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Lettre ouverte à monsieur le ministre de l’éducation

Le Réseau Informel de Réflexion sur l’Education (R.I.R.E.) m’a chargée de vous transmettre afin de les diffuser, la "Lettre ouverte" qu’il a adressée à monsieur Darcos, et la réponse à cette lettre qu’il a reçue de l’Elysée.

Ce groupe, composé à la fois d’enseignants, d’éducateurs et de parents d’élèves, souhaite que le public, le plus large possible, soit informé des "sourdes" mais profondes transformations qui sont en train d’être mises en place dans notre système éducatif, transformations et réformes qui visent à le priver de sa substance et à mettre en danger l’esprit même de nos "humanités" et les principes fondateurs de notre éducation laïque, universelle, et républicaine.

Monsieur le Ministre,

En tant qu’acteurs de l’éducation -enseignants et éducateurs réunis-, nous sommes plusieurs à nous interroger sur le contenu de la « Lettre aux éducateurs » que le Président de la République, Monsieur Sarkozy, nous a adressée en octobre dernier. Ce discours nous interpelle d’autant plus que, bien que nous soyons les premiers concernés, nous sommes d’emblée évincés de cette réflexion qui décide, sans nous, du futur de l’éducation. Dans une société qui se prétend démocratique, il semblerait logique que chaque citoyen, et à plus forte raison chaque membre du corps enseignant, soit consulté au préalable sur les grandes orientations qui forgent le destin de la nation et du monde en général. A défaut de consultation, nous vous livrons la synthèse de nos réflexions suite à cette lecture. Derrière la largeur d’esprit affichée, les grands et beaux principes auxquels tout le monde peut adhérer, c’est l’idéologie mondialiste qui se profile en trame de fond, incompatible avec les notions de liberté, de justice, de beauté et de vérité développées par ailleurs. Encore une fois, l’éducation des jeunes devient l’enjeu d’un formatage idéologique dont l’objectif d’ordre purement économique de « disposer d’une main d’oeuvre bien formée » est froidement annoncé à l’avant-dernière page (p. 30).

Tout le reste du développement n’est que l’enrobage de cette triste réalité : on brade notre civilisation à des intérêts marchands. Nous allons vers une société d’esclavage économique à travers le monde de l’entreprise dont l’école devient le principal agent. Dans un tel contexte, la « Renaissance » annoncée ressemble plutôt à une régression. De quel humanisme peut-on se prévaloir, de quelle science, lorsque l’on rabaisse l’être humain à l’état de bétail « producteur consommateur » ? Est-ce vraiment compatible avec les notions d’estime de soi et de respect auxquelles on se réfère à tout bout de champ ? Il est tout à fait contradictoire de prétendre « éduquer » l’homme tout en faisant de lui l’instrument docile d’une manipulation qui le lance dans une course effrénée afin de posséder et de consommer toujours plus au seul profit du système qui l’exploite et l’étouffe. La confusion des notions employées exprime bien cette contradiction fondamentale : confusion entre qualité et quantité, entre planétaire et universel, entre transmission des savoirs et éducation. L’instruction ferait de nous des hommes libres !

Force est de constater que le savoir en tant que pouvoir sur le monde, s’il n’est pas doublé d’une éducation appropriée qui ouvre à la sagesse, ne peut à lui seul apporter la liberté d’être et d’agir en âme et conscience au service du bien commun. La liberté est une donnée inhérente à la nature humaine. Elle est la condition nécessaire pour devenir des hommes autonomes et responsables, des citoyens conscients, capables de réflexion et de sens critique. Il est évident que l’on veut neutraliser dès l’enfance la référence spirituelle, intérieure et purement individuelle qu’est la conscience profonde sans laquelle la notion de liberté n’a aucun sens. Dans notre système éducatif actuel, nulle part n’est mentionné cet aspect sacré de la conscience, fondement de toutes les valeurs reconnues comme essentielles pour vivre en société de façon équilibrée. Le respect de soi-même et d’autrui, le sens des responsabilités, la solidarité... ne sont pas des notions que l’on peut inculquer à l’enfant de manière formelle et intellectuelle.

Ce sont des dispositions naturelles qui se développent et perdurent lorsque l’on protège la pureté de conscience de l’enfant. Pureté que l’on viole par des formatages de toutes sortes qui détournent la jeune conscience de sa référence intérieure et individuelle, en « lui inculquant ce que soi-même on croit juste, beau et vrai » (p. 4), c’est-à-dire en lui imposant ses propres croyances et les a priori engendrés par la conscience collective et largement répandus à travers la publicité et les médias. « Promouvoir la diversité culturelle » (p. 15), « le métissage des savoirs, des cultures, des points de vue » (p. 17) sans éveiller au préalable l’enfant à sa propre réalité intérieure n’est pas du tout le chemin de l’universel dont parle le Président mais le chemin de l’instauration d’une dictature planétaire. L’actualité quotidienne nous démontre que l’unification de la planète par le libéralisme économique n’aboutit pas à la complémentarité et à la solidarité entre les individus.

L’unité, l’harmonie entre les peuples, n’est pas le fruit du simple brassage des cultures et de la compétition économique, mais exige un profond changement des mentalités par une juste compréhension du but de l’existence qui ne saurait se limiter à des visées purement matérialistes et commerciales. Or, dans ce discours, on n’en voit pas les prémices ; sous couvert de modernité et de progrès, on assiste plutôt à une régression, une rechute dans la mentalité archaïque du droit du plus fort, des rapports de force et de l’arrivisme personnel. Dès lors, parler du spirituel et du sacré qui « accompagnent de toute éternité l’aventure humaine » (p. 13) est démagogique, voire malhonnête. D’ailleurs que doit-on entendre par là ? Que signifie « éveiller la conscience individuelle et la hausser par paliers jusqu’à la conscience universelle » (p. 14) ? S’agit-il de mettre en place une nouvelle religion au service du dieu Argent qui, dans la logique de la mondialisation/uniformisation, supplanterait toutes les autres ? Après un siècle de laïcité, de tentative d’ouverture à tous, il est triste d’en arriver là ! Ce n’est pas d’une nouvelle religion dont nous avons besoin, mais de plus d’humanité et de respect de la personne humaine dans son individualité et sa spécificité.

Pensez-vous, Monsieur le Ministre, que la jeunesse actuelle, qui est bien informée de l’état du monde, soit prête à considérer que la dignité et le civisme résident dans sa soumission docile à un système inique d’exploitation au seul profit d’une petite minorité ? Pour nous, l’éducation des enfants est indissociable de l’apprentissage de l’autonomie dans le plus total respect de la liberté de conscience. C’est dans cet espace que s’inscrit naturellement l’exigence de qualité et de compétence à laquelle chaque enfant aspire pour réaliser de façon équilibrée sa vie individuelle dans le contexte collectif qu’est la société.

En vous remerciant de l’attention que vous avez bien voulu porter à notre lettre, recevez, Monsieur le Ministre, nos salutations respectueuses.

