• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Libéralisme et capitalisme : Dr Jekyll et Mr Hyde ?
14%
D'accord avec l'article ?
 
86%
(15 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Libéralisme et capitalisme : Dr Jekyll et Mr Hyde ?

À l’heure où le capitalisme est lapidé en place publique, le libéralisme aussi a mauvaise presse. Que ces deux termes entretiennent des relations étroites et peu recommandables est devenue une évidence populaire. Pourtant, qui connaît le sens véritable des mots "libéralisme" et "capitalisme" ? Peu, trop peu, hélas. Ce savoir qui n’est pas enseigné à l’école et guère dans les médias explique pourtant ce vers quoi tend le monde et notre manière de vivre.

Chaque mot possède un sens, mais ce sens se perd souvent avec le temps, par diminution et/ou agrandissement. Diminution, par simplication, raccourcis et démagogie. Agrandissement car utilisé dans un contexte plus large, un mot perd souvent son sens premier au profit de ce sens élargi. Exemple avec capitalisme dans le contexte de néo-capitalisme. Il faut donc retrouver le juste sens des mots.

Si l’arbre de la pensée libérale possède aujourd’hui mille branches, celles-ci partent toutes d’un tronc commun. Ce tronc, ce concept vieux de plus de deux siècles, est appelé "libéralisme" et désigne une doctrine politique dont le père fondateur est, grosso modo, John Locke et reposant sur certains principes : liberté et responsabilité de l’homme, propriété privé et état minimal chargé uniquement de garantir ces droits ainsi que la sécurité et la justice, bref devant intervenir le moins possible dans la société.

En plaçant les principes libéraux dans le contexte économique, Adam Smith théorise le libéralisme économique. Celui-ci soutient la libre entreprise, la liberté du marché et le fait que l’équilibre du système économique est naturel. L’état doit intervenir le moins possible dans l’économie.

Le capitalisme n’a pas de père fondateur. Il décrit un système économique où sont présent l’entreprise privée, la liberté des échanges, l’importance du capital (accumulé, spéculé), la recherche du profit, la rémunération du travail par un salaire.

Critiquer le libéralisme revient à critiquer le communisme : c’est une erreur car jusqu’à présent aucun régime n’a appliqué concrètement les doctrines de John Locke et de Karl Marx. Locke et Marx prônaient deux modèles de société humaniste dont la seule véritable différence repose sur leur vision de la propriété, privée ou commune. Mais tous les régimes issus de ces doctrines ne furent que des applications déviantes, des essais ratés ; aucun ne réussit la transformation car tous succombèrent à la nature humaine, dont l’une des caractéristiques est l’égoïsme, source des hiérarchies.

Le communisme était conçu pour échouer : Marx avait prévu qu’il était impossible de fonder une société communiste à partir d’une société capitaliste sans passer par une époque de transition, de transformation, époque qu’il appela "dictature du prolétariat". Il ne croyait pas si bien dire ; cette dictature du prolétariat ayant amené, chez toutes les nations qui essayèrent de devenir communiste, un régime totalitaire. A chaque fois un homme ou un groupe s’emparèrent indéfiniment du pouvoir alors que la charge qui leur était confié était de le distribuer à tous.

Le libéralisme échoua aussi mais de manière moins évidente. Sa période de transition fut simplifié car la propriété privée, l’un de ses principes, était déjà une vieille valeur occidentale lorsque les révolutions américaine et française amenèrent la démocratie sur le devant de la scène politique, en remplacement des monarchies. La constitution américaine et la déclaration des droits de l’homme offrirent les principes de liberté et de responsabilité qui manquaient. Mais aussi la république, cette démocratie indirecte où des représentants élus exercent le pouvoir. La première république moderne fut celle de Cromwell en Angleterre : ce fut une dictature. La seconde, aux Etats-unis, réussit à trouver un équilibre. La troisième, en France, amena la dictature impériale de Napoléon. Par la suite, le libéralisme réussit à s’imposer mais avec des concessions imposés par l’état républicain et le modèle capitaliste.

