Le vote par l’Assemblée Nationale d’un texte interdisant la négation des génocides, et du génocide Arménien en particulier, est un grave coup porté à la liberté d’expression et au libre exercice de la science. C’est aussi une victoire pour les manoeuvres politiciennes. Si, dans les dictatures, l’Histoire est écrite par le despote en place, Sarkozy est-il au courant que dans les démocraties, c’est le débat qui prévaut ?
En prohibant la négation des génocides et du génocide Arménien en particulier (1), le gouvernement ouvre la voie à différents soupçons. D’abord, celui d’une tentative de faire pression sur la Turquie, afin que celle-ci reste le vassal sage que l’Occident entend qu’elle soit, et ceci alors que les musulmans, qui affichent une position moins pro-occidentale, sont au pouvoir depuis 2007.
Ensuite, le soupçon que les historiens défendant le génocide Arménien soient en difficulté et n’aient plus d’autre recours qu’une législation, pour faire taire leurs opposants.
Enfin, le soupçon d’un calcul politicien de courte portée, visant à glaner quelques voix aux prochaines présidentielles, en donnant l’occasion au gouvernement de se présenter comme un preux chevalier, volant au secours des faibles et des opprimés – fut-ce au prix d’une loi autoritaire et liberticide, et sur un fond historique dont il n’est désormais plus permis de discuter s’il est vrai ou s’il est faux.
Cette loi n’est pas sans rappeler un désastreux précédent, la fameuse loi Gayssot, loi condamnant la négation des crimes contre l’Humanité commis durant la Deuxième Guerre Mondiale, et interdisant donc là aussi le débat et la pédagogie. Dans les deux cas, il apparaît combien la démocratie est fragile et combien les politiques, pour servir tel ou tel intérêt de circonstance, sont prompts à sacrifier des pans de liberté.
La liberté d’expression est-elle soluble dans les manoeuvres politiques ? Nicolas Sarkozy vient de rappeler que oui.
Yves Ducourneau, le 22/12/2011
(1) La loi sanctionne précisément la contestation des génocides « reconnus comme tels par la loi française », c’est-à-dire essentiellement, et pour l’instant, le génocide arménien. (Le Télégramme)
Source image : http://fr.readwriteweb.com/2010...jours/

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Bonne analyse, en effet. Cette loi contribue à la turcophobie, donc à l’islamophobie et (...)
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