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par Paul Villach vendredi 12 septembre 2008 - 85 réactions Ecouter en mp3 (Readspeaker)
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Lourdes et Fatima, deux lieux de spectacle très prisés de la papauté

Comme son prédécesseur Jean-Paul II, le pape Benoît XVI montre, en se rendant à Lourdes et, bientôt sans doute un jour à Fatima, toute l’importance qu’il attache à ces sanctuaires si différents des autres. Des apparitions à des enfants analphabètes de la Vierge Marie, mère de Jésus, et des miracles qui s’y seraient produits, y ont attiré des pèlerins en foule, et en particulier tous ceux qu’accable une souffrance sans espoir de rémission. Même en civière ou sur leur lit de malade, ils viennent dans l’attente d’un improbable soulagement. Des guérisons médicalement surprenantes y ont été enregistrées. Un organisme de contrôle médical y est même chargé de les vérifier pour écarter les allégations infondées.

 
L’Église, d’abord longtemps réticente, a trouvé finalement dans ces sanctuaires qui accueillent des centaines de milliers de personnes par an, un forum et une tribune rêvés pour diffuser sa doctrine. La souffrance n’est pas près de cesser de tourmenter la vie humaine. De plus, elle affaiblit les défenses rationnelles et fait vaciller la raison. Qui n’est pas prêt à tout tenter pour la faire lâcher prise surtout quand on la dit sans remède ? Le père Zambelli, recteur des sanctuaires de Lourdes, en sait quelque chose (1). « La souffrance enfante les songes / Comme une ruche ses abeilles », lit-on dans Le Roman inachevé d’Aragon.

Le spectacle de la souffrance

Mais quelles que soient ses croyances, peut-on ressortir de ces sanctuaires sans un ébranlement profond ? Même un jour ordinaire sans affluence, on ressent un malaise sur l’immense esplanade quasi déserte que bornent à ses extrémités deux églises, avec sur un côté une chapelle érigée à l’endroit des apparitions – à Lourdes, c’est une grotte, à Fatima, c’était un chêne. L’esplanade a beau être vide : son étendue témoigne à elle seule des foules qui peuvent s’y presser certains jours pour espérer l’impossible. Dans une des deux églises des cérémonies se succèdent sans interruption. À l’entrée, comme dans une gare, des écrans en affichent les horaires et les groupes de pèlerins concernés, venus de partout pour y participer.

Mais c’est surtout sur les lieux des apparitions que le spectacle en devient insoutenable. À Fatima, on voit de loin s’en échapper une fumée noire par volutes. Des cierges par brassées y brûlent avec la même ardeur que les cœurs de ceux qui les ont allumés pour implorer secours. À côté sur un gril posé au-dessus d’un brasier fondent et se consument des objets en cire qu’on dirait arrachés à des poupées : une tête, une oreille, un ventre, un bras, une jambe. On devine que ce sont les images du siège du mal dont on attend la guérison : elles sont vendues à deux pas dans un bac avec les cierges. Les Romains aussi offraient à leur dieu guérisseur Esculape des modèles réduits en terre cuite de main, de jambe ou d’utérus. Pendant ce temps, devant des fidèles recueillis, sur une piste qui fait le tour du site des apparitions, se traînent à genoux des pèlerins en prière, le chapelet à la main, le visage ravagé par l’imploration.

Une architecture du spectacle

Fatima comme Lourdes sont ainsi forcément des lieux où la souffrance est offerte en spectacle. L’Église catholique en est même venue, semble-t-il, à modifier l’architecture de ses lieux de réunion. On sait que le modèle initial des églises chrétiennes était la basilique civile romaine, à la fois marché couvert et tribunal. Car, à la différence du temple romain exigu qui n’accueillait que les statues des dieux, le temple chrétien était un lieu de rassemblement des fidèles pour les cérémonies. Sa géométrie ne se prêtait certes pas à une bonne vision du spectacle qui s’y déroulait. Celle du théâtre gréco-romain aurait été plus indiquée. Mais on sait que l’Église a longtemps condamné les spectacles de théâtre, lieux de dépravation selon elle.

