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Lettre ouverte aux instances dirigeantes des Verts

Dominique Voynet ne décolle pas dans les sondages. En acceptant de participer à l’émission d’Arlette Chabot le jeudi 8 février en compagnie de Dupont-Aignant et Besancenot, elle s’est réduite à intégrer le cercle des "nains de jardin" qui se battent entre eux et ne comptent d’avance pas pour la présidentielle. Et si les Verts se détachaient du PS pour se rapprocher des antilibéraux ?

D’abord, il faut se demander ce qui a pris Voynet d’accepter de participer à ce "débat" avec Dupont Aignan qui est crédité de 0 ,5% des voix seulement. Sa participation aux côtés de Besancenot et ledit candidat gaulliste l’associe aux yeux de la population (et non seulement) aux autres "nains de jardins" alors qu’elle représente un parti comptant de nombreux élus dans la France, contrairement aux deux autres représentés jeudi soir. Un détail d’ailleurs, ils n’ont pas eu à signer d’engagement pour leurs propositions comme Le Pen et tous les autres l’ont fait. C’est dire la crédibilité qu’on leur accorde. Leur temps de parole réuni était d’ailleurs inférieur à celui du candidat précédent à lui tout seul. D’autre part, le débat en lui même était pourri par les conditions imposées par la présentatrice et les questions de la "vox populi" qui ne concernaient que les demandeurs eux-mêmes et étaient inextricables alors que Le Pen avait eu le droit aux questions consensuelles et bien huilées d’un expert comme Alain Duhamel. Les trois candidats parlaient en même temps pour tenter de grappiller quelques secondes du peu de temps qu’on leur laissait et il était dans ces conditions bien difficile de pouvoir s’exprimer clairement. Mais les conditions dans lesquelles ont eu lieu l’émission n’excusent pas la prestation de Dominique Voynet qui aurait tout simplement dû poser ses exigences et s’appuyer sur le partenariat qui lie le PS aux Verts et qui semble chaque jour plus unilatéral...

Ce n’est pas en menant une campagne comme celle-ci que les 2% annoncés dans les sondages seront dépassés. Il y a urgence à mon sens à rétablir au centre de la campagne le projet de société qui accompagne la dimension écologique du programme vert. Il faut dépasser l’image d’un parti ringard et vieilli qui n’a d’autres préoccupations que les plantes vertes et l’amalgame qui est souvent fait avec « Chasse, Pêche et Tradition ». Chez les jeunes les Verts, c’est une triste blague et il faut l’assumer. Les railleries en conséquence de mon ralliement ont été multiples, mais toujours causées par une stricte ignorance du projet vert, réduit le plus souvent à sa dimension caricaturale et exclusivement écologique largement relayée par les médias. Et Voynet n’a pas contribué jeudi à faire évoluer cette image. Si la "douceur" de Chabot n’a pas aidé, elle n’a su à aucun moment se démarquer des autres candidats ni exposer de manière claire un projet quelconque. Quand on lui disait que ses propositions étaient reprises par d’autres candidats, elle répondait qu’elle en était fière... ne saisissant pas le caractère dévastateur de cette remarque. Et quand on voit les réponses données aux internautes par Cécile Duflot lors de son chat sur le site du Nouvel obs du 3 février ("Notre objectif n’est pas de nous "démarquer" mais de faire en sorte que les politiques écologistes dont la planète et ses habitants ont besoin soient mises en œuvre")... alors la question se pose pour moi-même et pour l’ensemble des militants verts de savoir quelle est l’utilité du parti et s’il ne serait pas mieux qu’il redevienne un simple lobby intégré au sein d’un parti de gauche, tant l’objectif décrit par Duflot semble s’accorder avec celui de groupes de pression comme GreenPeace.

Si les Verts ont choisi de faire de la politique, il leur faut l’assumer ! Assumer leur choix, leur projet sociétal et le mettre en valeur. Jeudi soir, Voynet n’a rien fait de cela , tandis que Besancenot, le seul à rester calme et à réussir à se démarquer, s’emparait des idées écologiques des Verts, qui constituent la seule partie connue du programme du parti, pour une majorité franche de la population, pour les adjoindre à sa propre vision du monde et mettre en valeur un projet sociétal qui semblait bien plus complet que celui défendu par Voynet.

