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Lettre ouverte à Mrs Arthuis, Bayrou, Borloo, Hulot, Morin, Villepin…

La France va mal. Divisés, démoralisés, les français regardent avec inquiétude leur avenir et celui de leurs enfants dans une société qui semble hors contrôle. Sans être encore catastrophique, la situation de la France est profondément préoccupante. Cet état implique des devoirs aux responsables politiques. Devoirs de proposition, devoirs d’action, devoirs d’efficacité. Entre l’échec apparent du Sarkozysme, le flou actuel du socialisme, le populisme des extrêmes, la nécessité d’une offre différente s’impose. Mrs Arthuis, Bayrou, Borloo, Hulot, Morin, Villepin, Mmes Boutin, Lepage, Joly, cette nécessité doit être votre priorité.

Centristes, démocrates, républicains, écologistes, ce qui vous rassemble est plus fort que ce qui vous divise. Tous, vous défendez l’idée d’une société équilibrée, apaisée, le rassemblement plutôt que l’affrontement, le rejet des boucs émissaires, la justice sociale, une économie soutenable…

Certains d’entres-vous ont choisis d’appartenir à la majorité actuelle. Ils ont ainsi préservé des élus au parlement, des responsabilités, des moyens d’agir. Mais qu’ont-ils pesé dans la politique actuelle ? D’autres ont choisi l’opposition. Ils ont ainsi conservé leur liberté de parole, celle de critiquer. Mais que pèsent-ils en dehors d’eux-mêmes ? Quel poids leur mouvement représente-t-il dans l’opinion ?

Bien sûr vous avez vos divergences, vos spécificités. Votre inspiration peut être d’origine laïque ou chrétienne, votre vision plus tournée vers l’humanisme ou l’environnement. Mais ces différences qui font aussi votre richesse sont-elles réellement plus grandes que celles que l’on retrouve au sein même de l’UMP ou du PS ? Réunis, vous représentez cette grande famille progressiste et pragmatique, capable de proposer une alternative réelle, convaincante, d’emporter une élection présidentielle. Divisés, vous êtes invisibles, une simple addition d’ego. Les électeurs, les citoyens de votre famille se moquent de vos querelles de personnes, de vos cuisines politiciennes. Ils ne demandent qu’une offre concrète, une alternative rassurante et positive, une solution au marasme.

Certains d’entres-vous ont initié une timide tentative de rassemblement. Il faut aller plus loin. Oublier les rancœurs et les noms d’oiseaux, se parler, avancer. Aucun de vous n’a réussi isolément. Aucune des options que vous avez prises jusqu’ici ne s’est révélé la bonne. Il est temps d’en créer, ensemble, une nouvelle. Sinon par plaisir, du moins par devoir.

D’abord, un projet, une vision commune. Vous êtes de la même grande famille. Se rassembler sur une dizaine de thématiques principales est un objectif à portée de main. Ceux-ci pourraient ainsi être :