Or, voici qu’à Fatima, il y a tout juste un an, faisant face à la première basilique néo-baroque à l’autre extrémité de l’esplanade, une nouvelle église a été inaugurée en octobre 2007, la basilique de la Très-Sainte-Trinité. Son architecture a pris cette fois pour modèle le théâtre gréco-romain. On y retrouve les sièges disposés sinon en hémicycle complet du moins en ligne courbe sur une pente qui s’élève plus on s’éloigne du chœur, à la façon de "la cavea" ; les allées sont rayonnantes comme l’étaient les escaliers ; et l’autel vers lequel elles convergent est dressé sur une scène devant une vaste muraille comme "un frons scaenae" qui renvoyait le son vers les gradins.

Sans doute n’est-ce pas la première fois qu’une église est construite sur le modèle d’un édifice autrefois tant honni de la religion chrétienne. L’hémicycle gréco-romain semble même désormais être préféré à la nef longitudinale de l’ancienne basilique civile qu’on retrouve encore, malgré sa forme ovale, dans la basilique Saint-Pie X construite à Lourdes il y a cinquante ans. Du moins est-ce une illustration du spectacle qu’entend faire de ses cérémonies l’Église catholique pour que les assistants fassent provision d’images.

Depuis les crises iconoclastes des VIIIe et IXe siècles où elle a su, pour le bonheur de l’architecture des siècles suivants, prendre ses distances avec le second commandement du décalogue biblique (2), elle est, en effet, la première à savoir que l’image est la voie royale pour investir les esprits. Une formule prêtée à Bill Gates, le fondateur de Microsoft, ne fait jamais que résumer une des règles de sa communication millénaire : « Qui maîtrise les images, aurait-il dit, maîtrise les esprits ». On peut, en effet, quitter Lourdes et Fatima, mais on ne se défait pas des images tragiques qu’on y a collectées. Paul Villach 

(1) Paul Villach, "Les Dons du père Zambelli, recteur des sanctuaires de Lourdes", Agoravox, 28 août 2008.
(2) « Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. »

Documents joints à cet article

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    Par Deneb (xxx.xxx.xxx.73) 12 septembre 2008 12:41
    Deneb

    "La souffrance enfante les songes / Comme une ruche ses abeilles"

    Tout à fait. Une technique commérciale bien commune à toutes les religions, qui est flagrante dans le christianisme. En effet, d’exhber aux enfants, dés leur naissance, un cadavre mutilé, ensanglanté, cloué sur une croix, on s’accapare de leurs songes. On peut ainsi tranquillement passer d’autres messages, comme la diabolisation de la sexualité recréative et du rire, deux des activités humaines les plus saines d’après la medecine moderne. Pour paraphraser Billou : quand on contrôle la fesse, on contrôle le corps.

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    Par Paul Villach (xxx.xxx.xxx.181) 12 septembre 2008 15:31
    Paul Villach

    Cher Florentin,
    Pourquoi m’ouvrez-vous un pareil boulevard ? Par charité, je suppose !
    Je reprends dans l’ordre votre réponse :
    1- La stimulation du reflexe d’identification à la star, grand classique des stratégies d’information aujourd’hui.
    En ce qui concerne l’Église, la star est en effet le (la) saint(e). Vous l’assimilez peut-être un peut rapidement à un "modèle positif". Positif pour qui ? Pour la stratégie ecclésiastique ! Paut-il passer en revue tous ces drôles de saints qui ne sont franchement pas des modèles  : les Thérèse de Lisieux, les Escriva de Balaguer de l’Opus Dei ! Les canons de la canonisation ont tiré à leur sujet plus vite que leur ombre. Ils doivent être les record(wo)men de vitesse dans le genre. Les Pie IX, les Pie X, les Mère Théresa, sont-ce davantage des modèles ? Et Saint Louis, donc ? Je ne vais pas vous énumérer le martyrologe. Mais convenez qu’est déclaré saint, une figure qui répond aux intérêts stratégiques du moment de l’entreprise ecclésiastique, de la même façon que l’assureur Generali d’en va chercher Zidane pour promouvoir ses intérêts auprès des "ballots", je veux dire, les fans du ballon rond !
    Et puis, si l’identification est un processus psychologique de formation de l’enfant, ça devient problématique quand l’adulte en est encore dépendant.