Si les Verts ont choisi de se présenter à la présidentielle, alors Duflot doit être mise en garde et sa résignation mise au placard. Le poids économique et humain d’une candidature présidentielle pour les militants tant que pour le parti et l’enjeu de cet événement est bien trop important pour que l’on puisse se permettre d’affirmer qu’on se présente "parce qu’il le faut bien". Les Verts ont un programme et des membres qui peuvent lui permettre de briller de ses propres feux et doivent se présenter en une alternative crédible au PS et non plus comme son petit chien auquel des restes seront attribués à la fin de la fête. Il s’agit alors de faire un choix. Vu la situation actuelle du Parti, ne doit-on pas prendre le risque de l’indépendance et de couper les liens avec le PS afin d’enfin s’affirmer comme un parti politique qui propose de vrais changements qui ne se trouvent dans aucune autre force politique française, au lieu d’apparaître comme le réservoir à voix de Ségolène pour le deuxième tour (ou pour le premier si la situation ne s’améliore pas pour eux) lié par des accords obscurs de gouvernement qui finalement nous pénalisent et sèment la confusion chez les électeurs ? Ne vaut-il pas mieux assumer notre différence plutôt que de perdre continuellement des voix au profit d’une candidate aux sensibilités finalement bien peu semblables à celle de notre programme et de nos militants ? Le coût en élus serait évidemment important... mais les Verts ne peuvent plus être le faire-valoir environnemental des bonnes consciences socialistes qui en retour n’offrent que quelques postes symboliques et une stigmatisation croissante. Le FN n’a pas un député et à ma connaissance très peu d’élus, c’est pourtant le parti contestataire qui a mené le plus loin son candidat aux présidentielles et son poids dans le débat est incontestable (au point que Sarkozy reprenne ses thématiques). Et si les Verts avaient le courage d’assumer leur radicalité (inscrite dans le programme par le soutien de la décroissance par exemple) et de l’affirmer haut et fort ? La peur de la perte de pouvoir doit être surmontée et le rapprochement avec la gauche de la gauche semble inévitable. Entre la LCR et un PS bien trop libéral, il y a un panneau d’électeurs déçus qui n’attendent qu’à connaître les propositions inscrites dans le programme du parti. Il ne faut pas oublier qu’en Espagne par exemple, PC et les Verts s’allient lors des élections sous le même bandeau et voient leur score croître régulièrement tout en conservant leur indépendance en dehors de ces périodes. Moins d’élus dans un premier temps mais plus d’indépendance et de visibilité pour un parti qui aujourd’hui est au bord du gouffre et qui se doit de réagir, voilà une démarche difficile à entreprendre mais qui semble indispensable.

Il y a un risque à faire ce pas mais l’avenir de l’écologie politique en dépend. Vive la révolution écologique !

par Juan P Branco (son site) mercredi 14 février 2007 - 27 réactions
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  • Par (xxx.xxx.xxx.15) 14 février 2007 16:41

    Je pense qu’historiquement, en France, René Dumont est le premier altermondialiste. Il a été le premier candidat écologiste aux élections présidentielles, en 1974. Les Verts sont issus de cette élection.

    Je considère qu’aujourd’hui José Bové est bien plus fidèle à René Dumont que ne l’est Dominique Voynet. Nombreux parmi les Verts sont ceux qui l’ont compris, à commencer par Francine Bavay (chef de file du Non au TCE chez les Verts) et Gilles Lemaire (ancien secrétaire national).

    Je souhaite et je crois que de nombreux militants et électeurs écologistes vont rompre avec la dérive Voynet / Mamère / Cohn Bendit et vont trouver leur place dans un mouvement très large, de la dissidence LCR à la dissidence PS en passant par les divers Alternatifs et la dissidence PC.

    L’avenir des Verts est de se fondre dans un tel mouvement et d’en constituer l’ossature idéologique avec les idées maîtresses déjà défendues en 1974 et renforcées par la crise environnentale.

    Plus tôt les Verts rejoindront ce mouvement, plus ils y auront du poids.

    Am.

    René Dumont sur Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/René_Dumont

    Le site national de la candidature Bové : http://josebove2007.org

  • Par (xxx.xxx.xxx.15) 14 février 2007 17:55

    Effectivement, dans son discours de candidature, il est assez réservé sur ces deux points :

      La question du nucléaire comme celle des OGM doivent être soumises à un débat citoyen qu’il faut conduire et trancher démocratiquement, en toute transparence.