  • L’intégrité de l’État et de ses institutions. Il s’agit d’une condition nécessaire au retour du citoyen vers ses institutions et ses représentants, à la reconstruction d’un édifice solide.
  • Des finances assainies. Notre pays connait un déficit record, une dette abyssale, qui l’empêchent de se projeter dans l’avenir. Son rétablissement passe par des mesures rigoureuses mais justes, notamment au travers d’une refonte totale des niches fiscales et aides inefficaces de l’État.
  • Une société soutenable. Nous épuisons nos ressources, que laisserons-nous comme monde à nos petits-enfants ? C’est un combat de long-termes qui doit commencer maintenant, et implique des choix différents dans nos priorités économiques et industrielles.
  • Une sécurité retrouvée. Nul ne peut nier le sentiment d’insécurité qui habite de nombreux citoyens. Mais une politique de sécurité ne peut se limiter à des empilements de lois et directives inapplicables et à la stigmatisation des étrangers. S’appuyer sur deux piliers, prévention et répression, est indispensable afin de restaurer dans le long terme la sécurité en France.
  • Une Europe efficace. L’Europe est dans les gènes de la famille centriste. Et elle se meurt de ses faiblesses, de son absence d’ambition politique, d’un traité carcan, d’absence de démocratie. Cela nécessitera une volonté profonde de changement que seul un mouvement convaincu du rôle de l’Europe peut initier.
  • Cohésion et ascenseur social. Notre société française se fracture, se communautarise. La réussite n’est plus liée à l’effort ou au mérite mais au lieu de sa naissance, à son origine sociale. Restaurer l’égalité des chances républicaine, travailler à une véritable intégration dans notre modèle laïque de société, sont des conditions nécessaires à la cohésion sociale.
  • Préparer l’avenir. Éducation, recherche, innovation… Quels moyens sommes-nous prêt à mettre pour retrouver un second souffle ? Restaurer un système éducatif à la dérive et nous redonner les outils de notre compétitivité sont des défis indispensables à relever.
  • Restaurer la vie dans nos territoires. Des régions entières de notre pays se retrouvent sans emplois, services publiques ou infrastructures. Complémentarités, mises en réseaux, soutien aux initiatives locales et reconquête des territoires sont des actions à mener d’urgence, aux antipodes des politiques successives de concentration et d’abandon menées jusqu’ici.
  •  Une économie au service de la société. Notre modèle économique n’est plus créateur de richesses pour le pays mais uniquement pour un nombre restreint d’acteurs. Sans négliger l’importance des instances internationales, dans lesquelles seule l’Europe peut avoir le poids d’agir, nous devons déplacer vers la création d’entreprise et l’investissement productif, sources d’emplois, les priorités fiscales et réglementaires nécessaires à leur croissance.
  • Retrouver une crédibilité internationale. Nous vivons dans une société globalisée. A côté du rôle accru que doit jouer une Europe démocratisée et plus efficace dans les équilibres géopolitiques, la France doit retrouver son influence culturelle et philosophique. Cela passe par une éthique et une constance restaurée de sa diplomatie.

 

Après le projet politique, l’accord politique. Une confédération du centre voit lentement le jour. C’est une étape nécessaire qu’il convient d’encourager. Par essence, une telle confédération ne peut se dire de centre-droit, ou de centre-gauche. Si on ne peut demander à ses composantes déjà présentes dans la majorité de renier leur parole donnée, l’indépendance indispensable d’un tel mouvement passe au moins par un positionnement équilibré et non-exclusif. La création de groupes parlementaires plus autonomes, une réelle liberté de parole et d’amendements doivent aussi en être les caractéristiques, faute de quoi l’initiative n’apparaitrait que comme un simple relooking. Sans doute ce mouvement n’a pas vocation à fusionner l’ensemble des composantes que vous représentez. Certaines pourront demeurer des alliés associés. L’essentiel est que les positions de fond défendues soient homogènes, ce qui nécessite un véritable accord de fonctionnement commun, et qu’éventuellement un même label, une même étiquette puisse venir clarifier l’appartenance de vos représentants auprès de l’électorat.

Enfin, un représentant unique lors de l’élection présidentielle. Nul doute qu’il s’agit là d’une étape compliquée. Certains d’entres-vous ont déjà fait connaître leur souhait de concourir, ce qui est légitime lorsque l’on souhaite défendre des idées et une vision. Mais il faut aussi penser à l’électorat, au citoyen. Un fouillis de candidatures trop proches et toute crédibilité serait perdue. L’électeur souhaite une offre politique alternative crédible, pas 5 ou 6… Sa priorité est que des solutions concrètes soient apportées à ses problèmes, et donc que ce projet puisse remporter l’élection ou au moins influencer fortement le programme de la future majorité, pas que des ego se battent pour des candidatures de témoignage… Chacun d’entres-vous a ses qualités, ses idées, son expérience, quelque chose à apporter à un tel projet. Porter le fardeau d’une candidature jusqu’au bout, le défendre avec ténacité, est une décision lourde de conséquence. Elle ne presse pas. Au mieux, cette candidature se dégagera naturellement, consensuellement, et le soutien des autres l’enrichira et la renforcera. Les compétences pour être président de la république ne sont pas les mêmes que celles pour être premier ministre, chef d’un parti, président d’assemblée… Chacun doit pouvoir trouver sa place dans un tel rassemblement. Sinon, les structures politiques des partis alliés devront trancher. Souhaitons qu’elles puissent le faire sereinement, sans luttes internes excessives, sur la base de critères de plus grand succès. Mais cela pourra attendre l’automne 2011, et venir une fois un accord politique décidé.