    2- La stimulation du réflexe de la peur. Qu’est-ce donc que ce mobilier d’église où l’on voit des cadavres partout, des têtes de mort, avec ou sans tibias, des Saint Sébastien transpercés, des Saint-Roch avec bubons sur cuisse, des Sainte Agathe martyrisées ? J’arrête la litanie : il suffit de se promener comme je le fais dans les églises, ces témoins magnifiques de notre architecture, pour que le coeur se soulève à voir cet entêtement à rappeler au fidèle ce qui l’attend. De grâce, cela viendra bien asssez tôt pour que l’on peuple son univers de toutes ces obscénités obsessionnelles.
    "La peur est le grand moteur des actions humaines",disait Clémenceau. Je le soupçonne, lui le vendéen, de l’avoir appris quand il était gosse dans les églises.

    3- Le leurre d’appel humanitaire. L’Église le nomme "la charité". L’appel incessant à la charité, au don pour venir au secours des "pauvres" est une des règles structurelles de cette institution. Seulement, je préfère Chamfort : "Il faut être juste avant que d’être généreux, comme on met des chemises avant de mettre des dentelles".

    4- Enfin le leurre d’appel autoritarien, appellation que je préfère à argument d’autorité, car elle exprime clairement le procédé : c’est un appel à se soumettre aveuglément à l’autorité. J’emprunte le mot "autoritarien" à Stanley Milgram ("Soumission à l’autorité) : il désigne l’individu qui ne trouve son équilibre prsychologique que dans une adhésion aveugle à l’autorité
    Toute l’histoire ecclésiastique est fondée sur le leurre d’appel autoritarien. Le texte sacré ne se discute pas : tout au plus, on en fait l’exégèse et la glose. Mais la parole révélée impose la prosternation. Et avec elle son interprétation du moment par les "grands prêtres" bien en cours.
    Que cette institution se soit trompée à peu près sur tout, ne la dispense pas de revendiquer un magistère ! Quel culot !
    Faut-il, sans remonter plus haut, vous rappeler l’épreuve douloureuse qu’a représenté pour nombre de libéraux le fameux "Syllabus" au 19ème siècle ? Ou plus près de nous celle des "prêtres ouvriers" ?
    Je ne peux évidemment évoquer la question sans saluer la mémoire de Giordano Bruno et de Galilée, exemples emblématiques de ces victimes de la Très sainte Inquisition catholique, apostoplique et romaine qui ruina définitivement le crédit ecclésiastique. Je ne manque pas de me rendre sur le Campo des Fiori quand je suis à Rome pour y "faire une prière" au pied de la statue de Giordano. Je ne rate pas non plus Santa Maria Sopra Minerva, le couvent près du Panthéon où fût humilié Galilée. Sur la place, un éléphanteau du Bernin se marre avec sur le dos un obélisque. 
    La question que je me pose chaque fois, est-celle-ci : se marre-t-il de l’exploit qu’il réalise avec ce qu’il porte sur le dos ou d’avoir mesuré la folie humaine qui a fait rage dans ce couvent sous l’empire du leurre d’appel autoritarien ?
    Paul Villach

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    Par Vilain petit canard (xxx.xxx.xxx.66) 12 septembre 2008 11:23
    Vilain petit canard

    Non, non, pas du tout, il ne faut pas s’en taper. Ben Sixteen vient en France pour faire un peu de promo à la "révision" de la loi de 1905, qui comme chacun sait date un peu... enfin, du moins selon notre Président. Nous avons affaire à une offensive de grande ampleur, destinée à nous faire "renouer avec nos racines", etc. et à retaper un peu le moral aux dingos fondamentalistes qui défendent la messe en latin.

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    Par Deneb (xxx.xxx.xxx.73) 13 septembre 2008 09:38
    Deneb

    Constant : allez faire votre Jihad ailleurs, en en a que faire de vos bondieuseries. En essayant de nous convaincre que votre croyance est meilleure qu’une autre, vous ne faites qu’à vous enfoncer dans le ridicule. Pourquoi adorer un obscur "prophete" pedophile serait-il mieux que de vénérer un cadavre mutilé, cloué sur une croix, qui traumatise les enfants et leur donne goût à la violence ? Allez prêcher votre haine ailleurs, vos diathribes sectaires n’ont aucune place dans un forum citoyen.

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