    Mais ses engagements passés sont en sa faveur, comme d’autres déclarations, notamment "L’écologie n’est pas un consensus".

    Je pense que le fait de représenter une union de collectifs divers (avec ses 125 propositions) amoindrit un peu la position écologique de Bové. C’est bien pour cela que je pense qu’un ralliement massif des verts permettrait de la renforcer. Cela va d’ailleurs dans le sens du retrait de l’appareil communiste (les 125 propositions ont été élaborées quand il était encore là).

    Mais l’essentiel est ailleurs, il se situe du point de vue économique. Les Verts qui soutiennent Voynet ont voté oui à une Constitution Européenne libérale guidée par le dogme de la "concurrence libre et non faussée". Or une telle concurrence est incompatible avec les contraintes écologiques à prendre pour défendre l’environnement en Europe et dans le monde.

    Le système économique actuel est intrinsèquement anti-écologique. Voynet le défend, Bové le combat et en veut un autre. C’est en cela que Bové est plus écolo.

    En toute logique l’électorat Vert qui a voté Non au TCE devrait voter Bové et ça pourrait être plus large.

    Am.

  • Par zO (xxx.xxx.xxx.236) 14 février 2007 14:19
    zOoO

    Le problème des verts aujourd’hui est simple, leurs idées écologiques générales sont quasiment admises par chacun de nous. Tout le monde est conscient que des efforts doivent être fait.

    Le soucis est que ces belles idées ne sont pas forcement compatibles avec le mode de vie que nous vivons dans ce monde de consommation à outrance. Et devant ce dilemme, le choix de la majorité est vite fait, il est plus facile de succomber aux jolis attraits imaginés par les publicitaires.

    Or les verts aujourd’hui ont encore un discours, ou peut être une image, trop axé sur des sujets admis par chacun et repris plus ou moins bien par les autres partis politiques. De plus leur programme politique ne se démarque pas suffisamment des autres partis de gauche.

    Le soulagement de D Voynet, après l’annonce de non participation de N Hulot, est symptomatique. Elle craignait d’être concurrencée par un candidat sans programme. Etonnant non.

  • Par candidat 007 (xxx.xxx.xxx.75) 14 février 2007 17:02

    En 1992, les écologistes avaient obtenu plus de 15 % des voix aux régionales. Il y avait deux mouvements ; Génération Ecologie de Brice lalonde et les Verts.

    la coordination des deux mouvements a été impossible. Ambitions personnelles, Opportunisme de certains, calculs politiciens etc.. ont eu raison de ces partis.

    Aujourd’hui dans les sondages, les verts avoisinnent les 2% ; Cap21 le 1% et on ne parle plus, ni de Gamerre (GE) et Waetcher (MEI- mouvement des écologistes indépendants).

    S’il y avait une base de données, de toutes les personnes qui ont passé un moment dans ces mouvements on serait étonné du nombre mais aussi du casting, et qui ont quitté déception après déception, ces organisations. Elles n’ont n’ont pas renouvelé la politique comme elles l’annonçaient, mais elles ont en revanche reproduit jusqu’à la caricature les modes de fonctionnement des partis traditionnels. Et aujourd’hui, il suffit chez les Verts d’obtenir à peine 2500 voix pour être désigné comme candidat à la présidentielle, et d’emcombrer les médias de leurs démélés groupusculaires qui secouent tout au plus quelques dizaines de personnes qui rêvent d’une place au sénat, au parlement européen ou sur une liste aux régionales avec le PS.(ça suffit à leur bonheur). Cette centaine de personnes a fait main basse sur l’écologie politique.

    Même les catastrophes écologiques, même le coup de boutoir médiatique de Hulot, ne viennent troubler cette lente disparition des partis écologistes.

    Ce qui est incroyable , c’est que le vote Vert, n’apparaît même plus comme un vote subversif. Même ceux qui veulent contester le sytème, ne pensent pas un instant à voter Vert. Avez vous entendu les verts sur les questions démocratiques et institutionnelles ? non et pourtant c’est dans leur programme, mais ils ne mobilisent pas la-dessus. Ils n’ont aucune volonté politique de changement. ils ont écrit des choses au cas où. On ne pourra rien leur reprocher sauf leur inertie. Ils vous diront que ce n’est pas le moment, que personne n’est prêt etc etc...

    L’écologie politique peut-elle être politicienne ? . A l’évidence, non !

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