 

2007 a constitué la fin d’un cycle politique, et un formidable élan de démocratie citoyenne. Si cet espoir devait être de nouveau déçu en 2012, les conséquences en seraient désastreuses. La crise financière, économique et sociétale que traverse la France exige des réponses, des actes. La France est le pays d’une certaine qualité de vie, d’un certain modèle de société. Ceux-ci doivent être restaurés, préservés, défendus, diffusés… Les habitants de ce pays placent dans vos mains une partie de leur avenir et celui de leurs enfants, de leurs petits-enfants, lorsqu’ils vous font confiance par leur bulletin de vote. Votre responsabilité, en tant que politiques, est d’être à la hauteur de ces enjeux. Ne nous décevez pas. Ne nous décevez plus.

par Voltaire jeudi 14 avril 2011 - 50 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par jpm (xxx.xxx.xxx.37) 14 avril 2011 09:06
    jpm

    Puissiez vous etre entendu cher Voltaire. Malheureusement la politique semble bien eloignee de tous ces rappels au bon sens et a l´interet public. Esperons quand meme que quelque chose de meilleur sortira de cette prochaine election.

    Merci pour vos articles et vos commentaires. Un fidele lecteur...

  • Par Normand45 (xxx.xxx.xxx.125) 14 avril 2011 09:55
    Normand45

    Le centre n’est pas soluble dans le Sarkozysme.
    Si l’UMP avait un candidat compatible et cohérent avec l’image qu’on se fait de la France, le centre droit aurait peut être un sens.
    Mais dans la situation actuelle, le centre n’est pas plus proche de l’UMP qu’il ne l’est du PS. L’idéal serait que les compétences de l’UMP et du PS viennent au centre de l’échiquier politique.

    Au centre justement, la démarche de tous ceux qui sont allés mendier des postes auprès de Sarko, pour lui cracher dessus ensuite, me semble suspecte et devrait faire réfléchir les démocrates que nous prétendons être. Si ces personnes, préférant la lumière à l’intégrité intellectuelle, se sentent maintenant à ce point éloignées de Sarko, ils peuvent rejoindre F Bayrou, qui loin d’être parfait, est au moins parfaitement cohérent (qualité rare et mais recherchée). 

  • Par criticaldistance (xxx.xxx.xxx.211) 14 avril 2011 11:27

    kitamissa

    parce que vous trouvez Borloo ou Morin fiables, ces soi-disant centristes sociaux alliés au néo-conservatisme, et Borloo ans l’affaire du schiste ?

    et Villepin, c’est sérieux de proposer un RU comme s’il venait de découvrir la fracture sociale de 1995 ?

  • Par daryn (xxx.xxx.xxx.124) 14 avril 2011 17:08
    daryn

    Il y a chez Borloo et Morin une volonté d’en être quoi qu’il en coûte qui mériterait selon moi quelques années de purgatoire.Ce sont tous les deux des faux-nez de l’UMP, sous perfusion financière et politique. Et de même qu’il n’y a pas d’amour mais seulement des preuves d’amour, quelle preuve ont-ils donné d’avoir des valeurs dignes de la société apaisée que vous appelez de vos voeux ?

    Je note par ailleurs que l’indépendance de la justice est absente de votre inventaire.

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