L’affaire du mariage annulé a transformé une décision de justice en un plaidoyer pro domo pour les extrémistes de tout bord et pour les nouveaux convertis à l’islam, toujours plus nombreux.
Je ne dois pas entendre les mêmes informations que mes concitoyens. J’ai dû mal comprendre. La semaine dernière, quand j’ai appris la nouvelle à la radio, nouvelle surabondamment commentée depuis, comme chacun le sait, je n’ai pas franchement réagi. La litanie habituelle des infos se succédant à l’heure du réveil, il est vrai, n’a guère d’effet tonique sur mon organisme. Le matin, elles me bercent.
Si l’on m’annonçait qu’une bombe atomique avait été lâchée sur Paris pendant la nuit, cela ne m’empêcherait pas d’avaler mon café les yeux dans le vague. L’évidence du café, du bol, de la cuisine, de moi-même, de l’humanité et de Paris continuerait à s’imposer alors que tout cela serait bel et bien réduit en cendres. Ma passivité matutinale est telle que mon esprit continuerait à déjeuner en paix. Un véritable problème de perception, je vous l’avoue. Il faudrait que je consulte.
Aussi, en bon fils de divorcés, n’ai-je pas réagi à l’annonce de l’annulation d’un mariage en avril par le tribunal de Lille. Certes, l’annulation d’un mariage n’est pas un divorce. Mais à 7 h et demie du matin, allez donc me demander de distinguer un lièvre d’un lapin… Je suis comme vous, je ne pénètre guère les arcanes de la justice, mais comme tout bon citoyen je la respecte, même s’il m’arrive parfois d’être révolté par certaines de ses décisions. Mais l’un dans l’autre, je suis assez content qu’il y ait une justice en France et qu’au-dessus des juges ne figure pas plus le Christ qu’un extrait du Coran, de la Torah ou de quoi que ce soit qui n’a rien à faire dans un lieu public.
Mais non, pas du tout, j’ai mal compris. Heureusement, dans ce pays bavard que j’aime à cause de cette logorrhée ininterrompue, de ce plaisir inassouvi de discuter à propos de tout et de rien, on trouve toujours plus ratiocineur que soi. Grâce à Agoravox, j’ai compris que, dorénavant, « ne plus être vierge pour une femme risque de rendre en France très aventureux tout projet de mariage depuis que la justice française s’en est mêlée ».
J’ai également compris que « L’invraisemblable décision moyenâgeuse du Tribunal de grande instance de Lille d’annuler un mariage sous prétexte que la mariée n’était pas vierge, non seulement constitue une tentative scandaleuse d’application subreptice de la charia en France, mais glorifie une pseudo-valeur ayant servi dernièrement de prétexte à un criminel en série ».
Fichtre ! Et dire que je suis passé à côté de tout ça ! Et même de ça.
Il se trouve hélas fort peu de commentateurs pour observer qu’« une fois encore, la justice est montrée du doigt ou, plus exactement, un tribunal, celui de Lille, qui est cloué au pilori. Et encore plus précisément, un juge, dont certains médias donnent le nom et l’identité ». Inutile de dire, vous l’aviez subodoré, que ce dernier papier me rassérène.
Je ne vois pas en quoi cette décision de justice enlève un quelconque droit aux femmes. Il faudra qu’on m’explique que l’on vit sous le règne de la charia. En revanche m’inquiète le fait qu’illico le pouvoir se plie avec autant de bonnes grâces au bon vouloir d’un désordre savamment orchestré par les fanges les plus réactionnaires et moralisatrices de ce pays, désordre provoqué par un seul homme, un nouveau converti.
Ce n’est pas la justice qui a amené cette affaire sur le terrain du communautarisme. La justice utilise ses outils. Le droit, en l’occurrence. Elle a rendu son jugement sereinement. Ce qui est embêtant dans la morale, disait Léo Ferré, c’est que c’est toujours la morale des autres.
Et c’est bien de morale qu’il s’agit. Les moralisateurs de tout poil ont gagné. D’un côté tous ceux qui contestent l’arrêt du tribunal de Lille (il faudra s’en souvenir le jour où les mêmes soutiendront la main sur le cœur qu’une décision de justice n’a pas à être commentée…), de l’autre la foi inébranlable d’un converti.
Les convertis à l’islam sont de plus en plus nombreux. Un article paru en 2006 dans L’Express notait que 60 000 personnes s’étaient convertis cette année-là à cette religion. Je parie qu’en 2008, grâce à ce genre d’affaires montées en épingle, ils seront davantage.

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