Ces échecs dû à des individualités, donc à la nature humaine, ne fut pas que l’apanage de la politique : il y en eut aussi en économie et le capitalisme en est le plus bel exemple. Le libéralisme économique n’a jamais véritablement existé. Depuis que les orfèvres puis les banques purent accumuler du capital et spéculer, l’économie fut capitaliste – et cette économie était déjà présente du temps de Christophe Colomb. Les formidables progrès techniques du XIXème siècle ne provoquèrent pas l’apparition du capitalisme mais son essor. De même, les sociétés de types libérales n’engendrèrent pas le capitalisme mais le démocratisèrent, lui permirent d’atteindre toutes les couches de la société. Mais le capitalisme n’a pas pour but la recherche du bonheur d’une société mais la simple augmentation du capital. Formidable moteur d’inégalités, le capitalisme fut le cancer du libéralisme juste né, maintenant ce dernier en vie autant qu’il pouvait s’en nourrir.

Le libéralisme et le capitalisme, ce n’est donc pas Dr Jekill et Mr Hyde. Ce serait plutôt un poulailler sans barrières et un renard affamé. Le capitalisme, c’est le détournement de l’économie comme facteur de satisfaction de la société au profit de minorités quelconques, c’est l’antithèse du libéralisme économique tel qu’il fut pensé. Pour autant, le libéralisme est-il possible sans capitalisme ? Difficille à croire : aucune société n’échappe à la nature humaine qui forme naturellement hiérarchies et domination. Le libéralisme a pour but d’empêcher une forme de domination, la domination politique, mais n’apporte aucune solution quand à la domination économique. Le communisme fut la solution proposée par Marx face à cette domination économique, mais cette solution ne fut jamais mise en oeuvre sans provoquer l’apparition d’une domination politique.

La recherche et l’accomplissement d’une société, sinon idéale, juste, est donc encore d’actualité. N’oublions pas, simplement, la base fondatrice de tous les modèles de sociétés qui y travaillèrent : l’humanisme. N’oublions pas aussi la cause principale de leur échec : la nature humaine. Pour citer un auteur en vogue :

"Le capitalisme conduit à des files d’attente devant les bureaux d’assistance publique, à la lutte acharnée pour les marchés et à la guerre. Le collectivisme conduit aux camps de concentration, au culte du chef et à la guerre. Il n’y a pas d’issue à ce dilemme à moins que, d’une manière ou d’une autre, on parvienne à combiner une économie planifiée avec la liberté de pensée, ce qui implique que le bien et le mal ne soient plus des notions proscrites en politique." - George Orwell

par Moristovari lundi 6 juillet 2009 - 50 réactions
14%
D'accord avec l'article ?
 
86%
(15 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Julius (xxx.xxx.xxx.217) 6 juillet 2009 11:30
    Julius
    > La dictature du prolétariat qui n’a jamais été mise en place nulle part : les dérives dont vous parlez sont l’œuvre d’hommes d’appareils

    Vous pouvez dire la même chose à propos de toute idéologie, de tout système politique. En fait, le nazisme n’a jamais vraiment existé. Le nazisme a été détourné par les mauvais dirigeants. Semble-t-il absurde ? Certainement oui. Tant que votre apologie du communisme.

    > Le marxisme n’a jamais eu autant de lecteurs que ces derniers mois

    Comme Mein Kamf smiley

  • Par Walden (xxx.xxx.xxx.39) 6 juillet 2009 15:50
    Walden

    En effet cette métaphore du renard est très mordante smiley

    L’article est intéressant en ce qu’il rappelle à juste titre les significations de ces mots que l’on a souvent tendance à confondre, à tort bien entendu, et les rapports conflictuels qu’entretiennent les notions qu’ils désignent.

    Pour aboutir à une société équilibrée, le libéralisme présuppose sans doute le partage de certaines références morales par l’ensemble des citoyens, et principalement la règle de base selon laquelle la liberté de chacun s’arrête où commence celle des autres.