Annie MENOT (enseignante spécialisée RASED - Aubusson 23) Clotilde DURAND (éducatrice - Auzances 23) Monique COLLETTI (professeur des écoles - Biver 13) Chantal ESTIENNE (professeur des écoles - Biver 13) Maurice PERGNIER (professeur émérite université Paris XII) Claire PERGNIER (professeur à la retraite) Josiane BETTON (professeur gestion GRETA Haute Vienne) Valérie DEHAY (professeur de français - Aix-en-Provence 13) Claire SEGUIN (professeur d’histoire géographie - BdR 13) Christine LAIGNEAU (professeur de philosophie - Muret 31) Jean-Luc CARDINAUD (professeur de lettres - Muret 31) Roland QUILLIER (professeur d’EPS - Muret 31) Maryse ORTUNO (professeur certifié histoire géographie - Muret 31) Isabelle THEVENON (éducatrice spécialisée -St Moreil 23) Johan ISSELEE (professeur d’arts plastiques à la retraite) Nicole DUPRAT (institutrice - Tarascon 13) Martine PETER (éducatrice - Pertuis 84) Florence VERNEJOUL (professeur des écoles lycée français - San Francisco) Daniel DERIOT (éducateur - Paris) Yannick NASSOY (professeur d’anglais - Toulouse 31) Anny SIRE RICHARD (professeur de lettres modernes à la retraite) Matthieu BRABANT (professeur de maths sciences lycée professionnel -La Courneuve 93) Yves LEFEVRE (instituteur public à la retraite -Martinique) David PETER (professeur de musique - Aix-en-Provence 13) Jérôme JACOB (professeur génie chimique lycée professionnel -Marignane 13) Laurent ASTIER (professeur construction lycée professionnel -Marignane 13) José HARO (conseiller principal d’éducation lycée professionnel -Marignane 13) Christian BOUTELOUP (professeur MSMA lycée professionnel -Marignane 13) Magali HIDALGO (professeur lettres histoire lycée professionnel - Marignane 13) Nicole FERKADJI (professeur vie sociale et prof. lycée professionnel -Marignane 13) Alexandra NICOLLE (documentaliste lycée professionnel -Marignane 13) Monique GALICHET (conseillère principale éducation lycée professionnel -Marignane 13) Pierre DEZEUZE (professeur électrotechnique lycée professionnel -Marignane 13) Christian CHERON (professeur électrotechnique lycée professionnel -Marignane 13) Harbi MECHLOUF professeur lettres histoire lycée professionnel -Marignane 13) Corinne VIGGIANO (professeur lettres anglais lycée professionnel -Marignane 13) Janyne LOMBART (institutrice à la retraite) Monique DOUILLET (formatrice - St Martin Château 23) Sandra MESSINA (professeur des écoles - Eguilles 13) Diane COMBES (professeur des écoles - Eguilles 13) Brigitte HECQUET (professeur des écoles - Eguilles 13) Christine ROSTAIN (professeur des écoles - Eguilles 13) Isabelle DEDIEU (professeur des écoles - St Savournin 13) Hélène CATOIR (professeur des écoles - Gardanne 13) Roger BARTHE (Principal de collège à la retraite) Hubert JAUSSAUD (professeur construction lycée professionnel - Martigues 13) Emmanuelle MAZARELLO (enseignante collège - Roquevaire 13) Nathalie GOMEZ (professeur des écoles - Arles 13) France GIROUD (professeur des écoles - Arles 13) Pascale TOURRENC (professeur des écoles - La Fare-les-Oliviers
Toute personne concernée par les idées développées dans cette lettre est invitée à contacter le Réseau : dianecombes@wanadoo.fr


PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE

Paris, le 14 avril 2008
Le Conseiller technique

Madame,

Le Président de la République a pris connaissance avec intérêt de la « lettre ouverte » que vous avez adressée au ministre de l’Education nationale. Il m’a demandé, en ma qualité de conseiller technique en charge de l’éducation, de vous répondre.

J’avoue ne pas comprendre comment vous avez pu voir dans la Lettre aux éducateurs une façon de « brader notre civilisation à des intérêts marchands ». Une telle lecture est si contraire à la lettre comme à l’esprit du texte qu’on serait presque conduit à douter de votre sincérité. Je ne veux pas toutefois céder à cette tentation et me bornerai à essayer de vous faire revenir à un jugement plus équilibré.

Le Chef de l’Etat ne confond nullement « transmission des savoirs » et « éducation ».

Tout son propos consiste même à montrer la nécessité de ne pas réduire la mission de l’école à la simple instruction (laquelle est nécessaire, cependant) : voilà pourquoi il s’adresse à des « éducateurs » (parmi lesquels figurent naturellement, en première place, les professeurs) et non à de simples « instructeurs ». La mission de ces éducateurs est de former des jeunes épanouis et curieux, soucieux d’eux-mêmes et des autres. Elle est d’enseigner à nos enfants la liberté - tant il est vrai que cette dernière est toujours un accomplissement, fruit d’un long travail, et non un point de départ. Nous pouvons diverger sur les moyens nous permettant d’atteindre un tel idéal : mais non sur cet idéal même, me semble-t-il.

Je vous prie de croire, Madame, en l’assurance de ma meilleure considération.
Jean-Baptiste de Froment

par anny paule samedi 26 avril 2008 - 8 réactions
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  • Par mithys (xxx.xxx.xxx.80) 26 avril 2008 22:08

