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Accueil du site > Tribune Libre > Les voleurs de savoirs

Les voleurs de savoirs

Une information sourd discrètement dans les machines à bruits et les canards laquais : le brevetage par un institut public de recherche français, l' « Institut de recherche et développement » (IRD) d'une molécule issue d'un petit arbre des forêts de Guyane, le Quassia amara. Molécule permettant de lutter contre ce fléau qu'est le paludisme. On pourrait dire bravo et merci à ces chercheurs. Sauf que...

 

Sauf que les chercheurs de l'IRD n'auraient rien trouvés s'ils n'avaient pas interrogés les communautés guyanaises Palikur et Kali'na pour connaître leurs remèdes traditionnels, leurs modes d'emplois, leurs effets. Sans les indigènes, qui aurait pensé à cette plante, et qui aurait compris son potentiel  ? Les « chercheurs » ont pourtant « oublié », pour breveter ces savoirs, de demander l'autorisation des peuples premiers et, évidemment de les associer de quelques manières que ce soit aux bénéfices de ces brevets. Bonjour l'éthique ! Si ce n'est pas du vol, ça y ressemble.

Nous sommes dans un cas d'école d'accaparement de savoirs ancestraux et de ressources biologiques « puisés » pour ne pas dire volés à des peuples autochtones par des firmes pharmaceutiques ou cosmétiques. Parce que les vertus médicinales et insecticides des feuilles de Quassia amara sont connues et utilisées depuis longtemps par les peuplades amérindiennes d'Amérique latine, notamment contre le paludisme ! C'est la Fondation France Liberté qui a soulevé le lièvre en faisant opposition auprès de l'Office européen des brevets.

Mais les spoliés n'ont pas l'intention de se laisser faire. Mardi 26 janvier, le président de la collectivité territoriale de Guyane, Rodolphe Alexandre dit avoir appris « avec grand étonnement », le dépôt d’un brevet sur une « espèce typique de la pharmacopée traditionnelle locale » et dénonce « l’absence totale d’éthique de la part de ces chercheurs ».

La méthode est bien rodée pour piller les savoirs autochtones. Sous couvert de recherches scientifiques, une entreprise – institut comme l'IRD, laboratoire pharmaceutique, firme cosmétique, etc. - envoie une équipe étudier une communauté indigène, en Amazonie, en Afrique, à Bornéo, etc. Les « explorateurs » font ami-ami puis s'intéressent de près à l'utilisation des plantes, de la pharmacopée locale. Ils rapportent des échantillons et les confient aux techniciens et laborantins maisons. Ceux-ci extraient le principe actif, isolent la molécule efficace possédant les vertus recherchées. La firme élabore alors un produit à partir de ce rincipe actifs et dépose un brevet. S'accaparant dès lors sous forme de « royalties » tous les bénéfices de la plante en question. En fait, elle n'a rien « découvert », elle n'a rien inventé, elle a volé un savoir ancestral. Les firmes biopirates s'appuient sur le flou juridique actuel autour de l’autorisation ou non de breveter le vivant. La situation actuelle oblige les peuples détenteurs des savoirs et utilisateurs des ressources à apporter la preuve qu'ils utilisaient et connaisaient les principes actifs des plantes avant le dépôt du brevet ! Bonjour l’escroquerie...

Ça devrait changer. En effet, les sénateurs ont votés, le 26 janvier, une « loi bio diversité. » Il s'agit en fait de transcrire dans la loi française le « protocole de Nagoya » visant à encadrer l'exploitation des ressources génétiques naturelles et de lutter contre la biopiraterie. Il serait temps. En effet, si 90 % de la biodiversité se trouve dans les contrées du Sud, 90 % des brevets correspondants à l'utilisation des substances issues de cette biodiversité « sudiste » appartiennent aux États-Unis et à moindre titre à l'Europe et au Japon. Ceci à travers ces « grands altruistes » que sont les firmes agrochimiques, biotechnologiques, pharmaceutiques, semencières, cosmétiques...

Aux voleurs !
 

Photo X - Droits réservés

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13 réactions à cet article    


  • MagicBuster 2 février 14:40

    Oui c’est étonnant qu’il soit légal de poser des brevets sur des plantes, sur des noms de planêtes.... sur le génome humain ....

    ==> C’est tout à fait à l’image de la société que je déteste.

    Apparemment, il est devenu normal de spéculer sur la nourriture, la santé, le logement, la sécurité .... Ce qui est très étonnant , c’est qu’il y en a encore pour s’étonner que certains meurent de faim à Paris, de Froid à Londre, etc .. .. . . 

    Les pires épidémies sont encore à venir . . . .
    Bonne chance les riches  smiley

    Vous crèverez TOUS pareil que nous.
    La méthode perdant - perdant sera sans pitié.


    • Laurent 2 février 18:31

      Hello,

      autant je suis contre les brevets sur le vivant autant je ne vois pas ce qui est choquant dans ce cas.
      De manière générale, la recherche se passe ainsi : pour écrire un article, tu te sers de références. Il est relativement rare d’écrire un article en « entier » sans références. Si ensuite, grâce à ton article, tu arrives à monter un procédé / logiciel / n’importe quoi qui te permet de gagner de l’argent, tu dois de l’argent à ton employeur (celui qui te paye pour que tu écrives) et absolument pas aux références.

      Dans ce cas de figure, et pour autant que je le comprenne bien, les chercheurs ont demandé aux peuples ce qu’ils faisaient (donc ce sont des références) et ont eu une valeur ajoutée dessus (la mise au point d’une molécule de synthèse, l’industrialisation d’un procédé, ...).

      Sérieux je ne vois pas ce qui est choquant. Devrait-on rémunérer Newton chaque fois qu’on cite la loi de l’attraction universelle ? Tout ceux qui l’enrichissent ou qui en partent pour trouver d’autre chose à partir d’elle sont-ils des voleurs ?


      • aimable 3 février 07:57

        @Laurent
        breveté sans indiquer les références cela s’appelle du vol
        il est vrai que les escrocs ne sont pas embarrassés par une quelconque valeur morale
         l’appât du gain est le plus fort  !


      • aimable 3 février 08:00

        @Laurent
        breveter


      • doctorix doctorix 4 février 17:01

        @Laurent

        Sérieux je ne vois pas ce qui est choquant. Devrait-on rémunérer Newton chaque fois qu’on cite la loi de l’attraction universelle ? 

        Mais personne n’a déclaré avoir le monopole d’exploitation commerciale de la gravité.
        Vous êtes en pleine contradiction.
        Ce qui est immoral, ce n’est pas tant de ne pas rémunérer les autochtones, c’est de prétendre avoir un monopole sur un produit naturel qu’on s’est contenté d’extraire et non d’inventer.
        De plus, dans ce cas de figure, c’est comme si je possédais un secret sans avoir les moyens de l’exploiter, et que vous en déposiez le brevet à votre nom.
        Double escroquerie, fort bien repérée par la loi, pour une fois.

      • Montdragon Montdragon 2 février 19:54

        Peuples premiers.. ça donne un droit particulier, moi je ne suis pas premier en Bourgogne ?
        Il sont citoyens français et pas indigènes façon Algérie 1947.
        D’ailleurs, c’est le président de « Région » qui les soutient, un élu de la République.

        Maintenant, un savoir dit « ancestral » doit-il être rétribué ? Selon quelles modalités ?
        Vous avez 4 heures^^.


        • Montdragon Montdragon 2 février 19:54

          Ceci dit, oui, Victor, c’est du « vol ».


          • Alren Alren 3 février 12:26

            Pas simple cette question de la brevetabilité du vivant !


            Dans le cas présent, l’institut ne demande pas de breveter la plante qui bien sûr n’appartient à personne, mais la technique de synthèse chimique de la molécule qu’ils en ont isolée. ce qui demande une compétence que les Amérindiens n’ont pas.

            Il est impossible moralement et en droit de dire que les habitants d’une région ont un droit de propriété sur une plante sauvage sous prétexte qu’elle pousse naturellement chez eux, qui plus est sur une terre dont ils ne sont pas les propriétaires fonciers.

            Sinon, il faudrait que les herboristes paient une sorte de redevance aux habitants d’une vallée pour avoir cueilli des plantes médicinales dans la montagne voisine ...


            Reste la question de la vente du savoir, le savoir que cette plante est efficace pour tel traitement. Il s’agirait alors non de brevet mais d’attribuer une sorte de droit d’auteur collectif aux Amérindiens : difficile, ce savoir n’ayant pas été édité en librairie.

            Et même en adoptant ce point de vue extrêmement complaisant, il resterait, à prouver que les Amérindiens d’aujourd’hui ont découvert eux-mêmes une telle propriété thérapeutique ou qu’ils sont les héritiers de celui qui l’a découverte et qui est décédé depuis moins de soixante-dix ans car après cette durée, son œuvre tombe dans le domaine public.

            Ajoutons que si un mathématicien, par exemple, fait une découverte importante dans son domaine, il ne pourra pas faire payer son partage de connaissance avec le public, seulement se faire rémunérer sur l’ouvrage qu’il pourrait écrire avec.

            Ajoutons que les enfants amérindiens, comme tous les citoyens français, reçoivent gratuitement les connaissances que leur dispensent les enseignants de leur nation, pour leur plus grand bien si l’on compare leur sort avec celui des amérindiens voisins.

            Franchement, je pense que le terme de « vol » n’est pas approprié. 


            • doctorix doctorix 4 février 17:04

              @Alren

              sous prétexte qu’elle pousse naturellement chez eux,

              Ce qui a poussé chez eux, surtout, c’est la connaissance de son usage. Là est le vol.


            • TSS 3 février 13:26

              Aux indes ou le procédé brevetage du vivant est courant de la part de sociétés

               anglo-saxonnes, les reactions sont violentes et c’est normal... !!


              • TSS 3 février 13:29

                 La France est en pointe sur ce sujet , l’herboristerie fut interdite par un lobbying

                 des pharmaciens ... !!


                • doctorix doctorix 4 février 17:05

                  @TSS

                  Et par Pétain...

                • Lisa SION 2 Lisa SION 2 3 février 13:39

                  Tout ce que tu as appris est le fruit de ce que l’humanité t’a donné. Tout ce que tu as conclu comme résultat probant est la synthèse que tu as déduit des enseignements grossiers que l’humanité t’a apportés. Tu te dois, en remerciement lui offrir sans contrepartie à venir. Sinon, je privatise l’air que tu respire ! Les vivants sont propriétaires d’eux mèmes, mais simples locataires de la Vie.

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