    Or, dans sa logique de recherche du profit, qui ne peut s’accommoder de la prééminence d’aucune règle, le capitalisme n’a cessé de subvertir par tous moyens les principes libéraux.

    Sa corruption du droit libéral la plus efficace fut sans doute, comme l’a justement analysé Chomsky, d’obtenir la reconnaissance de la personnalité juridique pour l’entreprise, en tant que personne morale, tout en la disjoignant de la notion de responsabilité pénale inhérente à toute personne physique (majeure).
     
    Ainsi les trusts ont la possibilité de faire valoir en droit leurs intérêts comme tout citoyen. Sauf que les moyens d’agir s’avèrent en réalité totalement disproportionnés, principalement pour des raisons financières.

    D’où il découle que, sauf à se regrouper en associations, le citoyen peut, en pratique, difficilement faire défendre ses droits face à ces nouveaux seigneurs féodaux que sont les entreprises capitalistes.

    En outre le lobbying est une autre manière de noyauter la démocratie qu’ont trouvé les multinationales pour confisquer la souveraineté populaire.

    Pour autant, comparer libéralisme et doctrine communiste apparaît quelque peut abusif. comme vous le rappelez justement, dès la source (cf. le Manifeste) le communisme revendique la dictature comme moyen de transformation sociale. Paradoxe congénital en ce qu’il prétend pourtant viser à l’émancipation...

    Alors qu’historiquement, la philosophie libérale est née de la remise en question de la tyrannie, à l’époque incarnée par la monarchie absolue, et de ce point de vue on pourrait la faire remonter, avant même Locke, jusqu’à La Boétie. Elle a permis l’avènement, au 18ème siècle, des régimes constitutionnels.

    Le point très contestable de l’exposé est l’explication que donne l’auteur de l’échec de ces idéologies, qui découlerait de "la nature humaine". Pour conclure de manière aussi catégorique, encore faudrait-il préciser ce qu’on entend par cette terminologie passe-partout.

    S’il s’agit notamment des comportements d’égoïsme, d’avidité, on ne saurait se dispenser de démontrer en quoi ils sont naturels plutôt que culturels, en quoi ils sont nécessairement inclus dans la nature de l’Homme. Cela faisant toute la différence - énorme - entre le possible affranchissement de sa condition actuelle, ou la résignation au fait de son état intrinsèquement corrompu.




  • Par Le péripate (xxx.xxx.xxx.157) 6 juillet 2009 17:48
    Le péripate

    Je m’amuse assez de toujours lire les mêmes ânérismes concernant le libéralisme et le capitalisme, qui aurait prétendument échoué. Le formidable essort de ces derniers siècles est sans doute arrivé par l’opération du saint esprit, ou par les fumeuses "forces productives " de Marx.
    Si c’est un échec, je me demande ce qui est une réussite. Cependant, rien n’est certain, et quelques crétins fanatisés peuvent toujours détruire une civilisation, comme ils l’ont déjà montré en Allemagne, Russie, liste à compléter vous-même.

  • Par Walden (xxx.xxx.xxx.37) 7 juillet 2009 09:51
    Walden

    Le communisme propose de remplacer une tyrannie économique (le capitalisme) par une tyrannie politique (la dictature du prolétariat) ; de plus, il ostracise toute autre origine sociale que le "prolétariat... seule classe vraiment révolutionnaire".

    Ainsi, il désigne particulièrement à la vindicte, outre bien sûr la bourgeoisie, composée de propriétaires, des "individus à détruire", le "lumpenprolétariat, ce produit passif de la pourriture des couches inférieures de la vieille société", terminologie haineuse qui rappelle étrangement celle de la prose antisémite, même si la cible est différente.
     
    Enfin, il en appelle à la violence révolutionnaire comme moyen de la transformation sociale. A mon sens, tout cela suffit pour lui contester absolument le titre de pensée humaniste.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox