À l’heure où le capitalisme est lapidé en place publique, le libéralisme aussi a mauvaise presse. Que ces deux termes entretiennent des relations étroites et peu recommandables est devenue une évidence populaire. Pourtant, qui connaît le sens véritable des mots "libéralisme" et "capitalisme" ? Peu, trop peu, hélas. Ce savoir qui n’est pas enseigné à l’école et guère dans les médias explique pourtant ce vers quoi tend le monde et notre manière de vivre.
Chaque mot possède un sens, mais ce sens se perd souvent avec le temps, par diminution et/ou agrandissement. Diminution, par simplication, raccourcis et démagogie. Agrandissement car utilisé dans un contexte plus large, un mot perd souvent son sens premier au profit de ce sens élargi. Exemple avec capitalisme dans le contexte de néo-capitalisme. Il faut donc retrouver le juste sens des mots.
Si l’arbre de la pensée libérale possède aujourd’hui mille branches, celles-ci partent toutes d’un tronc commun. Ce tronc, ce concept vieux de plus de deux siècles, est appelé "libéralisme" et désigne une doctrine politique dont le père fondateur est, grosso modo, John Locke et reposant sur certains principes : liberté et responsabilité de l’homme, propriété privé et état minimal chargé uniquement de garantir ces droits ainsi que la sécurité et la justice, bref devant intervenir le moins possible dans la société.
En plaçant les principes libéraux dans le contexte économique, Adam Smith théorise le libéralisme économique. Celui-ci soutient la libre entreprise, la liberté du marché et le fait que l’équilibre du système économique est naturel. L’état doit intervenir le moins possible dans l’économie.
Le capitalisme n’a pas de père fondateur. Il décrit un système économique où sont présent l’entreprise privée, la liberté des échanges, l’importance du capital (accumulé, spéculé), la recherche du profit, la rémunération du travail par un salaire.
Critiquer le libéralisme revient à critiquer le communisme : c’est une erreur car jusqu’à présent aucun régime n’a appliqué concrètement les doctrines de John Locke et de Karl Marx. Locke et Marx prônaient deux modèles de société humaniste dont la seule véritable différence repose sur leur vision de la propriété, privée ou commune. Mais tous les régimes issus de ces doctrines ne furent que des applications déviantes, des essais ratés ; aucun ne réussit la transformation car tous succombèrent à la nature humaine, dont l’une des caractéristiques est l’égoïsme, source des hiérarchies.
Le communisme était conçu pour échouer : Marx avait prévu qu’il était impossible de fonder une société communiste à partir d’une société capitaliste sans passer par une époque de transition, de transformation, époque qu’il appela "dictature du prolétariat". Il ne croyait pas si bien dire ; cette dictature du prolétariat ayant amené, chez toutes les nations qui essayèrent de devenir communiste, un régime totalitaire. A chaque fois un homme ou un groupe s’emparèrent indéfiniment du pouvoir alors que la charge qui leur était confié était de le distribuer à tous.
Le libéralisme échoua aussi mais de manière moins évidente. Sa période de transition fut simplifié car la propriété privée, l’un de ses principes, était déjà une vieille valeur occidentale lorsque les révolutions américaine et française amenèrent la démocratie sur le devant de la scène politique, en remplacement des monarchies. La constitution américaine et la déclaration des droits de l’homme offrirent les principes de liberté et de responsabilité qui manquaient. Mais aussi la république, cette démocratie indirecte où des représentants élus exercent le pouvoir. La première république moderne fut celle de Cromwell en Angleterre : ce fut une dictature. La seconde, aux Etats-unis, réussit à trouver un équilibre. La troisième, en France, amena la dictature impériale de Napoléon. Par la suite, le libéralisme réussit à s’imposer mais avec des concessions imposés par l’état républicain et le modèle capitaliste.
Ces échecs dû à des individualités, donc à la nature humaine, ne fut pas que l’apanage de la politique : il y en eut aussi en économie et le capitalisme en est le plus bel exemple. Le libéralisme économique n’a jamais véritablement existé. Depuis que les orfèvres puis les banques purent accumuler du capital et spéculer, l’économie fut capitaliste – et cette économie était déjà présente du temps de Christophe Colomb. Les formidables progrès techniques du XIXème siècle ne provoquèrent pas l’apparition du capitalisme mais son essor. De même, les sociétés de types libérales n’engendrèrent pas le capitalisme mais le démocratisèrent, lui permirent d’atteindre toutes les couches de la société. Mais le capitalisme n’a pas pour but la recherche du bonheur d’une société mais la simple augmentation du capital. Formidable moteur d’inégalités, le capitalisme fut le cancer du libéralisme juste né, maintenant ce dernier en vie autant qu’il pouvait s’en nourrir.
Le libéralisme et le capitalisme, ce n’est donc pas Dr Jekill et Mr Hyde. Ce serait plutôt un poulailler sans barrières et un renard affamé. Le capitalisme, c’est le détournement de l’économie comme facteur de satisfaction de la société au profit de minorités quelconques, c’est l’antithèse du libéralisme économique tel qu’il fut pensé. Pour autant, le libéralisme est-il possible sans capitalisme ? Difficille à croire : aucune société n’échappe à la nature humaine qui forme naturellement hiérarchies et domination. Le libéralisme a pour but d’empêcher une forme de domination, la domination politique, mais n’apporte aucune solution quand à la domination économique. Le communisme fut la solution proposée par Marx face à cette domination économique, mais cette solution ne fut jamais mise en oeuvre sans provoquer l’apparition d’une domination politique.
La recherche et l’accomplissement d’une société, sinon idéale, juste, est donc encore d’actualité. N’oublions pas, simplement, la base fondatrice de tous les modèles de sociétés qui y travaillèrent : l’humanisme. N’oublions pas aussi la cause principale de leur échec : la nature humaine. Pour citer un auteur en vogue :
"Le capitalisme conduit à des files d’attente devant les bureaux d’assistance publique, à la lutte acharnée pour les marchés et à la guerre. Le collectivisme conduit aux camps de concentration, au culte du chef et à la guerre. Il n’y a pas d’issue à ce dilemme à moins que, d’une manière ou d’une autre, on parvienne à combiner une économie planifiée avec la liberté de pensée, ce qui implique que le bien et le mal ne soient plus des notions proscrites en politique." - George Orwell

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