    Les enseignants signataires de cette lettre ouverte au ministre de l’Education ont évidemment raison de s’opposer au libéralisme économique, dont Nicolas Sarkozy est un adepte fervent, et de dénoncer le "formatage idéologique dont l’objectif purement économique est de disposer d’une "main d’oeuvre bien formée". Mais ces enseignants se sont trompé de cible ! En effet, à part cette imperceptible allusion, rien dans la lettre du président aux éducateurs ne permet de dire que "c’est une idéologie mondialiste qui se profile en trame de fond". Et bien évidemment, dans sa réponse, le conseiller du président n’a pas manqué de le leur faire remarquer et donc de descendre en flammes leur lettrre ouverte ! Les enseignants auraient mieux fait de dénoncer la contradiction flagrante entre la remarquable mais paradoxale défense de l’humanisme laïque de cette lettre, et le mépris réitéré du président envers les instituteurs, à ses yeux incapables d’inspirer un sens à l’existence, dimension qui serait l’apanage des seuls religieux ! Il est clair que Nicolas Sarkozy n’a pas écrit lui-même cette lettre aux éducateurs. Il aurait été si simple de lui rapppeler que néanmoins ses écrits et ses discours l’engagent  ! Mais le président est décidément si imprégné par ses convictions religieuses et si convaincu d’avoir toujours raison, qu’il est hélas incapable de changer d’avis. J’espère que les enseignants vont rectifier le tir !

    Michel THYS à Waterloo.

     

  • Par Blé (xxx.xxx.xxx.159) 27 avril 2008 08:27

    A partir du moment qu’un discours ne vous convient pas, ce discours est gauchiste.

    Vos arguments sont un peu courts. A travers le monde,il y a pas mal d’exemples qui montrent qu’ une élite ou une puissance quelconque qui veut prendre le pouvoir et le garder, s’attaque en priorité à l’école et au système éducatif.En Amérique latine, en Afrique, c’est l’éducation et la santé qui sont prioritairement touchés par les restrictions de budgets.

    En France, on nous rabache que 15% d’enfants qui entrent en 6ème ne maitrisent pas l’écrit et que pour ce résultat, l’état paye trop cher. C’est vrai que cela revient cher, mais quand dans le modèle que l’on veut nous imposer le résultat est encore plus négatif, je crois que l’on se fout de nous. Les étatsuniens comptent 50% de la population ayant des difficultés face à l’écrit (lecture, écriture, calcul) difficultés plus ou moins importantes. 

    Je crois que le problème se situe ailleurs que dans la guéguerre scolaire public/privé. 

    Il y a une évidence : la société de consommateurs n’a pas besoin de philosophie, de littérature, d’historiens, de sociologues, etc..., elle a besoin de gens qui savent compter sur une calculette, qui savent déchiffer l’écriture pour répondre aux besoins administratifs, et surtout savent plier l’échine pour augmenter les performences économiques.

    Les élites s’occuperont de maintenir cette société en l’état. L’urgence est de casser le programme du C N R. Sarko s’y emploie

  • Par anny paule (xxx.xxx.xxx.53) 27 avril 2008 14:57

     

    Quel sort pour l’éducation publique ?


     

    Tout d’abord, quelques précisions d’importance :

    Un décret du 5 mars 2003 (JO n° 55 du 6. 03. 03, Décret n° 2003-181) stipule (art. 1°) que les mots : « ministre d’Etat, ministre de l’éducation nationale de la jeunesse et des sports » sont désormais remplacés par les mots : « ministre chargé de l’éducation ».

    Ce même décret précise que « la direction des lycées et collèges » est remplacée par : « direction compétente pour les programmes de l’enseignement professionnel et technologique ». (art.3)

    De telles nuances sont capitales : le ministère de l’éducation nationale n’est plus un ministère d’Etat ; il n’existe plus de direction des lycées et collèges, mais seulement une direction ayant compétence sur les programmes.

    Dans cette même période, sont passées les lois de décentralisation du ministère Raffarin, lois touchant de plein fouet les personnels TOS, les conseillers d’orientation, les médecins et infirmières scolaires… De nouvelles lois et de nouveaux programmes sont sortis depuis… qui ne font qu’aggraver la situation : notamment l’exigence de la polyvalence des professeurs du secondaire, la suppression des CAPES et agrégations de lettres classiques pour 2009…


     

    Ensuite, quelques constats :

    Depuis 2003, la suppression des postes d’enseignement n’a cessé de s’accélérer, nombre de départs en retraite n’ont pas donné lieu à des remplacements, le nombre de contractuels précaires et employés à la tâche s’est multiplié… l’institution scolaire dans son ensemble a été mise à mal (et elle n’avait pas besoin de cela) par toutes ces mesures drastiques.


     

    D’où, un certain nombre de questions :

    Le personnel enseignant, à terme, ne serait-il pas touché, lui aussi par d’autre réformes dévastatrices, aussi bien que par une nouvelle vague décentralisatrice ? Quelle volonté soigneusement masquée de privatisation du système nous attend-elle à terme ? Quel type d’éducation sera-t-il distribué dans nos établissements publics d’enseignement ?


