Peut-on poser la question suivante à toutes celles et à tous ceux qui, grâce à leurs prières, estiment que Dieu les a aidés dans leur vie ?
Pourquoi pensez-vous avoir eu le privilège de bénéficier d’une intervention de Dieu en votre faveur, alors que pendant la Seconde Guerre mondiale, ce même Dieu n’a pas réagi à des milliards de prières et a laissé mourir dans d’atroces souffrances 50 millions d’enfants, de femmes et d’hommes ?
Que pensez-vous avoir de plus pour que Dieu vous écoute et vous donne des avantages que d’autres ne reçoivent jamais ? Car il faut bien qu’il y ait une raison pour que Dieu donne son aide à certains et non à d’autres.
Quand vous estimez que Dieu vous a fait naître, vous a choisi et qu’il a répondu à vos prières, vous ne pouvez vous contenter de dire que Dieu l’a voulu ainsi. Il vous faut aussi expliquer pourquoi des millions d’enfants naissent dans la misère, pourquoi tant d’hommes et de femmes sont accablés par la vie et pourquoi leurs prières restent vaines alors que les vôtres auraient été exaucées ?
Pensez-vous qu’il existe une hiérarchie entre les hommes ordonnée par Dieu, et donc que des hommes soient supérieurs à d’autres ou ont des privilèges que d’autres n’ont pas ? N’est-ce pas ce type de sentiments qui génère des discriminations et des conflits ?
Combien sont ceux qui pensent qu’un petit somalien n’a pas les mêmes aptitudes intellectuelles qu’un petit européen ou américain ? Dieu l’aurait décidé ainsi. C’est pourtant totalement faux.
Un enfant qui nait en Somalie de parents démunis de tout, a un cerveau dont les capacités sont équivalentes à celui d’un enfant naissant de parents américains aisés et qui seraient prix Nobel. Il est tout aussi susceptible, avec une éducation adéquate, d’obtenir les plus prestigieuses récompenses scientifiques, littéraires ou artistiques. Les cerveaux des somaliens à leur naissance n’ont globalement ni plus ni moins d’aptitudes que ceux des européens ou des américains. Ils sont tous différents comme le sont ceux de tous les humains mais en aucun cas inférieurs. Doit-on rappeler qu’aucune des connaissances ni aucun des caractères acquis par un individu tout au long de sa vie ne sont susceptibles de se transmettre héréditairement à ses descendants ?
Il est pourtant vrai qu’un très grand nombre d’adultes présentent des aptitudes intellectuelles inférieures à d’autres. On les trouve essentiellement dans les pays sous-développés car ils s‘agit d’illettrés. En réalité, ce n’est pas seulement le fait de ne pas savoir lire et écrire qui handicape ces personnes mais c’est surtout celui de ne pas avoir reçu cet enseignement dans leur enfance, au moment où le cerveau a la plus grande plasticité. En effet, les dernières découvertes sur le cerveau le montrent très clairement et indiquent qu’à l’âge adulte, un apprentissage de l’écriture et de la lecture ne permettrait pas de récupérer toutes les fonctionnalités du cerveau.
Jean-Pierre Changeux, professeur au Collège de France et à l’Institut Pasteur, membre de l’Académie des Sciences l’indique dans son livre « L’homme de vérité » :
« Le fait ou non d’apprendre à lire et à écrire au cours de l’enfance a un impact considérable sur l’organisation fonctionnelle du cerveau adulte. »
On peut considérer qu’il s’agit de la plus grande injustice humaine. Non pas parce que ce serait un choix de Dieu, comme le pensent de nombreux croyants, mais parce que cette situation est entièrement due aux carences des hommes.
Ce n’est pas de charité, ni de croyance en Dieu, dont ont besoin ces populations pour se développer, c’est avant tout d’un enseignement précoce identique à celui que reçoivent les enfants des pays développés. Est-il normal, qu’au XXI ème siècle, il existe encore de nombreux pays où plus de 50 % de la population soit illettrée.
Par cet exemple, on mesure encore l’importance de l’enseignement pendant la période de l’enfance mais la question primordiale est de savoir quel doit être le contenu des enseignements donnés à la jeunesse.
Si l’on désire les aider et que l’on recherche la paix dans le monde, faut-il leur donner une éducation chrétienne qui affirme que « les chrétiens sont appelés à être la lumière du monde » (catéchisme le l’Eglise catholique, 2105) avec un seul troupeau et un seul pasteur, ou une éducation musulmane qui affirme « la religion de Dieu est l’Islam » (Sourate 3,17), ou une éducation juive qui affirme que les juifs sont le seul peuple élu de Dieu ? Aucune d’entre elles ne peut prétendre à l’universalité sans s’opposer radicalement aux autres, et il faut rappeler que près de la moitié de la population mondiale ne croit pas au Dieu des chrétiens, musulmans et juifs.
Est-il possible d’espérer que tous les enfants du monde recevront, un jour, un enseignement où seules les valeurs et connaissances universelles seront proposées. Il existe suffisamment de matières et d’idées reconnues et acceptées dans le monde entier pour donner à toute la jeunesse une éducation commune. Il est tout à fait possible d’enseigner les diversités culturelles et religieuses, mais elles ne doivent jamais être présentées comme des vérités universelles. Il faut transmettre aux enfants du monde entier tous les savoirs qui rassemblent les peuples et non pas ceux qui les opposent.
On ne peut que constater que la croyance en Dieu oppose les peuples et que les directives contenues dans les Livres Sacrés imposent aux religions de soumettre le monde à Dieu.