’impôt progressif qui dresserait les pauvres contre les riches... Le moins que l’on puisse dire est que sa « gestion » de la commune de paris n’a pas été fait dans le même esprit d’unité nationale (30 000 morts pendant la semaine sanglante, dont de nombreux enfants fusillés).


              • scripta manent scripta manent 4 mai 2012 18:04
                Le XIXème siècle industriel a connu lui aussi un « brutal face-à-face » entre la grande richesse et la misère :
                « Le capitalisme du XIXème siècle développe, en même temps que lui-même, un brutal face-à-face : entre la richesse et la misère ouvrière ; entre l’aisance cultivée et l’angoisse brute ; entre le pouvoir et l’absolue dépendance. » (Michel Beaud. Histoire du capitalisme (à lire !) Editions du Seuil, 1990, p. 149).
                Et déjà, certains préfèrent la philanthropie à la réforme. Adolphe Thiers, précisément, que Clémenceau qualifiera comme suit « le type même du bourgeois cruel et borné qui s’enfonce sans broncher dans le sang » a exprimé cela sans détour :
                « Le riche est bienfaisant quelquefois et il quitte ses palais pour visiter la chaumière du pauvre, bravant la saleté hideuse, la maladie contagieuse et, quand il a découvert cette jouissance nouvelle, il s’y passionne, il la savoure et ne peut s’en détacher ». Thiers en conclut qu’il y a là des raisons suffisantes pour ne point réformer : « Supposez toutes fortunes égales, supposez la suppression de toute richesse et de toute misère ; personne n’aurait le moyen de donner (...) vous auriez supprimé la plus douce, la plus charmante, la plus gracieuse action de l’humanité. Triste réformateur, vous auriez gâté l’oeuvre de Dieu en voulant la retoucher. »
                Aujourd’hui, les gourous du bienfaisant ultralibéralisme ne font plus guère référence à Dieu mais, à part cela, ils sont les dignes héritiers du « bon monsieur Thiers ».
                http://www.citoyensunisdeurope.eu/viewtopic.php?f=51&t=29&p=457#p457

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