     

    Quelques publications de l’OCDE, de l’OMC, des AGCS, de l’ERT… permettent de comprendre que le mécanisme de privatisation s’installe insidieusement.

    Ce propos peut être étayé par quelques citations :

    Moyoto Kamiya, OCDE, in Courrier de L’UNESCO, décembre 2000 : « Une vaste réforme du secteur public d’éducation est en cours, orientée vers et par le marché ».

    Accords de l’OMC qui prévoient « la privatisation de 160 secteurs ou services , pour une libéralisation totale », et parmi ces secteurs, « l’éducation (…) avec la santé, le dernier bastion à prendre » (Moyoto Kamiya, OCDE, in Courrier de l’UNESCO, décembre 2000)

    Logique libérale  : « privatiser les bénéfices et socialiser les pertes », « les pouvoirs publics n’auront plus qu’à assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable, et dont l’exclusion de la société en général s’accentueront à mesure que d’autres vont continuer à progresser ». (Adult learning and technology, un OCDE countries, 1996)

    Banque mondiale au service des multinationales : « Investir prioritairement dans l’éducation de base » et « livrer les secteurs secondaires et universitaires aux industriels de l’éducation ». « Encourager le recours au privé » et « consentir des prêts pour les pays disposés à adopter, pour l’enseignement supérieur, un cadre législatif et réglementaire (…) où le secteur privé interviendra davantage au niveau de l’enseignement et du financement ». N’intervenir que si les pays ont su « réformer les systèmes éducatifs directement dirigés par des administrations centrales ou d’Etat (…) lesquelles laissent peu de marges de manœuvre ». (Banque mondiale, Priorités et stratégies pour l’éducation, 1995)

    Conférence de Lisbonne, les 17 et 18 mars 2000 : Invitation des ministres de l’éducation des différents pays européens à « se mobiliser pour entrer de plain pied dans la nouvelle économie ».

    Conférence du Lobby Gate, septembre 1998 : « L’éducation est l’un des marchés à la croissance la plus rapide. La formation privée et l’industrie de la formation des adultes devraient connaître un taux de croissance à deux chiffres tout au long de la prochaine décennie ». Dès lors, « l’éducation publique devient un concurrent qu’il convient de ramener à la portion congrue ».

    Groupe de travail de l’OMC, dirigé par le président de BP Amoco, ex directeur du GATT, Peter Sutherland : « La responsabilité de la formation doit être en définitive assumée par l’industrie  ». « L’éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique ».


     

    De la décision gouvernementale de faire du ministère de l’éducation un simple ministère, et non plus une « affaire d’Etat », en passant par les lois de décentralisation, par les suppressions de postes d’enseignement, par la polyvalence des enseignants, par l’emploi de précaires sur des contrats courts, par l’irruption des entreprises à deux niveaux de notre système (secondaire et universitaire), puis par les textes produits au niveau international, nous devons craindre le pire.

    Songeons à toutes les lois scélérates qui nous ont été imposées depuis, tant sous J.P. Raffarin que sous D. Villepin, que sous F. Fillon…

    Pensons à ce que nous voulons pour nos enfants ou petits enfants :

    Une « éducation publique » concurrente de systèmes privés, et ramenée « à la portion congrue » ? Une « éducation considérée comme un service rendu au monde économique » ? Une Ecole soumise à la loi du marché, avec des élèves pensés en termes de « capital humain » ?

    Ou une éducation tout court, généreuse, humaniste, visant à former des citoyens critiques, éclairés et dûment formés ?...

    Il me vient à l’esprit une citation de Maurice Halbwachs qui préfaçait ainsi l’ouvrage d’Emile Durkheim, L’évolution pédagogique en France (réédition de 1990) : « L’éducation est le moyen le plus efficace dont dispose une société pour former ses membres à son image. »

    Si nous revenons sur ce qui vient d’être rapidement exprimé, (et qui mériterait analyses et développements), nous avons une idée de l’homme futur qui est concocté dans les antichambres patronales et ministérielles… un produit prêt à être vendable au moins offrant des patrons, un produit pensé en terme de marchandise ou de « capital humain » dont il importera de tirer des bénéfices ou de jeter… mais, certainement pas un véritable « honnête homme », au sens noble du terme…

    Le choix nous appartient à tous : ce choix, c’est le choix de la société que nous voulons faire advenir.


     

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